25/11/2012
Ste Catherine d'Alexandrie, 25 novembre
Sainte Catherine d'Alexandrie
Santa Catarina
quelques témoignages en Corse
à Loriani, petit village de la Castagniccia, dans l'église sainte Catherine,
cette toile très intéressante représentant
le martyre de sainte Catherine
(voir en fin de note le récit de Jacques de Voragine dans " La Légende dorée)
en résumé :
Sainte Catherine, s'étant vouée au Christ, refuse d'épouser l'empereur Maxence et de sacrifier aux dieux. Mieux, elle sort victorieuse d'une célèbre dispute avec les plus sages de l'entourage de Maxence, une cinquantaine de philosophes et d'orateurs qu'elle parvient à convertir ... C'est que, on le sait, les Catherines sont de grandes intellectuelles! Maxence après l'avoir longuement emprisonnée sans nourriture la voue au martyre par le supplice des roues dentées de pointes acérées de fer: mais l'intervention divine brise en éclats la machine infernale qui se retourne contre les bourreaux et l'assistance ... Pour en finir il faudra tout de même décapiter notre redoutable, brave et coriace sainte Catherine ... et de son cou jaillit du lait
notre sainte Catherine en son martyre opère bien malgré elle un miracle sanglant
avec l'aide d'un angélique Exterminator: avis aux malveillants!
Cette belle toile porte une signature ( Marc Antonio De Santis, le peintre napolitain installé à Bastia) et une date surprenantes (1655): peut-être G. Grandi l'a-t-il, un siècle plus tard, reprise ?
Des références hors de Corse de cette scène:
vue par Masolino da Panicale (début XV°s.)
à l'église San Clemente de Rome
ou par Lucas Cranach (XVI° s.), avec toute sa féroce sensualité ...
Revenons en Corse:
à Nonza (Cap Corse), la Vierge et l'Enfant, entourés de St Antoine Abbé et st Jean-Baptiste
remettent le Rosaire à st Dominique, ste Catherine d'Alexandrie (présentant à la Vierge pour requérir sa protection, un vaisseau battant pavillon génois), Pie V, Philippe II, Don Juan d'Autriche , la reine Anne d'Espagne etc ...
Ici, Sainte Catherine a revêtu des vêtements royaux, signalant sa noblesse .
à la chapelle à fresques de San Pantaleu de Gavignano, le détail représentant Ste Catherine au côté de San Pantaleu. Cette chapelle fait l'objet d'une restauration cette année.
le beau visage pensif de Catherine, détail
à la chapelle Santa Cristina ( Valle di Campoloro), Santa Cristina tient la palme de son martyre,
tandis qu'à San Tumasgiu di Pastureccia (Rustinu), Catherine fait partie des six saints intercesseurs,
du moins ce qu'il en reste ...
La roue a disparu, mais reste le bâton de son supplice.
Hélas, la restauration prévue n'a toujours pas démarré et l'eau qui ruisselle a continué son oeuvre destructrice. Aux dernières nouvelles, le toît a reçu quelques rafistolages de lauzes en attendant mieux: incompréhensible pour l'une des plus belles fresques de Corse!
Un dernier thème:
le mariage mystique de Sainte Catherine
ici représenté à Sant Antonino (Balagne) - avec la donatrice à ses pieds : on sait que l'attribut traditionnel de Sainte Catherine d'Alexandrie est la roue de son martyre, qui est symbolisé ici par l'anneau de son mariage à Jésus.
... et le même thème peint par Hans Memling vers 1480 (Nationam Gallery of Art, New York).
Et maintenant, pour les plus courageux, La Légende dorée de Jacques de Voragine:
( http://fr.wikisource.org/wiki/La_L%C3%A9gende_dor%C3%A9e/Sainte_Catherine)
(25 novembre)
SAINTE CATHERINE, vierge et martyreCatherine, fille du roi Coste, fut instruite dès son enfance dans tous les arts libéraux. Lorsque l’empereur Maxence convoqua à Alexandrie tous les habitants de la province, riches et pauvres, pour sacrifier aux idoles. Catherine, qui avait alors dix-huit ans, et qui était restée seule dans son palais avec de nombreux serviteurs, entendit un jour un grand bruit mêlé de chants et de gémissements. Elle demanda d’où cela provenait ; et quand elle le sut, prenant avec elle quelques serviteurs et se munissant du signe de la croix, elle se rendit sur la place, où elle vit de nombreux chrétiens qui, par peur de la mort, se laissaient conduire aux temples pour y sacrifier. Blessée de cette vue jusqu’au fond de son cœur elle aborda audacieusement l’empereur et lui dit : « Je viens te saluer, empereur, à la fois par déférence pour ta dignité et parce que je veux t’engager à t’éloigner du culte de tes dieux pour reconnaître le seul vrai créateur ! » Puis, debout devant la porte d’un temple, elle se mit à discuter avec Maxence, conformément aux diverses modes du syllogisme, par allégorie et par métaphore. Après quoi, revenant au langage commun, elle dit : « Je me suis adressée jusqu’ici au savant, en toi. Mais à présent, dis-moi comment tu as pu rassembler cette foule pour célébrer la sottise des idoles ! » Et comme elle démontrait savamment la vérité de l’incarnation, l’empereur, stupéfait, ne sut d’abord que lui répondre. Enfin il lui dit : « Ô femme, laisse-moi achever le sacrifice, et ensuite je te répondrai ! » Et il la fit conduire dans son palais, où il ordonna qu’elle fût soigneusement gardée : car il avait été très frappé de sa science et de sa beauté. Catherine était en effet d’une beauté merveilleuse, que personne ne pouvait voir sans en être ravi.
Après la fête, l’empereur se rendit au palais et dit à Catherine : « J’ai entendu ton éloquence et admiré ta sagesse ; mais, absorbé comme je l’étais par la cérémonie, je n’ai pas pu pleinement comprendre tout ce que tu disais. Dis-moi donc à présent qui tu es ! » Et elle : « Je suis Catherine, fille du roi Coste. Née dans la pourpre, et élevée dès l’enfance dans les arts libéraux, j’ai dédaigné tout cela pour me réfugier auprès de mon Seigneur Jésus-Christ. Et quant aux dieux que tu adores, ils ne sauraient secourir ni toi, ni personne ! » Et l’empereur : « Je le vois, tu cherches à nous décevoir par ta pernicieuse éloquence, en t’efforçant d’argumenter à la manière des philosophes ! » Et, comprenant qu’il ne parviendrait pas à lui répondre lui-même, il manda en grande hâte, à Alexandrie, tous les grammairiens et rhéteurs du temps, leur promettant de grandes récompenses s’ils parvenaient à réfuter la jeune fille. Il en vint ainsi plus de cinquante, tous fameux dans les sciences de ce monde. Et comme ils demandaient pourquoi on les avait fait venir de régions si lointaines, l’empereur répondit : « C’est que nous avons ici une jeune fille d’une sagesse et d’un esprit incomparables, qui réfute tous les savants, et prétend que tous nos dieux ne sont que des démons. Réfutez-la, et je vous renverrai chez vous chargés d’honneurs et de présents ! » Alors un des orateurs s’écria : « Ô étrange projet, de rassembler tous les savants des quatre coins du monde pour tenir tête à une jeune fille que le moindre de nos clients réduirait au silence ! » Et l’empereur : « Je pouvais en vérité la contraindre à sacrifier aux dieux, ou la châtier en cas de refus ; mais j’ai jugé meilleur qu’elle fût confondue par vos arguments. » Alors les orateurs : « Qu’on amène donc en notre présence cette jeune fille, afin qu’elle avoue sa témérité, et reconnaisse n’avoir même jamais vu de vrais savants ! »
Mais,Catherine, en apprenant le combat qui se préparait pour elle, se recommanda au Seigneur ; et un ange descendit vers elle pour l’engager à la fermeté, lui affirmant que, non seulement elle ne serait pas vaincue par ses adversaires, mais que même elle les convertirait et leur procurerait la palme du martyre. Amenée en présence des orateurs, elle dit à Maxence : « De quel droit opposes-tu cinquante orateurs à une seule jeune fille ? et pourquoi promets-tu de les récompenser, en cas de victoire, tandis que tu me forces à lutter sans espoir de récompense ? Mais j’aurai ma récompense dans mon Seigneur Jésus-Christ, espoir et couronne de ceux qui luttent pour lui ! » Les orateurs lui dirent alors que c’était chose impossible qu’un Dieu devînt homme et connût la souffrance. Mais elle répondit en leur montrant que les païens eux-mêmes avaient prédit l’incarnation du Christ. La Sibylle n’avait-elle pas dit : « Heureux le Dieu qui pend sur une croix de bois ! » Et Catherine continua de discuter ainsi avec les orateurs » les réfutant par des raisons évidentes, jusqu’à ce que, stupéfaits, ils ne surent plus que lui dire. Alors l’empereur, furieux, leur reprocha de se laisser vaincre honteusement par une jeune fille. Et l’un de ces orateurs, qui était le plus savant, et parlait au nom de ses confrères, dit : « Tu sais, empereur, que personne jamais n’a pu nous résister ; mais c’est l’esprit même de Dieu qui parle en cette jeune fille ; et elle nous a remplis d’une telle admiration que nous n’osons plus dire un, seul mot contre ce Christ qui nous apparaît désormais comme le seul vrai Dieu ! » Ce qu’entendant, l’empereur, exaspéré, les fit tous brûler au milieu de la ville ; et Catherine, en même temps qu’elle les réconfortait, achevait de les instruire des vérités de la foi. Et, comme ils se plaignaient d’avoir à mourir sans être baptisés, elle leur répondit : « Soyez sans crainte, car l’effusion de votre sang vous tiendra lieu de baptême ! » Alors, s’étant munis du signe de la croix, ils furent précipités dans les flammes ; et ils rendirent leurs âmes de telle façon que ni leurs cheveux, ni leurs vêtements, ne furent touchés par le feu.
Pendant que les chrétiens s’occupaient de les ensevelir, Maxence dit à Catherine : « Noble jeune fille, aie pitié de ta jeunesse, et je te ferai impératrice dans mon palais, et le peuple entier adorera ton image, au milieu de la ville ! » Mais elle : « Cesse de dire des choses dont la pensée même est un crime. J’ai pris le Christ pour fiancé, lui seul est ma gloire et mon amour ; et ni caresses ni tourments ne pourront me détourner de lui ! » L’empereur la fit alors dépouiller de ses vêtements ; il la fit frapper de griffes de fer, puis, l’ayant jetée dans une obscure prison, il ordonna que pendant dix jours on la laissât sans nourriture.
Là-dessus, l’empereur se vit forcé de se rendre dans une autre province. Or sa femme, qui avait pour amant un officier nommé Porphyre, vint, la nuit, dans la prison de Catherine. Et, y étant entrée, elle vit la cellule remplie d’une clarté immense, et elle vit que les anges pansaient les plaies de la prisonnière. Et celle-ci, s’étant mise à lui décrire les joies éternelles, la convertit et lui prédit la couronne du martyre. Ce qu’apprenant, Porphyre alla se jeter, lui aussi, aux pieds de Catherine, et il reçut la foi du Christ avec deux cents de ses hommes.
Quand l’empereur revint, douze jours après son départ, il se fit amener la jeune fille, qu’il s’attendait à voir anéantie par ce jeûne prolongé. La voyant au contraire resplendissante de vie, il soupçonna que quelqu’un l’avait nourrie, dans sa prison, et décréta que ses gardiens fussent mis à la torture. Mais Catherine : « Aucun être humain ne m’a nourrie, mais bien le Christ par l’entremise de ses anges. » Alors l’empereur, plus frappé que jamais de sa beauté, lui proposa, une fois de plus, de l’élever au trône avec lui. Et comme elle s’y refusait, il lui dit : « Choisis entre deux choses, ou bien de sacrifier aux idoles, et de vivre, ou bien de mourir dans des tourments effroyables ! » Et elle : « Quelques tourments que tu puisses imaginer, n’hésite pas à me les infliger, car j’ai soif d’offrir ma chair et mon sang à Jésus, qui a offert pour moi sa chair et son sang ! Lui seul est mon Dieu, mon maître, mon mari et mon amant ! » Alors un préfet conseilla à l’empereur de faire préparer quatre roues garnies de pointes de fer, et de s’en servir pour déchirer les chairs de Catherine, de façon à épouvanter, par un tel exemple, les autres chrétiens. Et l’on décida que, de ces quatre roues, où l’on attacha la sainte, deux seraient poussées dans un sens et deux dans un autre, pour que les membres de Catherine fussent arrachés et broyés en morceaux. Mais la sainte pria Dieu que, pour la gloire de son nom et pour la conversion des assistants, il anéantît cette affreuse machine. Et voici qu’un ange secoua si fortement la masse énorme des quatre roues, que quatre mille païens périrent écrasés.
En ce moment l’impératrice, qui avait assisté à la scène du haut du palais, s’enhardit à descendre, et reprocha à son mari tant de cruauté. Le roi lui fit arracher les mamelles, puis trancher la tête. Et l’impératrice, allant au martyre demanda à Catherine de prier pour elle. Et Catherine : « Sois sans crainte, princesse aimée de Dieu, car ta royauté passagère va se changer aujourd’hui en une royauté éternelle, et en échange d’un mari mortel tu en acquerras un immortel ! » Sur quoi, l’impératrice, raffermie, encouragea ses bourreaux à exécuter leur mission. Ils la conduisirent donc hors de la ville, lui arrachèrent les mamelles avec des pointes de fer et lui coupèrent la tête. Et Porphyre, recueillant ses restes, les ensevelit.
I. Le lendemain, Maxence envoya au supplice les bourreaux de sa femme, qu’il soupçonnait d’avoir dérobé le corps de celle-ci. Mais Porphyre, s’élançant au milieu de la foule, s’écria : « C’est moi qui ai enseveli la servante du Christ, ayant reçu comme elle la foi chrétienne ! » Maxence, fou de douleur, poussa un rugissement terrible et s’écria : « Malheureux que je suis ! voici maintenant que Porphyre lui-même s’est laissé séduire, mon seul confident, le seul en qui j’avais confiance ! » Et comme il le dénonçait à ses soldats, ceux-ci répondirent : « Nous aussi, nous sommes chrétiens et prêts à mourir ! » Sur quoi, l’empereur, ivre de rage, les fit tous décapiter ainsi que Porphyre, et ordonna que leurs restes fussent jetés aux chiens.
Puis, se tournant vers Catherine : « Bien que, par tes sortilèges, tu aies causé la mort de l’impératrice, je t’offre encore, cependant, de devenir la première dans mon palais ! » Et comme, de nouveau, elle repoussait son offre avec indignation, il la condamna à être décapitée. Or, pendant qu’on la menait au supplice, elle dit, les yeux levés au ciel : « Espoir et salut des croyants, honneur et gloire des vierges, Jésus, mon bon maître, exauce ma prière ! Fais en sorte que toute personne qui m’invoquera, soit à l’heure de la mort ou dans le danger, se trouve secourue en souvenir de ma passion ! » Et une voix, du haut du ciel, lui répondit : « Viens, ma chère fiancée, les portes du ciel sont ouvertes devant toi. Et à ceux qui célébreront pieusement ton martyre je promets le secours qu’ils demanderont ! » Après quoi la sainte eut la tête tranchée, et de son corps jaillit du lait au lieu de sang. Et des anges, recueillant ses restes, les transportèrent de ce lieu sur le mont Sinaï, où ils ne l’ensevelirent que vingt jours après. Aujourd’hui encore, une huile miraculeuse découle de ses os, qui guérit aussitôt les membres affaiblis. Sainte Catherine fut martyrisée vers l’an du Seigneur 310. Quant à la façon dont Maxence fut puni de ce crime et des autres qu’il avait commis, nous l’avons racontée déjà en traitant de l’Invention delà Sainte Croix [1].
III. Un moine de Rouen s’était rendu au mont Sinaï, et, pendant sept ans, avait pieusement prié sainte Catherine. Au bout de ce temps, il demanda à la sainte la grâce de posséder un fragment de ses reliques ; et aussitôt de la main de la sainte se détacha un doigt, que le moine emporta joyeusement dans son monastère. – Un autre moine, après avoir eu longtemps une dévotion spéciale pour sainte Catherine, avait peu à peu négligé d’invoquer la sainte. Or un jour, étant en prière, il vit passer devant lui une troupe de vierges dont l’une, en l’approchant, se détourna et se couvrit le visage. Et comme il demandait à ses compagnes qui elle était, une d’elles lui répondit : « C’est Catherine, que jadis tu connaissais bien ! Mais comme maintenant tu parais ne plus la connaître, elle s’est voilé le visage en t’apercevant, pour passer près de toi comme une inconnue ! »
IV. Certains auteurs se demandent si, au lieu de Maxence, ce n’est pas plutôt Maximin qui a présidé au martyre de sainte Catherine. Il y avait alors trois empereurs : 1° Constantin, qui avait succédé à son père ; 2° Maxence, fils de Maximilien, élu à Rome par les soldats ; 3° Maximin, proclamé César en Orient. Et, suivant les chroniques, Maxence persécutait les chrétiens à Rome, pendant que Maximin les persécutait en Orient. On suppose donc qu’il y aura eu, dans le premier récit du martyre de sainte Catherine, une faute d’écriture, et que c’est Maximin qu’on doit lire au lieu de Maxence."
Epilogue:
" Cath’rine était chrétienne
Bibiboum bidiboum bidi boum boum boum
Cath’rine était chrétienne
sont père ne l’était pas Ah ah ! Ah ah ! (bis)
son père ne l’était pas
Un jour dans sa prière
Bibiboum bidiboum bidi boum boum boum
Un jour dans sa prière
son père la trouva Ah ah ! Ah ah ! (bis)
son père la trouva
Que faites-vous ma fille
dans cette pose là
Je prie Dieu mon père
que vous n’connaissez pas
Relevez-vous ma fille
ou bien l’on vous tuera
Tuez-moi donc mon père
mais je n’faillirai pas
Le roi dans sa colère
d’un glaiv’ la transperça
Les anges descendirent
chantant alléluia
Les démons accoururent
et enfourchèrent le roi
Cette histoire est trop triste
on n’la r’commenc’ra "
15:04 Publié dans iconographie des saints, patrimoine de corse | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : iconographie de sainte catherine | Facebook |
19/11/2012
Jugement dernier : le poème eschatologique d'Autun
le Jugement dernier d'Autun
avec Olivier Messiaen et le Quatuor pour la fin du Temps (1941):
http://youtu.be/DjZ3HAIfGwo
http://youtu.be/hybAbTbh5wY
en ces temps inquiets et troublés,
où les anges de l'Apocalypse embouchent leurs terribles trompettes pour annoncer la Fin des Temps,
je réédite cette note de novembre 2010 sur le tympan de la cathédrale Saint Lazare d'Autun, d'autant plus volontiers que nous lui avons dernièrement à nouveau rendu visite et dévotion en ce mois de novembre.
J'en profite pour signaler la parution du dernier numéro d'Arts Sacrés
(n° 20) et en particulier de son dossier sur "la fin des temps":
passionnant!
"En ces temps-là, après une terrible détresse, le soleil s'obscurcira et la lune perdra son éclat. Les étoiles tomberont du ciel, et les puissances célestes seront ébranlées. Alors on verra le Fils de l'homme venir sur les nuées avec grande puissance et grande gloire. Il enverra les anges pour rassembler les élus des quatre coins du monde, de l'extrémité de la terre à l'extrémité du ciel" (Evangile selon Saint Marc, 13, 24-32)
avec notre frère Gislebertus,
le tympan de la cathédrale Saint Lazare d'Autun:
quelques images du Jugement Dernier
Autun, cathédrale Saint Lazare,
l'ensemble du porche qui, à l'origine, jouxtait un cimetière.
Le trumeau, refait au XIX° siècle, porte les sraues de Saint Lazare, au centre, et de ses soeurs. La première voussure intérieure, aujourd'hui vide, accueillait à l'origine les vingt-quatre vieillards de l'Apocalypse (on a retrouvé quelques-unes des têtes). Sur la voussure extérieure, on reconnait les signes du Zodiaque ainsi que les Travaux des mois (de janvier à décembre en partant de la gauche ).
Au centre du tympan, la figure lumineuse du Christ en majesté dans sa mandorle. A sa droite le Ciel, la Jérusalem Céleste, la Vierge, le Soleil (le Nouveau Testament); à sa gauche, la pesée des âmes, l'Enfer, les prophètes Enoch et Elie, la Lune (l'Ancien Testament).
Voici venu le moment de la Parousie: la seconde venue du Christ dans sa gloire à la fin des temps et le Jugement dernier :
"Quand le Fils de l'homme viendra dans sa gloire, escorté de tous les anges, alors il prendra place sur son trône de gloire. Devant lui seront rassemblées toutes les nations, et il séparera les gens les uns des autres, tout comme le berger sépare les brebis des chèvres." (Evangile selon Saint Matthieu, 25, 31- 32)
Tout autour, que de monde!
à sa droite - coté Nouveau Testament, au plus haut des cieux, Notre-Dame assise sur un trône, paumes levées pour l'adoration . A son côté, un ange de l'Apocalypse sonne de sa trompe.
et, faisant pendant, à sa gauche, côté Ancien Testament, les prophètes Enoch et Elie, les deux Témoins de la Fin des Temps
au son de la trompette:
DEBOUT LES MORTS!
Voici venue l'heure du Jugement dernier,
la main de Dieu tient la balance: c'est la "Psychostasie",
la pesée des âmes :
d'un côté la douceur, l'harmonie des formes,
de l'autre le chaos, la monstruosité des corps hybrides.
Saint Michel Archange fait pencher la balance du côté des élus : c'est que, dans ce contexte, l'âme des élus pèse plus lourd que celle des damnés -
"Tu as du poids à mes yeux" [Isaïe 43-4], cité dans l'excellent article du frère Philippe Markiewicz sur "Les jugements derniers dans les églises" (Arts Sacrés, n° 20)
à la droite du Christ,
les Elus et les Réprouvés ...
"Alors le Roi dira à ceux de droite: "Venez les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume qui vous a été préparé depuis les origines du monde. Car j'ai eu faim et vous m'avez donné à manger; j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire, j'étais un étranger et vous m'avez accueilli, nu et vous m'avez vêtu, malade et vous m'avez visité, prisonnier et vous êtes venus me voir." (...)( St Matthieu, 25, 34-36)
les petites âmes ont cherché et trouvé refuge et sécurité dans les vagues de sa robe, ...
en marche dans l'attente du jugement, tête levée vers le ciel et toute la tendresse du monde:
le père et la mère se tiennent par la main. Elle le retient et le force à se retourner: "Eh! regarde le petit, il s'est réveillé lui aussi!"
Venez, les enfants, c'est par ici! L'ange indique le bon chemin
Répondant à l'appel des trompettes des anges, tous, nus ou habillés, ont le visage tendu vers la lumière: dame, enfant, évêque ...
... moinillon, croisé ...
Si menus, si fragiles, il faut les aider: regardez l'ange qui hisse à bout de bras cette petite âme pour la faire entrer dans la Jérusalem céleste, tandis qu'un petit enfant s'accroche à ses jambes ... Et à côté voilà que saint Pierre, bienveillant, saisit les mains d'un autre marmot: gestes de compassion, de douceur ...
Pour ce faire, il s'est détourné quelques instants du groupe des saints en adoration ...
... devant le Christ revenu à la fin des temps et qui accueille, mains et bras ouverts, l'humanité entière. Révélé dans sa mandorle soutenue par les anges, il est la porte, la voie, la lumière pour toutes les créatures ("EGO SUM LUX MUNDI ET VIA VERITAS", comme on pourrait lire sur le livre tenu par le Christ Pantocrator de nos petites chapelles à fresques de Corse - et d'ailleurs ...). Sur le pourtour de sa mandorle on peut lire:
" OMNIA DISPONO SOLUS MERITOSQUE CORONO; QUOS SCELUS EXERCET ME JUCICE POENA COERCET" ( Seul, Je dispose de tout et couronne les mérites. La peine que j'inflige comme juge retient ceux qu'entraîne le vice.)
Et sous Ses pieds, une longue inscription:
à sa droite, côté Elus:
"QUISQUE RESURGET ITA QUEM NON TRAHIT IMPIA VITA ET LUCEBIT EI SINE FINE LUCERNA DIEI" (Ainsi ressucitera quiconque ne sera pas victime d'une vie impie)
Et à sa gauche, côté Damnés:
"TERREAT HIC TERROR QUOS TERREUS ALLIGAT ERROR NAM FORE SIC VERUM NOTAT HIC HORROR SPECIERUM" ( Que cette terreur terrifie ceux que détient l'erreur terrestre car l'horreur de ces images montre ce qui les attend)
A Sa gauche, côté damnés, cuirassés comme des insectes, les affreux grimaçants à longues pattes hurlent leur fureur de voir échapper leurs proies ... Le petit monstre dans la balance a l'air de grogner: "si j'avais su !".
Tandis que l'ange de l'Apocalypse souffle, souffle , souffle dans son énorme trompette pour réveiller les morts, déjà le grand jugement a commencé: la gueule du Léviathan avale, avale, avale les damnés crochetés...
(avec Saint Matthieu, 25, 41-44:)
"Puis il dira encore à ceux de gauche: "Allez loin de moi, maudits, dans le feu éternel qui a été préparé pour le Diable et ses anges. Car j'ai eu faim et vous ne m'avez pas donné à manger, j'ai eu soif et vous ne m'avez pas donné à boire, j'étais un étranger et vous ne m'avez pas accueilli, nu et vous ne m'avez pas vêtu, malade ou prisonnier et vous ne m'avez pas visité." Et ceux-ci lui demanderont à leur tour:" Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir affamé ou assoiffé, sans gîte ou sans vêtement, malade ou prisonnier, et de ne point te secourir ?"
Dessous, la grande solitude des Damnés: toute cette souffrance longuement ruminée qui alourdit les têtes, fléchit les genoux, effondre les âmes, isole:
définitivement condamnés, chassés , exilés sans espoir de retour ...
les exclus de la lumière "sont reconduits à la frontière" manu militari
trop tard: deux serpents lui mordent les mamelles
l'avare
l'ivrogne et son tonneau: en ce pays béni de vignobles, il avait pourtant des circonstances atténuantes, non?
et celui là , les genoux immobilisés entre ses mains - faute d'avoir marché vers la lumière - crie sa terreur entre les griffes de Satan ...
"Alors il leur répondra:" En vérité je vous le dis, dans la mesure où vous n'avez rien fait pour l'un de ces tout petits, pour moi non plus vous n'avez rien fait." Et ils s'en iront, ceux-ci à une peine éternelle, et les justes à une vie éternelle."
Celui, du moins le pense-t-on, qui a insufflé la vie à ce monde de pierre, dégageant amoureusement chaque corps de sa gangue minérale, l'inscrivant dans cette chorégraphie spontanée, chaleureuse, charitable, tendre pour les élus, compatissante pour les damnés, c'est Gislebertus d'Autun, ce génial sculpteur du XII°siècle .
Voyez, il a signé (du moins on peut le penser) sous les pieds du Christ:
" GISLEBERTUS HOC FECIT"
... tout ça à cause de notre petite mère Eve!
et à nouveau Messiaen, et dans le texte s'il vous plait!:
http://youtu.be/UeSVu1zbF94
23:07 Publié dans apocalypse, art roman, la mort | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : autun, eschatologie, jugement dernier, parousie, apocalypse, psychostasie, gislebertus, olivier messiaen, quatuor pour la fin du temps, enoch et elie | Facebook |
15/11/2012
Flore de l'Agriate: annonce de la 5ème journée de l'Agriate
5 ème journée de l'Agriate consacrée à la flore
Je relaie bien volontiers cette information transmise par Isabelle
Guyot, chargée de Mission pour l'Agriate:
" Le Département de la Haute-Corse, le Conservatoire du littoral et l'association 'les amis des Agriate' ont le plaisir de vous annoncer que la 5ème journée de l'Agriate se déroulera le 24.11.2012 à partir de 10h30 au camping de l'Ostriconi et sera consacrée à la flore du territoire (voir affiche en pièce jointe).
Seront abordées :
- les plantes aromatiques et leurs principaux usages, avec Stéphanie Orsini de l'Association "Fior' di vita", et Stan Leclercq et Julien Fauconnier de l'Association balanine d'agroécologie "Una Lenza da annacquà", qui feront sur place une distillation d'huile essentielle de lentisque,
- les espèces endémiques, les plantes protégées, la flore d'intérêt patrimonial et les plantes introduites (et invasives) du site avec Alain Delage du Conservatoire Botanique National de Corse (Office de l'Environnement).
Une petite randonnée est prévue à partir de 13h30 pour découvrir la flore des dunes et des zones humides du site.
Pour les personnes souhaitant participer à l'intégralité de la journée, il faut prévoir un pique nique, des chaussures confortables et si possible des bottes pour la traversée des cours d'eau."
Isabelle Guyot me confirme par ailleurs, suite à la récente note sur la ferme d'Ifana, que " le Conservatoire du littoral a l'intention de remettre en valeur ce beau site, avec l'installation sur place d'un agriculteur (...), et pour cela actuellement un groupe d'architectes et dingénieurs travaillent au projet de restauration des bâtiments."
Voici des informations réconfortantes!
(à suivre)
10:52 Publié dans corse, environnement en Corse, fleurs, patrimoine de corse | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : agriate, flore corse, ifana, conservatoire du littoral | Facebook |
12/11/2012
la prochaine exposition du Musée de la Corse, à Corte.
Une programmation du Musée de la Corse qui nous intéresse tout particulièrement pour l'année à venir:
" La Corse et la musique. Entre tradition et modernité "
( décor du petit orgue Saladini de la maison Giuliani: cetera et clavier)
Extrait de la présentation à retrouver sur le site du Musée:
http://www.musee-corse.com/index.php/fre/Nos-expositions/Les-expositions-en-preparation/La-Corse-et-la-musique.-Entre-tradition-et-modernite
" L'exposition ouvrira ses portes en juin 2013 ...
Le sujet choisi, permet d’aborder le phénomène de la musique, perçu comme une entité identitaire que le peuple corse ressent, transmet et a su alimenter depuis des siècles.
La période historiquement abordée de cette exposition, se déroule du dernier quart du XIXème siècle jusqu’à nos jours et embrasse toutes les formes d’expression musicale répertoriables, allant de l’opéra à la chanson corse, de la danse aux musiques instrumentales, des chants polyphoniques emprunts du sacré et du profane, tout en tenant compte des précieux rouages nécessaires à leurs transmissions.
Une sémantique poétique entre une spécificité d’expression artistique et verbale est liée à la langue corse et à la musique. Cette fusion est impliquée dans la vie de tous les jours ainsi qu’aux différents lieux de son territoire et cela au rythme des saisons. Elle en est un symbole permanent.
Cette symbiose unique implique une étude descriptive des moyens mis en œuvre par la communication, la diffusion et l’apprentissage de la pratique et de la création musicale.
Ce pouvoir musical alimente un mouvement ininterrompu, intensifié de toutes ses particularités en exprimant sa propre ontologie par une force de cohérence et de cohésion exceptionnelles.
L’éternelle jeunesse de la musique corse tient en elle son passé, son présent et son avenir. De sa tradition populaire, de son oralité depuis toujours, de sa musique écrite et celle dite savante depuis le XXème siècle, sont enrichies années après années, des particularités de sa typologie originelle.
La musique corse permet de définir les éléments immanents d’une richesse humaine et sociale au-delà du temps.
Commissaire général d'exposition :
Joseph-François KREMER-MARIETTI, Directeur de la culture et du patrimoine de la Collectivité territoriale de Corse.
Commissaire d'exposition :
Philippe SALORT, ethnomusicologue, chargé du secteur de musicologie générale au musée de la Corse.
Commissaire associé d'exposition :
Bernard PAZZONI, ethnomusicologue, responsable de la Phonothèque du musée de la Corse."
Vaste et riche programme ! Ne doutons pas que que toutes les pratiques musicales seront abordées, qu'elles soient populaires ou plus bourgeoises, qu'elles soient collectives ou individuelles, pratiques qui reflètent fidèlement le tissu humain de chaque village ou des villes.
Nul doute que les musiques traditionnelles seront à l'honneur, après l'oeuvre pionnière de Felix Quilici sillonnant la Corse au lendemain de la guerre, riche de ces kilomètres d'enregistrement (dont a hérité le Musée de la Corse) qui mettaient en lumière l'incroyable diversité de la musique et des musiciens sur l'île, mais aussi sa cohésion profonde.
Il est également vrai que la musique se jouait aussi dans les demeures des notables, une musique écrite, celle-là, et au goût du jour: il m'est arrivé de rencontrer dans les maisons des Sgiò (notables villageois) un piano ancien, voire un piano-forte, près duquel dormait encore toute une littérature jouée autrefois par les jeunes filles "de bonne famille" : entre deux chansons mélancoliques, toutes ces réductions d'opéras à la mode dont on était friand à l'époque.
Ces mêmes opéras qui pouvaient également alimenter l'inspiration de l'organiste* en quête d'une bonne ouverture solennelle pour la messe, parfois vigoureusement ponctuée par la " Banda Militari" ,
(la Banda Militari de l'orgue de Muro)
quitte à jouer par la suite une petite valse sentimentale à l'offertoire ou quelque polka guillerette pour le retour de la communion ... Il suffit de lire certaines méthodes d'harmonium et d'orgue de la seconde moitié du XIX° siècle ( comme celle d'Alexandre Bruneau qu'avait eu entre les mains au petit séminaire l'ancien curé de Belgodère) pour comprendre combien les frontières entre profane et sacré sont perméables. Dans le nord de la Corse en particulier, l'esthétique orchestrale, influencée par l'opéra, s'épanouit en cette fin du XIX° siècle avec les orgues de la firme Agati-Tronci (de Pistoia) et offre aux villageois les plus modestes comme aux notables le partage des joies d'une musique plutôt populaire, variée dans ses sonorités et ses émotions ...
Ajoutons que nos organistes de village, bons musiciens d'oreille et rendant service à l'église, abordaient à la messe le clavier de l'orgue avec autant de spontanéité que, pour leurs sérénades ou leurs contre-danses, les boutons de leur accordéon diatonique ou que le manche de leur violon. Le répertoire favori de l'ancien organiste d'Aregno pour ses sorties de messe, (et qui a laissé des souvenirs émus chez les anciens du village) était : " Etoile des neiges" , de quoi affronter sereinement le restant de la semaine !
( Nous évoquons un temps où les distractions n'étaient pas, comme aujourd'hui, pléthoriques)
Bref, j'espère que les orgues de Corse, qu'ils soient joués par des organistes confirmés ou "de routine", trouveront aussi la place qu'ils méritent dans cette exposition, d'autant plus qu'ils ont baigné à cette époque, comme les chants, le quotidien de la communauté ou du moins participé chaque dimanche à la fête liturgique.
Je rappelle aussi à ce sujet que les orgues, sortant de l'espace liturgique, ont parfois trouvé place dans les salons de musique des Sgio du XIX° siècle, comme le petit orgue d'Anton Giuseppe Saladini ( début XIX° s.) construit pour la maison Giuliani, à Muro, et acquis par le Musée de la Corse ou comme celui que le facteur d'orgue Gaspard Domini construisit en 1876 à Feliceto dans sa maison familiale pour enseigner la musique à ses nombreux enfants:
À ce propos, vous pouvez visiter la note concernant notre cher Gaspard Domini, auteur de cinq orgues en Corse entre 1867 et 1902 :
http://elizabethpardon.hautetfort.com/archive/2008/08/06/gaspard-domini1.html
Ajoutons enfin que la facture d'orgue insulaire a engendré l'éclosion de cet art monumental des tribunes qui faisait encore la fierté des villageois des décennies après la mort de leur créateur. Citons, (extrait du livre de Sébastien Rubellin: L'Orgue Corse de 1557 à 1963, éditions Piazzola, page 161) cet article du Bastia-Journal daté du 9 Janvier 1905, sous le titre
"Les vieilles orgues de la Collégiale Insigne de Speloncato"
"Parmi les monuments remarquables, et ils sont nombreux, de cette église, nous signalerons à ses visiteurs, amateurs de sculpture, peinture, musique, la tribune ou l'orchestre, d'où émerge le buffet contenant l'orgue.
Que l'on se figure une admirable coquille marine ailée, semblant s'élancer dans l'espace, aux sons entraînants, sublimes, d'une musique religieuse.
Ce monument est l'oeuvre, non, le chef-d'oeuvre d'un enfant de Speloncato, Anton, Giuseppe, Domenico, Saladini, célèbre ébéniste, sculpteur du premier Empire dont les meilleurs meubles datent de 1806 à 1840.
Aux descendants de cet homme de génie, qui habitent Speloncato, Bastia, et le Cap Corse, nous souhaitons de s'illustrer en ébénisterie comme leur ancêtre [...]"
( la cetera de Salvatore Saladini )
Enfin, entre autres ouvrages sur le sujet, signalons à nouveau ce beau livre posthume d'Antoine Massoni paru en 2006 (après sa disparition en 2003) chez Piazzola et consacré aux musiques de Corse:
qui succède à des années d'étude menées par "E voce di u cumune", concrétisées par des publications comme: " Etat des recherches sur les instruments traditionnels en Corse ( Accademia d'Ivagabondi, 1981), ou " Contributions aux recherches sur le chant corse" (Centre d'ethnologie française, Musée national des arts et traditions populaires, Associu e voce di u cumune, 1992).
Voir également l'ouvrage de Dominique Salini ( professeur à l'Università di Corsica): Musiques traditionnelles de Corse (publié en 1996 : A Messagera/ Squadra di u Finusellu).
* Comme en témoignage le livre d'orgue manuscrit des Stacchino, père et fils organistes à Bonifacio à la fin du XIX° siècle et au XX° siècle: je garde un très beau souvenir de notre rencontre avec J.B. Stacchino, alors très âgé, en compagnie du tout jeune Bernardu Pazzoni dans les années 1980.
Voir la note:
http://elizabethpardon.hautetfort.com/archive/2010/11/05/cimetiere-bonifaziu-avec-jean-tardieu.html
00:20 Publié dans corse, livres sur la corse, musique traditionnelle corse, orgues historiques de Corse | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : museu di a corsica, la corse et la musique, antoine massoni | Facebook |
27/10/2012
Agriate: la ferme d'Ifana
Dans l'Agriate en cet automne 2012
une (chaude!) balade
à la rencontre de la ferme génoise d'Ifana
avec les fidèles amies Colette, Chantal et Hélène ...
Tout d'abord, je signale ce petit ouvrage précieux et charmant , écrit par un amoureux des Agriate, Jean-Michel CASTA et accompagné de bien jolies illustrations de Fabien SEIGNOBOS - publié par le Conservatoire du Littoral, Actes Dud/ Dexia Editions. Le Conservatoire du littoral a acquis depuis 1979 5.514 hectares, dont 35 Kilomètres de côtes qui sont désormais protégées et surveillées.
Je vous renvoie, pour la présentation de l'Agriate, improprement nommé " Désert des Agriates", à quelques sites . Le premier, daté de 2007, établit le diagnostic de cette région et c'est certainement l'approche la plus pertinente pour quiconque souhaîte découvrir et comprendre en profondeur cette magnifique région et la politique difficile de sauvegarde d'un patrimoine exemplaire :
www.agriate.org/documents/diagnostic_agriate0307.pdf -
http://elizabethpardon.hautetfort.com/archive/2009/06/19/monte-revincu-et-chiesa-nera-14-juin-avec-colette-chantal-et.html
Ce jour-là, nous avions décidé d'aller visiter ou revisiter la ferme d'Ifana, en partant du Domaine de l'Ostriconi sur la N 1197 ...
En ce mois d'octobre, les pluies ont eu le temps de réveiller la nature de sa torpeur estivale. Journée chaude, en dépit de ce milieu d'automne : le ciel un peu voilé fait chanter les verts dans ce vaste paysage de collines et de montagnes.
En chemin, cette occupation forte:
un oriu,
habitation troglodyte aménagée dans un abri sous roche,
utilisée par les anciens agriculteurs venus de Balagne ou du Cap Corse de la fin du printemps jusqu'à l'automne (après labours et semailles), puis par les bergers en transhumance d'hiver. Elle nous raconte la vie ancienne dans l'Agriate, une vie rude sur des sols souvent pierreux et revêches , un peuplement nomade, riche d'activités qu'il nous faut à présent imaginer: s'il reste encore quelques bergers, les nombreux petits cultivateurs d'autrefois ont disparu. Les incendies cataclysmiques ont détruit une partie de cette région autrefois si cultivée qu'elle avait reçu ce nom d'Agriate (ager, le terrain cultivé ou cultivable): à partir du moment où la nécessité vitale ne maintient plus les hommes sur leur territoire, la désertification commence et les jours de grand vent, les feux peuvent déferler à leur aise ... Ce qui fut le cas du dernier grand incendie de 1992, massacrant faune et végétation . Depuis la vie a repris, mais les arbres cultivés ne se sont pas renés de leurs cendres,
laissant désormais la place aux oliastres, au maquis,
aux chasseurs et aux randonneurs ...
festin de couleurs : les arbousiers fleurissent et fructifient
deux pagliaghji ( pailliers) au bord de la piste, avec le toît arrondi, caractéristique de la région.
après deux petites heures de marche à travers la solitude du maquis, des cystes, des arbousiers, des oliastres, d'une végétation opiniâtre et généreuse resurgie au lendemain du feu, saine, sobre, libre, cavalcadant sur la pierraille, ô combien odorante ...
et soudain, au loin,
la voilà, imposante, orgueilleusement dressée en son vallon, sur son territoire organisé, maîtrisé, scandé de murs, d'enclos, de jardins, planté d'oliviers, de fruitiers ...
la ferme génoise d'Ifana et ses dépendances,
Construite au XVII° siècle pour répondre à la politique génoise de développement de l'agriculture, la ferme d'Ifana sera tout d'abord gérée par la famille aristocratique génoise des Spinola: " Ceux-ci s'engageaient à développer la culture du blé, de la vigne et de l'olivier, ainsi qu'à bâtir ou à consolider les tours littorales" ((J.M. Casta, " Les Agriate", opus cité plus haut). L'histoire du domaine d'Ifana suit l'histoire de la Corse: après 1769, confisqué sous l'Ancien Régime, balloté entre bien national ( sous la Révolution) et propriété privée, il finit, et cela est heureux, par être acquis par le Conservatoire du littoral,
qui a déjà mis la toîture des deux principaux bâtiments hors d'eau, la grande maison de maître et la bergerie.
la somptueuse bergerie, surmontée d'un étage où logeait le berger,
longue de ses 25 m, avec ses arcades et sa voûte basse dit assez l'opulence du domaine.
Devant la façade de la grande demeure, un vieil orme, miraculé des feux,
distille sa lumière à travers un feuillage encore bien vivace,
résiste et veille sur le vallon : oliviers eux aussi rescapés des flammes... murs, douceur d'un paysage travaillé au long des siècles.
près de la maison,
le four à pain, prêt à reprendre du service.
Au rez-de-chaussée de la maison, les pièces réservées à l'exploitation:
comme ce palmentu (pressoir),
portant sur son reste de crépi d'énigmatiques incisions ... Un compte ? oui, peut-être, mais de quoi?
puis à l'étage , l'abandon des anciennes et nobles pièces d'habitation...
avec cette cheminée aménagée de la cuisine
et sur une cloison, ces extraordinaires graffiti historiques :
" Souvenir inoubliable de joie 8 mai 1945",
accompagné de croix de Lorraine,
et de drapeaux tricolores : témoins de l'histoire contemporaine, échos émouvants et inattendus de la Seconde Guerre mondiale en Corse * ...
Nous en sommes réduits à imaginer les auteurs de ces inscriptions: des résistants, ou de simples habitants de la vallée libérés des contraintes de cette époque troublée?
Tout autour, scandés de murs de perres sèches, de beaux champs et leurs oliviers préservés, où s'entend encore le travail de ces générations d'hommes et de femmes pour qui sait écouter ce que murmurent les pierres et les arbres
et un peu plus haut, bien ventée, l'aghja:
par ses dimensions, cette très grande aire de battage signe elle aussi la richesse du domaine d'Ifana.
à côté, ce pommier sauvage
Il est temps de laisser - à regret - derrière nous cet ensemble encore façonné par tant de témoignages du labeur humain et de la volonté politique d'une mise en valeur programmée de la Corse par ses divers "gestionnaires". Gageons que le Conservatoire du littoral saura trouver les subsides nécessaires à la restauration et la sauvegarde de ce patrimoine si particulier et charhé d'histoire, et qu'il saura dégager une politique efficace pour le transmettre et le gérer au mieux des intérêts de la collectivité.
* A lire au sujet de cette période tourmentée de la Seconde Guerre en Corse l'excellent livre d'Hélène CHAUVIN: " La Corse à l'épreuve de la guerre, 1939-1943" , dans la collection Chroniques, Vendémiaire Editions.
18:11 Publié dans balades en Corse, corse, découverte du patrimoine en Corse, livres sur la corse | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : agriate, ostriconi, ferme génoise d'ifana, oriu, seconde guerre mondiale en corse | Facebook |