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01/04/2015

Sittimane Santa: a Schjudazione di Munticellu

 

A SCHJUDAZIONE

Vendredi Saint à Munticellu

3 avril à 15 h :

le vendredi 3 avril, la Cunfraterna San Carlu Borromeu di Munticellu va renouer avec une célébration très ancienne du Vendredi Saint en représentant à l'oratoire San Carlu  la Schjudazione (le " déclouement ") , la Déposition de Croix et la Déploration du Christ gisant en son sepolcru: dans la tradition de Munticellu, un partage théâtralisé de la Passion du Christ .

 

 

On le sait, toute la Corse s'apprête à vivre la Settima Santa à travers Via Crucis, Cerca, Granitula, e Tenebre ...  A Munticellu, cette célébration si particulière du Vendredi Saint  n'avait plus été partagée depuis plus de quatre-vingts ans mais elle marquait encore la mémoire des plus anciens du village, l'inscrivant d'une façon dramatique dans la ferveur  de la Semaine Sainte . C'est la renaissance de la jeune Cunfraterna San Carlu Borromeu  qui a permis ce travail de mémoire, les plus jeunes sollicitant les souvenirs des plus vieux, des souvenirs encore imprégnés  d'émotion et qui racontaient un monde désormais révolu où la religiosité de toute une communauté s'exprimait naturellement à travers son patrimoine : en témoignent les quatorze stations de la Via Crucis, le Christ du sepolcru avec sa croix immense, et l'évocation de l'intense piété qui habitaient les fidèles, les faisant traverser l'oratoire à genoux le Vendredi Saint ... 

10- Monticello le Christ dans son catalettu copie.jpg  le Christ de la Passion gisant sur son catalettu  (banc d'exposition des morts)

Tout est parti de la volonté des confrères de veiller sur ce patrimoine de la confrérie San Carlu ( XVII°s.),  en commençant par la restauration de cet extraordinaire Christ en bois polychrome, aux bras articulés - lui aussi du XVII° s. et qui dormait en assez mauvais état dans son logement étroit : il fait partie de ce patrimoine "éphémère", conçu pour l'usage exclusif de la Semaine Sainte et  que l'on ne présente qu'à ce moment, tout comme les étonnants décors et personnages peints des sepolcri monumentaux que l'on peut encore voir dans quelques villages de Corse :

 

le Christ dans son catalettu copie.jpg

Une restauration confiée au restaurateur d'œuvres d'art Renato Boi  qui a su, après consolidation, restituer toute sa présence et sa beauté à ce Christ gisant ...

Il  témoigne d'un rituel propre au village le jour du Vendredi Saint, où se joue la dramaturgie du Christ mourant sur sa Croix , puis, décloué, pleuré par la Vierge et les Saintes Femmes, enfin déposé dans son sepolcru  .

Un rituel qui trouve de nombreux échos dans l'iconographie de la Semaine Sainte en Corse ...

 

Brando Poretto sepolcru Déposition Brunetti  copie.jpg

la Déposition, élément du sepolcru de Mausoleu Brando ( Luiggi Brunetti)

 

Déposition de croix (2) copie.jpg

la Déposition - Chemin de croix de Munticellu, du même Luiggi Brunetti ,1849

 

a schjudazione,monticello

La Déploration du Christ,

élément du grand sepolcru de San Damianu (Castagniccia),

peint par Giacomo Grandi.

Les confrères chanteront à cette occasion le Stabat Mater:

"Cujus animam gementem

Contristatam et dolentem

Pertransivit gladius

et le peuple reprendra en chœur le refrain:

"Santa Madre questo fate che les piage dell Signore siano impresse nell moi cuore"

 

 

a schjudazione,monticello

 

 la Déploration de la Vierge,

élément du grand sepolcru de Ficaghja (Francescu Carli)

A côté du groupe Mère et Fils, gisent au sol la couronne d'épine et les clous, qui auront été présentés à la Vierge au cours de la Schjudazione, et ce sera l'occasion, pour les femmes,  de chanter pour la première fois le "Pianto della Madonna", un long poème (1855) du célèbre  Filippo Parodi (l'auteur de la Lira Sacra) et "mis en voix" pour le Vendredi Saint à Munticellu :

"Caro Figlio, ahimè qual sorte!

Sei traffitto e tutte esangue,

Fu spietato più d'un angue

Chi ti diè si cruda morte" 

art sacrés,sepolcri peints de corse,semaine sainte en corse,passion st matthieu bach,maureen forester

Le très ancien Christ du sepolcru de Felicetu présenté lors du Vendredi Saint

Une dramaturgie tendue par les chants (dont l'omni-présent Perdono mio Dio) et les textes illustrant et méditant la Passion, et soutenus par la mise en scène dramatique du Christ crucifié sur cette immense croix conçue pour cet espace . Dans le chœur, devant le maître-autel, une profonde cavité attend depuis des siècles que se joue le drame:

 

cavité pour la croix.jpg

C'est là qu'il faudra dresser la lourde croix

mise en croix 1 copie.jpg

chargée du Christ:

un enjeu qui ne laisse personne indifférent, car la manipulation de ce Christ restauré et fragile, à taille humaine, reste très délicate . Mais tout le monde ici veut être à la hauteur des anciens : s'ils ont pu le faire, nous le ferons aussi!

 

mise en croix 2.jpg

C'est le moment de vérité:

le patrimoine à l'épreuve de son usage...

 

crucifixion ensemble blog.jpgVoilà qui me rappelle fortement cette mise en croix peinte sur le grand sepolcru de Castellu di Rustinu

mise en place 1.jpg

le Christ en croix.jpg

Vendredi les fidèles sont invités à vivre la Schjudazione de Munticellu en commémoration de la Passion du Christ, qui sera suivie de la procession dans le village et de la traditionnelle Granitula . Un office du Vendredi Saint certes spectaculaire, mais surtout pas un spectacle. Les confrères se seront chargés ici d'une double mission : partager avec tous ceux qui le désirent une véritable méditation sur la Passion, en renouant avec la tradition ancienne de leur village, et redonner en chantant et priant  sens et vie à leur patrimoine. Merci à tous de leur engagement (et toutes les bonnes volontés qui ont permis cette renaissance !) ,  ainsi qu'aux  "femmes de Jérusalem" qui seront à leurs côtés pour pleurer avec la Santa Madre le Christ mort ... Il s'agit ici, pour l'assemblée qui assistera à la Schjudazione, d'entrer dans la com-passion: les évènements dramatiques qui se déroulent  jour après jour dans le monde suffisent à nourrir notre empathie - que l'on soit croyant ou non- et nous souhaitons que la Schjudazione de Munticello  soit un moment privilégié,  où chacun dépose à la porte ses encombrants,  minuscules et mortifères problèmes quotidiens pour partager simplement cet instant de grâce.  

 

le petit Christ.jpg

A retrouver, ce diaporama des Sepolcri de Corse:

http://www.kizoa.fr/Montage-Photo/d2428610kP150780603o1l1... 

 

 

 

 

 

 

11/03/2015

"Bastia, des origines à 1900, naissance et croissance d'une ville" conférence de Michel-Edouard Nigaglioni

Je diffuse volontiers cette information de la Direction du Patrimoine de Bastia

Lundi 16 mars à BASTIA

 "Bastia, des origines à 1900, naissance et croissance d'une ville"

conférence historique de Michel-Edouard Nigaglioni en partenariat avec la Ligue contre le Cancer

à 18 heures, à la salle polyvalente de Lupino.

affiche 2015-03-ligue-16mars-web.pdf  

 

 

Cette fois-ci il s’agit d’une opération menée en partenariat avec une association généreuse et méritante. En effet, à la demande de madame Florence Santini-Gomez, présidente de la Ligue contre le Cancer, la Ville de Bastia a décidé d’organiser une conférence historique :

 

 Bonjour à tous les amateurs d’'art et d’'histoire de notre réseau,

  

Voici un mail circulaire d’'information, comme vous en recevez de notre part pour les grandes occasions (journées du patrimoine, expositions, conférences).

Cette fois-ci il s'’agit d'’une opération menée en partenariat avec une association généreuse et méritante. En effet, à la demande de madame Florence Santini-Gomez, présidente de la Ligue contre le Cancer, la Ville de Bastia a décidé d’organiser une conférence historique :

 

lundi prochain(16 mars 2015), à 18 heures, à la salle polyvalente de Lupino.

 

L'’entrée sera libre mais une urne pour recueillir des fonds sera disposée à l’'entrée.

  

Michel-Edouard Nigaglioni, directeur du Patrimoine, a été chargé de concevoir cette conférence, intitulée :

 

"Bastia, des origines à 1900, naissance et croissance d'une ville"

 

Celle-ci sera très documentée tout en restant accessible à tous car destinée au public le plus large.

 

Les propos du conférencier seront illustrés de plus de 200 images. Le but de l'exposé est de permettre au public d'imaginer ce à quoi ressemblait le Bastia des origines (vers 1380), puis de suivre son évolution, siècle après siècle.

 

Les métamorphoses successives de la ville seront expliquées et illustrées à l'aide de nombreuses reproductions de tableaux anciens, de gravures, de plans aquarellés et de dessins. Ces précieuses images du temps passé proviennent des réserves de divers Musées ainsi que de différents fonds d'archives, de Corse, de France continentale, d'Angleterre ou d'Italie. Le National Maritime Museum de Londres, la Bibliothèque de Florence et l'Archivio di Stato de Gênes ont livré d'inestimables trésors. 

 

Le public verra beaucoup de choses étonnantes sur le Bastia d'autrefois. Il y verra par exemple d'impressionnants clichés datant des débuts de la photographie, sous le règne de Napoléon III. À cette époque, les Bastiaises circulaient dans les rues de la ville affublées de volumineuses crinolines, si jolies mais tellement inconfortables…

 

Les auditeurs prendront progressivement conscience qu'une ville n'est pas un ensemble architectural figé et immuable, mais qu'au contraire, elle est un être vivant en constante évolution.

 

 

Quand l'église Saint Jean-Baptiste n'avait qu'un seul clocher (avant 1864)

 

 

 

Au premier plan, la tour des Jésuites, aujourd'hui démolie (photographie de 1855)

 

 

 

La place Saint Nicolas inachevée, et sans ses palmiers

 

 

   

Les Bastiaises en crinoline, sous le Second Empire

 

 

 


 

 

 

Pour un complément d’information :

 

http://www.bastia.fr/rubrique.php?id_article=24002&id...

http://www.corsenetinfos.fr/Bastia-La-ville-se-ligue-cont...

 

Voir également les 3 affiches éditées pour l’occasion en pièce jointe.

 

Venite numarosi !

 

 

 

 

2015-03-ligue-16mars-web.pdf 2015-03-ligue-generiq-web.pdf

19/09/2014

L'exposition des Journées du Patrimoine 2014, à Bastia






> Message du 17/09/14 17:19

 

A l’occasion de la 31e édition des Journées Européennes du Patrimoine 2014

 

l’exposition temporaire :

 

Tito de Caraffa,

itinéraires photographiques en Corse (1890-1920)

 

Conçue et réalisée par la Ville de Bastia avec le soutien de la Collectivité Territoriale de Corse

 

Sera inaugurée samedi prochain, 20 septembre à 11 h, dans la cour du Palais des Gouverneur,

en présence de Monsieur Gilles Simeoni, maire de Bastia.

 

 

Ce sera l’occasion de découvrir plus d’une centaine de photographies anciennes dont la plupart ont spécialement été restaurée. Ne manquez pas cet évènement.

 

  Vue de Saint Florent avant restauration.

 

 Vue de Saint Florent après restauration.

 

D’autres précisions sur le programme des Journées, les horaires, les réservations et les contacts sont disponibles sur le site officiel de la Ville, en cliquant sur le lien ci-dessous :

 

http://www.bastia.fr/rubrique.php?id_article=22402&id...

 

Vous pourrez  notamment télécharger le dépliant-programme à partir de cette page.

 

 

 

 

21/01/2014

2- le blues des orgues historiques de Bastia: l'orgue de l'oratoire Sainte Croix de Bastia

Dans la continuité de la note précédente, je réédite cette note d'avril 2010
 Mais pourquoi donc restaurer les orgues de Corse?
Un cas de figure particulier parmi tant d'autres:
dans la cité de Bastia,
l'orgue de l'Oratoire Sainte Croix,
"cappella della Santissima Annunziata,
oratorio della veneranda confraternita
della Santa Croce"
orgue Ste Croix Bastia ensemble blog.jpg
Mardi 20 avril 2010, avec l'aide précieuse d'Emile Tomasi,  de Frédéric Antomarchi et de Jean-Baptiste Raffali, il m'a été possible de rendre visite à quelques un(e)s des orgues les plus intéressant(e)s de Bastia .
 Ici, le magnifique petit orgue de l'Oratoire Sainte Croix à BASTIA, classé monument historique en 1992,  attend toujours un  réveil espéré dans son écrin fastueux, théâtral et doré ...
*
L'orgue, construit à l'origine pour la confrérie  de la Conception (dépendant de l'église saint Jean-Baptiste) de la ville basse de Bastia ,  par le  facteur  romain Biasio VISCHEA, fils de Brutus Vischea,  va être vendu en juin 1642 à la vénérable confrérie de la Sainte Croix  (dépendant de l'église cathédrale Santa Maria Assunta ) de la ville haute . Le beau buffet XVIIe de l'époque que l'on peut admirer aujourd'hui abrite une tuyauterie datant de la reconstruction en 1762 de l'orgue,  vraisemblablement, d'après Sébastien Rubellin, par le  milanais Giuseppe LAZARI , auteur de nombreux instruments en Corse entre 1747 et 1761 ... L'orgue a connu plusieurs interventions plus ou moins heureuses au cours des siècles suivants - de Giovan Filippo SISCO  à partir de 1793 , puis des frères Luigi et Giovanni De FERRARI à partir de 1841 , puis de Joseph ORLANDINI à partir de 1880; au XXe, Antonio de FERRARI entretient l'orgue, puis Giuseppe TRONCI en 1931, jusqu'au relevage en 1954 effectué par Claude Hermelin ... 
*
Je vous renvoie à la notice détaillée rédigée par Sébastien RUBELLIN dans la belle monographie  sur l'Oratoire Sainte Croix, réalisée sous la Direction du Patrimoine de la Ville de Bastia en 2002.
*
orgue ste Croix de Bastia blog.jpg
 (La tribune reconstruite vers 1762, oeuvre de Stefano Solari, repeinte  autour de 1856)
Double dédicace de cet orgue: 
au centre de la tribune, une scène de l'Annonciation,
et au centre du fronton interrompu couronnant le buffet XVIIe, la Croix dans sa gloire rayonnante.
 
 C'est que cette confrérie de la Sainte Croix est placée sous la protection de la Vierge de l'Annonciation :
 
  tableau Annonciation autel blog.jpg
(Au-dessus du maître-autel, l'Annonciation peinte en 1633 par le florentin Giovanni Bilivert)
Ce thème de l'Annonciation se trouve répété à différents endroits de l'édifice, sur la voûte, sur le tableau du maître-autel, sur les stalles des confrères ...
Toujours est-il que cette confrérie de la Sainte Croix accueillait environ 300 confrères au milieu du XVIIe (cf. la monographie citée plus haut) et qu'elle avait un rôle primordial pour la vie de Bastia  alors génoise : non seulement   elle s'attreignait aux obligations habituelles des confréries, prières, processions, charité envers les misérables et les défunts dont elle organisait et assumait les funérailles , mais de plus elle gérait depuis 1596 l'hôpital voisin dédié aux infirmes, aux enfants trouvés, aux pauvres.
 
  C'est la confrérie la plus ancienne de la ville (début XVe), mais ce n'est pas la seule. Deux autres confréries ne vont pas tarder à rentrer en concurrence avec cette confrérie Sainte Croix, alors dirigée par les Génois: les Corses de la ville basse "font sécession" et créent celle de Saint Roch puis celle de l'Immaculée Conception. Des rivalités qui vont se traduire par la reconstruction d'oratoires plus vastes et par une compétition acharnée dans le faste des décors et des cérémonies .
 
 Lacréation des orgues de ces trois confréries s'inscrit dans cette dynamique et traduit leur volonté de se distinguer par l'excellence ... Elle souligne aussi l'intensité de la vie musicale de cette cité génoise, où chanteurs et musiciens étaient nombreux, le maître de chapelle et organiste accompagnant les offices à l'orgue lors des jours de fête ...
 
sainte Croix clavier blog.jpg
Le clavier de l'orgue de sainte Croix refait en 1841 par les frères Luigi et Giovanni De Ferrari ...)
 

ste Croix tuyaux de façade blog.jpg

(et sa tuyauterie de 1762 :
même modifié au cours de son histoire, cet orgue reste l'un des plus anciens et des plus intéressants de l'île.)
Ste Croix, la voûte blog.jpg
(au centre de la voûte, le médaillon peint en 1758 par le bastiais et membre de la confrérie de Sainte Croix,
Saverio Farinole  , représentant l'Annonciation)
 
Même le très chauvin Prosper Mérimée, missionné en 1839 pour inspecter le patrimoine de la Corse par l'administration des Beaux-Arts,  habituellement peu enclin à célébrer l'art baroque italianisant de l'île - la prise en main de la Corse par la France est encore trop fraîche et l'Italie encore trop présente au goût du pouvoir français dans les moeurs quotidiennes et culturelles des corses - ,  notre Prosper, donc , va être ici impressionné par tant de richesse et de luxe ostentatoires ...
*
Le raffinement de l'ensemble du décor barocheto génois de cette confrérie trouverait un accomplissement prestigieux si l'on arrivait à débloquer le dossier de la restauration de l'orgue.  Redonner sa voix à l'église Sainte Croix contribuerait à enrichir le statut de Ville d'Art et d'Histoire de Bastia en la dotant d'un lieu particulièrement harmonieux pour la musique sacrée et la musique de chambre. Digne des plus belles capitales européennes ... et surtout digne des confrères actuels qui continuent d'y faire vivre la tradition de l'oratoire.
 
Les anciens Bastiais avaient su conjuguer ici dans une même émotion la beauté des images et celle de la musique pour la plus grande gloire de Dieu ... et de la cité . Leurs descendants actuels ont fait d'immenses efforts pour entretenir, restaurer et transmettre au mieux ces décors stuqués élégants et gais, mais on attend aujourd'hui que renaisse le chant de l'orgue en osmose avec  l'esprit barochetto des ors, des lapi-lazuli, des turquoises : faire l'impasse de cette restauration , serait se condamner à vivre amputé d'un sens essentiel à la perception de cette église.
Enfin cet orgue dont on pourrait aisément retrouver l'âme du XVIIIe, donnerait cet exemple de l'esthétique musicale de l'époque qui manque aujourd'hui à la ville de Bastia. Rappelons que le magnifique orgue Serassi (1844) de la cathédrale Sainte Marie toute proche honore l'évolution musicale du XIXe siècle : Bastia mériterait bien de retrouver toute la diversité de cette richesse organistique, d'autant que la ville est dotée d'une  classe d'orgue au sein de son école de musique ...
 
Il faudrait  qu'enfin l'on reconnaisse cette place primordiale du  patrimoine des orgues au sein de la Corse, un riche héritage qu'on nous envie dans l'Europe toute entière mais dont on ne sait toujours pas saisir les enjeux humains et économiques sur l'île .
l'archange Gabriel, stalle du Prieur blog.jpg
 
(l'archange Gabriel, stalle du Prieur)
... à suivre, pour les images des confréries de saint Roch et de l'Immaculée Conception ...

20/01/2014

1- le blues des orgues historiques de Bastia

 

Bastia, promue Ville d'Art et d'Histoire en 2000

grâce à son richissime patrimoine baroque religieux,

s'est montrée, par le passé, digne de son ancien statut de capitale de la Corse génoise.

Depuis elle a consenti à de considérables et louables efforts pour inventorier, faire connaître  et relever son patrimoine religieux, en particulier avec les excellentes publications de la Direction du Patrimoine de la Ville de Bastia, sous la houlette de Fernande Maestracci et de Michel-Edouard Nigaglioni. Mais elle semble malheureusement s'être aussi quelque peu désintéressée depuis des années de la vie de ses orgues historiques - qu'ils soient protégés ou non par les Monuments Historiques. Certains vivaient encore tant bien que mal à la fin des années 90 et nous les avons vus se dégrader inexorablement au fil des ans jusqu'à parfois se taire aujourd'hui (... Saint Jean-Baptiste, Saint Charles, Sainte Marie). Bastia ne possède à l'heure actuelle plus que deux orgues en activité, celui de Notre-Dame de Lourdes construit par le facteur d'orgues français Jacquot-Lavergne de 1958,  et le grand instrument de Saint Jean-Baptiste, également de Jacquot Lavergne (1958), et qui donne depuis longtemps de grands signes de fatigue: ce ne sont malheureusement pas les orgues les plus emblématiques de la ville de Bastia, car ils n'illustrent certes pas son passé historique ni l'esthétique italo-corse  représentative d'une grande partie du patrimoine organistique de la Haute_Corse.

Une situation que l'on espère voir évoluer favorablement à l'avenir, prise de conscience oblige et ce, quelle que soit la nouvelle municipalité en place en mars prochain.

Nous connaissons le coût des restaurations et le sacrifice financier qu'il impose aux communautés. Nous savons aussi que les urgences ne se font sans doute pas sentir à ce niveau, que les problèmes de réhabilitation des maisons anciennes du Vieux Bastia sont parfois autrement dramatiquement vécus (cf la gestion du quartier du Puntettu). Mais ces orgues historiques sont  une part importante  du patrimoine de la Ville de Bastia, et leur état témoigne tout autant que les immeubles plus ou moins insalubres de ce qu'est la ville aujourd'hui.

Aux amoureux de Bastia de les relever peu à peu et  de leur donner un nouveau souffle ... D'autant plus, et il faut le préciser, que l'Ecole de Musique de Bastia a mis en place une classe d'orgue avec l'organiste Elise Lancerotto qui dispense ses cours sur l'orgue privé Loriaut mis à disposition dans l'église du Sacré-Coeur , et que ROC (Renaissance de l'Orgue Corse) organise un stage annuel d'interprétation avec les meilleurs organistes internationaux.

 

Bastia orgue Serassi Ste Marie.jpg

l'orgue Serassi (1844) de la cathédrale Sainte Marie

Avant tout, nous rendons hommage aux recherches précieuses de Sébastien Rubellin pour sa thèse de doctorat en 1994, thèse publiée chez Alain Piazzola en 2001: l'ORGUE CORSE de 1557 à 1963. Une mine de renseignements inépuisables qui met les communautés au coeur de la vie des orgues: l'histoire des orgues de Bastia en reflètant l'histoire de cette ville, s'inscrit dans "la grande Histoire".

La grande déshérence des orgues bastiais

Une brève liste douce-amère, celle des orgues désirés et construits par les Bastiais d'autrefois pour les nombreux édifices religieux de Bastia, en commençant par les deux églises les plus importantes de Bastia:

 

- Cathédrale Santa Maria - Serassi 1844 - hors-jeu, moteur grillé récemment

- église San Ghjuvan-Battista - orgue de tribune - Jacquot Lavergne 1858- joue , grâce à Pierre Vallecalle, mais en mauvais état .

- église San Ghjuvan-Battista - orgue de choeur- Agati-Tronci 1887 - démonté

- église San Carlu (ancienne église des Jésuites, alors dédiée en 1635 à Sant'Ignazio di Loyola , jusqu'à leur expulsion en 1769 et depuis lors transformée en confrérie dédiée à San Carlu Borromeu) - Agati-Tronci 1887- injouable faute de soins

- église Notre-Dame de Lourdes- Jacquot Lavergne 1958 - en service!

- oratoire Santa Croce - Blasio Viscia - 1642 - hors jeu

- oratoire San Roccu - Giuseppe Lazari 1750 - hors jeu

- oratoire Immaculata Cuncezzione - Luiggi et Giovanni De Ferrari 1848 - hors jeu

- église St Nom de Marie- Luiggi et Giovanni De Ferrari 1849 - disparu

- chapelle Madonna di Monserato - Giovanni De Ferrari - 1869 - disparu

- chapelle San Ghjiseppu - Giovanni De Ferrari 1861 - disparu

- église San Vincenzo di Paoli (église de l'ancien couvent des Missionaires lazaristes, aujourd'hui partie du lycée Jean Nicoli) - un orgue attesté par l'inventaire révolutionnaire de 1790) - disparu

- église du Couvent des frères Mineurs St François: orgue transféré à Capraia, voir l'article:

http://storiaisoladicapraia.com/2013/12/28/1792-lorgano-della-chiesa-di-san-nicola-da-bastia-a-capraia/

 

***

 

Alors que l'émulation porte ses fruits dans les villages, en particulier en Haute-Corse,  où l'on note un grand nombre de restaurations d'orgues historiques depuis 1963,  (date de la première restauration "à l'identique" du petit orgue de La Porta par le facteur d'orgue B. Formentelli et engouement alors relayé par l'action efficace de l'association Renaissance de l'Orgue Corse ), Bastia semble avoir laissé sombrer peu à peu ses orgues  dans une léthargie inquiétante ...

 

... Tempus edax rerum ...

Les orgues faisaient autrefois partie de la noble compétition que se livraient communautés, paroisses,  confréries pour célébrer avec un maximum de fastes la louange divine: les stucs des autels, les décors peints, les ors, les damas, les statues, les retables résonnant sous les doigts des organistes talentueux dûment choisis (Bastia, ville musicale s'il en fut! ne manquait pas de bons musiciens) .

Il n'est que de contempler ces beaux buffets logés sur leurs fastueuses tribunes où se sont illustrés les meilleurs ébénistes et les meilleurs facteurs d'orgues de leur temps.

Quelques exemples, en commençant par les deux oratoires de confrérie de la rue Napoléon:

 l'orgue de l'oratoire de la Conception: muet

Bastia orgue Conception blog.jpg

Buffet du XVII°s. ; tambour et tribune de l'ébéniste corse Bernardo Cagnano, en 1772; partie instrumentale reconstruite par les frères De Ferrari en 1848.

A l'origine le buffet abritait l'orgue construit par le facteur d'orgues romain Blasio Viscia, alors domicilié à Bastia: cet orgue est vendu à la confrérie Sainte Croix le 25 juin 1642 ... et remplacé et entretenu par différents facteurs: Pietro Pirani (1766, 1770); Giovan Filippo Sisco (1796, 1804); Giuseppe Crudeli (1808); reconstruit par les frères De Ferrari en 1848; Filippo Tronci modifie l'instrument (fin XIXe); enfin Claude Hermelin installe une soufflerie électrique  (1954: ce n'est pas bien vieux!)

Bastia orgue Conception détail copie.jpg

l'élégant buffet du XVII° s.

"L'orgue de l'Immaculée Conception présentait la particularité d'avoir un accessoire, installé dès 1848, en vogue à cette époque en Italie mais encore très rare en Corse. Il s'agissait d'une "Banda Militare", constituée d'une grosse caisse agrémentée de deux cymbales commandée par une pédale, ainsi qu'un jeu de clochettes. Ce dispositif servait à illustrer le répertoire musical à la mode, largement influencé par la musique d'opéra." (...) L'oratoire de la Conception a été un haut lieu de la vie musicale bastiaise."

(extrait de la publication éditée par la ville de Bastia, Direction du Patrimoine sur cet oratoire: " Oratoire de la Conception, une visite guidée")  Merci à Michel-Edouard Nigaglioni et à Sébastien Rubellin!

console.jpg

 

 

 

La console de l'orgue  de la Conception.

En 1847, "l'organo vecchio" est vendu et transfété à la paroisse de Cardo, pour laisser la place à l'orgue construit par les frères de Ferrari. 

La partie mécanique est remaniée (dommage!) à la fin du XIXe s. par  Filippo Tronci, qui remplace le clavier manuel, le tirage des jeux et la soufflerie, mais garde la tuyauterie de Luigi De Ferrari .

 

 

 Claude Hermelin installe une soufflerie électrique en 1954,: ce n'est pas si vieux ...

 

 

 

En ce qui concerne la vie musicale de Bastia, je vous recommande chaudement la lecture de cet article sur le Théâtre Municipal de Bastia, passionnant! :


http://www.patrimoine-bastia.com/cinq-expositions-tempora...

 

Quand on sait que Bastia donnait le ton à tous les amateurs de musique de l'île, on comprend l'influence exercée par le goût bastiais pour l'opéra jusque dans le moindre des villages de Corse ... en témoignent les réductions d'opéra pour piano que l'on retrouve dans les vieilles demeures de Balagne ou du Cap Corse, et en témoignent également les accessoires des orgues construits dans le troisième tiers du XIX° siècle, avec la présence fréquente de cette fameuse "Banda Militare" ...

Muro banda militari blog.jpg

 

 

 

comme en Balagne, à Muro, (orgue restauré par J.F. Muno)

la Banda Militare de l'orgue Agati-Tronci (1880): quel punch pour les entrées majestueuses!

 

 

Le premier orgue (de B. Viscia) de la Conception sera donc transféré en 1642  à l'oratoire Sainte Croix, près de la cathédrale Ste Marie dans la citadelle, puis remplacé ...

On l'aura compris, chaque confrérie rivalise avec sa voisine: ainsi de l'Oratoire Saint Roch, à quelques pas de l'Oratoire de la Conception, rue Napoléon:

l'orgue de l'oratoire  Saint Roch: muet

Bastia orgue st Roch blog.jpg

l'orgue de Giuseppe Lazari, 1750. Dans les chroniques anciennes, on mentionne la présence d'un orgue dès le XVII° s. ...

St Roch clavier.jpg

San Roccu, clavier et tirage des jeux

ange bucinateur.jpg

et l'un des deux anges bucinateurs. Je complèterai plus tard les informations sur cet orgue.

 

l'orgue de l'oratoire Sainte Croix: muet

 

Ste Croix, la voûte blog.jpg

 

ce bijou d'art baroque (ici, le décor barochetto de stucs dorés qui a remplacé le décor initial, détruit par le bombardement de la citadelle par la flotte anglaise  le 17 novembre 1745 ...)  méritait bien d'abriter une petite merveille:

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 C'est probablement le milanais Giuseppe Lazari qui reconstruit l'instrument de Ste Croix en 1762.

 

(voir la note longue consacrée à cet instrument:)

http://elizabethpardon.hautetfort.com/tag/orgue+de+sainte...

" Classé monument historique en 1992, l'orgue de Sainte Croix est répertorié parmi les plus précieux du patrimoine insulaire. Avec son buffet du XVIIe siècle et sa tuyauterie de 1762, il est aujourd'hui l'un des instruments les plus anciens et les plus attrayants de Corse" ( extrait de la publication de la Direction du Patrimoine de Bastia sur l'Oratoire Sainte Croix)

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Bref, ce serait bien dommage de se priver de faire sonner ce petit joyau dans son écrin doré ... lui qui jouait encore au milieu du XXe siècle (relevage de Claude Hermelin en 1954).

 

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l'état actuel du clavier ...

 

l'orgue de la confrérie Saint Charles: injouable

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Buffet de 1742, partie instrumentale L. De Ferrari 1837 reconstruite par Tronci 1887

Un premier orgue - dont on ne sait quasiment rien sinon qu'il a été démonté et vendu à la paroisse d'Olmeta di Tuda, alors nommé Olmeto di Nebbio en 1888 - habitait cette église jusqu'à ce qu'il soit remplacé par l'orgue de St Jean-Baptiste: à l'origine, l'orgue de Giuseppe Lazari, construit en 1742 pour l'église St Jean-Baptiste,  va être transporté à St Charles en 1887 et totalement reconstruit par Agati-Tronci.

Témoignages, cités par Sébastien Rubellin, dans son ouvrage de référence: l'Orgue en Corse de 1557 à 1963 (éditions Piazzola), p. 87, ces articles du Bastia-Journal

"27 mars 1887- Les orgues de St Charles.

(...) Grâce à la générosité de l'Etat qui, malgré ce qu'en disent certaines bonnes âmes- n'a aucune haine pour la religion, les vieilles orgues de StJean sont devenues la propriété de la chapelle du Lycée, plus connue sous le nom d'église St Charles.

Elles ont été complètement restaurées par M. Tronci, le constructeur des nouvelles orgues de St Jean, et se dressent majestueuses au-dessus d'une élégante tribune due à l'habile ciseau du sculpteur Sixte Giannoni (...)

 

29 mars 1887: Inauguration des orgues de Saint Charles

(...) Nous avons été charmés de les entendre, nos vieilles orgues de Saint Jean, rajeunies, puissantes dans leur cadre d'or, et comme heureuses dans ce renouveau de la nature,de leurs nouvelles destinées. (...)

En résumé , l'église Saint-Charles a fait une excellente acquisition."

 

Au fait, l'ancien orgue de St Charles transféré à Olmeta di Tuda a lui aussi disparu entre temps ...

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St Charles, le clavier et le tirage des jeux

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Deux anges musiciens au- dessus du clavier

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Un  buffet, comme souvent, couvert de graffitis, avec la signature de ceux qui grimpaient là-haut pour "souffler", chanter  ... voire s'amuser! Des graffitis qui en disent long sur la vie de l'orgue et de ses hôtes:

 

les orgues de bastia

les orgues de bastia

les orgues de bastia

nostalgie!

Sur ce vénérable instrument Viviane Loriaut a dispensé, quelque temps, ses cours d'orgue. J'ai eu l'occasion de le servir ponctuellement en situation liturgique, il y a de nombreuses années ...

 

 

Et l'orgue de Saint Jean-Baptiste?

 mauvais état .

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En 1742, Giuseppe Lazari construit l'orgue sur cette belle tribune toujours en place aujourd'hui

 

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En 1837 Luigi De Ferrari remanie la partie instrumentale, mais conserve le buffet,

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et sa tribune.Comme on l'a vu plus haut, l'orgue est transféré à St Charles en 1887 et totalement reconstruit par la firme Agati Tronci. J'abrège ses souffrances en terminant par les effets de la guerre à Bastia en 1943, avec l'explosion de la poudrière lors de la bataille germano-italienne (cf Rubellin, opus cité, p. 229) détruisant en partie l'instrument alors en place.

En 1958 Jacquot-Lavergne reconstruit complètement un orgue nouveau, un "monstre" impressionnant (au regard des petits instruments de Corse) doté trois claviers, d'un grand pédalier et d'un système moderne électro-pneumatique,  inauguré par Marcel Dupré le 30 mars 1958 :

 

les orgues de bastia

 

Aujourd'hui en bien mauvais état, il sonne toujours ... grâce au dévouement indéfectible de son jeune organiste Pierre Vallecalle:

http://www.youtube.com/watch?v=tDRKTUueRVI&feature=share&list=UUc0YiQ5yEfyB_K2KQVKgP9Q&index=16

 

http://www.youtube.com/watch?v=OBYTxeZGbRo&list=UUc0YiQ5yEfyB_K2KQVKgP9Q&index=10

Ce grand instrument, s'il n' est pas bien en forme (euphémisme) mériterait lui aussi largement un relevage approfondi, car il est "homogène et très intéressant, voire idéal pour le répertoire adéquat, aussi bien techniquement que musicalement" (dixit notre ami Michel Colin, technicien -conseil pour les orgues de Corse, et qui l'a vu récemment). Ce serait également, s'il était en bon état, un excellent instrument pour l'enseignement ...

Ce qui est sûr, c'est que Bastia possède avec l'orgue de Saint Jean-Baptiste une diversité très intéressante d'esthétiques qui racontent non seulement l'évolution du goût musical, mais aussi l'histoire de cette ville: facture italienne du XVII°s. jusqu'à la fin du XIX°s, puis facture française post-romantique au lendemain de la seconde guerre mondiale. De quoi, si tous ces instruments étaient en état de marche, attirer les organistes de l'Europe entière ...

***

Enfin tournons-nous vers le fleuron organistique de Bastia: le prestigieux orgue Serassi de 1842 ... Hélas, hélas ...

 

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à venir, le blues de l'orgue Serassi en la cathédrale Ste Marie .

... à suivre!