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21/12/2009

Découverte des sanctuaires paléochrétiens de Propriano

Je transmets grâce à Pascal Magnan cette "information" qui me laisse perplexe. Effectivement, comme le soulignera Stéphane Orsini:

"Ne sont surpris que ceux qui ignorent les travaux des pionniers...Notamment en ce qui concerne les datations ! Dommage de la part d'un spécialiste comme Jean Guyon... Quand à dire que la construction des premières basiliques paléochrétiennes date de l'arrivée des évêques africains, c'est une tradition bien récente des années 80... du XXe siècle ! Il est vrai que la Corse a toujours été considérée comme une terre archaïque peuplée d'arriérés qui sont restés en marge de la nouvelle religion pendant que toutes les régions méditerranéennes en  relation avec l'île devenaient chrétiennes !",

Geneviève Moracchini Mazel avait pressenti, il y a un demi- siècle en arrière (!), l'existence d'un sanctuaire paléochrétien non loin de la mer et de l'actuel Propriano. Je la cite dans " Les églises romanes de Corse", publié en 1967 (volume 2, page 375):

"PIEVE DE VEGGENI

(...) Il y a eu, croyons-nous, deux pievanies successives dans la vallée de Veggeni, lesquelles correspondent aux vallées de la rivière de Baracci et de ses affluents: d'abord une piévanie préromane, en surplomb sur le golfe, dédiée à San Giovanni Battista, puis une piévanie romane, plus haut dans la vallée, du XIIème siècle, dédiée à Santa Maria Assunta (aujourd'hui commune de Santa Maria Figaniella).

Nous ajouterons que la piévanir préromane nous semble avoir été bâtie, au cours du Haut Moyen-Age (vers le IX°-X° s. ?) en remplacement du sanctuaire qui devait exister dans la ville romaine - ville qui selon nous existait certainement près de la mer, non loin de l'actuel Propriano. C'est-à-dire que nous avons, dans le cas de cette piève de Veggeni, un exemple interessant de la remontée des populations et de leurs lieux de culte entre l'époque romaine et paléochrétienne d'une part et le Moyen Age pisan d'autre part. Contrairement à ce que nous avons souvent observé, cette dernière époque n'a pas voulu rebâtir la piévanie sur la côte tout à fait, pour des raisons qui nous échappent"

 

Et maintenant, la relation de la "découverte"

"PROPRIANO (Corse-du-Sud)- La découverte exceptionnelle d'un ensemble d'églises paléochrétiennes à Propiano (Corse-du-Sud) constitue, selon les historiens, un précieux témoignage sur l'arrivée tardive du christianisme en Corse. "C'est une belle découverte. Ces vestiges nous ramènent aux origines de la diffusion du christianisme en Corse", a souligné le président de l'Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap), Jean-Paul Jacob, en visite cette semaine sur le site.

Deux églises successives imbriquées l'une dans l'autre, avec nefs et absides, ont été dégagées depuis novembre par les archéologues de l'Inrap. La découverte a été faite sur le chantier de construction d'un lotissement sur 2,1 hectares dans le quartier d'A Quattrina, au centre de Propriano, sur la côte sud-ouest de la Corse. La construction de la plus ancienne église, longue de 16 mètres sur 8,5 de largeur, remonterait au début du VIIè siècle.

Ses murs et ses aménagements liturgiques, bien que de taille modeste, ont été conservés "de manière exceptionnelle", selon l'Inrap, sur plus d'un mètre de haut. Un ensemble de murs et un bâtiment circulaire voisins semblent appartenir à un état antérieur. La découverte d'une boucle de ceinture byzantine situe en effet cette construction à partir du milieu du VIe siècle.

Plus ancienne encore, une nécropole de 72 sépultures attribuable au Ive siècle a été mise au jour. Plusieurs squelettes quasiment intacts y ont été trouvés. L'importance de l'emprise et de ses aménagements pourrait être le signe du siège d'un évêché, qu'aucun texte ne vient toutefois confirmer. "On soupçonnait l'existence d'une agglomération antique.

Mais nous avons été surpris par l'existence de deux et sûrement trois églises successives, la plus ancienne remontant à l'Antiquité", s'est réjoui l'historien Jean Guyon, directeur de recherches au CNRS. Présent lui aussi à Propriano cette semaine, ce grand spécialiste d'archéologie chrétienne a souligné que "la Corse ayant été christianisée tardivement, on y trouve de nombreux édifices d'époque romane mais il est très rare d'y découvrir des constructions antérieures au VIè siècle, surtout dans une petite agglomération".

Des témoignages de l'existence de communautés chrétiennes à partir du IVe siècle, avec le début de la christianisation de la Corse par des évêques d'Afrique du Nord exilés dans l'île par les envahisseurs vandales, ont déjà été découverts à Ajaccio, Aleria, Mariana (Haute-Corse) et Sagone (Corse-du-Sud), comme l'a rappelé le conservateur régional de l'archéologie et des monuments historiques, Joseph Cesari.

Les dernières découvertes relancent l'histoire de Propriano, aujourd'hui dixième ville de Corse avec 3.300 habitants. Agglomération jusqu'au IVe siècle, elle déclina lors des invasions notamment sarrasines jusqu'au XIe siècle qui amenèrent les populations à se replier à l'intérieur de l'île, le port devenant un simple hameau de pêcheurs et aujourd'hui une station balnéaire. Les fouilles doivent s'achever vendredi.

Le sort des vestiges sera ensuite entre les mains du promoteur immobilier, Jean-Jacques Taberner, qui n'est "pas opposé à leur conservation" en les entourant de jardins, et de la mairie en liaison avec les services archéologiques. En attendant, le maire Paul-Marie Bartoli, présent sur le chantier de fouilles, manifeste sa "grande joie" car "maintenant que l'on sait que notre histoire est très ancienne, on ne pourra plus se moquer de nous quand nous fêterons l'an prochain le... 150e anniversaire de la commune".

Pierre LANFRANCHI "

Nous pouvons, une fois de plus,  rendre hommage à Geneviève Moracchini Mazel pour sa perspicacité précoce ... Il ne nous reste plus qu'à espérer que le site soit effectivement préservé de tous les appétits immobiliers: ces témoignages archéologiques nous font ressentir une Corse actrice à part entière dans le monde antique et ne doivent surtout pas disparaître sous la dent des promotteurs ... Ils constituent un véritable enjeu et une dynamique pour la Corse de nos enfants. 

Je transmets également, via FAGEC, et pour information, ce lien :

15/12/2009

en Castagniccia: devinette ...

Entendu récemment, dans un village de Castagniccia, ces bêlements étranges...
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... à qui sont ces brebis ?

26/11/2009

Les Bergers d'Arcadie de Piedicroce, suite et fin

Piedicroce Bergers d'Arcadie sélection copie 2.jpg
Retour à Piedicroce. Une faute d'orthographe (?"ECO" ?) désignée par l'index de notre berger barbu...
Cela dit, cette énigmatique inscription "ET IN ARCADIA EGO" en a fait élucubrer plus d'un: aujourd'hui nous sommes à une époque friande d'interprétations ésotérico/mystiques, à croire que le réel a perdu de sa substance ... Au fait, son anagramme: "I TEGO ARCANA DEI" ne manque pas de ressources... ("Je garde les arcanes de Dieu"). Admettons.
 Je laisse tout cela à qui de droit . A chacun ses rêves, ses cheminements secrets et son goût du mystère.
Simplement, en ce qui concerne l'Arcadie, ce lieu mythique  où vit harmonieusement ce peuple de bergers dans une nature  inviolée, cette Arcadie-là est toujours dans nos rêves: puissante nostalgie d'un âge d'or, ou d'un paradis perdu ... ou d'une Corse pastorale, idyllique, exempte de toute pollution physique ou morale, commerciale ou industrielle, politique ou spirituelle, à vous de choisir ... 
L'Arcadie, au centre du Péloponèse (comme la Corse) est une région de montagnes.  L'une de ses sources, nommée STYX, avait très mauvaise réputation:  mortelle pour les hommes et les bêtes - on dit  qu'Alexandre le Grand aurait été empoisonné par son eau... Jaillissant d'un rocher en hauteur, elle se perdait rapidement sous terre, rejoignant le fleuve souterrain dans lequel elle allait se jeter, ce Styx infernal qui ceint de ses méandres le monde des Enfers.
Parmi les dieux les plus vénérés en Arcadie, PAN, le dieu arcadien des bergers et des troupeaux, une sorte de "démon" mi-homme mi-animal, dont on connait la prodigieuse vitalité - dont on dit qu'il réjouissait le coeur de tous les dieux, et qu'il était l'incarnation de l'Univers ...
Et HERMES, fils de Zeus et Maia, qui, entre autres nombreuses fonctions et non des moindres, est le dieu psychopompe par excellence: il se charge d'accompagner - mission récupérée par St Michel Archange , comme on  le sait - les Ames  des Morts aux Enfers  ... (Pour la petite histoire on chuchote parfois qu' Hermès serait le père du dieu Pan, qu'il aurait eu avec Pénélope, infidèle à Ulysse: mais ceci ne nous regarde pas et n'est peut-être qu'un méchant ragot! ) En tous cas, Hermès non seulement conduit l'âme des morts mais aussi , mais guide celle de l' adepte dans son initiation  spirituelle ...
Bref, si cette pièce du village de  Piedicroce, Pieve d'Orezza, Castagniccia, Corse, dans cette maison liée à la famille des Paoli, aurait pu, comme on pourrait le penser, servir à une époque donnée de lieu de réunion pour une famille philosophique éclairée, voire d'initiés,  sous un plafond détenant une certaine tradition ésotérique, c'est que cette Corse rurale était totalement perméable aux messages et idées   qui ont irrigué l'histoire de  toute l'Europe des Lumières des 18ème et 19ème siècles ... Je ne peux, entre autres, que vous renvoyer sur ce sujet , dans les  Cahiers de la Méditerranée (vol.72/2006:"La Franc-Maçonnerie en Méditerranée (XVIII° - XX° siècle) " à cet écrit de
Michel VERGE-FRANCESCHI:
Pascal Paoli, un Corse des Lumières.
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(A Rome, dans l'église San Lorenzo in Lucina, le tombeau de Nicolas Poussin élevé par les soins de Chateaubriand ...)

25/11/2009

Autour des Bergers d'Arcadie à Piedicroce

La salle des Bergers d'Arcadie à Piedicroce: suite.
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   Aux deux extrémités de cette salle, le motif des sphinges , bustes de femmes, têtes féminines "à l'antique", affrontées de part et d'autre d'une colonne-candélabre crachant à son sommet des sortes de flammes et  reposant sur un socle carré orné de cinq éléments sphériques.  Les sphinx ainsi postés accueille celui qui pénètre dans la pièce par une énigme essentielle: à quoi sert ton existence? A quoi sert l'existence de l'humanité? Les deux colonnes marquent l'espace de ce qu'il me semble être une sorte de  sanctuaire, ou du moins un espace de réunion consacré, pourquoi pas ...  à "la Justice et la Bienveillance, qui sont les fondements de l'humanité".
   Rien de ce lieu n'est laissé au hasard. A qui était destiné à l'origine cette salle? Une "loge" d'initiés?
   Je voudrais, pour tenter d'éclairer cette question, citer cette intéressante conférence de Philippe GUGLIELMI donnée à l'ADECEC à Cervione en 2000. Vous pouvez retrouver ce texte dans les publications en ligne de l'ADECEC:

Philippe GUGLIELMI

La Franc-Maçonnerie
dans le rural corse

 

Une conférence donnée à l'ADECEC au couvent ST François de Cervioni le 5 mai 2000

 

" On note la présence de sociétés de type maçonnique en Corse dés le début du XVIII° siècle. Si ces sociétés ont été qualifiées du terme aujourd’hui péjoratif de secrètes, c’est qu’à l’époque elles constituaient souvent des îlots de résistance à l’occupant. On peut aussi se poser la question de savoir si les carbonari et les pinnuti Corses pouvaient être considérés comme appartenant à des structures maçonniques ? Ni les uns ni les autres ne dépendaient du Grand Orient de France, la seule obédience maçonnique dans la région à l’époque, mais de nombreux membres avaient la double appartenance. Nous verrons que Carbonari et Pinnuti pratiquaient une initiation inspirée directement des rituels de la Franc-Maçonnerie dont ils partageaient également l’esprit de progrès. Ces éléments font qu’ils peuvent être considérés comme une variante de la Franc-Maçonnerie. Peut-être reçurent-ils une patente, ce document de reconnaissance de la qualité maçonnique ?

Pour spécifique qu’elle fut la Franc-Maçonnerie rurale Corse des 18° et 19° siècles s’inspira largement des lumières et entretint naturellement des liaisons avec d’autres sociétés secrètes telles que les carbonari italiens par exemple.

L’objet de cet exposé est de mieux comprendre l’importance des effectifs de cette Franc-Maçonnerie locale qui ne peut s’expliquer que par la bienveillance et la protection dont elle bénéficiait de la part des chefs politiques de l’époque qui en étaient souvent membres, tels le Roi Théodore 1° de Neuhoff ou plus tard Pasquale PAOLI.

Pour mieux approcher l’émergence de ces sociétés initiatiques de type rural, nous étudierons successivement :

- Les sociétés initiatiques et de pensée en Corse des origines à la moitié du XVIII° siècle.

- La Franc-Maçonnerie en Corse du Généralat de Pasquale PAOLI au premier Empire

- La Franc-Maçonnerie rurale en Corse et carbonarisme au XIX° siècle.

 

1°/ Les sociétés initiatiques et de pensée en Corse des origines à la moitié du XVIII ° siècle :

Les Corses sont toujours apparus aux allogènes comme secrets. Qu’il s’agisse des écrivains de l’antiquité, du Pape Grégoire le Grand dans une lettre datée de 598, ou encore l’officier de Picardie dans ses mémoires tous accuseront les Corses de se livrer à des pratiques occultes.

Les confréries religieuses avec leurs cérémonies aux assistants cagoulés, constitueront souvent un refuge, voire une contestation, de la haute hiérarchie ecclésiastique, pouvant aller jusqu’à la rupture. Les membres de la Confrérie étaient par contre souvent proches du ministre du culte local, tant il est vrai qu’en Corse le petit clergé a toujours pris partie pour le peuple.

Des Cathares arriveront en exil en Corse vers 1340, ils auraient inspiré le mouvement des giovannali dont on trouve la trace à Carbini où ils seront exterminés.

Mais l’ère moderne des sociétés initiatiques commence en Corse avec l’arrivée dans la plaine orientale du Baron de Neuhoff qui sera élu Roi de Corse à Alésani en 1736.

Théodore est membre de l’ordre des chevaliers teutoniques de Sainte Marie des Allemands, il est également membre de l’ordre des Roses Croix . Précisons que l’ordre de la rose croix ne doit pas être confondu avec le grade de chevalier Rose Croix qui constitue un degré intermédiaire des 33 grades maçonniques. Théodore aurait réglé cette problématique en ayant reçu les deux initiations.

Les Chevaliers Teutoniques sont un Ordre religieux de chevalerie fondé par des bourgeois de Brême et de Lübeck pendant le siège d’Acre (1191) où ils créèrent un hôpital, avant d’être transformé en ordre militaire (1198). Ils sont soumis à la règle des Templiers pour le soin des malades, et dépendent étroitement de la curie. Leur uniforme est alors un manteau blanc avec une croix noire.

Ragon écrit que Théodore a été envoyé en Corse pour y établir une Loge Maçonnique. Théodore sera très discret sur son appartenance aux chevaliers teutons et à la Franc Maçonnerie. Dans une lettre du 31 janvier 1743, il fait référence à un titre de Grand Maître de l’Ordre Militaire de la Rédemption tout comme il nommera des chevaliers de la clef d’or. Le symbolisme de la clé est commun à la religion Chrétienne, Chiite, et à la Franc-Maçonnerie. Si l’on trouve la clé d’ivoire dans les hauts grades maçonniques, on la trouve dans les armoiries du pape, les clés de Saint Pierre, et plus funestement au cou des pasdarans chiites , les combattants de Dieu, car ces clés, s’ils étaient tués, leur ouvriraient plus sûrement la voie vers le prophète Ali gendre de Mahomet.

Si ce n’est directement la structure Maçonnique se sont les idées des lumière qui prennent pied en Corse et cette implantation n’est donc pas l’apanage des grandes cités. Théodore, imprégné d’idées nouvelles, exprime la notion de « liberté absolue de conscience » lors d’un discours à Aléria. Mais un autre chef de la Nation corse va s’illustrer, il sera le fondateur de la République moderne, il a pour nom Pasquale PAOLI.

 

2°/ La Franc-Maçonnerie en Corse du Généralat de Pasquale PAOLI au premier Empire :

Hyacinthe, le père de Pasquale PAOLI, s’il s’est rallié au roi Théodore n’en est pas moins méfiant de ce Noble qui vient d’Europe du Nord et qui professe des idées par trop novatrices. On peut penser que Pasquale qui a 11 ans à l’avènement de Théodore observe avec une grande attention cette page d’histoire qui se déroule sous ses yeux et qui lui vaut de partir en exil avec son père trois ans plus tard en embarquant à PADULELLA. C’est la Ville de NAPLES qui reçoit les exilés, dans d’excellentes conditions d’ailleurs, puisque Hyacinthe prendra la charge de Colonel du Régiment corse et Pasquale y servira comme sous-lieutenant. NAPLES connaît en cette première moitié du XVIII° siècle une vie intellectuelle riche marquée par l’illuminisme.

C’est à la fin du XVIIIe siècle, à l’heure où la philosophie des Lumières connaît le plus grand succès, qu’en marge de ce rationalisme régnant, un désir de beauté et de merveilleux vient ébranler le matérialisme ambiant. Kant lui-même s’intéresse aux phénomènes de voyance de Swedenborg ; les rois et les princes se tournent avec curiosité vers les sciences occultes. Sectes, loges, confréries se multiplient dans toute l’Europe. Ainsi des sociétés théosophiques s’inspirant de Swedenborg sont créées à Londres en 1783, trois ans plus tard à Stockholm, puis en Pologne, en Allemagne, en France – à Paris, Strasbourg, Avignon. Zurich apparaît comme un centre réputé où défilent, parmi de nombreux adeptes, Madame de Staël et le duc de Rohan. Après la mort de Martinès de Pasqually (1779), qui fonda à Bordeaux l’ordre des Élus-Coëns, Lyon devient un centre de diffusion des doctrines de Louis Claude Saint-Martin – le martinisme – grâce à l’influence de Jean-Baptiste Willermoz, qui, s’appuyant sur la franc-maçonnerie, cherchera à unifier les groupes disséminés à travers l’Europe et fondera une Église universelle. Cette sorte d’église intérieure tentera de réunir les adeptes dispersés dans les différentes religions.

Dans le NAPLES grouillant d’idées nouvelles, Pasquale PAOLI aurait suivi l’enseignement du philosophe Antonio GENOVESI. Ce dernier également écrivain et économiste italien vécut de 1713 à 1769. Son enseignement est recueilli dans ses leizioni di commercio, qui furent une œuvre majeure de la réflexion économique du XVIII siècle, il fut titulaire de la première chaire d’économie politique créée en[P1] Europe. Mais à l’époque GENOVESI n’était qu’un obscur professeur d’éthique et c’est sans doute cet enseignement plutôt que l’économie qu’il dispensa au jeune Pasquale..

Pourquoi Pasquale PAOLI n’aurait-il pas eu alors ses premiers contacts avec des Francs-Maçons initiés ailleurs et qui se trouvent comme lui en exil ? Cela serait peu probable, car il n’y aurait pas trace de loges normalement installées à NAPLES avant 1755. Toutefois l’historien de la franc-maçonnerie Ubaldo TRIACA écrit que cette société intiatique fut introduite à NAPLES en 1731. En 1756 plusieurs loges napolitaines fondent une grande loge Nationale qui sera dissoute en 1790. Pasquale PAOLI a lui rejoint la Corse en 1755 et il est proclamé Général de la Nation. La législation qu’il met en place s’inspire de « l’esprit des lois » du Franc-Maçon MONTESQUIEU initié le 16 mai 1730 à la loge Horn, Westminster Tavern en Angleterre. PAOLI va rencontrer d’éminents maçons durant son généralat et tout au long de son existence. James BOSWELL sera de ceux-là lorsqu’il se rend en Corse en 1765, au cours de son voyage il rédigera une biographie de PAOLI dans son « account of Corsica ».

Il n’y a pas d’implantation de loges maçonniques en Corse avant Ponte-Novu. La première loge installée est en 1774 la loge militaire « La parfaite union » au régiment Vermondois Infanterie, elle ne reçoit ni civils, ni militaires Corses.

C’est sans doute cette exclusive qui poussa les partisans de PAOLI à fonder une contre maçonnerie, dite des Béati-Paoli qui s’appuyait sur la société sicilienne des vengeurs. Les Béati-Paoli furent nombreux et essaimèrent dans les Iles de la Méditerranée, ne dit-on pas dans notre région, « so quantu i béati-paoli ».

Peut-être furent-ils encouragés à distance par Pasquale PAOLI lui-même qui est initié à LONDRES le 15 juin 1778 au sein de la Loge «Les neuf Muses ». Le 7 avril de la même année, VOLTAIRE a été initié à PARIS par la loge « Les neuf Sœurs ». Ne pourrait-on voir dans ces deux initiations à deux mois de distance une lutte d’influence entre Franc Maçonnerie Anglo-Saxonne et d’Europe continentale ? Nous pouvons aussi penser que PAOLI a été informé de l’initiation de VOLTAIRE, auquel il est reconnaissant du soutien apporté après PONTE-NOVU dix ans auparavant. PAOLI, favorablement influencé, aurait alors plus facilement répondu à l’invite de ses proches, Francs-Maçons anglais.

Napoléon quant à lui contrôlera totalement la Franc-Maçonnerie, il cherchera d’ailleurs à en unifier les hauts grades sous l’égide du Grand Orient de France, dont son frère Joseph est Grand-Maître, par un concordat avec le Suprême Conseil en 1805. Ce Concordat s’il porte le même nom n’a rien à voir avec celui qui fut obtenu du Pape non sans contrainte. Cet autoritarisme maçonnique a du entraîner une radicalisation de la Franc-Maçonnerie rurale corse qui a ainsi développé sa spécificité, sous la restauration et jusqu’au second empire.

 

3°/ Franc- Maçonnerie rurale en Corse et carbonarisme au XIX° siècle :

Il se trouve que le lieu essentiel de l’activité de ces sociétés sera l’espace de l’actuel canton du Campuloro-Moriani. La lettre du Juge de paix BONALDI de San Niculaiu répondant au Sous-Préfet de BASTIA le 9 février 1829 est édifiante. Nous pouvons lire qu’existe depuis 1818 une société secrète de carbonari qui « a juré une haine éternelle aux monarchies ». Le juge BONALDI parle ensuite d’une rixe qui a opposé des Carbonari de Santa Maria Poghju à des membres d’une autre société secrète, royaliste celle là, et donc certainement encouragée par le pouvoir en place. Il s’agit des Fischjuloni dont le juge Bonaldi est justement à l’origine de la création.

Les autorités n’arriveront pas à réduire ces carbonari de plus en plus nombreux après 1830. Ils vont développer une forme locale, appelée « I pinnuti » sans doute parce qu’ils évoluaient la nuit comme « i topi marini » ou « topi pinnuti » les chauves-souris. Fernand ETTORI a écrit à leur sujet : « I pinnuti sont une forme nouvelle et spécifiquement corse de la charbonnerie. On les voit sortir de l’ombre en 1847, au moment où commence en Italie la révolution dite de 1848. Leurs yeux sont tournés vers l’effort des patriotes italiens auxquels ils souhaitent porter secours ». Les pinnuti sont partagés entre la philosophie républicaine dont ils ont hérité des carbonari et le fait que certains chefs du mouvement soient bonapartistes tel Sampieru GAVINI frère de Diunisu.

Sur ce que furent au plan idéologique et symboliste les pinnuti, rien n’est plus riche d’enseignement que le document qui m’a été fort aimablement commenté par le professeur Pasquale MARCHETTI et dont m’avait parlé il y a une vingtaine d’années son frère Luigi-Filippu trop tôt disparu. Ce document était détenu jusque dans les années 30 par leur grand-père le Notaire MARCHETTI de San Niculaiu.

 

Etude et commentaire sur le document MARCHETTI :

Le document :

Ce document est rédigé en langue italienne, qui était alors la langue écrite des Corses, il est intitulé « Legge della famiglia di Santo Nicolao ». Il énonce à l’article premier l’amende prévue à l’encontre de tout frère qui rirait au moment où est posée la question « che ora è ? », et à l’article 2 l’amende prévue pour tout frère qui parlerait à un profane (de son appartenance et de ce qui se dit en réunion) sans s’être consulté préalablement avec au moins six autres frères.

Il décrit l’ouverture par le Vénérable (trois coups de maillet) des « travagli dei pellegrini della vérità sotto il titolo distintivo - Gli allievi della filantropia cirnese- all’oriente di santo Nicolao ». On trouve ensuite le règlement de l’admission des profanes, le rôle du « préparatore », les obligations de « apprendente pellegrino » et enfin le « giuramento ».

La formule de clôture des travaux est la suivante : « Alla gloria del Grande Architeto dell’Universo, del Gloriosissimo San Rocco nostro protettore e sotto gli auspici del nostro augustissimo Sovrano Carlo Decimo ». On est alors sous le règne de Louis Philippe et non de Charles X, ce qui laisse supposer que l’on est en présence du recopiage d’un document d’avant 1830.

La datation finale est elle aussi en forme maçonnique « Anno della vera luce 5848 ».

Suit un état des membres : 40 sont de San Nicolao, dont le Vénérable Don Giovanni de Battisti, et des Quilici, Giorgi, Raggi. 25 sont de San Giovanni, les Gigantei, Germani, Samani, Giordani, Reg geti, Dezi. 17 sont de Poghju, Poggi, Contri…

Les lieux d’admission sont signalés pour chaque nom, et on apprend que les lieux de réunion variaient. Il s’agit de Busarese sur la commune de San Niculaiu, Coccola sur Santa Lucia, et Santa Cristina sur Valle de Campoloro.

L’analyse du document :

Ce document exceptionnel apporte énormément à la connaissance du Carbonarisme dans le bassin Méditerranéen. IL montre combien l’essence et le symbolisme de la Charbonnerie sont lié à la Franc Maçonnerie. Le caractère exceptionnel de ce document se confirme lorsque l’on sait qu’habituellement la Charbonnerie se réclamait de la Franc-Maçonnerie du bois, toujours très minoritaire, alors que dans le document MARCHETTI nous sommes en présence de la Franc-Maçonnerie de la pierre qui est celle très officielle que nous connaissons encore aujourd’hui. Le rituel en vigueur au sein de ce que nous appellerons la Loge de San Niculaiu, comme la nommaient d’ailleurs ses membres, est bien celui du Grand Orient de France dans la première moitié du XIX° siècle. Les points particuliers décrits dans le documents MARCHETTI sont encore en usage de nos jours.

L’apostrophe, « qu’elle heure est-il » ? marque la rupture d’avec le monde profane, car durant les travaux les frères vont travailler à l’heure de la vraie lumière, celle des initiés en rajoutant 4000 ans à l’année en cours qui est alors 1848. Le frère doit en consulter six autres pour rendre valide les décisions et plus largement l’ensemble des travaux de la loge. Le nombre 7 ainsi formé par le groupe se réfère au nombre de synthèse le plus expressif de l’initiation Maçonnique, il est l’association du binaire principe mâle et femelle, connu ailleurs comme le yin et le yang, d’avec le nombre impair 5 exprimant le symbolisme solaire. Cette courte incursion au sein du symbolisme maçonnique met en exergue le haut niveau de connaissance des frères de la Loge de San Nicolao. Ces notables, ces propriétaires terriens et sans doute d’autres plus modestes ne pouvaient pas ignorer l’essence de ce symbolisme. Il est tout à fait préjudiciable que la teneur détaillée de leurs travaux ne soit pas parvenue jusqu’à nous, ce qui rend d’autant plus inestimable le document MARCHETTI qui en est la seule trace. Ces FF devaient travailler énormément le symbolisme, car se réunissant en plein air, on peut penser que s’ils n’avaient parlé que de sujets politiques, les échos de leurs oppositions seraient parvenus aux habitants proches du lieu de réunion. Or ni le juge BONALDI, ni le Sous-Préfet ne parlent de luttes à l’intérieur même des groupes de Pinnuti. Par contre les rapports sont nombreux concernant des Pinnuti qui affrontent des groupes qui leurs sont étrangers voire hostiles comme c’est le cas dans la rixe de CERVIONE. Les Pinnuti sont donc très unis, ils sont érudits et peuvent approcher une discussion ésotérique. Ils ont du atteindre un tel niveau de cohésion et de sérénité découlant de leur approche philosophique des travaux en loges, qu ‘ils ont pu avoir sans heurts des discussions à portée sociale. L’on peut penser que cette grande intimité fraternelle, va largement contribuer à la sédimentation des clans dans le Campoloro- Moriani et, selon les endroits où les Pinnuti étaient présents, dans la Corse tout entière.

Les mises en garde inhérentes à la discipline des travaux, montrent le soucis du secret d’appartenance et du contenu des réunions. Si aujourd’hui la Franc-Maçonnerie est simplement discrète, elle était à l’époque et jusqu’au lendemain de la deuxième guerre mondiale délibérément secrète car sujette à des persécutions. Le Vénérable Don Giovanni de Battisti, ouvre rituellement les travaux de trois coups de maillet et nous apprenons que la Loge a pour titre distinctif : « Les élèves de la philanthropie cirnese ». Ce nom est dans la mode des appellations de Loges du GODF de l’époque. L’appellation « pèlerins de la vérité », montre le soucis d’une quête intellectuelle non dépourvue de religiosité. La loge se réclame du Grand Architecte de l’Univers ce qui était commun à toutes les Loges du GODF avant 1877 où, lors du convent ou assemblée générale des Loges de cette année là, cette invocation sera rendue facultative. Il n’est pas anormal de trouver la référence à saint Roch un des patrons du canton, car la religion catholique est souvent exigée des nouveaux initiés. Ainsi Jérôme Napoléon initié à la Loge «la Paix » de TARBES en 1801 voit la mention « de religion catholique » portée en regard de son nom. Pour ce qui concerne la référence au roi elle est également normale, n’y a t-il pas eu une loge « saint Napoléon » sous l’empire.

L’apprendente pellegrino n’est autre que l’apprenti maçon, premier grade initiatique. Nous apprenons que la loge de San Nicolao comprenait 90 membres ce qui est tout à fait remarquable car l’effectif moyen d’une loge est de 50 membres. Il est courant de voir des villes de 100 000 habitants ne compter q’une centaine de Francs-Maçons.

On a dit que le terme pinnuti pouvait également venir d’une pinnata, genre de serpe, que les Pinnuti auraient porté croisée sur le côté droit selon Jean Victor ANGELINI dans son histoire secrète de la Corse (Albin Michel 1977). Pourquoi pas? lorsque l’on sait que l’épée et le poignard font souvent partie des décors maçonniques. Ainsi le maître Maçon porte t- il au XVIII° siècle le cordon de couleur bleu venant de l’ordre du saint Esprit et l’épée au côté. Cette concession a été faite dans les loges et uniquement durant la durée des travaux par les Nobles qui veulent ainsi reconnaître comme leurs égaux les frères roturiers. Le Duc de Crussol d’Uzés dignitaire du GODF ne déclare-t-il pas deux ans avant la révolution : « Que nos loges soient des temples élevés à l’égalité et que les brillantes lumières de la naissance et du rang y disparaissent ». Le Chevalier de Ramsay dignitaire des hauts grades Maçonniques avait déclaré bien avant lui : « notre ordre sert à former de bons citoyens ». La pinnata aurait remplacé l’épée et donc nous ne verront aucun caractère barbare à cet équipement. La pinnata marque la notion de vengeance initiatique, que les pinnuti semblent parfois avoir rendue bien réelle, même si Jean Victor ANGELINI nous dit que les représailles s’exerçaient plutôt sur les biens matériels. Les Pinnuti pratiquaient « l ‘accintu » des arbres fruitiers, l’arrachage des vignes et l’incendie des maisons de leurs ennemis, mais rarement l’assassinat. Les grades de vengeance existent, entre autres explications, en franc Maçonnerie pour rendre justice aux templiers victimes du roi Philippe le Bel et du Pape. Il n’est donc pas anormal de lire que selon le juge Bonaldi les Pinnuti auraient « juré la haine de toutes les monarchies ».

Enfin s’il fallait faire un dernier retour aux sources, nous apprenons que les Pinnuti se réunissaient également sur la propriété MARCHETTI à Acqua Callula et que leur mot d’ordre était, « nous sommes de Moriani combattants de la liberté ». Ils disaient également se rendre « in barraca » en cayenne. Barraca, c’est aussi le terme baraque proche du terme cabane de chantier, nom que donnaient les constructeurs de la cathédrale de Strasbourg au lieu dans lequel ils se réunissaient la veille de chaque journée de travail, afin d’en préparer les plans. Un document strasbourgeois nous apprend que le terme de loge ne sera employé qu’en 1278, pour n’être repris en Angleterre que deux ans plus tard.

EN GUISE DE CONCLUSION :

L’épisode des Pinnuti qui s’est déroulé dans le CAMPULORU-MORIANI, il y a prés de deux siècle est représentatif de ce que furent les sociétés initiatiques à cette époque. La Franc-Maçonnerie et la Charbonnerie étaient étroitement liées. L’une était la représentation officielle de l’autre. L’épisode des quatre sergents de LA ROCHELLE , carbonnari et Francs-Maçons de la Loge « Les amis de la vérité » de PARIS, avaient suffisamment ébranlé le règne de LOUIS-PHILIPPE pour qu’il étende sa répréssion jusqu’à la CORSE.

Les Pinnuti, malgré cette période troublée, ont voulu marquer encore plus fortement leur attache initiatique en donnant à leur lieu de réunion un nom qui les faisait remonter aux origines même et à l’age d’or de la Franc-Maçonnerie, c’est à dire au Moyen-âge. Tout cela se passait au XVIII ème siècle au cœur même de la méditerranée occidentale, dans le Campoloro-Moriani.

Cette région a été, au cours des XVIII et XIX ème siècles, le creuset où s’est façonné l’humanisme moderne. Théodore de Neuhoff sera le chantre de la liberté de conscience dans un monde dominé par le dogme. Le général Pasquale PAOLI sera celui qui fondera la république moderne et mettra en place des institutions laïques, cela bien avant la révolution américaine et la révolution française. Nous pouvons nous demander si les Pinnuti, ces membres d’une Franc-Maçonnerie bien singulière mais au combien éclairée, n’ont pas été dans leurs conciliabules nocturnes, les Hussards noirs de la république Universelle, bien avant l’heure. Malheureusement trop tôt pour la Corse et pour l’humanité.

 

BIBLIOGRAPHIE

- Jean-Victor ANGELINI : « Histoire secrète de la Corse » Albin Michel 1977

- Jean-Baptiste NICOLAI : « Vive le Roi de Corse » éditions Cyrnos et Méditerranée 1981 et « les sociétés secrètes en Corse" chez le même éditeur 1988

- Charles SANTONI : « chroniques de la Franc-Maçonnerie en Corse 1772-1920 » éditions Alain Piazzola 1999.

- Paul ARRIGHI : « La vie quotidienne en Corse au XVIII° siècle » Hachette 1970

- Daniel LIGOU : « Dictionnaire universel de la Franc-Maçonnerie » éditions du prisme 1974.

- Louis AMIABLE : «La Loge des neufs sœurs » PARIS 1897 réédition EDIMAF 1989 (commentaire de Charles PORSET)

- Jacques BRENGUES : « La Franc-Maçonnerie du bois » Editions du Prisme 1973.3"

(à suivre)

 

 

22/11/2009

Frères cochons et altri porchi ...

 

Porchi di banda

Sur la route de la Pieve d'Orezza, mardi 17 novembre,  journée patrimoniale, s'il en fût!

"Frères cochons qui pour nous vivez..."

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 casse croûte à toute heure et cour de récré :
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... et le petit souffre-douleur de service, mâtiné marcassin,
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... frères, cousins, si proches de nous , notre part cochonne d'humanité:   cochons, oui, mais libres ...
 et dire qu'on va finir au Salon de l'Agriculture !
J'ai lu, je ne sais plus où:
" La chenille devient papillon, le cochon devient saucisson "
... à quand la domestication de l'homme?
"Un avemu micca curatu l'omi inseme!"
Cela me fait penser au pamphlet de l'Irandais Jonathan SWIFT en 1729:
"Modeste Proposition pour empêcher les enfants des pauvres d'être à la charge de leurs parents ou de leur pays et pour les rendre utiles au public"

« En supposant que mille familles de cette ville deviennent des acheteurs réguliers de viande de nourrisson, sans parler de ceux qui pourraient en consommer à l'occasion d'agapes familiales, mariages et baptêmes en particulier, j'ai calculé que Dublin offrirait un débouché annuel d'environ vingt mille pièces (...)

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Nous sentirions-nous anthropophages en mangeant de la chair de porc? Les interdits qui pèsent sur cette consommation de viande de porc sont-elles seulement liés aux aléas de sa conservation ou bien n'y a-t-il pas, ina- vouable et occultée, cette reconnaissance implicite d'un haut degré de cousinage?

Et pourquoi, dans leur chasse nocturne, les Mazzeri traquent-ils de préférence les sangliers, ces cochons sauvages ?

Toujours est-il que je vous propose cette réflexion de Max CAISSON, le commissaire de l'exposition " Porchi è cignali" de 2004 au Musée de Corte:

"Le porc en particulier, du fait de la place ambigüe qu'il occupe dans nos représentations, est un animal médiateur. Il est médiateur entre le sauvage et le domestique, entre nature et culture, autrement dit entre animalité et humanité, mais aussi entre masculinité et féminité et, enfin, entre les morts et les vivants..."

 

Au fait,  je me rends compte que lorsque je dis "cochon", je vois cette joyeuse troupe gambader, et lorsque je dis "porc", c'est figatellu, prizutu, lonzo, coppa et compagnie ... C'est que la tuaison/tumbera du cochon n'est pas anodine (j'en ai un souvenir terrifiant dans la cour de la ferme de Longnes et de la longue agonie hurlée du cochon sacrifié au nom du boudin,  de la rillette - ah ! les rillettes de la Sarthe!, de l'andouillette - "ici on fait l'andouille de père en fils"...), et que le passage du cochon vivant en chair morte de porc nous fait - en français du moins- déguiser la mortifère réalité.

Alain Ray, dans son dictionnaire historique de la langue française, signale que le terme "cochon "est d'origine obscure, peut-être le "coch coch" imitant le grognement des petits cochons chahuteurs (j'en témoigne!) . Dans la Sarthe (le pays de ma mère ), on dit une coche, pour parler de la truie: " La grosse coche a fait ses petits cette nuit". Toujours est-il qu'en ancien français (1278) , le mot cochon désigait à l'origine le jeune pour le distinguer du porc adulte .

Quant aux connotations dont on a affublé notre pauvre animal, évoquant tour à tour la saleté et la salacité, je les trouve injustes, et sans doute prête-t-on aux suidés des "vices" propres à l'homme. Casani /enfermés, les cochons sont sales, et pour cause. Les soues à cochons , ça pue, surtout lorsque cela se transforme en élevages   industriels, et ça pollue. Libres, nos cochons/porchi di banda fleurent surtout l'herbe fraîche, la chataîgne, la girolle,  la neppita, la fougère et montrent un maintien honnête , ne se vautrant dans leurs bauges que pour éliminer les parasites. Nos hommes politiques feraient bien d'en prendre de la graine.

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J'évoquerai dans une prochaine note l'anachorète Saint Antoine Abbé dit  "Saint Antoine du cochon", ou encore Saint Antoine "de Janvier" (fête le 17 janvier) pour le distinguer de son concurrent immédiat le jeune Saint Antoine de Padoue (fête le 14 juin)...  Où il appert qu'il n'y a pas de sainteté sans présence "cochonne". 
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avec toutes mes amitiés pour cette famille de porchi de Castagniccia...

C'était la méditation porcine de ce jour .