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05/04/2011

Balade sur les sentiers de Costa à Speluncatu ...

 

Sentiers de Balagne:

Dimanche matin, impossible de rester enfermés par ce beau temps.

Nous décidons de tester un parcours au pas de l'homme de la Montagne des Orgues : départ de la gare de Belgodère, puis Costa, Couvent de Tuani, Ville di Paraso, Speluncatu ... et retour.

devant le poteau.jpg

Départ au matin depuis la gare de Belgodère

sentier vers Costa.jpg

un enchantement floral: anémones , euphorbes, petits arums encapuchonnés, pastels, bourraches, pâquerettes, asphodèles, mourons et myosotis minuscules et leur fervent langage de vie ... corolles, étamines, anthères, stigmates, pétales, styles, pistils, calices, ovules, ovaires, réceptacles ...

amadier en fleur.jpg

fleurs habitées et zonzinnantes de bourdons et d'abeilles

san bastianu.jpg

petit crochet par San Bastianu, avant de terminer la grimpette vers Costa

 

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Sur la place de Costa, silence paisible, presque trop: où sont donc passés les enfants d'antan?

Costa place de l'église blog.jpg

 l'église san Salvatore

Costa voûte.jpg

 ... et toujours le même plaisir d'y retrouver son petit orgue ... Puis l'ancien couvent franciscain observentin de Tuani, d'où nous prenons le sentier de Ville di Paraso:

 

église pievane costa mur sud.jpg

tout près du couvent, les ruines de l'église San Giovanni Battista, ancienne piévanie de Tuani, récupérée par la suite par san Michele de Speluncatu : une église romane entièrement reconstruite vraisemblablement  au 14° siècle.

église pievane costa.jpg

Derrière l'église, on aperçoit E Ville di Paraso et, plus haut, Speluncatu ... Dans le champ, pas le moment de traîner: beuglements des vaches et des  taureaux, c'est le printemps vitaminé!

 

Aut_3180.jpg

 

Une fois passé le beau village d' E Ville di Paraso, et grimpé le raidillon vers Speluncatu, nous voilà bientôt arrivés à la Collégiale Santa Maria Assunta

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... et son orgue Crudeli ...

 

l'Annunziata, speloncato.jpg

En redescendant de Speluncatu, visite amicale à la petite chapelle de la Nunziata

Nunziata, graffiti pieux.jpg

aux murs gravés de pieux graffitis

 

à l'intérieur de l'Annunziata.jpg

et par la porte béante, en face, le couvent de Tuani que nous regagnons

 

costa fontaine.jpg

au retour, à l'entrée de Costa, le lavoir et la source généreuse à l'eau si légère

Costa campanile.jpg

traversée de Costa, puis nouveau sentier ...

Sous Costa source.jpg

encore l'eau vive d'une source aménagée

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et le long du sentier, la récolte des olives sur un lit de pâquerettes

 

chemin sous costa.jpg

 sentier dallé, ombragé

sur le pont génois.jpg

 et son pont génois par-dessus la rivière du Pinzu Corbu:

nous voici quasiment revenus, après quelques cinq heures de marche tranquille ... Si ça vous dit, c'est la bonne saison!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

27/03/2011

La Lybie, résonnance avec le poète Mohammed al Faytouri

La "MARE NOSTRUM, la Méditerranée  aux mille et un destins entremêlés n'en finit pas de résonner au coeur de tous ceux qui la vivent depuis toujours ou qui l'ont un jour choisie, de quelque rive que l'on soit et quelque langue que l'on y parle. Méditerranée polyglotte où se disent dans une lumière éclatante "l'intime correspondance des cieux, de l'ombre effroyable des dieux et celle prégnante des morts, de la toute-puissance et noueuse humilité des mères, des guerres, de la résistance à la tyrannie dans les maquis et par les mots du poème, d'une maison bien-aimée conservée ou perdue, de l'extrême plaisir des sens que le soleil allume (...) (Eglal Errera: introduction à l'Anthologie des Poètes de la Méditerranée, Poésie/ Gallimard)


Tandis que la Corse s'apprête à célébrer selon l'usage la Semaine Sainte, dressant ses sepolcri, tressant bientôt ses palmes, répétant ses chants, le Perdonno, le Stabbat Mater, la Via Crucis, ses Lamentations, préparant ses processions ... voici quelques passages de ce poème de Mohammed al Faytouri ( né en 1930), sur l'autre rive, évoquant d'autres cortèges, d'autres souffrances, d'autres révoltes, d'autres mères orphelines de leurs enfants.

En résonnance avec les "évènements" actuels de Lybie, et d'une façon générale avec toutes les révoltes en cours.

Minéral 2.jpg

(Méditerranée minérale, du côté de la Scala)

 

 

"IL EST MORT DEMAIN

Il est mort

Aucune goutte de pluie ne s'est attristée

Aucun visage humain ne s'est assombri

La lune n'a pas survolé sa tombe de nuit

Aucun ver paresseux n'y a déployé son corps

Aucune pierre ne s'est fendue

Il est mort demain

cadavre sali

linceul oublié

tel un rêve ...

le peuple s'est réveillé

et a traversé le champ des roses au crépuscule

comme un ouragan

 

il est mort

dans son âme noircie incendiée un passé de sang et de gibets suspendus

des cris de révolte dans les prisons

visages douloureux et fendillés des vieilles

bras tordus dressés comme des faucilles

yeux où plonge l'ombre des potences

 

 

Carcheto CH CR marie.jpg

(Rencontre avec la Mère, Chemin de Croix de Carcheto)

 

ô mon fils

en quel lieu les soldats ont-ils emmené ton visage

pourquoi m'ont-ils privé de l'odeur de ta chemise?

mon fils si beau dans l'éclat de sa jeunesse

marchait sur les élans des coeurs

le geôlier a cadenassé la porte de sa grande prison

une chaîne a rampé

et le fouet a enveloppé la nuit de lamentations

sepolcru  Ficaja soldatesque blog.jpg

(la soldatesque du sepolcru à Ficaja)

et toi mon père

reviendras-tu avant l'hiver?

tu nous trouveras en pleurs

reviens-nous

ma mère mes soeurs et moi

nous bruissons de pleurs

(...)

 

sepolcro pleureuses.jpg

(compassion des femmes du sepolcru à Castiglione)

ils ont cogné de nuit à la porte et sont entrés

qui êtes-vous?

Que voulez-vous?

Que portez-vous?

Une fois son cadavre posé auprès du mur

J'ai scruté le visage des souvenirs

Et sèché mes pleurs avec les larmes des autres

 

demain le cortège de la faim passera par notre rue

verdissez les années de la disette

tombez ô pluie

noyez les champs de blé et de riz

noyez le fleuve

 

essuyez de votre main de cendre la tristesse des arbres

viendra un jour où les moissons seront à moi

à moi le ciel le monde le cours du ruisseau

quand prendra fin la famine de la terre

et  celle des humains"

(...)

Ce poème (accompagné de quelques images populaires de la Passion en Corse) fait donc partie de cette très belle Anthologie des Poètes de la Méditerranée  (  poètes contemporains),   chez Poésie Gallimard, préfacée par Yves Bonnefoy qui commence par ce tître: " Moins une mer que des rives" ... Un beau livre en bilingue, qui "donnera à lire et à entendre dix-sept langues telles qu'on les écrit ou qu'on les parle aujourd'hui", avec chaque fois le poème dans sa langue et son alphabet original ... Un enrichissement et une évidence pour tous ceux qui refusent d'être enfermés dans des frontières étroites.

Et encore ceci, du poète macédonien Vlada Urosevic:

 

" DEI OTIOSI

C'est le temps maintenant de la chute des dieux,

Dans les villes partout s'abattent les statues.

Quelque part une foule enragée en criant

Les abat, les traîne quelque part dans la nuit

Comme on le fait avec les morts en temps de peste.

Aucune statue ne va rester.

Si vous vous promenez, il faut y prendre garde,

Il pourrait bien en choir une sur votre tête.

L'histoire ressemble à un dépot d'ordures

Où viennent s'entasser des têtes en bronze.

On constate après coup

Qu'elles étaient creuses.

Ne nous berçons pas d'illusions.

Le ciel ne restera pas longtemps vide

Ni les places sans statues.

Il y a quelqu'un qui invente en silence déjà

Un usage nouveau pour d'anciens piédestaux."

 

avis!

 

 

 

24/03/2011

La Montagne des Orgues ...

 

Reprise des parcours de la Montagne des orgues   début avril ...

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La participation à ces journées permet de contribuer aux dépenses et aux efforts engagés en faveur du patrimoine. de la Corse. Cette année, chaque première inscription, de 30 €,  équivaut à une adhésion annuelle à l'Association Saladini et soutient son travail. Les parcours suivants restent à 25 €.

Ces parcours sont sujets à variations.

 

RECTO_2011[1] bandeau.jpg

Vous pouvez retrouver le site de "la Montagne des Orgues":

www.montagne-des-orgues.com

Je rappelle que l'Association Saladini de Speloncato  a pour vocation la protection active du patrimoine et qu'elle reçoit les encouragements du Ministère de la Culture, du Condeil Général, de la Collectivité  Territoriale de Corse, et bien entendu aussi de la Mairie de Speloncato.

 


parcours de découverte du patrimoine,mise en valeur du patrimoine,découverte des orgues historiques de corse

(la petite sainte Cécile de Speluncatu)

 

à très bientôt, donc!

22/03/2011

Scata: suite de la note du 11/03/11

 

SCATA, église santa Cecilia un patrimoine digne d'intérêt à sauver

Cette église a reçu au 18°s. un beau décor malheureusement repeint sans délicatesse ...

ste Cécile choeur blog.jpg

Au fond du choeur, cette représentation de la Vierge de l'Assomption, peinte par Giacomo GRANDI, malheureusement bien maladroitement "raffraichie" ...

 

Ste Cécile voûte blog.jpg

... ainsi que le médaillon de la voûte,   brutalement rebarbouillé, dommage! représentant santa Cecilia  devant "son" orgue: attribuable soit à Domenico Baino, soit à Salvatore Angeli, auteur d'un médaillon à la Collégiale de Calenzana: merci, Michel Edouard Nigaglioni, pour cette dernière suggestion.

 

Calenzana médaillon Salvatore Angeli - blog.jpg

Pour comparaison, le médaillon de Saint Blaise à Calenzana.

Décidément cette église sainte Cécile de Scata mériterait des soins appropriés: dans la note précédente, nous évoquions toutes les difficultés rencontrées par cette petite commune et pour qui le patrimoine de l'église est une surcharge de dépenses bien difficile à gérer. "Quelqu'un de la partie" (?) avait soutenu que les trois toiles de l'église ne présentaient aucun intérêt ... et pourtant ...

 

Scata Cécile visage.jpg

 

L'historien de l'art M.E. Nigaglioni rappelle que ce tableau de santa Cecilia est l'un des plus beaux du maître Marc Antonio de Santis: il est signalé et illustré dans l'ouvrage collectif sur la Corse publié par Christine Bonneton (Encyclopédie Bonneton), p.39, , dans l'Encyclopedia Corsicae (2004), dans les Cahiers Corsica (2007) ...

 

 

 

 

Scata Rosaire St François.jpg

 

... Que le Rosaire (ici le détail de saint François en prière aux pieds de la Vierge) "peint par Grandi est projeté dans le film sur la peinture baroque corse qui est diffusé en boucle dans la salle correspondante au Musée de Bastia" ... C'est l'une des nombreuses copies exécutées d'après le retable de la Vierge du Rosaire entre saint Dominique et saint François peint pour l'église San giovanni Battista à Bastia, par le peintre génois Domenico Piola (1627 - 1703):

 

Scata Rosaire Vierge et Enfant détail blog.jpg

 

"Pour l'église Santa Cecilia de Scata, Giacomo Grandi exécuta également une copie du Rosaire de Bastia. Cependant il enrichit la composition en ajoutant des guirlandes de fleurs autour des deux cartouches baroques du registre supérieur." ( Michel-Edouard Nigaglioni, article de  "La peinture bastiaise baroque: modèles et copies", in Etudes Corses, n° 50-51 Ajaccio, La Marge Edition 1998)) 

Rosaire détail avant champignons.jpg

(le Rosaire avant l'attaque des champignons)

 

  

Scata Vierge ste Lucie, St Roch et un évèque blog.jpg

... et que , comme le Rosaire, le tableau représentant santa Lucia, en compagnie de san Roccu  et un évêque (san Martinu? Sant' Agostinu?) aux pieds de la Vierge, est publié dans un article de la revue historique "Etudes Corses" en 1998:

Scata la Vierge à l'Enfant, détail.jpg

"L'église santa Cecilia de Scata conserve un retable figurant un saint évêque, saint Roch et sainte Lucie aux pieds de la Vierge à l'Enfant. Les deux personnages masulins du registre inférieur sont directement copiés sur le modèle bastiais. Deux peintres semblent être intervenus sur cette toile. L'un d'eux est aisément identifiable car on reconnait le style très particulier de Giacomo Grandi (actif en Corse dès 1746, mort en 1772) dans le visage de la Vierge." (idem)

Tout ceci pour dire que Scata fait partie de ces petites communes rurales aujourd'hui dépeuplées et désargentées qui doit gérer un patrimoine menacé mais digne d'intérêt: il serait utile d'encourager et d'aider, par tous les moyens, ces municipalités souvent découragées devant l'ampleur des dégradations d'un héritage dont elles n'évaluent pas toujours précisément la valeur patrimoniale.

 

Vous avez dit priorités?

Si, par exemple, " quelqu'un de la partie" passe faire un inventaire de l'église et note devant le maire que, tout compte fait, ces toiles ne présente pas un intérêt significatif, pourquoi voudriez-vous qu'à Scata l'on cherche à sauver ce qui a été ainsi jugé, alors que tant de priorités urgentes taraudent le conseil municipal ? Le patrimoine ne fait pas partie des priorités. Les priorités s'inscrivent dans le présent des gens des villages: leur mieux-être, la lutte pour le maintien à domicile de cette population restreinte et âgée,  la bagarre permanente contre la précarité, l'inconfort, la désertification... et vous parlez de patrimoine? Ce patrimoine qui s'inscrit, lui, soit dans un passé bel et bien fini, celui dont les anciens se souviennent avec nostalgie - cette époque où ils étaient jeunes et fringants, où l'église pleine de monde s'invitait à toutes les fêtes -  soit dans un avenir bien incertain, celui que nous laisserons à nos enfants, s'il en reste encore au village malgré les difficultés scolaires et l'absence de projet de vie ...

autel de la mort blog.jpg

Or, à Scata , tout ce patrimoine mériterait  pourtant d'être protégé  restauré, transmis : un ensemble qui fut cohérent, avec ses autels de stucs élégants (18°s.), comme ici la partie supérieure de l'autel des Ames du Purgatoire. On voit sur la droite les dégats des eaux, responsable de l'attaque des champignons sur les toiles. Maintenant que le toit est refait, les murs devraient s'assécher ...

la chaire de prêche blog.jpg

ou ici, la chaire de prêche, hélas copieusement ripolinée: à nouveau, le gouffre qui sépare restauration de rénovation.

le confessional blog.jpg

ce beau confessionnal ...

 

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Et ce bien joli tabernacle (fin 16° s.): en forme de temple à l'antique, avec son toit caractéristique en forme de pyramide et ses deux colonnes engagées, son travail mouluré sur la corniche, la porte et la base. Son décor végétal délicat sur fond vert encadre la porte portant le calice et l'hostie.  Les deux deux inscriptions traditionnelles sont encore lisibles:

"EGO SUM PANIS VIVUS" (entablement)

"HIC DEUM ADORA" (base)

 

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Sur les côtés, deux anges en prière

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Ces tabernacles anciens finement décorés se rencontrent encore dans certaines églises,

Gavignano tabernacle  blog.jpg

comme ici à Gavignano.

 

(à suivre)

Merci à Michel Edouard Nigaglioni pour son aide précieuse et sans faille.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

14/03/2011

Un serpent nu dans le Jardin

Aujourd'hui, récit de la Genèse,

avec Philippe JACCOTTET, la BIBLE, les infos, l'invention de la mort et autres babioles ...

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(Eve et le serpent, San Quilicu à Cambia)

 

"Un grand serpent disparaît dans les hautes herbes jaunâtres.

 

Le silence pèse. Vais-je imaginer qu'une femme le dérange, qui approche entourée de ses cheveux, vais-je apprendre ce que sont des yeux qui ignorent le temps, et comment on marche quand on n'a ni regrets, ni désirs? A-t-elle, pas plus liée par ses pieds au sol que la flamme à la bougie, le regard opaque (ou trop transparent) des bêtes? Est-ce pourquoi elle aurait prêté l'oreille à l'une d'elles? Le serpent nous répugne peut-être parce que nous savons son histoire. Elle, le voyait-elle seulement? Ce n'était qu'un éclair paresseux ou une eau lente. Elle était encore prise dans le globe clos du jour: lesquels de nos mots auraient-ils eu un sens pour elle? Sûrement pas danger, faute, mensonge ..."

(...)

" Je rêve à ce jardin dans la solitude irisée de cette combe. Je contemple un tremble dont pas une feuille n'est immobile, comme un clocher aux milliers de cloches, pour une obscure alarme. Les bêtes habitent avec tranquillité le Temps. C'est comme si rien n'était encore visible à aucun regard. Tout est encore à l'intérieur d'un sommeil illimité. Soudain, pour la première fois, ces yeux s'entrouvrent. Elle n'était pas différente des bêtes; à présent elle voit la distance, les couleurs, les ombres, la beauté insidieuse; elle voit que les choses changent, pourraient fuir, lui échapper. Elle s'alarme, se trouble; elle devient si belle que même les figures invisibles du ciel descendent vers son nid. Et de même qu'elle a été expulsée de la sphère divine, le sang sort de son corps, et coule, plus épais que l'eau. C'est le premier sang visible. Il enténèbre le sol.

 

A celui qui se penche vers elle, la terre a-t-elle jamais livré des simples pour ces blessures?"

 

(Prose au serpent:  Philippe Jaccottet, Paysages avec figures absentes, nrf, Poésie Gallimard)

Adam  Eve  serpent arbre.jpg

" Le serpent était nu,

plus que tout vivant du champ qu'avait fait IHVH Elohîm.

Il dit à la femme: ainsi Elohîm l'a dit:

"Vous ne mangerez pas de tout arbre du jardin" ...

La femme dit au serpent:

"Nous mangerons les fruits des arbres du jardin,

mais du fruit de l'arbre au milieu du jardin, Elohîm a dit:

" Vous n'en mangerez pas, vous n'y toucherez pas, afin de ne pas mourir."

Le serpent dit à la femme:

"Non, vous ne mourrez pas, vous ne mourrez pas,

car Elohîm sait que du jour où vous en mangerez

vos yeux se dessilleront et vous serez comme Elohîm, connaissant le bien et le mal."

La femme voit que l'arbre est bien à manger,

oui, appétissant pour les yeux,

convoitable, l'arbre, pour rendre perspicace.

Elle prend de son fruit et mange.

Elle en donne aussi à son homme et il mange.

Les yeux des deux se dessillent, ils savent qu'ils sont nus."

 

(La Bible: la Genèse, traduite par André CHOURAQUI)

Vous connaissez la suite - y compris les risques nucléaires majeurs que nous vivons aujourd'hui avec le drame du Japon ... Mais tout de même, de là à tout mettre sur le dos d'Eve et du Serpent! (je ne parle pas d'Adam, le pauvre homme, on le sait, il n'y était pour rien,  il écoutait le dernier qui parle, le dernier avis, celui qui disait qu'il n'y avait pas de risque, pas de quoi s'alarmer ... et puis quoi, on allait bien voir !)

 

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Adam et Eve et  l'arbre de la connaissance: tympan de Santa Maria de Rescamone, à Valle di Rustinu

Je reprends quelques instants quelques passages  de cette troublante  "Prose au serpent" de Philippe Jaccottet:

"(...) Pourront-elles jamais cesser d'aimanter nos regards, elles, les fraîches, les douces, nos bergères, ces lueurs ou ces clés qui tournent dans l'obscurité, qui ouvrent le monde, en déplacent les murs, elles justement qui semblent des habitantes du Jardin, qui le recréent un instant autour de nous; mais on sent que ce n'est pas le même, c'est comme quand on voit deux images en surimpression, ou que derrière le plus beau ciel on se rappelle la nuit ou l'on pressent un orage, comme quand on devine le crâne sous la peau, c'est déjà plein de flammes derrière les fruits mûrs, les degrés ascendants basculent, le haut et le bas se confondent, le caché émerge, flambe, une odeur de dissolution gagne, comme si de toutes les beautés la plus irrésistible ne paraissait que pour nous faire sentir par un plus court chemin la mort. Bergères infernales.

(...)

Il n'y a jamais eu ni Jardin, ni Serpent. Mais nous sommes vraiment ici, voyant des choses au travers des autres, des dieux et des morts derrière les vivants, des anges et des flammes au milieu des plantes, tout ce mélange de chair et de fumée est réellement en nous. Il faudrait une bonne fois cesser de dire: " Quel est le chemin du lieu sans tache?" ou encore: " Pourquoi vieillis-tu, pourquoi pars-tu, pourquoi me trahis-tu?" Ou nous refusons cette limite, et nous refusons tout (par quelque forme que ce soit de délire, d'excès), ou nous l'acceptons, et nous vivons avec elle. Mais comment, si la croyance en une résolution des contraires avant ou après la mort ne nous est pas donnée? Faut-il briser, chaque fois qu'il se reforme, tout élan vers le Jardin, chasser le plus faible de ses reflets? Plutôt, ceux-ci, les saisir en leur rapide passage, sous toutes leurs formes (variables selon les temps, les lieux, les natures), les maintenir tant bien que mal, aveuglément, n'importe quelle lueur au mur d'une prison étant bienfait ..."


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le Serpent et l'Arbre, Santa Maria de Rescamone.