Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

03/10/2010

ALTIANI, suite

Continuons notre visite virtuelle de l'église paroissiale d'Altiani avec deux autres toiles de Francescu CARLI :

 3°/ La Vierge à l'Enfant entre saint ROCH et saint ALEXIS, Francescu CARLI

 

Altiani Carli Vierge st Roch st Jacques blog.jpg

La Vierge à l'Enfant entre Saint Roch et un Saint que j'avais tout d'abord pris pour Saint Jacques Majeur (à cause de son bourdon), mais qui est beaucoup plus sûreme Saint Alexis: il existe, non loin du village d'Altiani, une petite chapelle dédiée à ce saint (Sant Alessio):

040210 046.jpg

   ... dont voici l'image naïve en sa chapelle ...

Altiani Carli Vierge st Roch st Jacques détail chien et paysage.jpg

Détail du chien de St Roch, avec en prime un paysage de montagne bien local et une feuille roulée dont il faudrait décrypter le texte ... mais qui est très certainement la lettre retrouvée entre les doigts du saint mendiant à sa mort le désigant comme "Alessio romano":

" Ce mendiant fort populaire, dont la légende remplace l’histoire, était l’objet d’un culte populaire extraordinaire au point que le Pape Innocent XII dut déclarer le jour de sa fête, jour chômé au 17ème siècle. Fiancé contre son gré, il s’était enfui de Rome en pleine cérémonie nuptiale et s’embarqua pour la Syrie. Il gagna Edesse, mendiant sous les porches. Devant la popularité qui l’entourait, il reprit la mer. Le navire, à cause des vents contraires, le ramena à Rome. Sa fiancée lui était restée fidèle. Ni ses parents ni elle ne le reconnurent dans ce miséreux couvert de loques. Il resta dix-sept ans, dormant sous l’escalier extérieur de la maison paternelle, visitant les églises, maltraités par les esclaves qui lui jetaient des détritus. Une voix céleste révéla sa présence à l’empereur et au pape qui vinrent sous l’escalier et le trouvèrent mort, serrant un manuscrit racontant ses origines. "

( site : nominis.cef.fr)

Saint Alexis est le patron des pélerins, des mendiants, des portiers, mais aussi, comme saint Joseph, on l'invoque pour recevoir la grâce d' une "bonne mort" .

 

         4°/ La Décollation de Saint Jean-Baptiste, Francescu CARLI

 

 

Altiani Carli Décollation st Jean Baptiste blog.jpg

 

Certainement l'un des fleurons de cette église: si certains  thèmes précédents (Annonciation,  Rosaire) illustrés par Carli se retrouvent fréquemment dans d'autres églises de Corse, celui-ci est infiniment plus rare ... 

 La tête du saint, pour peu de temps encore sur ses épaules, se trouve au centre de la toile entre les deux groupes: d'un côté les deux femmes à l'instigation de ce meurtre, de l'autre le bourreau.

La scène saisit l'instant crucial où le bourreau va trancher la tête de Jean-Baptiste qui s'apprête à gagner, par les voies les plus rapides, le ciel (un ange brandit déjà la couronne du martyre) : Jean-Baptiste, le cousin du Christ,  devient le premier "proto-martyre" du monde chrétien (martyrisé avant la mort du Christ). A ses pieds la croix enlacée d'un phylactère annonçant le Christ. Cela se passait sous le règne d'Hérode Antipas

Altiani Carli Décollation JB Détail Hérodiade et Salomé blog 2.jpg

ces chipies de dames : Hérodiade ( veuve de Philippe Antipas et épouse de son beau-frère Hérode Antipas) et sa fille, la divine Salomé, mine boudeuse. Hérodiade, la torche à la main, vérifie que le travail sera bien fait. Salomé, elle nous regarde, indécise, nous prend à partie:  danser pour l'amour, oui! mais pour la mort ? Serait-elle dans le regret?

Altiani Carli Décollation st Jean Baptiste détail bourreau blog.jpg

(détail: le bourreau, aux traits accusés,  "à la mauresque")

Décollation ST J B à Bastia.jpg

Bastia, Eglise Saint Jean Baptiste:  merci à l'historien de l'art Michel Edouard Nigaglioni qui m'a communiqué ce cliché et l'article suivant:

 

"Anonyme

(école romaine du XVIIe siècle, copie d’après Gerrit Van Hornthorst)

 

La décollation de saint Jean-Baptiste

XVIIe siècle

Huile sur toile (420 cm x 274 cm), châssis rectangulaire vertical

Eglise paroissiale Saint-Jean-Baptiste

 

ICONOGRAPHIE

- Saint Jean-Baptiste est représenté agenouillé, en prière, devant un bourreau brandissant une hache (à droite). Au-dessus du saint, un ange apporte une couronne de feuillage. A gauche de la composition, sont figurées Salomé tenant un plateau sous le bras, et Hérodiade brandissant une torche.

- Cette œuvre est la copie d’un grand retable, peint en 1618 par Gerrit Van Hornthorst (dit : « Gherardo delle notti ») pour l’église Santa Maria della Scala à Rome, à la demande du cardinal Scipione Borghese.

 

HISTORIQUE

- Le peintre hollandais Van Hornthorst (né à Utrecht en 1590, mort dans cette même ville en 1656) séjourna à Rome une dizaine d’années, entre 1610 et 1620, où il travailla pour l’aristocratie et les princes de l’église. Il acquit alors une réputation internationale. Surnommé Gherardo delle notti parce qu’il aimait peindre principalement des sujets nocturnes.

- Ce tableau, qui représente le martyre du saint titulaire de l’édifice, fut vraisemblablement commandé pour orner originellement le maître-autel de l’église primitive (érigée en église paroissiale en 1618 par Paul V). Après la reconstruction de l’église (1636-1665) la toile ne prit pas place dans le nouveau chœur et fut installée dans une chapelle latérale. Le plus ancien plan connu de l’église, daté de 1693, mentionne que la chapelle porte le vocable de « La decollazione ».

- L’œuvre est classée Monument Historique au titre d’objet mobilier (30 - 07 - 1970)."

(Michel Edouard Nigaglioni)

 

Michel Edouard Nigaglioni estime que nous avons ici à Altiani, avec la toile de la Décollation,  la preuve que Francescu Carli a visité les églises de Bastia : il est vrai qu'il semble bien s'être inspiré de la toile de Bastia, mais en mettant sa touche personnelle dans la réalisation de cette scène ...

"Francescu CARLI est né dans l'Etat de Lucques, vers 1735. Il s'installe très jeune en Corse, à San Lorenzo (en Castagniccia) où ilé pouse une jeune fille du village. Carli est mort à San Lorenzo, le 17 août 1821, à l'âge de 86 ans.

(...) Francescu Carli est l'un des peintres les plus productifs de l'école corse, on lui doit plusieurs centaines d'oeuvres (tableaux d'autel, bannières de procession, chemins de croix)  (...)

Michel Edouard Nigaglioni , dans CORSE ( page 43) ouvrage collectif publié par Christine Bonneton.

 

(à suivre! Prochaine note sur Altiani:  deux toiles de Giacomo GRANDI))

 

 

ALTIANI , avec le village, visite de la Santa Nunziata

(Je réactualise aujourd'hui, finalise et regroupe ces notes rédigées à la fin de l'été sur l'église paroissiale d'Altiani)
 
ALTIANI, Pieve de Rogna, anciennement Diocèse d'Aleria.

Ce 31 Juillet dernier, à la demande de l'active et formidable assosciation "Campa in Altiani", nous avons pu partager avec les gens d'Altiani la richesse de leur église paroissiale: un après-midi festif et animé!
 Ces notes leur  sont dédiées.
en attendant la rencontre blog.jpg*

... papotages et embrassades à l'ombre de l'église, en attendant le début des "opérations" ...
Car il s'agit bien là d'une opération de charme: les gens d'Altiani s'apprêtent à voir de près les peintures qui ornent les autels de cette belle église, hélas dénaturée par l'actif pinceau ripolinant d'un décorateur qui a sévi dans de nombreuses églises de Corse ("là où L. passe, les anges trépassent"). Qu'importe, aujourd'hui, c'est le grand jeu, on va déplacer statues et autres saints objets encombrants pour pouvoir regarder et admirer ce richissime patrimoine des peintures d' Altiani. Une occasion rare de renouer, le temps d'un exposé déambulatoire avec cette iconographie dont la plupart des gens ont perdu le sens et l'usage.

          Altiani paysage blog.jpg

J'étais venue rencontrer ce village en février 2010, un coup de coeur! Une fois enjambé le Tavignano sur le beau "Ponte à u Larice", la route grimpe par lacets jusqu'à Altiani qui domine ainsi la vallée du  haut de ses 600 m: lumière et vents assurés. J'avais en février évoqué la chapelle romane San Michele qui fait l'objet d'un solide projet de restauration, mais aujourd'hui, place à la peinture baroque de Corse! Lors de ma première visite j'avais été émerveillée de la richesse iconographique de cette église, voyez plutôt ... et n'oublions jamais que le but premier de ces peintures était d'éduquer les gens par l'image ...

I° L' ANNONCIATION ( Francescu CARLI)

 

 

     Annonciation blog.jpg

Tout d'abord, cette toile de l'Annonciation, qui domine le maître autel: c'est le patronnage de l'église. Peinture de Francescu CARLI . Né en 1735, originaire de l'état de Lucca, en Toscane, il devient l'un des peintres les plus productifs (plusieurs centaines d'oeuvres) de l'Ecole corse du XVIIIème siécle, puisque c'est en Corse qu'il a choisi de vivre, de se marier (avec une jeune fille Franceschi de San Lorenzu) et de travailler jusqu'à sa mort, en 1826 ...

Ici, L'Annonciation met en scène les trois personnages requis: traversant la nuée peuplée d'angelots, la Colombe de l'Esprit Saint est déjà à l'oeuvre, dardant le divin rayon sur la Vierge agenouillée sur son prie-Dieu à droite, une main ouverte pour l'acceptation, l'autre retournée vers le sol pour la frayeur. On peut la comprendre! Robe rose de son humanité, manteau bleu de son appartenance céleste ...

A gauche, l'archange Gabriel, le beau Messager chatoyant, d'une main tend le lys de la pureté à Marie et de l'autre brandit son index droit vers le ciel, annonçant fermement le message d'en Haut:

" Réjouis-toi, pleine de grâce. Le Seigneur est avec toi. Tu es bénie parmi les femmes. (...) Et voici u'un ange debout devant elle disait: " " Ne crains pas, Marie, tu as trouvé grâce devant le maître de toute chose. Tu concevras de son Verbe " (Protoévangile de Jacques) 

Remarquez qu'au même instant  le Verbe sort bien du bec de la Colombe...

Notez aussi ce nuage lenticulaire en forme de gâteau roulé aérodynamique sur lequel surfe Gabriel avec beaucoup d'aisance: on retrouvera cette même représentation des nuages célestes chez Giacomo Grandi, un autre peintre fort proche de Carli et présent également dans cette église. En écho, le décor végétal du prie-Dieu.

 Le style de Carli est immédiatement reconnaissable:  un univers pastel et rococo où les personnages mis en scène se meuvent avec grâce et délicatesse, des visages enfantins, des mains élégantes aux longs doigts graciles  ...

Annonciation jeu de mains blog.jpg

sans oublier les humbles outils du quotidien ...        Annonciation détail panier blog jpg.jpg

Marie, surprise dans sa prière, son ouvrage à ses pieds, le couvercle du panier entrouvert:  filer, inlassablement le voile du Temple, le fil du Destin, mêler sur la trame des jours le bon et le mauvais, l'âpre et le doux, la prière et l'imprécation, racommoder la déchirure, broder l'enfance ... bref, incessant travail de femme.

II° LA VIERGE DU ROSAIRE ET LES ÂMES DU PURGATOIRE ( Francescu CARLI)

             Rosaire blog.jpg

Une représentation habituelle - on en trouve dans un très grand nombre d'églises - de cette dévotion du Rosaire ... mais pour autant savons-nous encore la lire?

 La Vierge et l'Enfant, bien installés sur leur drôle de nuage, remettent le Rosaire à  St Dominique, à gauche et Ste Catherine de Sienne, à droite: Dominique, le fondateur de l'ordre des dominicains est reconnaissable à sa robe blanche, son manteau noir, et à la petite étoile qui brille au-dessus de sa tête; il est accompagné de son chien fidèle portant le brandon allumé de l'ardeur de la foi ("Domini canes": en un temps sombre de l'Eglise, les dominicains furent les grands inquisiteurs et firent allumer des bûchers de sinistre mémoire. Paix à la mémoire des uns et des autres.) . Et de l'autre côté, la dominicaine Catherine de Sienne, reconnaissable aux stigmates qui percent ses mains ...

                                                      mains.jpg                   

         Regards tendres et gestes raffinés de gens bien éduqués, phalanges musiciennes et petits doigts en l'air de buveurs de thé ...

 Venons-en aux 15 Mystères du Rosaire qui encadrent et justifient la scène:

 les Mystères blog.jpg

 

Autour du visage enfantin et paisible de la Vierge et de l'Enfant, 15 tableautins pour réviser son cathéchisme en récitant le Rosaire, 10 Ave Maria pour chaque Mystère:  5 Mystères Joyeux, 5 Mystères Douloureux, 5 Mystères Glorieux, bref, en tout 150 Ave Maria (aujourd'hui il faudrait rajouter à cette iconographie les 5 Mystères Lumineux ...)

 Un investissement de temps précieux en ces temps difficiles où la survie du plus grand nombre dépendait d'une lutte acharnée avec la nature: terrains souvent en terrasses, pierreux, pentus, dont il fallait inlassablement entretenir, remonter les murs, avec ces risques imprévisibles d'une météo capricieuse, voir d"une guerre fratricide où brûlent les moissons, mais  un vrai livre ouvert de cathéchisme en images doublé d'un vrai acte de charité envers ...

 

 

Ames du Purgatoire blog.jpg

 ...  ces pauvres Âmes du Purgatoire qui grillent (pendant quelques centaines de milliers d'années, parait-il: 800.000 ans pour une peccadille!) leurs imperfections en attendant de pouvoir enfin sortir de la fournaise,  nettoyées et légères. Réciter un Rosaire fait avancer le compte à rebours de façon notoire (moins 200.000 ans, m'a-t-on dit!) et témoigne d'une réelle solidarité des vivants pour les morts ...

Je rappelle ici le rôle de  l'église du  Purgatoire : il s'agit de cette "scession de rattrapage" qui permet de débarrasser - par le feu, par l'absence - l'âme de ses scories (les péchés) pour ne garder que le métal pur de la spiritualité. C'est aussi une forme d'assurance sur l'Au-delà . Ainsi va notre pauvre humanité, toujours inquiète , édifiant inlassablement des systèmes pour se rassurer contre l'inéluctable  ... En ce qui concerne notre monde occidental, je vous renvoie aux excellents ouvrages de Jean DELUMEAU: La Peur en Occident, Le Péché et la Peur, Rassurer et protéger, l'Aveu et le Pardon" etc ... (éditions Fayard) . Cette pastorale de la Peur n'est plus guère de mise aujourd'hui: nous prenons des assurances multirisques pour la vie, la maladie, la mort, la voiture, le vol, le bris de glace, bref, nous essayons de prévoir sur un laps de temps somme toute plutôt court (une vie d'homme, bien peu de chose au regard de l'éternité) ...

Avons-nous vraiment changé  ou sommes-nous simplement devenus myopes? Je ne prendrai pas partie mais dirai seulement ceci: les bons Pères de l'Eglise qui ont développé cette pastorale par l'image étaient de fabuleux publicistes!

 (à suivre pour les autres toiles d'Altiani)

 

 

29/09/2010

la confrérie féminine de San Petru di Nesce/Nessa

San Petru di Nesce, Pieve di Sant'Andrea

(Je reprends et complète, avec les informations les plus récentes, ma dernière note sur ce sujet)

Nessa fresque confrérie féminine blog.jpg

E PISOCHJE (fresque du XV° siècle), dans le reste de l'abside du reste de la chapelle dans le cimetière...

Notre ami Joseph Orsolini , dans son ouvrage de référence: " L'Art de la Fresque  en Corse de 1450 à 1520" (édité par le Parc Naturel Régional de la Corse) avait déjà tiré en 1989 la sonnette d'alarme pour signaler l'état désespéré et désespérant de ce petit joyau unique dans l'histoire des fresques de Corse.

Nessa-massacre chapelle fresques juillet 2007 001.jpg

La petite abside de cette chapelle dévorée par les sépultures anarchiques, massacrée par le ciment ...

Je cite Joseph Orsolini (p. 42):

" Heureusement pour notre connaissance du programme iconographique des fresques de l'Ile de Corse, le choeur de cette chapelle conserve encore, comme le bien le plus précieux de son ancienne grandeur, un tout petit détail pictural d'une première importance. Il s'agit de la représentation d'une confrérie de femmes toutes de blanc vêtues adoptant une attitude de prière (E Pisochje).

(...) Cette représentation de confrérie de femmes est un cas unique , une originalité dans l'ensemble des peintures murales existant aujourd'hui en Corse."

J'ai déjà par le passé écrit une "Brève de Purgatoire" (note du 11/07/2007) sur ce témoignage de Nessa. Je passe souvent dans ce lieu, avec tristesse et révolte. En cette année où l'on célèbre avec tant de faste et d'esthétique le monde des Confréries en Corse au Musée de Corte, je demande: ne fera-t-on rien pour sauver ce fragile témoignage d'une confrérie féminine? La Vierge en Majesté avec l'Enfant Jésus sur ses genoux qui occupait une partie importante de l'abside, Vierge de Miséricorde protégeant sous son manteau, me semble-t-il, cette confrérie de femmes , a quasiment disparu.

nessa-massacre fresques juillet 2007 008 détail visage.jpg

 ( visage de l'Enfant ? )

 nessa-juillet 2007 le pied du petit Jesus blog.jpg

(le pied de l'Enfant Jésus)

nessa-massacre fresques juillet 2007 015.jpg

(Ce qui reste de Saint Pierre tenant la clef du Paradis et le Livre saint)

Cette chapelle est inscrite au titre des Monuments Historiques depuis le 7 mars 1990. Je viens d'apprendre que la commune de Nessa a exprimé ( précisément le 29 janvier 2010) sa volonté de sauver ce patrimoine et le désir d' obtenir une subvention qui lui permettrait, pour un coût dérisoire, de transmettre aux générations futures ce témoignage unique en Corse.

Il faudrait enfin comprendre qu'on ne mesure pas toujours l'importance d'un patrimoine pictural communautaire à sa surface pas plus qu'on ne mesure l'importance d'un patrimoine chanté à ses décibels: ici ces quelques centimètres carrés peints en disent plus que  bien des gloses. 

Nessa-massacre chapelle fresques juillet 2007 visages.jpg

 (dossier à suivre)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

10/08/2010

" U Cantu in Paghjella" inscrit au Patrimoine de l'Humanité ...

Avec un mois de retard ...
cette information, dont nous connaissions l'existence, forcément,
et qui nous interpelle:
"Extrait de : Sequence - La lettre hebdomadaire du ministère de la
culture et de la communication
n°394
08.07.10


Patrimoine culturel immatériel de l’humanité
Le Maloya et le Cantu in paghjella inscrits au patrimoine culturel
immatériel de l’humanité de l’UNESCO

Le ministre de la Culture et de la Communication, a célèbré
l’inscription du Maloya et du Cantu in paghjella profane et liturgique
de Corse de tradition orale, au patrimoine culturel immatériel de
l’humanité de l’UNESCO.

En 2009, quatre dossiers de candidature présentés par la France ont été inscrits sur les listes représentatives et de sauvegarde
 du patrimoine culturel immatériel (PCI) : Le Maloya, l’Art du trait de Charpente et le savoir-faire de la Tapisserie d’Aubusson pour la liste représentative, le Cantu in paghjella de Corse pour la liste de sauvegarde.

Le Maloya est à la fois une forme de musique, un chant et une danse propres à l’île de la Réunion. Métissé dès l’origine, il a été créé par les esclaves d’origine malgache et africaine dans les plantations sucrières, avant de s’étendre à toute la population de l’île.
Jadis dialogue entre un soliste et un choeur accompagné de percussions, le Maloya prend aujourd’hui des formes de plus en plus variées. Chanté et dansé sur scène par des artistes professionnels ou semi-professionnels, il se métisse avec le rock, le reggae ou le jazz.
Autrefois dédié au culte des ancêtres dans un cadre rituel, le Maloya est devenu peu à peu un chant de complaintes et de revendications pour les esclaves et, depuis une trentaine d’années, une musique représentative de l’identité réunionnaise. Il
doit sa vitalité à quelque 300 groupes et à un enseignement musical
spécialisé au conservatoire de la Réunion.

La paghjella est une tradition de chants corses interprétés par les
hommes. Elle associe trois registres vocaux, fait un large usage de
l’écho et se chante a capella dans diverses langues parmi lesquelles le corse, le sarde, le latin et le grec. Tradition orale à la fois profane
et liturgique, elle est chantée en différentes occasions festives,
sociales et religieuses. Malgré les efforts des praticiens pour
réactiver le répertoire, la paghjella a progressivement perdu de sa
vitalité. Si aucune mesure n’avait été prise, elle risquait de ne
survivre que sous la forme d’un produit touristique dépourvu des liens avec la
communauté qui lui donnent son sens.

Depuis 2003, la convention de l’UNESCO pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel fixe pour objectif aux États qui l’ont ratifiée la protection des rites, pratiques, expressions, représentations, traditions détenues par leurs communautés dans des domaines aussi divers que les musiques, chants et danses traditionnelles, savoir-faire et techniques, manifestations collectives, traditions orales.
Cette manifestation s’est tenue la veille de l’ouverture à l’UNESCO de la troisième assemblée générale des États parties à la convention, qui rassemblera les cent vingt pays ayant à ce jour ratifié la convention."
Merci à l'amie Sophie Godaert pour sa précieuse collaboration!
Fort bien!
Faut-il se sentir rassurés pour autant? De quoi parle-t-on exactement?
Ceccu Saladinic01.jpg
(Ceccu Saladini)
En vrac, nous viennent une multitude de questions, pour nous (un nous de sympathie et de reconnaissance) qui avons tant aimé et oeuvré pour ce chant d'ici, parce qu'il nous semble contenir ce menu morceau de braise divine propre à rallumer les consciences gelées ...
***
... et qu'en pense le vieux chantre d'Olmi Cappella Ceccu Saladini, depuis là-haut, lui qui a transmis cette messe d'Olmi Cappella, et pas seulement "u versu" mais cette façon d'être au chant, inimitable, abrupte, fragile et entière... lui dont se réclament aujourd'hui tant de "groupes polyphoniques"  de la région ( ce qui doit passablement le faire sourire ou enrager) ? 
***
 ... et quelles sont les mesures prises en question? Que cherchons nous à transmettre? Des savoir-faire, fioritures et autres ricuccate  ? Des aptitudes innées ou bien des attitudes justes et pour quelle communauté solidaire? celle des Corses en mal de reconnaissance ou celle de tous les  hommes de bonne volonté?
***
... et si d'autre part, en Corse comme ailleurs, tous les chants n'étaient pas polyphoniques, et si certaines monodies portaient tout autant en leur humble reliquaire sans estampille un morceau de la vraie âme (comme on dit "de la vraie Croix") solidaire de l'île, solidaire de l"humanité?
***
... et si, par exemple - mais l'Afrique est si lointaine et si pauvre - ,  les polyphonies du peuple pygmée Aka de Centre Afrique portaient elles aussi bien autant ce message humain à préserver d'urgence, peuple pygmée pour qui chaque chant spécifique apporte une réponse de survie à la communauté ... ?
 
- A ce propos voir et écouter sur Youtube.com: "les chants polyphoniques des pygmées Aka de Centre Afrique". J'avais acquis en 1978 une magnifique anthologie sur disques vinyls de ces chants , publiée chez Ocora. Une découverte pour moi, à l'époque, de ce que pouvait être ce lien communautaire et sacré tissé par les chants de ces populations nomades (aujourd'hui en danger de sédentérisation) avec leur forêt nourricière. Un univers qui ne me parait pas fondamentalement si éloigné de celui qui fit naître nos chants de la Corse ancienne.
***
... et si nous devions plutôt décider, sans attendre de médailles en chocolat, d'où que nous soyions,  de devenir par tous les moyens, y compris par le chant, qu'il soit ou non en paghjella, d'hommes ou de femmes, simplement  des " résistants" à l'enfermement,  à la violence du  non-sens et du non-espoir  de notre monde, tout comme l'étaient nos frères  esclaves de l'Île de la Réunion par leurs chants et leurs danses du Maloya ... et si ... ?
***
... et si la résistance était déjà en marche, non seulement  au sein des institutions ou des écoles, mais aussi simplement dans le travail entrepris par certains au sein des villages? l'engagement actuel des confréries en serait un bon exemple, à l'image de ce que nous sommes, avec nos forces et nos fragilités ... Mémoire et création, s'il est besoin, tout simplement.
090408_01_-R-solution_de_l--cran-.JPG
(à Speluncatu)
Je dirais aussi que la paghjella partagée les jours de fête après pastissades, poignées de châtaignes grillées et gâteaux roulés ne manque ni de saveur ni de sens ...
***
Au fait, qui sont ces "praticiens" dont " les efforts  pour réactiver le répertoire " sont sensés nous sauver de l'oubli ? Dans quels moules sont-ils tentés de couler  la mémoire collective et plurielle?
*** 
Je ne suis pas sûre de bien comprendre ce genre de décision très flatteuse pour la Corse. Je ne suis pas non plus sûre que cette mesure honorifique soit suffisante ou adéquate pour rétablir le lien du chant - paghjella ou non -  avec sa communauté ... 
Désolée de ramer à contre-courant.
(à suivre) 

02/08/2010

BICENTENAIRE DE L'ORGUE CRUDELI DE SPELONCATO

affiche orgue Crudeli avec texte blog.jpg

SPELUNCATU : BICENTENAIRE

DE L’ORGUE HISTORIQUE CRUDELI

1810/2010

 

JEUDI 5 AOÛT

 à la Collégiale Santa Maria Assunta 

 

 

-          10 heures 30 :  Exposition de photos des orgues de Corse et présentation de l'orgue Crudeli par sa titulaire, Elizabeth Pardon.

clavier et pédalier SPE.jpg

(le clavier et le pédalier de l'orgue Crudeli)

 

-    15 heures : Conférence : « Les CRUDELI en Corse : la possible transmission d’un Savoir-Faire auprès de la famille Saladini de Speloncato », par Sébastien Rubellin, Musicologue, auteur de « L’Orgue corse de 1557 à 1963 », Editions Piazzola.

 

-    16 heures 30 : Diaporama / Débat :  « Les orgues de Corse, un patrimoine insulaire pour l’Europe » , par Elizabeth Pardon,  animatrice de « La Montagne des Orgues »

 

 

18 heures 30 : Vin d’Honneur, Place Sainte Croix.

  

   -    21 heures : CONCERT sur l’orgue Crudeli par Maria Cecilia Farina, Organiste de Pavie. Lauréate de nombreux concours internationaux et prestigieuse concertiste. Elle avait donné le concert d’ouverture après la restauration par Antoine Massoni de l’orgue en 1991.

 

 

VENDREDI 6 AOÛT

 

Ballade autour des orgues historiques de la micro région, avec la participation des organistes présents :

 

- 10 heures : Eglise de Costa, orgue anonyme début XIX ème siècle -   

- 11 heures 30 : Eglise de Feliceto, orgue Saladini 1839 -              

- 14 heures 30 : Eglise de Pioggiola, orgue Saladini 1845.                                                        

 - 16 heures 30 : Eglise d’Olmi Cappella, orgue anonyme vers 1805)  

orgue de Pioggiola copie Blog.jpg
(l'orgue Saladini de Pioggiola)

  

                                                                                                    

 

                                                                                

 

SPELONCATU 5 Août 2010

CONCERT du BICENTENAIRE DE L’ORGUE CRUDELI

Organiste Maria Cecilia Farina

l' organiste de Speloncato blog.jpg

 

Johann Kaspar Kerll                            Passacaglia

(1627 – 1685)                                       Magnificat (couplets alternés au chant grégorien chanté par l’organiste)

 

Anonyme espagnol                                  Batalla    

(XVII siècle)                                        Espanoleta

                                            

Georg F. Haendel                               Ouverture in Ptolomy

(1685 – 1759)             

 

J.Sebastian Bach                                Wer nur den lieben Gott  BWV 690, 691

(1685 – 1750)                                     Fugue sur le Magnificat  BWV 733

 

G.Battista Martini                              Sonata all’Elevazione

(1706 – 1784)

 

Anonimo toscano                               Postcommunio  

(XVIII siècle)                                           

 

Amilcare Ponchielli                           Allegretto campestre

(1834 – 1886)

 

Niccolò Moretti                                 Sonata del Signor Mozart

(1763 – 1821)                                      ridotta per l’organo dal Signor Nicolò Moretti

 

 

MARIA CECILIA FARINA , appartenente ad una famiglia di illustri musicisti pavesi, affianca all’insegnamento presso il Conservatorio “G.Verdi” di Milano un’intensa attività concertistica come organista e clavicembalista, esibendosi sia come solista che all’interno di gruppi strumentali. Condotti gli studi musicali accanto a quelli umanistici, si è diplomata presso il Conservatorio di Milano in Organo e composizione organistica, Pianoforte e Clavicembalo; presso il Conservatorio di Brescia in Musica corale e direzione di coro,  laureandosi nel 1987  in Lettere moderne presso l’Università di Pavia col massimo dei voti e la lode. Si è quindi perfezionata per due anni in organo alla Musikhochschule di Vienna nella classe di Michael Radulescu e per tre anni in cembalo all’Accademia Chigiana di Siena con Kenneth Gilbert . Premiata in alcuni concorsi organistici e clavicembalistici  nazionali e internazionali, ha tenuto concerti nelle principali città italiane, in molti paesi europei, in Argentina, Israele e Corea del Sud, partecipando a manifestazioni e festival quali “Wienerorgelkonzerte” a Vienna, “Musica ai Frari” a Venezia, “Musica e poesia a S. Maurizio” a Milano, “Festival Estival de Paris”, “Italiana 86” a Buenos Aires, “Tribute to Stradivarius” a Londra etc., suonando strumenti di altissimo valore storico-artistico (organo Arp Schnitger di Norden, organo Stellwagen di Lubecca, organo Sieber a S.Michele in Vienna, organi Riepp a Ottobeuren, Raphaelis a Roskilde e numerosi altri).

Ha effettuato registrazioni per RAI, Radio Svizzera Italiana, Israel B.C. e inciso come solista  CD per Ermitage, Discantica , Sarx e Stradivarius (per quest’ultima etichetta ha partecipato all’integrale delle Sonate di Domenico Scarlatti a cura di Emilia Fadini)  . E’ organista e clavicembalista dell’Arion Consort & Choir del Collegio Ghislieri di Pavia.

 Appassionata alla ricerca musicologica, ha tenuto conferenze e lezioni-concerto per l’Università di Pavia, la Scuola di Musica di Fiesole, il Museo Teatrale alla Scala e pubblicato studi e contributi per editori quali Casa Ricordi e Zanibon e per la rivista culturale KOS. La Provincia di Pavia le ha affidato la supervisione e il coordinamento scientifico del volume “Organi storici in Provincia di Pavia- Viaggio all’interno della più antica macchina da musica”, pubblicato nel dicembre 2004.

E’ consulente del Servizio Tutela Organi presso la Direzione regionale per i Beni culturali e paesaggistici della Lombardia.

putti SPE.jpg

(à suivre!)