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23/04/2011

un Jeudi Saint lumineux et frisquet en Castagniccia

Jeudi 21 avril 2011, une journée de partage et de rencontres autour de la Semaine Sainte, des Sepolcri et des Chemins de Croix en Castagniccia qui a débuté à Castellu di Rustinu

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avec  les fresques de la chapelle san Tumasgiu di Pastureccia ( pour l'ensemble de ces fresques, voir les notes sur cette chapelle: " les fresques de San Tumasgiu di Pastureccia")

                                        

ensemble fresque Passion mur nord blog.jpg

et le récit de la Passion, sur le mur Nord. C'est, à ma connaissance, le seul ensemble cohérent de fresques  sur ce thème. Notons au passage que certaines chapelles n'ont sans doute pas fini de dévoiler leurs décors qui dorment peut-être ici et là sous leur badigeon de chaux ...

Même lacunaire, cette "série" fonctionne comme un Chemin de Croix : toucher et enseigner. Elle semble offrir la réponse du salut face à la représentation infernale du mur sud, en face : une invitation à se laisser envahir par la compassion en communiquant par l'image, tout comme le musicien saura émouvoir en créant un oratorio sur la Passion.

la Cène ensemble droit blog.jpg

la Cène: sur la table, le pain et le vin de ce dernier repas pris ensemble avec les disciples.

San Tumasgiu détail apôtres Cène blog.jpg

détail (un peu flou...) de l'interrogation inquiète des apôtres: qui va trahir?

le Christ au jardin des oliviers blog.jpg

le Christ au Jardin des Oliviers et ses compagnons endormis

apôtre endormi.jpg

Saint Pierre plombé de sommeil

 

 

Comparution devant Pilate blog.jpg

 l'arrestation de Jésus et sa comparution devant Pilate

flagellation blog.jpg

la flagellation, sur un fond rouge sang,

Crucifixion et Mère blog.jpg

enfin la Crucifixion, sur le bleu du ciel, en présence de Marie prostrée

le visage de la Vierge au pied de la Croix blog.jpg

 

 visage de la Mère:

"Stabat Mater dolorosa

Juxta crucem lacrymosa

Dum pendebat Filius"

visage du Christ blog.jpg

 et ce magnifique visage du Christ mort, fragment à gauche de l'arc triomphal ...

 

Un peu plus haut, la belle église paroissiale de Castellu et son haut campanile

Castellu di Rustinu le campanile blog.jpg

abrite bien des " messages"  insoupçonnés,

Castellu le sepolcru avec nous blog.jpg

Découverte de ces grands décors peints du sepolcru (anonyme, début XIX°s.): voir la note de l'an dernier, sur cet ensemble impressionnant (" les sepolcri du diocèse d'Accia", le 12/04/2010 )

Décors éphémères chargés de sens et d'histoire sous lesquels se jouait ici naguère, nous a-t-on dit, une Passion à l'usage des gens de cette communauté ...

déploration et mise au tombeau blog.jpg

 

 

Semaine Sainte accompagnée, comme dans de nombreuses églises de cette région depuis la prédication en Corse de saint Leonardo da Porto Maurizio (1744) , par la série des quatorze tabeautins du Chemin de Croix, ici peint par Giacomo Grandi:

portement de croix.jpg

"Stazione II:  Gesù caricato della croce"

le portement de croix: avec une soldatesque superméchante au look barbaresque, histoire de la Corse razziée oblige.

Castellu di Rustinu, Véronique détail blog.jpg

"Stazione VI: Gesù ascingato dalla Veronica"

 Rencontre avec sainte Véronique qui lui essuie le visage.

Castellu Crucifixion blog.jpg

"Stazione XI: Gesù é inchiodato sulla croce"

Jésus est cloué sur la croix: voyez avec quelle gentillesse le bon Jésus regarde son bourreau aux moustaches acérées!

Castellu le Christ entre les deux larrons blog.jpg

" Statione XII: Muore Gesù in croce"

Mort de Jésus et le dernier soupir du bon larron ...

Chemin de croix conçu pour être cheminé et chanté :

"Vi prego, o Gesù buonu,

Per la vostra passion darci

Il perdono..."

La Porta depuis Quercitello blog.jpg

Nous quittons le Rustinu et, en début d'après-midi, nous voici dans la pieve de l'Ampugnani à Quercitellu, avec une vue plongeante sur le village voisin de La Porta ...

le sepolcru de Quercitello blog.jpg

 Dans l'église San Carlu, cette belle toile du sepolcru aux anges compatissants. Le prieur de la confrérie de Quercitellu nous rejoint et évoque les préparatifs du Vendredi Saint: reposoirs dans les rues du village, chemin de croix, granitula ... moment fort pour cette confrérie fraichement reconstituée ...

Après un passage à La Porta, nous voici arrivés au village proche de Ficaghja, où nous avons rendez-vous avec Petru Vachet-Natali qui s'est arrangé malgré les difficultés pour nous recevoir:

Ficaghja l'accueil avec Vachet Natali blog.jpg

Petru Vachet-Natali nous accueille à l'église de l'Immaculata  Cuncezzione, paroisse de son village natal de Ficaghja. Ecrivain, poète et chroniqueur, cet homme affable et généreux a écrit en 2006 une amoureuse monographie sur Ficaghja en langue corse:

"Monografia e Tupunumia di Ficaghja, cù una ricerca tupunomica nantu à 216 nomi di lochi", publié chez Anima Corsa.

Avis!

Il nous fait les honneurs du désormais célèbre sepolcru de Ficaghja auquel je réserverai un de ces jours une note particulière:

Ficaghja sepolcru 2011 blog.jpg

véritable petit théâtre religieux dressé à l'intérieur de l'église pour la Semaine Sainte: cet ensemble imposant gardé par deux redoutables soldats, est l'oeuvre de Francescu Carli, l'un des peintres les plus actifs de cette deuxième moitié du XVIII°s. Une scénographie efficace !

 

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la trahison de Judas(et ses paroles qui sortent de sa bouche, comme dans une bande dessinée)

Ficaghja garde de droite blog.jpg

intraitable et menaçant, le gardien de droite, celui qui vous suit du regard...

 

Ficaghja sepolcru Christ gisant.jpg

Au fond du sepolcru, la déploration du Christ. Autrefois, le prêtre célébrait la messe sur un petit autel au fond de cet espace peint.

 

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cette toile faisait donc office d'antependium

 

Ficaghja l'envers du décor blog.jpg

et l'envers du décor ...

A l'issue de cette rencontre notre ami Petru Vachet- Natali nous a offert fort gentiment le pot de l'amitié ...

***

  A CERCA: un lien solidaire noué entre les villages

Nous voici à présent à Nocario, dans la belle église paroissiale sant' Angelo de cet important village de la pieve d'Orezza: ici se pratiquent toujours ces mouvements des confréries et de leurs  communautés qui échangent leurs visites aux différents sepolcri de la région, investissant ainsi un espace commun . Processions programmées sur les deux jours du Jeudi et du Vendredi Saints entre les églises et les chapelles de Verdèse, Nocario et Campana

 

Nocario sepolcru église st Michel blog.jpg

 A notre arrivée, une dame finit de fleurir le reposoir : simplicité et grâce de ces modestes installations de village où chacun viendra à tour de rôle se recueillir, prier et chanter ...

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Un peu plus loin, c'est le hameau de Petricaghju et sa chapelle San Giovanni Battista. Divine surprise, une merveille de peinture nous attend au-dessus du maître-autel: Giacomo Grandi représente ici la naissance de saint Jean-Baptiste ...

 

Petricaghju la naissance de Jean Baptiste blog.jpg

un charme fou! Je reviendrai sur cette toile délicieuse à laquelle je ne m'attendais pas.

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Dehors, nous faisons connaissance de monsieur Paul Battesti, le maire de Nocario qui attend de pied ferme l'arrivée prochaine de la procession partie de Campana et, savez-vous ? il a le bon visage du Dieu le Père au sommet de cette représentation de la naissance de Saint Jean-Baptiste... Nous rencontrons aussi le célèbre ébéniste Pantaleon Alessandri: quel plaisir d'évoquer la tradition de  ces cheminements, mais aussi quel souci pour entretenir ce patrimoine des quatre églises de Nocario! Toujours est-il que ces deux jours sont l'occasion de se rencontrer autrement et de partager un espace commun au pas de l'homme. Fierté pour les plus âgés d'y être arrivés cette année encore ...

 

Pietricaghju façade église blog.jpg

la façade de St Jean Baptiste de Petricaghju

Nocario chapelle San Martinu blog.jpg

Un peu plus tard, la chapelle San Martinu d'Erbaggio, veillant sur la vallée de Nocario

 

Nocario suprano chapelle sta Barbara et sepolcru copy.jpg

Enfin, nous voici arrivés à notre dernière étape de la journée, dans la chapelle santa Barbara de Nocario Supranu

 

Nocario soprano Sta Barbara autel blog.jpg

une chapelle d'une grande gaieté

église de sta Barbara à Nocario- saint Luc blog.jpg

et le pinceau naîf et efficace d'un peintre du XIX° s: ici saint Luc ... et son "taureau" à barbichette malicieux comme une chèvre.

 

 

arrivée de a cerca à Petricaghju blog.jpg

Dehors on entend au loin , de l'autre côté de la vallée, la plainte chantée et marchée  du " Perdono mio Dio": là-bas l'on aperçoit, sortant des arbres, les confrères et les fidèles, approchant lentement du hameau de Petricaghju  en cette fin d'après-midi ...

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puis, s'enroulant devant l'église, c'est la circumambulation de la Granitula, mort et renaissance ...

Merci à tous pour tout cet échange, de toute cette poésie profonde, et aussi aux enfants qui ont participé à cette journée avec beaucoup de gentillesse.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

17/04/2011

Sepolcri de la Semaine Sainte en Corse

Sepolcri de la Semaine Sainte en Corse

 


 

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(à Volpajola, un sepolcru populaire, fleuri et placé en situation pour la Semaine Sainte)

Parmi les objets de la dévotion populaire les plus extraordinaires et les plus touchants pour moi, il est un patrimoine particulièrement menacé par l’abandon des coutumes religieuses : c’est celui des sepolcri peints que l’on créait pour célébrer la Semaine Sainte  dans les villages. Contrairement aux séries des Chemins de Croix peints à partir de la prédication en Corse de San Leonardo da Porto Maurizio, en 1744, et qui sont encore visibles aux murs de nos églises  – pas toujours en ordre, ni en très bon état, sauf lorsque la communauté a décidé de les faire restaurer et les réutilise "en situation" – les sepolcri, eux, survivent cachés, souvent mal entreposés, victimes de leur destination passagère:  conçus pour mettre en scène la Passion dans l'église dès le Jeudi Saint , délimitant une sorte de chapelle ardente -le sepolcru ou reposoir -  par des toiles peintes qui seront démontées et disparaîtront le Samedi Saint.

Décors éphémères, donc, peints sur des supports relativement grossiers et peu apprêtés, à l’économie, décors d’autant plus fragiles que manipulés chaque année à cette période…


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En Castagniccia, à Ficaja, un sepolcru peint par Francescu CARLI

(ici le Jugement de Pilate et le portement de croix).

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(idem: l'arrestation de Jésus au Jardin des Oliviers et la flagellation)

 

 

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(les gardiens du sepolcru de Ficaja)

 

Deux panneaux articulés à taille humaine composent une partie de ce sepolcru dont l’entrée était gardée par ces deux soldats peu commodes.

 

Les anciens dans les villages me le disent tous et se souviennent: lorsque enfants,  ils traversaient de nuit, la main serrée dans celle de leur mère, l'obscurité de l'église  pour aller prier devant le sepolcru, la terreur s'emparait d'eux à la rencontre de ces guerriers menaçants montant la garde devant cette chapelle ardente  éclairée par les lampes à huiles et les cierges crépitants… Emotion religieuse mêlée d'effroi, tissée de chants et de prières murmurées. De même qu'on ne laisse jamais un mort sans compagnie avant son inhumation, de même l'usage était de veiller Jésus après son agonie: Jésus et nos morts se bercent comme on berce les petits enfants, à voix douce, avec tendresse et instinct.

 

 

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(les gardiens du sepolcru de Castiglione)

... sale tête, non? C'est l'Autre ( dans l'iconographie méditerranéenne "le Maure",  "le Turc", "le Juif", bref, délit de sale tête oblige, ce n'est pas nouveau...), le féroce envahisseur qui razzie, massacre, ou le mécréant au service du Mal, de l'injustice etc...

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et son collègue, redoutable centurion d'opérette, fièrement campé jambes écartées ...

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(Castiglione, la Déploration du Christ: anonyme, début XIXe)

Peinture forte, et même si non conforme aux meilleures règles de l'art, efficace: au premier plan, les personnages jouent leur partition dramatique, nous happent dans leur communion muette et véhémente de la douleur autour du Christ mort: nudité rigide du Christ, Marie la Mère, les bras largement ouverts sur la pire souffrance du monde, compassion et chagrin du disciple aimant, Jean, larmes silencieuses de la femme à la chevelure flamboyante, Marie-Madeleine , commentaire du choeur des saintes femmes drapées de bleu sombre, tout est en place. Derrière eux, une surprenante montée du Golgotha avec le portement de croix égréné à petits traits nerveux le long de la pente...

Dans cette petite église de la Ghjuvellina se jouait - et se chantait - naguère une Passion à laquelle participaient tous les gens du village, jeunes et vieux, réactualisant le sens des mystères du Moyen-Age: j'ai rencontré là-bas le dernier ange de cette passion, un ange de quatre vingt dix  ans passés... Ce vieux monsieur restait aussi le dernier protagoniste  de l'extraordinaire carnaval de ce village où se vivait pour le Mardi-Gras un véritable rite de printemps: musique, danse et castagnes pour faire renaître la vie, et précédant comme il se doit la grande fête théâtralisée de la Passion .

En Corse la présence du chant est indissociable de la ferveur religieuse et pour moi toutes ces peintures ont une voix.

Accompagnant cette iconographie, parmi les chants les plus répandus, l'on pourrait entendre la lamentation douloureuse du Stabat Mater :

 

"Stabat Mater Dolorosa

Juxta crucem la crimosa

Dum pendebat filius

Cujus animam gementem

Contristatam et dolentem

Pertransivit gladius

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(Déploration du Christ)

O quam tristis et afflicta

Fuit illa benedicta

Mater Unigeniti!

Quae moerebat et dolebat

Pia Mater dum videbat

Nati poenas inclyti

Quis est homo qui non fleret

Matrem Christi si videret

In tanto supplicio?"


Nous sommes pris à témoin par ces sepolcri : compassion devant un drame universel, bien au-delà de la religion,

ou plutôt en amont, partage humain de cette douleur-là trop bien expérimentée par tous. Fonction libératrice du partage de la douleur.

"Santa Madre, questo fate,

Che le piaghe del Signore

Siano impresse nel moi core !"

(refrain populaire du Stabbat Mater)

 

 

Résonnance. Reconnaissance. Lien communautaire. Surtout lorsque ces sepolcri font l'objet de la Cerca, visites déambulatoires entre communautés voisines, ou entre confréries comme c'est encore le cas pour certaines régions de Corse.... Pas d’échappatoire: nous voilà acteurs de cette dramaturgie, non pas invités à un festin esthétique.

 

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et dans cette com-passion, chaque détail compte :
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de sa main attentive, l'artiste a déposé la fleur amoureuse de cette blessure
(sepolcru de Feliceto)

 

 



Autre chose nous apparait de plus en plus clairement: chaque communauté a développé et interprété sa dramaturgie: les mêmes paroles du Perdono mio Dio, ou du Stabbat Mater seront chantées différemment que l'on soit à Vescovato,  Speloncato,  Calvi,  Costa,  Olmi Cappella, Bonifacio, Sartène,  Patrimonio ... les déambulations - "et comment faites-vous ça, chez vous?"- , les représentations des Chemins de Croix ou des sepolcri  ne seront jamais identiques et pourtant le fond reste le même, puissant, archétypique, faisant tressaillir quelque chose au plus profond de nous, quelque chose qui appartient au monde spirituel et non à celui de la muséographie.
Ici, on aura mieux gardé tels chants. Ailleurs, on aura perdu les chants mais on aura préservé les rencontres entres communautés le jeudi et le vendredi saint. Là-bas on va renouer les fils "de la tradition" (elle a bon dos, la tradition!) en se réinventant une mise en scène en sons et lumières , qui du reste comblera de bonheur les touristes de Pâques: quoi qu'il en soit, même sous les éclairages les plus agressifs et dans les scénographies les plus relookées,  ces Passions "jouées" dans les villages continuent d'entrouvrir un univers symbolique où s'incarne l'énigme...
***
Deux éléments de sepolcru, peints par Giacomo GRANDI pour Calenzana:

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 la composition resserrée de la Crucifixion: la Vierge, Jean et Marie-Madeleine sont aux pieds du Christ, sur un fond dramatique tout enténébré de ciel noir; un soldat romain armé d'un bouclier à tête de diable garde, menaçant, la scène.

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  à la droite du Christ, le bon larron déjà auréolé de sainteté regarde Jésus,

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tandis qu'à sa gauche  le méchant larron détourné vers son mauvais destin se fait mettre le grappin dessus par un diablotin crachant le feu ...

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... et toute la pompe architecturale (rêvée!) du pouvoir en place: le geste noble d'un Pilate empannaché et, derrière lui, la silhouette mauresque d'un garde d'opérette...

***

... et d'autres sepolcri ...
Querciolo 003 blog.jpg
... celui de Quercitello (XVIIIème s. Castagniccia) ...
nudité fragile non pas raidie
exposée tendrement dans son lange de mort
par des anges aux bras ouverts
les yeux fermés de l'Un
 les yeux baissés des autres
la main de l'ange laissée libre pour la parole
de la compassion
non pas hurlée
non pas criée
non pas chantée
juste méditée
silencieuse
sous sa guirlande de roses odorantes
Sepolcru Nessa blog.jpg
... celui de Nessa (XIXème s. Balagne) ...
peint par le peintre local Giuseppe Antonio ORSINI de NESSA:
"Attendite universi populi et videte dolorem meam"
Ici, raideur cadavérique
et cathéchisme égrené
tout autour du sepolcru
des instruments de la Passion
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meurtrissure des pieds nus
ceux-là mêmes qui ont trotté sur les chemins dallés
entre montagne et mer
sous les oliviers
pour pacager
piocher
glaner
ceux-là mêmes qui ont botté les fesses des chenapans
foulé les raisins au pressoir
goûté l'herbe et la mousse
bref des pieds intelligents de glèbeux
avec de longs orteils comme antennes

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...  et sur  un fond sombre, celui de San Damianu (XVIIIème s. Castagniccia)
peint par Giacomo GRANDI ...
et la plainte véhémente de Marie de Magdala
qui dévoile de sa main amoureuse le visage du Christ
les larmes de Marie de Jacques
la souffrance poignardée de la Mère
devant le corps supplicié
de l'aimé
de tous les suppliciés aimés de la terre
et Marie la Mère a dénoué sa chevelure en signe de deuil
libérant le flot puissant de sa douleur
***
en écho, cette autre forme de sepolcru, sur la place de nos villages
Occhiatana gisant blog.jpg
ici, le Monument aux Morts d'Ochjatana, oeuvre de Damaso Maestracci


***


 

30/03/2011

Chemins de Croix de Corse

(En ce temps de préparation de la Semaine Sainte, j'évoque à nouveau ce patrimoine populaire des Chemins de Croix : réédition ...)
à propos des Chemins de Croix peints en Corse.
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Ière Station: Jésus est condamné à mort.
Dans nos églises de Corse, il n’est pas rare de rencontrer ces images du Chemin de Croix, peintes à partir de la fameuse prédication de saint Leonardo da Porto Maurizio, venu sur l’île en 1744 en pleine révolte des Corses contre Gênes  et sur la demande conjointe des Corses … et de Gênes. Sa mission  avouée: prêcher la réconciliation contre la coutume de la vendetta, très meurtrière à cette époque, et d'autre part prêcher la dévotion du Chemin de Croix.

Sa mission inavouée, pour lui, le franciscain ligure d'Imperia: remettre au pas ces Corses turbulents et ingérables, les faire rentrer dans le giron de Gênes ... ce qui fait de lui une sorte d' agent-double sexagénaire très efficace sous son habit de moine. Nous reparlerons de cet évènement une autre fois, ce saint visiteur méritant d’être rencontré de plus près, tant il a marqué de son influence la dévotion populaire à l’époque : ce franciscain au verbe inspiré a développé cette vénération du Chemin de Croix en Corse, qui aujourd’hui encore se déroule dans nos églises avec une si grande ferveur, traditions et confréries à l'appui. Pour aider le peuple à vivre pleinement la Passion du Christ et "encadrer" cette dévotion, saint Leonard a encouragé la réalisation de « séries » de peintures représentant les quatorze stations du Chemin de Croix. La pédagogie par l'image, d'autant plus fortement vécue qu'elle est déambulatoire et chantée : le corps et l'esprit en mouvement.

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IIème Station: Jésus reçoit la Croix sur ses épaules.

 Le drame se met en place: acteurs, spectateurs, costumes identifiant les protagonistes...

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IVème Station:Jésus rencontre sa Mère très affligée.

 La Vierge, reconnaissable à son manteau bleu, se fait bousculer par la soldatesque. Derrière elle, Marie-Madeleine tient à la main le flacon de parfum. A droite, un féroce soldat fait avancer Jésus enchainé en le fouettant. Dialogue de proximité entre la Mère et le Fils, inscrit dans un cercle de silence.

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 Même station, ailleurs: la Vierge, pâmée, impuissante, reçoit en plein coeur la souffrance dynamique du Fils qui marche en parallèle vers son destin, ployé sous le poids de la Croix: entre eux, le vide et déjà l'absence.

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 6ème station: sainte Veronique, bravant le danger, se fraye un chemin entre les gardes et essuie le visage de Jésus.

Dernièrement j'ai circulé avec un passionné de tauromachie qui m'a signalé que ce geste de pieuse compassion a donné son nom à une célèbre passe : " la Véronique ", où le torero présente sa muleta face au taureau...

J'avoue mon incompétence en la matière, mais je dois dire que cette remarque a fait remonter en moi un fort souvenir: c'était le mois de juin 1989, nous étions, Pierre et moi en chemin à pied vers St Jacques de Compostelle, arrêtés pour une étape à Burgos. Il y avait ce soir là une corrida dans les arênes et Pierre m'avait convaincue que c'était l'occasion ou jamais d'assister à ce genre de choses, ce qui, honnêtement, ne m'attirait franchement pas du tout et même m'angoissait d'avance. Je ne veux pas ici raconter cette expérience particulière, sinon dire la perception physique, électrique, très chaude, de la foule excitée (ce que je n'avais plus ressenti depuis mai 68), se levant comme un seul homme à certaines passes, hurlant ses insultes lorsque dans l'arène est apparu un taureau qui refusait le combat malgré les blessures et qu'il avait fallu sortir avec l'aide de ces dames génisses... Tout ce que je sais, c'est que le petit appareil photo que j'avais acheté pour cette route de saint Jacques m'a lâché là, pendant cette corrida, et que je n'ai donc pris aucune photo de notre périple, seulement dessiné et écrit chaque soir... C'était mieux comme ça.

Ce tableautin fait partie de la très belle série d'un Chemin de Croix peint par Giacomo GRANDI en 1757. Restauré par Ewa POLI.

Vallica 7ème station.jpg
Une 7ème station très méchante !

 

  Le plus acharné, le plus grotesque et bestial ( barbaresque, bien sûr) en a perdu son froc et toute dignité , mais pas son bonnet : il s'est drapé dans le manteau rouge (du Christ en dérision) qui lui cache "les parties honteuses". Les autres méchants, gardes romains à la solde du Mal, cuirasses et âmes noires, tourmentent aussi avec une rare violence le pauvre Jésus tombé sous le poids de la Croix : pourtant celui-ci, fidèle à son image, ne cesse de sourire doucement... Derrière, le spectateur enturbanné et impuissant (que nous sommes), Simon le Cyrénéen ... Choisissez vite votre camp!

(Chemin de Croix de Giacomo Grandi). 

 

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XIème Station: Jésus est cloué sur la Croix (Carcheto).

Dans ce tableautin d'une autre main que les précédents, le peintre semble avoir croqué quelques villageois de Castagniccia, une région réputée pour ses menuisiers (le chataîgnier y est roi: du reste je parie que la Croix a été taillée dans l'un d'eux). Regardez: le petit garçon bien dru sur ses jambes aide son papa en lui tenant gentiment le panier d'outil... Ici le pinceau de l'artiste se fait moins agressif, plus quotidien...

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Ailleurs, la même scène de crucifixion, mais évoquée de façon plus violente: les "méchants" bourreaux au visage basanné (l'autre!) se contorsionnent tandis que les "bons" assistent, impuissants, et restent sobres... L'index tendu du soldat au premier plan à droite souligne l'irrémédiable exécution du décret. Derrière lui, la foule des spectateurs...

                                      

 

Cette entreprise (nourricière pour les artistes de l'époque!) a enflammé l’imagination des peintres locaux qui ont su traduire avec force la dramaturgie de ces stations. Avec force, certes, mais aussi avec quelques fantaisies et quelques règlements de compte avec « l’autre », celui du mauvais côté du miroir, de la mer, celui qui razzie les villages, massacre, pirate, dont on garde des souvenirs douloureux au point aujourd'hui encore de traiter les enfants non baptisés de … « petits turcs » ! Et on force le trait des « méchants », délit de "sales gueules" basannées, grimaçants comme des diables, comme des turcs, des sarrasins, des maures, comme l’autre, quoi ! La règle étant que, comme dans toute bonne bande dessinée, l’on distingue du premier coup d’oeïl les bons (nous)  des méchants (les autres).

 Jésus se doit d’être paisible malgré la souffrance. Son visage reste humain en toute occasion, voire souriant : car il s’agit bien là d’exprimer son humanité face à la barbarie. Sa mère et les saintes femmes, elles aussi, gardent un maintien d’une grande dignité malgré la douleur. Leur gestuelle théâtralisée ne fait qu’exprimer des sentiments nobles et partagés par tous (nous) .  En revanche les bourreaux se doivent d'être bestiaux et manifestement cruels...

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XIIème Station : Jésus meurt sur la Croix.(Francescu CARLI)
Tout est consommé. La Mère et saint Jean au pied de la Croix ponctuant de leur gestuelle leur douleur: la Vierge, mains jointes dans sa prière nous invite à faire de même, tandis que St Jean, la main droite sur le coeur, accueille de son bras gauche largement ouvert toute la souffrance de la scène et nous implique dans le drame.  Jésus , livide, entre le bon larron ( à sa droite, comme de juste), qui tend son visage confiant vers le Christ, et le méchant larron bien noir, comme calciné par le Mal, et déjà ratatiné pour l'éternité!
Rappelons que Francescu Carli et Giacomo Grandi sont les deux peintres de cette deuxième moitié du 18°siècle les plus productifs pour le patrimoine religieux, en particulier en ce qui concerne ces Chemins de Croix.
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XIIIème Station: Jésus est déposé de la Croix.

Ici il n’y a plus de place pour les méchants : voyez comme Joseph d’Arimathie retient dans ses dents le suaire… Saint Jean reçoit les jambes du Christ. Marie Madeleine baise ses pieds. La Vierge souffre et prie…  Les visages sont graves et enfantins, signature particulière de ce bon peintre local d'origine toscane  (né en 1735 à Lucques) qui fit en Corse sa carrière d'artiste et sa vie ( marié à une corse de de San Lorenzo, en Castagniccia, il y finira ses jours en 1821). Il a beaucoup oeuvré dans les églises et "produit" de nombreux Chemins de Croix de cette facture efficace et populaire... Et quand je parle de produire, c'est qu'il fut particulièrement productif!

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XIV ème Station: Jésus est mis au tombeau.

A nouveau Giacomo Grandi, et ses drapés tourbillonnants. Tout le poids du Christ plombant le linceul porté par les hommes. Aux femmes, les langes du nouveau-né, aux hommes les langes de la mort drap. Aux hommes, l'action, aux femmes, la compassion? N'est-ce pas un peu vite dit? Je reviendrai là-dessus.

(à suivre)

 

10/04/2010

le sepolcru de Frassu

Pieve du RUSTINU, anciennement diocèse d'ACCIA,
à  FRASSU ce Vendredi 2 Avril 2010:
une imprévisible renaissance
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   Nous avions proposé une journée de découverte de quelques sepolcri de la région du RUSTINU et de CASTAGNICCIA, visibles uniquement lors de la Semaine Sainte et nous avions rendez-vous ce vendredi saint au matin avec Marie-Laure S. qui avait bien aimablement accepté de nous ouvrir la petite église saint Côme et saint Damien de FRASSU. Je connaissais depuis des années l'existence cachée de ces toiles de sepolcru, et souhaitais, avec l'aide de Marie-Laure les faire connaître. Cette dame m'avait dit au téléphone qu'elle avait des souvenirs de petite fille autour de cette installation et que depuis une cinquantaine d'années on n'avait plus dressé ce reposoir. Dans l'enthousiasme du moment  nous est venu le désir d'essayer de le monter à l'emplacement qui était autrefois le sien pour la Semaine Sainte : les échelles, les bras amis (en particulier merci Martine et merci Marie-Laure!) et nos efforts conjugués ont réussi à réveiller de son sommeil le vieux sepolcru ...
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   Fermant cet espace du sepolcru, l'on retrouve les deux personnages incontournables et peu amènes des soldats romains gardiens du tombeau du Christ: casqués, cuirassés, moustachus et barbus à souhait, sortis tout droit de l'imaginaire populaire et de l'épouvante barbaresque .
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regard mauvais et casque agressif  ...
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    Au-dessus, occupant l'arc, la représentation des instruments de la Passion, tels qu'on les retrouve aussi souvent sur les croix de la Passion: le coq du reniement de St Pierre, la colonne de la flagellation, la lance , l'éponge, le visage du Christ sur le linge de sainte Véronique etc ...
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   Et ce dernier élément, que nous n'avons pas su replacer avec certitude et qui devait accompagner le crucifix: ces anges nous invitant à bien comprendre l'enjeu de tout cela ...
Aujourd'hui l'enquête a commencé auprès des derniers anciens de ce village : j'espère que grâce à ce support visuel de la dévotion d'autrefois remonteront des souvenirs qui permettront aux gens de Frassu de se réapproprier leur mémoire et la manifestation particulière de cette période de Pâques. Chaque village est comme une famille qui développe au cours des générations des gènes particuliers où chacun se retrouve ... Frassu est Frassu et ce n'est pas Bisinchi ni même Castellu di Rustinu, deux communautés fort proches ... 
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(l'église saint Côme et saint Damien, vue depuis san Tumasgiu)
   Je rappelle que Frassu n'a été rattaché à la commune de Pastureccia di Rustinu que le 14/04/1857, formant ainsi, avec les communautés des hameaux de Gratte et Casa Pitti  la commune de Castellu di Rustinu. Toute cette région est riche de témoignages historiques et de patrimoine, et notre ami Toussaint Quilici en est le plus fervent chercheur et serviteur. Un peu plus haut, dominant Frassu, c'est la belle chapelle de SanTumasgiu et ses fresques qui vont être restaurées cette année, et, au bout de l'imposant éperon rocheux, les ruines de l'antique Castellu du Rustinu ... Toussaint, on attend avec impatience la publication de vos travaux!
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(le vaste paysage, depuis les ruines du Castellu: dominant la vallée du Golo, le regard vertigineux vole jusqu'au village, dans le lointain, de Moltifau ...)
Encore plus haut, c'est le village plus important de Castellu (anciennement Pastoreccia) qui nous attend avec d'autres belles surprises ...
En attendant, cette scénographie du modeste sepolcru de Frassu participe à cette oeuvre commune de la dévotion populaire de la Semaine Sainte en Corse, avec force et dignité. L'état des toiles n'est pas excellent , comme on peut en juger. Espérons là aussi que notre regard aimant posé sur ce patrimoine particulier entrainera dans un jour prochain reconnaissance et volonté de sauvetage et de restauration ...
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Ici, cet énigmatique blason de stuc (M.E. Nigaglioni propose le 18ème siècle), au-dessus de la porte d'entrée de l'église de Frassu: un chapeau d'évêque à trois rangées de pompons, la tiare papale, crosse et clés de St Pierre, deux palmes de martyres (St Côme et St Damien?) merci, Toussaint Quilici pour la photo!
(à suivre!)

08/04/2010

sepolcri de Brandu, suite ...

Quelques images encore de ce jeudi saint , sur la commune de Brandu (Cap Corse)

Tout d'abord ces peintures du sepolcru de Poretto que je souhaitais voir :

Poretto église Annonciation sepolcru descente de croix Brunetti.jpg
A l'église de l'Annunziata, cette belle descente de croix bien composée fait partie d'un important ensemble peint par Luiggi Brunetti, ce peintre actif en Corse au XIX ème siècle, auteur de nombreux décors monumentaux dans nos églises (Belgodère, Pioggiola, Olmi Cappella ... pour ne citer que celles qui me sont proches) .
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La déploration du Christ de ce même depolcru de L. Brunetti ...
D'autres éléments de ce sepolcru attendent d'être un jour présentés aux fidèles. Merci à M. Peretti qui nous a fait l'amitié de nous parler de tout ce patrimoine et qui nous a fait sentir la vitalité de la dévotion des confréries et des communautés de cette région : la Confrérie Sainte Croix de Poretto, l'une des plus anciennes de Corse, ne s'est jamais arrêtée et Michel évoque avec émotion  chants et processions. Des chants assez différents de ceux que nous avons en Balagne, très beaux aussi ... Nous comparons avec plaisir ...
Il nous montre à la casazza les grands palmes réalisés cette année pour ces deux jours :
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celui de la croix des femmes ...
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et celui de la croix des hommes, encore enveloppé dans son linge humide ...
J'apprendrai un peu plus tard que le vent n'a pas faibli lors de la procession et que les porteurs des croix palmées n'ont pu les tenir dressées et les ont portées à l'horizontale: l'essentiel reste d'aller par tous les temps le long des chemins ( seize kilomètres je crois) en portant sur le dos ce fardeau choisi
d 'au moins quarante kilos ... Dans la confrérie, de bien jolies photos ...
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celle-ci, déjà ancienne, avec, derrière les enfants, derrière les confrères, les consoeurs portant la faldetta sur la tête ...
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ou celle-là, bien plus récente prise pendant a Granitula cuvée 2007 ...
 Je terminerai cette évocation de Brandu par quelques images prises dans l'église d'Erbalunga. Là aussi c'est l'attente de la procession du soir et les derniers préparatifs:
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 Une jeune femme apporte le palme qu'on vient de terminer pour le fixer sur la croix. Opération délicate. Sur les murs de l'églises, les palmes des années passées:
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et celui-ci que je trouve si beau et évident dans sa simplicité :
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... ICHTHUS ...
 Iesos Khristos Theou Uios Soter :
"Jésus-Christ , Fils de Dieu, Sauveur",
signe de ralliement secret des premiers chrétiens ...
A droite du maitre-autel, enfin, ce magnifique reposoir ,  tente flamboyante dressée comme une chapelle ardente pour recevoir le sepolcru d'Erbalunga ...
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Je termine ici cette note sur les préparatifs et installations de la Semaine Sainte sur la commune de Brandu, tels que nous les avons rencontrés ce jeudi 1 er avril 2010 : avant toute chose, je retiens l'extrême gentillesse des gens rencontrés qui nous accordé leur temps pour nous montrer ce qui leur tient à coeur et cet échange-là n'est pas près de s'effacer ni les visages amis...
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Au fait, vous l'ai-je dit ?
Pour apprendre à tresser les palmes ... il faut venir regarder, rester longtemps, patiemment ...
Ici, c'est Lucia aux mains noueuses. Elle ne se plaint ni de l'arthrose ni du travail qui façonnent ses doigts. Ce qui doit être fait sera fait. C'est plus difficile maintenant : les palmes d'aujourd'hui sont moins souples que ceux d'antan. Autrefois on mettait en terre dans les jardins les palmes un mois avant les Rameaux pour bien les blanchir et les assouplir : de nos jours les jardins sont abandonnés et les rats prospèrent et mangent les palmes - il faut donc les garder dans l'obscurité à la maison et moins longtemps et ils sont plus durs à manipuler ... Qu'importe!
Le lendemain, Vendredi Saint, nous sommes allés à la découverte des sepolcri de Castagniccia, une journée riche d' émotions : ce sera l'objet de la prochaine note ... à suivre, donc!