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19/10/2010

1/ la chapelle San Quilicu à Cambia

En Castagniccia, la chapelle San Quilicu di Cambia. Pieve di e Vallerustie.

(Je reprends la note de l'hiver 2008 et la complète avec des images des fresques restaurées dernièrement par Madeleine ALLEGRINI)

1°/ La chapelle romane et ses décors sculptés

San Quilicu est blog.jpg

(à la lumière de cet été, le chevet de la chapelle, orientée comme il se doit à l'est)

 Pour la visite, s'adresser à la mairie de Cambia.

Cette chapelle San Quilico (alias saint Cyr) - comme sa petite sœur voisine dédiée à Santa Maria- semble dater du début du XIIIème siècle - leur fondation n’étant confirmée par aucun témoignage historique. On la découvre avec émerveillement blottie au secret d’une chênaie vigoureuse, au bord d'un ancien chemin muletier fort pentu qui descend à l'ombre des arbres. En hiver le grondement du torrent  caché ajoute au mystère du lieu ...

San Quilico sud ext blog.jpg   

 (La nef mesure 12,60 m de long, 4,60m de large; l'abside: 3,20m en ouverture et 1,65m en profondeur, mesures données par l'archéologue  Geneviève MORACCHINI-MAZEL dans  "Les églises romanes de Corse", ouvrage de référence publié en 1967

 

Ses murs de schiste gris blondissent au moindre rayon de soleil , rythmés par la musique des arcatures et de leurs modillons sculptés sous la corniche, des fenêtres meurtrières, des deux portes surmontées de leurs tympans en fort relief. L’élégance dynamique de l’ensemble, la variété des sculptures, leur formidable vitalité est, à chaque visite,  un enchantement …

 

 

San Quilicu avec Marie Germaine blog.jpg

 ( en ce mois d'août 2010, la façade ouest, avec notre chère Marie -Germaine Mary Conrad)

 

 Une histoire verticale

 

(Où l'espèce humaine devient à son tour, tant bien que mal,  championne de la verticalité)

 

 "Si vous mangez du fruit de l'arbre, vous serez comme des dieux"Adam Eve serpent arbre.jpg

 

 Le tympan de la porte de la façade occidentale illustre la scène de la tentation au Paradis du couple originel. Un arbre puissamment enraciné pousse droit, et le Serpent qui s'enlace autour du tronc avec force et élégance dépose dans la main d'Eve le fruit de la Connaissance par où l'humanité évolue vers son destin. 

Avez -vous remarqué? Le Serpent semble sortir du corps d'Eve et lui fait l'offrande d'amour (et de la petite graine si utile à la croissance et la multiplication de la descendance humaine - ce que le bon Adam pour l'instant ignore).

Le serpent se dresse. 

 Animal par la suite rampant et voué à la terre, fluide ou immobile, il s'arrache du monde horizontal et glaiseux auquel il appartiendra pour se dresser de toute sa volonté, s'élèver de toute sa vigueur intelligente. Dans cette recherche verticale, il a besoin de l'arbre pour atteindre le plus haut des degrés supérieurs concevables ...

Dualité du serpent:  symbole de mort, de luxure, bref, du Mal, ou bienveillant et guérisseur (le serpent d'airain érigé par Moïse dans le désert, le serpent d'Esculape sur le caducée, le Christ rédempteur figuré sous forme de serpent sur la Croix...). Quoi qu'il en soit, si besoin est, le serpent se dresse. A moins qu'il ne se morde la queue - mort et résurrection de l'ouroboros ... En tous cas si souvent présent sur le tympan de nos chapelles romanes qu'il faut bien s'accommoder de cette rencontre fatale.

  Car le serpent est le symbole de l'intelligence, de tous les animaux, c'est même le plus rusé. Sa sagesse acquise, volée? se double de séduction: à la fois tentateur et gardien du sacré, il utilise l'arbre du Paradis pour s'élever et, en faisant goûter ses fruits, entraîne, nous dit-on,  la mort spirituelle de ceux qu'il a séduits en leur faisant la promesse trompeuse d'une élévation au rang des dieux. Connaissance et Immortalité.

 - Il a choisi Eve pour atteindre Adam: c'est la plus vive, la plus avide de sensations nouvelles, la plus téméraire, la plus spontanée peut-être aussi? Ou bien la plus intéressée, la plus envieuse, la plus calculatrice? Et qui pourrait dire à quel moment précis ces deux-là en ont fini avec la pureté de coeur?

 

"Si je parle à l'homme, il ne m'écoutera pas, car il est difficile d'infléchir l'esprit d'un homme. Voilà pourquoi je préfère m'adresser d'abord à la femme dont l'esprit est plus superficiel (et la voilà entamée, la vaste histoire des femmes trop curieuses, en passant par Barbe Bleue!). Je sais qu'elle m'écoutera car la femme prête attention à chacun. (Glosez comme vous voudrez)

 

 Adam, tout comme Eve, tend la main du désir vers le fruit défendu:  ils ne l'ont pas encore croqué le fruit que déjà ils ont pris la mesure de leur nudité, de leur différence, et se cachent le sexe de leur grande main maladroite... Leur conscience s'éveille...  Deux étoiles stylisées  accompagnent dans leur chute celle de nos pauvres parents... Annonce d'amour, d'exil et de mort.

L'Arbre du Paradis lui aussi s'élève, mais naturellement et sans artifices, sans engrais chimiques ni tripotages transgéniques - pas encore eu besoin de les inventer, la terre d'Eden est naturellement bio et généreuse ... A lui seul il contient toute notre nostalgie de l'ascension après la chute et d'une communication terre/ciel. Le monde judéo-chrétien partage cette symbolique universelle de l'arbre/ axe du monde/ échelle cosmique avec bien d'autres civilisations:

"Dans l'ordre rituel,  rappelons-nous le cas typique des chamanes qui dressent le tronc d'un bouleau au centre de leur hutte, le sommet passant par le trou de fumée assimilé au pôle céleste, et en font l'ascension rituelle pour déboucher dans l'au-delà"

(Le monde des Symboles, éditions Zodiaque, p. 331)

  

Le futur Arbre de la Croix.

 

Axe cosmique de l'univers, l'Arbre exprime la croissance naturelle de la vie et l'aspiration de l'homme intérieur à se régénérer par la vie spirituelle: ses racines solides plongent dans le monde souterrain, celui des enfers, celui de l'obscurité - d'aucuns diraient celui de l'Inconscient, celui des trépassés, mais aussi celui de l'humus nourri des reliques des Saints, et il projette ses branches vers le monde céleste, en recevant lumière, spiritualité ("Pater noster qui es in caelis")  et eaux fécondantes. Curieusement, les branches de l'arbre préfigurent à leur façon les bras de la Croix.

 Aregno l'arbre et la croix blog.jpg

(enlacés, dans leur message cohérent, l'Arbre de la connaissance et la Croix: église pisane de la Trinité à Aregno, Balagne)

 

L'Arbre de la Croix :

 

 "(...) Cet Arbre qui s'étend aussi loin que le ciel, monte de la terre aux cieux. Plante immortelle il se dresse au centre du ciel et de la terre: ferme soutien de l'univers, lien de toutes choses, support de toute la terre habitée, entrelacement cosmique, comprenant en soi toute la bigarrure de la nature humaine. Fixé par les clous invisibles de l'esprit, pour ne pas vaciller dans son ajustement au divin; touchant le ciel du sommet de sa tête, affermissant la terre de ses pieds, et, dans l'espace intermédiaire, embrassant l'atmosphère entière de ses mains incommensurables. (...)

 

Hymne composé par Hippolyte de Rome au IIIème siècle

 

 

 

A propos du fruit offert à Eve par le serpent. 

En Corse on pourrait y voir, à la place de la pomme, une figue, ce qui faciliterait grandement par la suite le premier habillage d’Adam et Eve : les feuilles du figuier sont juste d'une taille  adéquate- sinon d'un grand confort lorsqu'on en connait les vertus urticantes - pour cacher ce sexe qu’ils viennent honteusement de découvrir – c’est du reste ainsi qu’Albert Dürer choisit de figurer cette scène - La feuille du pommier serait trop petite, la feuille de bardane assurément trop encombrante et peut-être n’en auraient-ils pas eu sous la main, bref  la figue fait parfaitement l’affaire, d’autant que c’est un fruit plutôt chargé de sens : la figue et le raisin ne sont-ils pas les attributs de Dionysos et de Priape ? Une invitation à «  consommer » la figue dont nous sommes tous issus…

Et si ce n’est pas une figue, c’est une pomme, bien sucrée et toute féminine, même si l’on sait que la pomme n’était encore présente en Orient à l’époque de la Genèse … Et si c’est une pomme, cela facilite aussi grandement l’interprétation puisque son nom latin est malum, le terme recouvrant du reste d’autres fruits comme le coing, la grenade, le citron, la pêche, l’orange, homonyme de malum, le Mal. Nous y voilà ! Et c’est Eve bien sûr qui en fait cadeau à son grand benêt d’Adam, lequel manque de s’étouffer en la mangeant trop avidement (on le représente souvent portant la main à sa gorge : d’où la pomme d’Adam). 

 

Si l’on trouve fréquemment sculptée sur nos églises romanes de Corse cette représentation de la Tentation d’Adam et Eve, elle disparaît  de l’iconographie dans les églises baroques de l’île : c’est que le Concile de Trente  est passé par là transformant cette malédiction du péché originel en message de rédemption. 

C’est ainsi que Marie, la mère du Christ venu racheter le péché originel, a transmuté le nom de EVA, notre mère originelle,  en AVE et en message de paix:

"Sumens illud ave

Gabrielis ore

Funda nos in pace

Mutans Hevae nomen"

Annonciation blog.jpg

                    ( l'Annonciation  de l' église d'Altiani )

 Désormais, sur les autels retables de nos églises,   la Vierge nimbée de lumière écrasera sous ses pieds nus le serpent du Mal, et, regardez bien, la plupart du temps, le Malin tient dans sa gueule une pomme … juste un petit rappel sympathique.

Piedicroce Immaculée Conception blog.jpg

 l'autel de l'Immaculée Conception à St Pierre et St Paul de Piedicroce

Piedicroce Immaculée Conception détail serpent.jpg

  (sale Bête, va!)

Les symboles traversent les siècles sans se soucier du politiquement correct et les sculpteurs de cette époque n’étaient pas pudibonds, on en aura quelques exemples savoureux sur les murs de cette chapelle ...

 

personnage de l 'abside.jpg

Le petit personnage impudique installé au-dessus du chevet salue béatement chaque matin le soleil levant.

 Sur les façades latérales, tous les modillons des arcs sont ornés de décors sculptés: têtes humaines ou animales, étoiles, fleurs, cordelières, croix , alternent avec des motifs géométriques.

San Quilicu Grandez'oreilles.jpg

(Oyez, oyez, Grandez'oreilles)

 

San Quilicu serpent à 2 têtes.jpg

(le Serpent bicéphale)

 

San Quilicu tireur de langue  blog.jpg

 

 

 ( le tireur de langue: faire la grimace pour éloigner les mauvais esprits ?)

  Et voici une charmante image, mi-ange, mi -diablotin , l'une de mes préférées !

s Quilicu ange blog.jpg

(Alleluia!)

et un peu plus loin, cette bien curieuse sirène bifide... que l'on retrouve du reste ailleurs sur nos chapelles (Murato, Aregno ...) :

sirène bifide.jpg

                 ... plutôt triton ou drac, non? ... En tous cas, voilà un être symbolique qui semble contrôler son aventure : thème fréquent chez les imagiers romans. Vous pouvez retrouver sur ce sujet un essai d'interprétation dans le livre d'Anne et Robert Blanc: " Monstres, Sirènes et Centaures, symboles de l'art roman" , aux Editions du Rocher.

S; Quilico tympan sud.jpg

 

 (le tympan de la porte sud)

 La façade latérale sud est percée d’une porte surmontée d’un très beau tympan posé sur un linteau massif et mouluré : sous l’arc surhaussé où courent des entrelacs élégants lui faisant une auréole, un personnage se tient solidement debout, jambes écartées, sa tunique (me semble-t-il) serrée à la taille  par une ceinture. De sa main gauche il empoigne le cou d’un gros serpent aux dents menaçantes et de l’autre il s’apprête à trancher la tête du monstre avec son glaive : le serpent monstrueux se tord puissamment autour de l’homme dont toute l’attitude déterminée et calme proclame la victoire du Bien sur le Mal…

 

 

C’est par cette porte que j'entrerai: dans la pénombre, les fresques nous attendent, nouvellement restaurées par Madeleine Allegrini ...

San Quilicu ensembledu fond blog.jpg

(à suivre)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

02/10/2010

A propos de la confrérie des femmes de Nessa: sorelle, pinzocole, pisochje ...

 

                     A propos des "Pisochje" ,  représentées ici sur la petite fresque en péril de la chapelle saint Pierre de Nessa : confrérie de femmes, revêtues d'une robe et d'un voile blanc :  

 

Nessa confrérie femmes blog.jpg

                                                           - photo prise ce matin -

voici deux rares exemples de représentations de ces confréries féminines dédiées à la Vierge:

à l'église de l'Assomption de Pino (Cap Corse), ce beau tryptique ( 1520)   :  

Pino tryptique Fra Bartolomeo.jpg

la Vierge à l'Enfant entre saint Pierre et saint François.

 Sous ses pieds, la confrérie des femmes :

Ma-tre de Pino- Eglise Sta Maria Assunta- retable tripartite dat- de 1520 - -02-.jpg

(merci Michel Edouard!)

E Pinzocole,  les dames dévotes, le chef couvert d'un voile caractéristique (ça me rappelle quelque chose!), dans une attitude de prière à la Vierge Marie, le plus grand intercesseur parmi les saints...

A propos de ce voile, il semble jouer là encore un rôle communautaire, atténuant, dans sa modestie uniformisante les différences sociales exprimées par les robes de ces dames.

Et,  à Belgodère (village proche de Nessa), église saint Thomas, cette peinture sur bois (1595) , "ancona" qui faisait sans doute partie d'un retable, oeuvre d'Aicardo et Castellini. Cette oeuvre a été mise en lumière dans un ouvrage que je ne saurais trop vous recommander: "Deux tableaux avec portraits de donateurs, Belgodère et Palasca vers 1600", oeuvre collective de Louis Belgodère de Bagnaja, Eric Beretti, Antoine Franzini, Michel-Edouard Nigaglioni, éditée chez Albiana.

Belgodère Vierge entre sts Thomas et Pierre blog.jpg

La Vierge à l'Enfant, entre saint Thomas et saint Pierre, avec les donateurs: neuf hommes et neuf femmes. Sous cet ensemble, une représentation de la Cène.

Belgodère peinture e Pinzocole.jpg

 Les sorelle de la "Cumpagnia del Corpo Cristo" et de la  " Compagnia delle Donne pinzocole" ( sans doute des soeurs dans la mouvance des tertiaires franciscaines ) et leurs prieures ... Ces confréries féminines  se sont en particulier développées , à l'instar des confréries masculines, autour de la dévotion à la Vierge Marie après le Concile de Trente (1545/1563)  et quelques années plus tard après la victoire des chrétiens sur le monde ottoman , lors de la bataille de Lépante (1571) .

Ce sont des associations pieuses de femmes dévotes (ici, à Belgodère,  leur costume indique qu'il s'agit, pour certaines d'entre elles, de femmes de notables), placées sous le contrôle des curés, obéissant à des statuts stricts ("Regole delle donne") édictés par les évêques et où les exercices spirituels, la pratique du jeûne, des saints sacrements tenaient une grande place ... avec, à la clef, l'espoir de gagner ces précieuses indulgences dont dépend le sort des Âmes du Purgatoire ...

 

Je vous renvoie au très intéressant ouvrage collectif qui vient de sortir pour accompagner l'exposition temporaire de Corte:

"Les CONFRERIES de CORSE, une société idéale en Méditerranée"

Publié par la Collectivité Territoriale de Corse, Musée de la Corse, chez ALBIANA

 Il serait cependant intéressant de connaître leur éventuelle (et souhaitable!) implication dans la vie sociale et idéale de leur communauté: oeuvres de charité, soins aux malades, accompagnement des agonisants ...

 (à suivre)

 

 

 

 

 

 

29/09/2010

la confrérie féminine de San Petru di Nesce/Nessa

San Petru di Nesce, Pieve di Sant'Andrea

(Je reprends et complète, avec les informations les plus récentes, ma dernière note sur ce sujet)

Nessa fresque confrérie féminine blog.jpg

E PISOCHJE (fresque du XV° siècle), dans le reste de l'abside du reste de la chapelle dans le cimetière...

Notre ami Joseph Orsolini , dans son ouvrage de référence: " L'Art de la Fresque  en Corse de 1450 à 1520" (édité par le Parc Naturel Régional de la Corse) avait déjà tiré en 1989 la sonnette d'alarme pour signaler l'état désespéré et désespérant de ce petit joyau unique dans l'histoire des fresques de Corse.

Nessa-massacre chapelle fresques juillet 2007 001.jpg

La petite abside de cette chapelle dévorée par les sépultures anarchiques, massacrée par le ciment ...

Je cite Joseph Orsolini (p. 42):

" Heureusement pour notre connaissance du programme iconographique des fresques de l'Ile de Corse, le choeur de cette chapelle conserve encore, comme le bien le plus précieux de son ancienne grandeur, un tout petit détail pictural d'une première importance. Il s'agit de la représentation d'une confrérie de femmes toutes de blanc vêtues adoptant une attitude de prière (E Pisochje).

(...) Cette représentation de confrérie de femmes est un cas unique , une originalité dans l'ensemble des peintures murales existant aujourd'hui en Corse."

J'ai déjà par le passé écrit une "Brève de Purgatoire" (note du 11/07/2007) sur ce témoignage de Nessa. Je passe souvent dans ce lieu, avec tristesse et révolte. En cette année où l'on célèbre avec tant de faste et d'esthétique le monde des Confréries en Corse au Musée de Corte, je demande: ne fera-t-on rien pour sauver ce fragile témoignage d'une confrérie féminine? La Vierge en Majesté avec l'Enfant Jésus sur ses genoux qui occupait une partie importante de l'abside, Vierge de Miséricorde protégeant sous son manteau, me semble-t-il, cette confrérie de femmes , a quasiment disparu.

nessa-massacre fresques juillet 2007 008 détail visage.jpg

 ( visage de l'Enfant ? )

 nessa-juillet 2007 le pied du petit Jesus blog.jpg

(le pied de l'Enfant Jésus)

nessa-massacre fresques juillet 2007 015.jpg

(Ce qui reste de Saint Pierre tenant la clef du Paradis et le Livre saint)

Cette chapelle est inscrite au titre des Monuments Historiques depuis le 7 mars 1990. Je viens d'apprendre que la commune de Nessa a exprimé ( précisément le 29 janvier 2010) sa volonté de sauver ce patrimoine et le désir d' obtenir une subvention qui lui permettrait, pour un coût dérisoire, de transmettre aux générations futures ce témoignage unique en Corse.

Il faudrait enfin comprendre qu'on ne mesure pas toujours l'importance d'un patrimoine pictural communautaire à sa surface pas plus qu'on ne mesure l'importance d'un patrimoine chanté à ses décibels: ici ces quelques centimètres carrés peints en disent plus que  bien des gloses. 

Nessa-massacre chapelle fresques juillet 2007 visages.jpg

 (dossier à suivre)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

04/03/2010

U Ped'Orezza , Pieve d'Orezza, en Castagniccia

 
Santa Maria Assunta di U Ped'Orezza
Depuis les hautes maisons schisteuses du petit village de U Ped'Orezza (Pied'Orezza), vue plongeante sur sa chapelle romane, au milieu du cimetière communal.
Santa Maria Assunta de Ped'Orezza blog.jpg
Un beau chemin dallé nous y conduit , accompagné, ce 28 février, par le chant énergique du ruisseau qui dévale de la montagne : on peut également y accéder en voiture, en prenant la petite route qui part sur la gauche, après avoir dépassé le village de Ped'Orezza (en venant de Piedicroce, sur la D 71).
Ped'Orezza lavoir blog.jpg
le lavoir communal
Ped'Orezza village blog.jpg
On aura demandé au préalable la clé au village, gardée à l'église paroissiale.
 Les terrasses , comme le lavoir et le chemin dallé témoignent de la vie du village ...
Ped'Orezza chemin dallé et pont blog.jpg
Un petit pont trapu franchit le ruisseau peu avant d'arriver au cimetière et à la chapelle.
Ped'Orezza chapelle côté abside blog.jpg
 
Le chevet de Santa Maria Assunta , comme il se doit, orienté à l'Est.
Les maçonneries ont connu de nombreuses réfections. Geneviève Moracchini Mazel ("Les églises romanes de Corse", page 316) ) propose  le IX ° siècle pour la datation la plus ancienne.
 
Ped'Orezza ensemble avec charpente blog.jpg
Cette petite chapelle accueille ses fidèles pour la fête du 15 Août: les dames du villages auront alors pris soin de lui faire une beauté, nettoyage énergique et fleurs ... Aujourd'hui, Santa Maria Assunta nous accueille en silence sous sa belle charpente.
"(...) l'autel est placé sous une abside peinte (...)" Mgr Mascardi, 1589 (in "Les églises romanes", G. Moracchini Mazel).  Les peintures ont beaucoup souffert et sont  en grande partie cachées sous un badigeon au lait de chaux.
Ped'Orezza Thomas et Matthieu blog.jpg
Seuls deux personnages actuellement découverts, malgré leur décoloration , habitent le lieu de leur présence:
Ped'Orezza visages de Thomas et Matthieu blog.jpg
il s'agit des apôtres  saint Thomas et de saint Mathieu, en grande conversation ...  Thomas, chauve et barbu, semble expliquer d'un index convainquant quelque chose d'important à son ami  Mathieu:  menton glabre, longue chevelure blonde  de Mathieu, grands yeux attentifs donnent une douceur particulière à ce personnage juvénile ...
Ped'Orezza main et livre de Mathieu blog.jpg
Les deux saints portent à la main un livre fermé : la Parole à transmettre ...
D'autres éléments de décor apparaissent çà et là sous le badigeon :
Ped'Orezza fenêtre abside blog.jpg
ici, la fenêtre de l'abside.
"Nous avons repéré des peintures à fresque sous le crépi de l'abside (...)  les peintures se poursuivent vraisemblablement sur le mur oriental et au départ des murs latéraux " (p. 316 in : Les églises romanes" de G.M.M.)
 
il serait vraiment dommage que l'on ne puisse découvrir l'ensemble de ce qui reste de ces fresques, certes naïves, mais tellement vivantes ...
Ped'Orezza Autel et Vierge blog.jpg
Sous l'arc de l'abside, un très joli autel baroque et son décor raffiné de stucs : la Vierge de l'Assomption  .
Cette chapelle, malgré sa modestie,  connaîtra bientôt le sort enviable de ses grandes soeurs, et fait partie de la troisième tranche de l'ambitieux programme de restauration par la Collectivité Territoriale de Corse des chapelles à fresques de l'île ...
 
 
 

03/12/2009

restaurations des chapelles à fresques en Corse

Où en sont les travaux et les projets de restauration des fresques ?
affiche carrousel Louvre vov 2009.jpg 
Début novembre se tenait à Paris, au Carrousel du Louvre,
le SALON INTERNATIONAL DU PATRIMOINE CULTUREL.
La Corse était présente et témoignait des efforts de la Collectivité Territoriale pour sauvegarder le  patrimoine de l'île ...
IMG_7807.JPG
( à Santa Cristina, dernière visite le 17 novembre 2009: un chantier aujourd'hui achevé et magnifiquement conduit par l'équipe de Michel Hébrard, d'Avignon)

PROGRAMME DE SAUVEGARDE ET DE RESTAURATION DES CHAPELLES À FRESQUES INSULAIRES

La Corse dispose d’un ensemble de chapelles à fresques d’une richesse exceptionnelle, menacé de dégradations irréversibles voire de disparition.
C’est pourquoi, dès 2007, la CTC a engagé un ambitieux programme de sauvegarde et de restauration sur 14 édifices aux décors monumentaux conservés datés entre la fin du XIVe siècle (Sainte Marie des Neiges à Brando) et le début du XVIe siècle (San Tumasgiu di Pastureccia à Castello di Rostino). Ces chapelles, situées sur les communes d’Aregno, Brando, Calvi, Cambia, Castello di Rostino, Castirla, Favalello, Furiani, Gavignano, Murato, Pied’Orezza, Pruno, Sermano, Valle di Campoloro seront restaurées d’ici la fin 2010.

Le Salon du Patrimoine 2009 est l’occasion pour la CTC de présenter à travers une vidéo-projection, l’ensemble du projet et notamment les 4 chapelles actuellement en cours de restauration :
- Sainte Christine à Valle di Campoloro,
- Saint Nicolas à Sermano,
- Notre Dame des Neiges à Brando,
- San Quilicu à Cambia.

La chapelle Sainte-Christine de Valle-di-Campoloro est classée aux Monuments Historiques depuis 1875, les peintures murales de son abside ont été classées en 1900. Cet édifice, un des monuments majeurs de Corse, est situé en contrebas du village dans un cimetière qui n’est plus utilisé, avec des tombes relativement anciennes.
Elle possède un plan très particulier, comportant une nef d’aspect traditionnel conduisant à une sorte de transept largement débordant, équipé de 2 absides orientales jumelées. Le chevet de la chapelle est également orné d’un ensemble remarquable de peintures datées de 1473 qui est parvenu à nous pratiquement complet malgré de nombreuses dégradations. Par ailleurs, il s’agit d’une des rares chapelles en Corse dont la construction est bien connue, puisque la date de 1470 est gravée sur le linteau de la porte sud du transept.

La chapelle Saint-Nicolas de Sermano est située à quelques centaines de mètres en contrebas du village. Seul un chemin escarpé permet d’y accéder. L’édifice, classé Monuments Historiques le 16 octobre 1992, a été édifié à une date difficile à déterminer de l’époque médiévale (XIVe ou XVe siècle). Il présente toutes les caractéristiques traditionnelles des chapelles construites en Corse sous domination pisane, avec un plan rectangulaire achevé par une abside semi-circulaire orientée. Plus tard, un campanile maçonné abritant une cloche sous son arcature a été implanté à l’aplomb du mur oriental de la nef, sur le côté nord du monument.

La chapelle Santa-Maria di e Neve (ou Notre-Dame des Neiges) de Brando est classée aux Monuments Historiques depuis 1976, les peintures murales classées en 1958.
Elle est facilement accessible aux visiteurs, mais le plus souvent fermée et son aspect intérieur semi-abandonné surprend en regard de la qualité architecturale du site composé des 3 églises du village. L’édifice, construit à l’époque romane avec une nef rectangulaire et une abside demi-ronde, conserve quelques-unes des plus anciennes fresques de Corse, et celles qui sont les mieux documentées sur leur commanditaire, Domina Benedicta, fille d’une puissante famille de Gènes, et sur leur créateur, le peintre Maestro Giovani originaire de Recco, qui reçut commande du travail en 1386.

La chapelle San-Quilicu de Cambia est classée aux Monuments Historiques depuis 1983, le meuble de sacristie depuis 1975. Elle est située en contrebas du hameau du même nom. On y accède par un sentier abrupt, qui débouche sur une clairière boisée et un enclos abritant le monument.
Remarquable par son aspect extérieur avec ses façades entièrement appareillées, et par l’ensemble de ses décors intérieurs (peintures murales, statuaire, décors de stucs et mobiliers de grande qualité), elle fait partie des édifices religieux médiévaux majeurs de Corse. Un campanile de la fin de l’époque médiévale, élevé à l’aplomb de l’arc triomphal sur le côté sud, et une clôture d’abside de l’époque baroque, sont les 2 principaux ouvrages rapportés à la construction d’origine, dont le projet ambitieux prévoyait un clocher porche, comme celui de San-Michele de Murato.

Les travaux de remise en état de ces 4 chapelles, d’un montant de près de 2 M€ s’achèveront début 2010. La poursuite de la restauration des chapelles à fresques aboutira fin 2009 à l’engagement de 6 opérations nouvelles constituant la 2nde tranche fonctionnelle de cet ambitieux programme de sauvegarde du patrimoine insulaire :
- l’église de la Trinité d’Aregno
- l'église Saint Thomas de Pastureccia, à Castello di Rostino
- l’église Saint Michel de Castirla
- l’église Saint Pantaléon de Gavignano
- l’église Saint Michel de Murato
- l’église Santa Maria Assunta, à Pruno

La CTC assurera la direction des travaux de conservation dont la livraison est prévue fin 2010
."

(Document de la CTC)


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Dernière visite hier, 2 décembre, à la petite chapelle de Castirla, en attente de sa prochaine restauration: toujours interdite au public, le toît menaçant de s'écrouler est toujours solidement bâché: en espérant que cette petite merveille d'art populaire sera attribuée à un atelier réellement compétent ... Le travail de restauration des fresques a un prix, celui du savoir-faire et du temps nécessaire pour l'exercer: gare aux devis trop légers qui annoncent souvent des travaux bâclés ...

(à suivre)