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21/11/2007

orgues: VOLETS D'ORGUES PEINTS EN EUROPE

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« Die bemalten Orgelflügel in Europa »

« Les volets d’orgues peints en Europe »

En 2001 paraissait à Rotterdam cet important ouvrage de 720 pages édité par la fondation STICHTING ORGANA HISTORICA, sous l’impulsion passionnée de Monsieur Marinus Berghout Block.

Je pense que l’on doit toujours pouvoir se le procurer en écrivant à :

Stichting Organa Historica

Biellandstraat 71a

NL – 3037 LB ROTTERDAM

Tel :   (0031) 010 – 467 82 59  

Fax : (0031) 010 – 467 78 44

Postbank 55 77 00

BTW NL 8047.21. 191. B. O1

K.v.K. Rotterdam 41134236

 

Ce magnifique livre a été publié en allemand et concerne donc les orgues d’Europe comportant des volets peints en Belgique, DanemarK, Allemagne, Angleterre, Espagne, France et Corse, Suisse, Italie, Pays-Bas, Autriche, Slovaquie, Slovénie …

Les textes ont été rédigés, pour la plupart, par des musicologues de l’orgue et les photos  réalisées par d’excellents photographes : Marinus Berghhout Block était très exigeant.

Je vous en parle car nous avons reçu une lettre plutôt triste de notre ami M. Berghout Block qui annonce la cessation, faute de moyens et de subventions, en décembre 2007 de cette fondation qu’il portait à bout de bras depuis 14 ans. C’est dommage à plus d’un titre, car étaient en gestation  d’autres  projets ambitieux servant l’orgue (et les fous de l’orgue dans tous ses états)

 

Il m’avait été demandé, à l’époque, par l’entremise de nos amis de St Jean-de-Luz , Françoise Clastrier et Jesus Martin Moro ( qui travaillaient, l'une sur la France, l'autre sur l'Espagne), de rédiger la modeste partie ( ... au regard de l'immense moisson des orgues d'Italie, par exemple) concernant la Corse: j’avais bien volontiers accepté ce travail et confié le soin des photos à l’ami Tomas Heuer… Il se trouve donc un petit chapitre sur les volets d’orgues peints de la Corse, patrimoine surprenant de fraicheur montagnarde dans la cour des peintures raffinées du reste de l’Europe…

On ne peut que souhaiter une traduction en français de ce beau livre...

Elizabeth

 

23/09/2007

Orgues : St Erasme à Ajaccio

L’orgue Luigi De Ferrari de l’église St Erasme

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Il réalisera un an plus tard l’orgue de la « Chapelle des Italiens ».

C’est donc l’un des deux seuls orgues de facture italienne qui restent à Ajaccio. Voilà un témoignage  extrêmement important pour la ville et pour toute la Corse du Sud qui se montre - en ce domaine -  beaucoup moins riche en instruments italiens que la Haute-Corse. Les musiques que l’on peut jouer sur ce type d’instruments sont très différentes de celles que l’on peut jouer par exemple sur le magnifique orgue Cavaillé-Coll de la Cathédrale  : si les caractéristiques de l’orgue italien de Luigi De Ferrari ne permettent pas de jouer le répertoire romantique ou post-romantique, en revanche il servira admirablement la musique ancienne ou baroque…

On ne peut donc que souhaiter sa restauration : cet orgue remis en vie permettrait non seulement de donner des concerts de grande qualité, mais aussi de former à la musique ancienne les organistes de cette région. La facture de Luigi De Ferrari est toujours extrêmement soignée, raffinée, et il reste, malgré des remaniements plus tardifs, suffisamment d’éléments d’origine pour pouvoir envisager de « restaurer à l’identique » ce bel instrument.  

                                    « Luigi De Ferrari organaro Ajaccio li 31 Décembre 1832 »,

                             peut-on lire dans le tampon de laye:

 

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                      Il réalisera un an plus tard l’orgue de la « Chapelle des Italiens ».

                               

C’est donc l’un des deux seuls orgues de facture italienne qui restent à Ajaccio. Voilà un témoignage  extrêmement important pour la ville et pour toute la Corse du Sud qui se montre - en ce domaine -  beaucoup moins riche en instruments italiens que la Haute-Corse. Les musiques que l’on peut jouer sur ce type d’instruments sont très différentes de celles que l’on peut jouer par exemple sur le magnifique orgue Cavaillé-Coll de la Cathédrale  : si les caractéristiques de l’orgue italien de Luigi De Ferrari ne permettent pas de jouer le répertoire romantique ou post-romantique, en revanche il servira admirablement la musique ancienne ou baroque…

On ne peut donc que souhaiter sa restauration : cet orgue remis en vie permettrait non seulement de donner des concerts de grande qualité, mais aussi de former à la musique ancienne les organistes de cette région. La facture de Luigi De Ferrari est toujours extrêmement soignée, raffinée, et il reste, malgré des remaniements plus tardifs, suffisamment d’éléments d’origine pour pouvoir envisager de « restaurer à l’identique » ce bel instrument.  

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On ne peut donc que souhaiter sa restauration : cet orgue remis en vie permettrait non seulement de donner des concerts de grande qualité, mais aussi de former à la musique ancienne les organistes de cette région. La facture de Luigi De Ferrari est toujours extrêmement soignée, raffinée, et il reste, malgré des remaniements plus tardifs, suffisamment d’éléments d’origine pour pouvoir envisager de « restaurer à l’identique » ce bel instrument .

 

   Luigi DE FERRARI (1807- après 1853 -?)

héritier de la tradition ligure de facture d’orgue.

 

Luigi De Ferrari (1807- après 1853 -?) héritier de la tradition ligure de facture d’orgue.

Santa Margherita Ligure, ville de Ligurie proche de Gênes, donnera naissance à une importante facture d’orgues fondée dans la deuxième moitié du XVIIe par l’illustre famille des Roccatagliata, puis des Ciurlo jusqu’à la moitié du XIXe siècle.

   Le fondateur de cette dynastie de facteurs d’orgues, Tommaso I Roccatagliata (1647-1735) fut le collaborateur du célèbre facteur et jésuite flamand Willem Hermans. Cette activité se poursuit avec son fils et son neveu, puis avec les frères  « organari » de la famille Ciurlo : Francescu, Luigi et Giovanni Battista. Giovanni Batista Ciurlo (1736-1811) viendra en Corse pour construire le bel orgue de St Jean-Baptiste à Calvi, en 1774.  A leur tour, deux petits enfants de Luigi Ciurlo, formés par leur famille à la facture d’orgue ligure, les frères Luigi et Giovanni (1815-1877) De Ferrari deviendront facteurs d’orgue et partiront en Corse construire de nombreux instruments… Le fils de Giovanni, Antoine-Louis, continuera la profession de son père jusqu’en 1925.

« Grâce à deux mariages qui unirent au début les familles Roccatagliata et Ciurlo (1780), ensuite cette dernière aux De Ferrari (1803), la tradition de la facture d’orgue de Santa Maria Ligure se prolongea sans interruption de la deuxième moitié du XVIIe jusqu’au premier quart du XXe siècle, laissant des témoignages importants en plusieurs localités de la Ligurie , du Piémont, méridional et de la Corse.  » (Sébastien Rubellin.) 

A partir de 1837, « I fratelli De Ferrari organari » sont définitivement fixés en Corse.   Luigi De Ferrari (1807- après 1853 -?) héritier de la tradition ligure de facture d’orgue.

         Santa Margherita Ligure, ville de Ligurie proche de Gênes, donnera naissance à une importante facture d’orgues fondée dans la deuxième moitié du XVIIe par l’illustre famille des Roccatagliata, puis des Ciurlo jusqu’à la moitié du XIXe siècle.

            Le fondateur de cette dynastie de facteurs d’orgues, Tommaso I Roccatagliata (1647-1735) fut le collaborateur du célèbre facteur et jésuite flamand Willem Hermans. Cette activité se poursuit avec son fils et son neveu, puis avec les frères  « organari » de la famille Ciurlo : Francescu, Luigi et Giovanni Battista. Giovanni Batista Ciurlo (1736-1811) viendra en Corse pour construire le bel orgue de St Jean-Baptiste à Calvi, en 1774.  A leur tour, deux petits enfants de Luigi Ciurlo, formés par leur famille à la facture d’orgue ligure, les frères Luigi et Giovanni (1815-1877) De Ferrari deviendront facteurs d’orgue et partiront en Corse construire de nombreux instruments… Le fils de Giovanni, Antoine-Louis, continuera la profession de son père jusqu’en 1925.

« Grâce à deux mariages qui unirent au début les familles Roccatagliata et Ciurlo (1780), ensuite cette dernière aux De Ferrari (1803), la tradition de la facture d’orgue de Santa Maria Ligure se prolongea sans interruption de la deuxième moitié du XVIIe jusqu’au premier quart du XXe siècle, laissant des témoignages importants en plusieurs localités de la Ligurie , du Piémont, méridional et de la Corse.  » (Sébastien Rubellin.) 

A partir de 1837, « I fratelli De Ferrari organari » sont définitivement fixés en Corse.  

 

 

 

01/08/2007

Orgues: restauration ou reconstruction des orgues historiques de Corse

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Quelques réflexions à propos de la restauration des orgues en Corse.

 

Sur nos belles tribunes d’orgue, une fois enjambées dans les escaliers les déjections des rats et chauve-souris que trouve-t-on ? …Tuyaux pliés, écrasés, mâchouillés, dispersés, mécanismes disloqués, soufflets éventrés, excréments, petits cadavres desséchés, débarras d’objets de cultes tombés en disgrâce, gravas tombés des voûtes…

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 Les facteurs d’orgue qui s’engagent dans la restauration d’un orgue historique savent bien qu’ils ne devront pas compter leur temps ni leur peine pour « récupérer » et réutiliser les moindres parties,  même apparemment ruinées : tous ces éléments qui constituent l’orgue et qui lui arrivent souvent dans un désordre incroyable comme des morceaux d’un puzzle à reconstituer sont autant de témoins précieux qu’il devra rechercher et analyser avec patience et prudence comme le ferait un archéologue sur un chantier de fouille. Cette patience et cette prudence s’accompagneront d’une grande humilité : le facteur d’orgue doit s’effacer devant l’existant s’il veut véritablement réanimer l’orgue. Faute de quoi, il se contentera de redonner une fonction à l’orgue sans lui redonner son âme d’origine. Ecoutons les réflexions d’Alain FAYE, co-restaurateur avec Alain SALS du petit orgue de l'église saint Sauveur à COSTA (Balagne), en 2004 :

                                                        

« La restauration d’un orgue ancien est pour nous une démarche à la fois historique, technique et musicale. Elle commence par une mise en condition, qui consiste à comprendre le contexte initial dans lequel l’ouvrage a été créé. Cette démarche intellectuelle est importante : les anciens n’avaient pas les mêmes idées que nous, pas la même façon de fonctionner, n’attachaient pas la même priorité aux mêmes choses. L’artisanat était bien structuré, il y avait toujours une continuité dans la transmission du savoir, une école. Au quotidien, certains travaux demandaient alors une main d’œuvre bien plus importante que de nos jours. L’organisation du travail, la façon de se procurer les matériaux, le contexte général : transports, économie, conditions de vie, autant de choses qui ont conditionné la création artisanale et qui n’ont rien à voir avec les valeurs auxquelles nous sommes habitués. Le regard du restaurateur tient compte de tout cela.  Savoir lire le message des anciens artisans, parfois déconcertant, le déchiffrer sans l’interpréter hâtivement : on a vite fait de changer totalement la lettre comme l’esprit. Comprendre les transformations de l’ouvrage, comment et pourquoi il a été modifié, adapté, quand cela a-t-il été fait (…). Il est essentiel de couper tout préjugé pour ne pas trouver ce que nous voudrions bien trouver.

            e27af3c9385a3f2c4f821f84676c1a81.jpgle faux sommier à Costa
avant restauration

Sur le plan technique, il s’agit de conserver une œuvre, physiquement, mais aussi de la restituer dans sa fonction. Ainsi, nous nous tenons strictement à l’obligation morale de transmettre et conserver l’ensemble du matériel ancien cohérent, d’empêcher sa dégradation et de le compléter à l’identique en adaptant nos techniques et savoir-faire au cas par cas.(…) La technique des anciens  est faite de savoir-faire très directs. On allait droit au but dans la plupart des cas. Ce qui n’empêche pas quelques fioritures absolument gratuites qui ne s’expliquent que par la beauté du geste. Sachant qu’une restauration n’est pas toujours la première et encore moins la dernière, nous nous efforçons de garder identifiable ce qui a été fait précédemment ou au moins d’en conserver une trace écrite et iconographique pour mémoire. Tous les matériaux et techniques utilisés lors de nos interventions sont absolument réversibles et les matériaux  techniques utilisés sont conformes aux spécifications du CCTP.(…) La conservation et la remise en fonction du matériel ancien est indissociable de l’objectif d’un résultat musical cohérent. L’ensemble de la démarche poursuit cette finalité. »

Alain FAYE, facteur d'orgues à CALLEN

  Des tuyaux et des hommes…

 Les tuyaux s'affaissent les uns sur les autres et en entraînent d'autres dans leur chute : c'est le début d'une longue agonie...

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La première condition - impérative celle-là-  pour obtenir une bonne restauration de l’orgue demeure avant tout l’étanchéité sans faille de son sommier : si le sommier présente des fuites, même minimes, les tuyaux ne parleront jamais parfaitement… et seront inaccordables. Un sommier bien restauré donne sa stabilité à l’ensemble de l’orgue, quels que soit sa taille et son ancienneté.

 

L’une des caractéristiques de nos instruments en Corse est la sonorité du RIPIENO (l’ensemble du plein-jeu), qui leur donne son âme à la fois majestueuse et lumineuse. Cette «  clarté » des sons qui jaillit des tuyaux lorsqu’ils sont bien restaurés (et placés sur un sommier étanche !) permet de faire chanter des musiques polyphoniques à l’orgue sans que les voix s’embrouillent dans une pâte sonore informe. On est très étonné de voir les facteurs d’orgue arriver à récupérer ces tuyaux écrabouillés, 4365b9f3c36aa49db342d8e091ee33a6.jpgcrevés, mâchouillés par les rats (qui s’aiguisent les incisives dessus !), les remettre en état de revivre et de témoigner de cette esthétique particulière. Seuls les meilleurs d’entre les artisans organiers obtiennent ces véritables résurrections grâce à une connaissance et une pratique accomplies de ce métier dans toutes ses interventions, même les plus humbles : savoir « panser » les plaies des  métaux anciens, souvent fins comme des feuilles de papier à cigarette, mais aussi prendre le temps de forger les clous à l’ancienne…

 

Un exemple des étapes de sauvetage et de restauration par Alain Sals d'un tuyau du petit orgue de Costa:

 

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La science de l’harmonisation : commence alors l’opération la plus délicate et qui signe véritablement l’excellence musicale du facteur d’orgue. Il s’agit de traiter avec douceur et délicatesse la bouche du tuyau pour le faire parler sous le vent : mal maîtrisée, cette opération peut produire des effets très désagréables, même si le tuyau est neuf !, et le tuyau peut « octavier » par exemple, comme lorsqu'on souffle très fort dans une flûte à bec…Bien gérée, une bonne harmonisation permet aux tuyaux de recevoir tout le vent dont ils ont besoin pour "parler clair". La personnalité, la sensibilité et le degré de qualification du facteur d'orgue s'expriment souvent à travers cette opération primordiale...

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Parmi tous les choix qui seront nécessaires à une bonne restauration, une autre décision importante donnera son caractère à l’orgue : celle du tempérament.

Nos instruments ont souvent été restaurés avec un tempérament  mésotonique  (avec des tierces justes), ce qui donne une saveur toute particulière à l’ensemble, même si du coup ce choix restreint la quantité de musiques exploitables sur nos orgues au bénéfice de la qualité.

On le voit, le terme de restauration à l’identique implique non seulement un savoir faire sans faille mais aussi une démarche déontologique très exigeante : il est important de décider, lorsque l’on désire redonner vie à un orgue, si l’on va se contenter de reconstruire l’orgue et de lui redonner sa fonction ou si on veut aller au-delà de cette «  remise en souffle » : une restauration n’est pas une simple reconstruction. Dans une véritable restauration chaque élément récupérable sera remis en état de façon à pouvoir témoigner de l’orgue original et de l’époque de sa création… En Corse, il faut saluer la première restauration à l'identique du petit orgue de LA PORTA, en 1963 par un tout jeune homme à l'époque, Barthélémy Formentelli...

 

Il reste de nombreux orgues de grande qualité à restaurer en Corse: tous méritent le titre d'"orgues historiques", ce qui fait de l'île une exception dans le monde organistique européen. Qu'ils soient classés ou non, ces instruments doivent recevoir toute notre attention et l'on ne saurait trop croiser les regards des spécialistes en toute transparence, lors des restaurations, pour que chaque instrument demeure un livre ouvert racontant l'histoire de sa communauté... On y découvrira du reste que les anciens ne percevaient pas leurs instruments comme nous: notre esprit esthétique de consommation de biens figés dans un paraître impeccable nous empêche parfois d'admettre la vitalité faite de savoir-faire, d'intuitions géniales et parfois d'imperfections ponctuelles nées de contraintes particulières auxquelles il fallait trouver la meilleure réponse possible. Il faut avoir visité l'espace exigu d'un modeste atelier de village pour comprendre ce robuste corps à corps du facteur avec son orgue...

 

 

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Tous nos voeux, par exemple de voir restauré à l'identique le petit orgue d'Algajola...

 

 

 

 

 

 

 

... en attendant de l'entendre,  réintégré sur sa magnifique tribune sculptée ( et à l'origine polychrome...) de l'église saint Georges...

 

 

 

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10/06/2007

orgues: Olmi Cappella

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La vie d’un petit orgue de montagne au milieu des siens…

Aujourd’hui installé à Olmi Cappella dans le silence d’une église qui subit l’exode rural et l’inévitable évolution du monde moderne, le petit orgue a vécu dans sa jeunesse une existence certainement plus mouvementée : l’absence de pupitre porte-partitions nous indique clairement que nos anciens organistes n’avaient pas besoin de notes pour musiquer, qu’ils avaient un rapport instinctif avec leur instrument, le même qu’avaient les violoneux lorsqu’ils empoignaient  leur violon pour faire danser les villageois lors des fêtes ou des veillées, accompagner les sérénades ou rythmer la mauresque …

L’orgue avait été construit pour magnifier les fêtes religieuses : l’église d’alors était vécue comme le lieu festif et unificateur de la communauté  qui se reconnaissait dans les manifestations de sa confrérie, de ses chants, de son orgue… comme dans le choix de ses maîtres-maçons et de ses peintres. A la polyphonie des chants répondait celle de l’orgue, l’organiste ayant appris à jouer l’instrument pour le service de la liturgie, l’accompagnement des cantiques, et chacun selon ses talents et son tempérament se donnait à sa charge. S’il le fallait, il attaquait une vigoureuse ouverture d’opéra en entrée de messe ou improvisait « assai pietoso » pour l’offertoire quelque valse à la mode . Le grand Bach n’a pas agi autrement en réutilisant ses compositions profanes dans ses cantates religieuses. Je me souviens d’une grande messe patronale en Espagne, à Viana, sur le chemin de St Jacques en 1989, dans une église bondée de fidèles, où l’organiste emmena la foule fervente vers la table de communion au son d’un tango… Et aussi, en Corse, à Monticello, cet organiste des années trente, qui, après avoir joué une valse à l’offertoire, avait tenté la java à la communion : là, le prêtre s’était rebellé, arguant que la java faisait trop lever la jambe aux jeunes filles…

Nous sommes là bien loin de Frescobaldi et l’écriture polyphonique de l’époque serait sans doute paru une bizarrerie d’extraterrestre  aux organistes du XIXème siècle. Et pourtant ! Le petit orgue d’Olmi Cappella, avec sa fraîcheur et sa vaillance retrouvées grâce à J.F.Muno, chante avec justesse cette musique intérieure qui ne demande pas des effets spectaculaires. Non seulement lors de concerts, mais aussi lors des messes : il apporte alors cette poésie intemporelle et méditative où il n’est pas besoin de connaître la grammaire pour ressentir l’émotion… La pratique de l’alternance du chant et de l’orgue dans la messe de Frescobaldi, commune à tous les musiciens de cette époque prend sa source dans le chant responsorial des premiers chrétiens : le dialogue d’un soliste avec le chœur, représentant la communauté des fidèles. Elle est proche également de l’usage traditionnel du chant religieux de nos villages, où alternent la chjama (« l’appel » d’une seule voix) et le chant en paghjella  (« réponse » polyphonique à trois voix), comme on peut l’entendre à Olmi Cappella. La fonction est la même : ainsi recréé et sacralisé dans ce dialogue qui pourrait évoquer le dogme de la Trinité , l’espace sonore de l’église resserre la communauté, un pour tous, tous pour un . Le rôle du chant et de l’orgue dépasse alors largement le pur plaisir musical ou la réplétion ethno-touristico-musicologique.

C’est à Olmi-Cappella et sur la tribune de l’orgue que j’ai commencé à comprendre de l’intérieur la réalité et l’enjeu du chant religieux d ‘un village mais aussi la relation des villageois avec leur orgue. 643f67dc1fb6df544e873dfd229eb7bb.jpgLe dernier chantre d’Olmi Cappella,  Ceccu Saladini transmettait alors de sa voix  nerveuse et ténue cet héritage direct, suspendu à la frontière de deux mondes. Passage, lumière et paix  d’un crépuscule éphémère où tout devient possible avant l’assaut de la nuit.  L’intensité de son chant n’avait rien à voir avec les décibels médiatisés : elle était nourrie de cette vie âpre mais idéalement structurée de naguère où rien n’était donné sans peine mais où tout était objet de partage. Je peux témoigner qu’il était aussi très fier de ce petit orgue, conscient de la volonté des anciens qui avaient souhaité  sa présence dans l’église.

Il était heureux de l’entendre à nouveau parler, dialoguer avec la polyphonie des chantres et accompagner les cantiques que chantait si bien sa femme : cloches, chants, orgue …  lui redonnaient  sa jeunesse . Je sais qu’il se réjouit là où il est de savoir que les chants et l’orgue revivent. Merci à Marie-Hélène Guespieler qui a voulu et rendu possible par sa ténacité et son talent la réalisation de ce témoignage.

 

Lors de cette belle restauration  du petit instrument montagnard d'Olmi Cappella par Jean-François MUNO, le décor du buffet avait été confié à la verve créatrice de Pierre SIBIEUDE, grand Prix de Rome de peinture: il avait signé là une oeuvre délicate mais non dénuée de malice... e5292b286de964ab92252fcf4b853ef0.jpgPierre nous a quittés en juillet 2006, alors qu'il venait en Corse pour l'inauguration du très bel orgue de COSTA, où il avait assuré avec beaucoup d'amour la restauration du décor exceptionnel du buffet et de la tribune... Lui aussi revit à chaque fois que chantent ces instruments sur lesquels il improvisait du reste avec grand talent et qu'il aimait tant!  

 Elizabeth .5e424b5033042650089c7cb0a02eb050.jpg

03/06/2007

Orgues: La Porta

L'orgue historique de l'église Saint Jean-Baptiste de La Porta  : clavier, tirage des jeux et tuyauterie…

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Au-dessus du clavier, une inscription dit en latin : « si tu ne me vois pas, au moins écoute ma voix » … Les frontons de touches, délicatement sculptés à la façon des clavecins italiens de l’époque et le tirage des jeux, présenté sur la droite du clavier dans un élégant ovale tout à fait inhabituel, indique une facture raffinée.

Cet orgue est doublement historique car il a été le premier à être restauré « à l’identique », en 1963, par le facteur d’orgue italien Bartholémy FORMENTELLI , qui a su lui restituer toute son âme en réemployant au maximum le matériau ancien et en refaisant à l’identique ce qui n’avait pas pu être sauvé. C’est là, malgré sa petite taille, l’un des orgues les plus raffinés et les plus chantants de Corse.

Bien qu’aucune archive n’ait été retrouvée sur l’histoire de l’instrument, on sait que ce petit orgue a été construit à Rogliano en 1780 par un Franciscain lucquois, le père Benedetto MARRACCI pour le couvent franciscain San Antonio della Casabianca (à 8 km de La Porta ), qui avait reçu dans ses murs la célèbre Consulta  au cours de laquelle Pascal PAOLI fut élu Général des Corses. Lors de la Révolution française, le conventionnel SALICETI, en lutte contre les insurgés réfractaires du mouvement de la Crucetta né d’une assemblée générale au couvent de Casabianca, aurait sauvé l’orgue avant la destruction du couvent, en 1793, le faisant transférer à l’église Saint Jean-Baptiste de LA PORTA , village natal de sa femme… Depuis  sa restauration, l’orgue ne cesse d’être joué en concert par les meilleurs organistes qui expriment toujours un grand plaisir dans cette rencontre musicale.

 

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 COMPOSITION :

Clavier : 45 notes avec octave courte.

Pédalier : 8 notes et tamburo.

Principale primo et secundo (soprani) couplés et « obligés », Ottava, Decima Quinta, Decima Nona et Vigesima secunda, Vigesima sesta et Vigesima nona, Flauto Nazardo, Voce Umana , Cornetto.