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21/02/2010

Le relevage espéré de l'orgue de Corbara

"Ne désespérez jamais. Faites infuser davantage"

(Henri Michaux)

Ambre et enfants.jpg
... les enfants à la découverte de l'orgue de Corbara ...
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... en 2004, l'orgue de Corbara a servi de formidable outil pédagogique à la classe d'Algajola : plusieurs semaines de travail consacré à cette découverte par ces enfants et  mon amie Colette Fernandez, leur dynamique institutrice, débouchant sur un cédérom interactif réalisé par la classe:
" A LA DECOUVERTE DE L'ORGUE CORSE ". 
Cette expérience a été suivie de nombreuses autres actions menées avec d'autres enfants et toujours avec autant de plaisir partagé ... La preuve, s'il en était besoin, que l'orgue est un patrimoine bien vivant si l'on se donne la peine de le réveiller! 
Suffiate!.jpg
" Suffiate! " Alicia découvre un sport nouveau ...

orgue corbara volets fermés.jpg

L'orgue Agati/Tronci de CORBARA, aujourd'hui protégé au tître des Monuments Historiques, va enfin connaître prochainemenent les travaux de relevage que ce bel instrument nécessite,  plus de trente ans après sa restauration en 1979 par Philippe Hartmann.

Cet orgue a été  amoureusement servi pendant de très longues années depuis sa restauration par son organiste titulaire, Lina VIGOUROUX, cette dame remarquable dont on regrette aujourd'hui l'absence : tant elle a pu servir son instrument, elle l'a joué, entretenu, veillé avec la plus grande fidélité. Je lui dédie aujourd'hui cette note sur l'instrument de Corbara.

Cet espoir de voir restaurés ou relevés tous ces instruments de Corse qui méritent quasiment tous le label " d'orgues historiques" a été nourri par les efforts conjugués de tous ceux qui, depuis des années, oeuvrent à la reconnaissance de ce magnifique patrimoine. Je rends ici en particulier hommage au remarquable travail de Michel FOUSSARD, qui  a travaillé ces dernières années avec ténacité,  comme expert technicien - conseil pour les Monuments Historiques,  à la protection de ces orgues qui nous tiennent à coeur. Aujourd'hui c'est Michel COLIN qui lui succède dans cette tâche ardue .

Voici le texte de la notice que Michel Foussard avait rédigée en 2006 pour obtenir la protection de l'orgue de Corbara.

"CORBARA (Haute Corse)

 

 

 Eglise paroissiale A Nunziata

 

L’orgue, XVIIIème siècle, Agati-Tronci, 1890

Corbara orgue blog.jpg

(photo prise cette semaine : l'orgue souffre d'un silence forcé depuis septembre 2009, faute de branchement électrique.
  Il est grand temps de le réveiller et de le soustraire ainsi plus efficacement à la dent des rats...)

 

 DOSSIER DE PROTECTION.

au titre des Monuments Historiques

 

Direction régionale des affaires culturelles de Corse

Conservation régionale des Monuments Historiques

 

Commune de Corbara

 

Mai 2006

Pistes d'histoire

                  

                  Nous ne connaissons actuellement aucun document qui nous puisse apporter quelque lumière sur l’histoire de l’orgue de Corbara. Selon Michel Franceschini, l’infatigable défenseur du patrimoine de cette cité lumineuse, les riches archives de la collégiale attirant l’appétit des rats, leur dernier dépositaire crut expédient de résoudre la question par le feu. Les rats laissent au moins quelques bribes autour des trous…

 

                        Toutes nos pistes se résument donc à l’interrogation du matériel existant. Sur l’orgue lui-même, aucun doute : daté de 1890, il s’agit d’un instrument typique, parfaitement homogène et bien conservé, de la firme Agati-Tronci, numéro 1124 (numéro qui additionne les opus respectifs de la Maison Agati et de la Maison Tronci, dont le dernier représentant absorbe Agati).

 

                        Le buffet, caractéristique, du XVIIIème siècle, mais remanié, comme on le voit à la nouvelle découpe des cintres des plates-faces latérales, atteste au moins l’existence d’un orgue antérieur.

 

                        De cet instrument subsiste sans doute la belle façade d’étain, aux écussons imprimés en ogive surmontée d’un point repoussé , avec pour le tuyau central, trois points formant croix, les organetti morti des étages latéraux, ainsi que les traces largement circulaires de deux soufflets cunéiformes et de leurs poulies de levage au fond du soubassement. Les montants des trois plates-faces de 11 tuyaux chacune, gardent les traces des barres de soutien au quart supérieur de leur hauteur.

 

                        Le décor des montants, comme du tambour côté extérieur, réalisé en chiquetage, témoigne de la même gamme chromatique et du même travail que nous relevons sur le buffet voisin de Costa,

tuyaux de façade gauche.jpg

 - décor sans doute repris à Costa sur le décor du XVIIIème siècle, et que nous pourrions partiellement attribuer à Bernardo Zigliara, d’Algajola, qui signe ostensiblement son œuvre (à Costa), en 1819.

 

 

                        De 1819 également datent les volets de toile tendue sur cadre peints à double face par Francesco Giavarini, auteur des fresques de la voûte de l’église San Salvator de Costa.

volets fermés.jpg

La tribune en revanche, et le tambour côté nef, reçoivent un décor en faux marbre brun, d’un style tout à fait différent.

 

 

                        Le motif d’attique et les claires voies du buffet, les figures sculptées, l’architecture de la tribune, le dessin de la rambarde suggèrent à l’évidence le travail des Saladini. Très vraisemblablement, la tribune actuelle est bien postérieure au buffet, le cas ne se trouvant pas exceptionnel en Corse, comme on le voit par exemple sur l’orgue de Speluncato, œuvre de Crudeli en 1810, sur une tribune des Saladini datée de 1821.

tribune et buffet détail.jpg

 

 

 

 

                        Entre l’instrument du XVIIIème siècle et celui d’Agati-Tronci, rien ne nous éclaire sur des états intermédiaires, à l’exception de deux curieux réservoirs à table parallèle de 90 x 90 cm, du type à lanterne, qui déploient leurs cinq plis sur un mètre de course, avec un piton de traction au centre pour un levage par cordes, réservoirs déposés sur le plancher de la tribune.

 

                        Divers éléments des caisses d’expédition de Livourne subsistent dans l’instrument, particulièrement le panneau surmontant le pédalier en reconversion économique, ou tel panneau latéral gauche conservant l’étiquette d’expédition, agrémentée d’une esquisse grivoise. Toujours livrés clefs en main, les orgues d’Agati-Tronci ne demandent plus qu’à être montés, d’où l’absence de tout matériel antérieur, à l’exception des vestiges signalés plus haut.

étiquette de la DittaAgati Tronci.jpg

 

 

Descriptif

 

 

                        Le clavier  de 54 notes, surmonté de la belle étiquette sous verre de la firme, commande une étendue de do1 à la5, avec permanence de l’octave courte do/mi, conservée sur les claviers d’orgues italiens jusque fort avant dans le XIXème siècle, comme on le voit ici, et même au-delà.

clavier.jpg

 

                        Le pédalier de 17 touches, à octave courte jusqu’au sol# 2, plus une touche d’accessoire, donne chromatiquement les basses, et en intercalaires, les compléments de la seconde octave que la reprise en octave n’assure pas du fait de l’octave courte, alors que le sommier de pédale ne compte que 11 notes.

 

                        La traction mécanique de même, reste fidèle aux traditions italiennes, avec son abrégé de fer, et de même pour les abrégés de la Terza Mano, des Campanelle et du pédalier, qui rejoint un abrégé de fer sur l’avant, puis, par l’intermédiaire de rondins rejoint l’abrégé de pédale en fer sous le sommier de pédale.

abrégé.jpg
(l'abrégé)

 

                        La traction des jeux, mécanique, s’effectue par fils de fer des tirants de registres aux tournants en fer àdroite, avec renvoi par fil de fer jusqu’aux gros écrous de bois qui vont tirer les têtes de registres sur le côté droit du sommier.

tirage des jeux.jpg

 

                        Le sommier est à ressorts, comme traditionnel en Italie pour les grands instruments. Les soupapes sont collées en queue, les ressorts sont à double boucle, la fermeture du tampon de laye s’effectue à l’italienne par tirants de bois.

 

                        Les quatre premières notes se trouvent aux extrémités, la suite des basses se trouvant en mitre au centre, avec, de part et d’autre le médium en V, et les dessus intercalés en A contre la mitre centrale.

tuyaux façade centre.jpg
(les tuyaux de façade)

 

                        L’ensemble de la tuyauterie est de belle qualité, coupée au ton. La façade est en étain, la Tromba de fer blanc (anches en bec de canard). Le Corno Cinese est constitué de tuyaux à bouches étroites côniques dans le sens pyramidal, les seuls de ce type dans l’instrument. Le Clarone, de fer blanc, est est une basse cônique assez étroite surmontée d’une très courte portion cylindrique, en Violoncello. Le Corno Inglese, d’étain,avec pieds et boîtes en fer blanc, est une grosse clarinette à pointes larges. La Viola est également d’étain, avec dents régulières. La Flauto in ottava, de taille large, est de plomb, avec dents. L’ensemble du Ripieno, en plomb, porte également des dents régulières et présente la composition suivante :

 

Do1                                                     Fa#3                                       Fa#4

          1’1/3                                                      2’                                         2’2/3

             1’                                           1’1/3                                          2’

           2/3                                            1’                                         1’1/3

           1/2                                            2/3                                          1’

orgonetti morti.jpg
(les tuyaux muets de la façade: organetti morti - Ici l'on voit bien le décor raffiné en chiquetage que l'on retrouve sur le petit orgue de Costa)

                        L’alimentation telle que trouvée par Philippe Hartmann en 1978 est à pompes cunéiformes et réservoir à tables parallèles, à deux plis (un rentrant, un sortant) de 140x0,81 cm. Le restaurateur a fourni un ventilateur Meidinger, ainsi qu’une boîte régulatrice permettant l’emploi des pompes à main.

 

                        La composition, précisée dans une belle graphie sur planchettes de bois (illustrations III) se découvre comme suit dans la disposition des tirants de registres sur deux files à droite du clavier :

 

 

Campanelle (légèrement à gauche, avec planchette disposée verticalement)

                                                                       Principale bassi (8’)

Tromba nei bassi (8’)                                     Principale soprani

Tromba nei soprani                                        Ottava nei bassi (4’)

Clarone nei bassi                                            Ottava nei soprani

Corno Inglese soprani (16’)                           Decima quinta (2’)

Cornetto Cinese nei soprani (5’ 1/3) Ripieno di 4 canne per tasto (1’ 1/3 à ½)

Flauto in ottava                                             Viola nei bassi (4’)

Cornetto nei soprani (4’+ 2’2/3+1’3/5)       Voce Umana nei soprani (8’)

Ottavino nei soprani                                      Contrabassi (8’large+4’étroit sur les

Terza mano                                                    premiers do,ré, mi, fa, sol, la, la2, si

                                                                       puis reprenant à l’octave grave du do2, les                                                                         touches intercalaires tirant au sommier un 16’+4’                                                            pour les deuxièmes do, ré, fa, sol).

 

Au-dessus du pédalier, sur la droite : pédale en bois du Polisire (combinaison libre à bâtons tirés), Tira Ripieno (pour les six premiers registres), Timpano (2 tuyaux de bois discordés pour imiter le roulement de la timbale), avec grosse caisse retrouvée dans l’instrument, mais non encore restaurée.

 

campanelle.jpg
(e campanelle)

                        Etat de conservation. La restauration dePhilippe Hartmann s’avère d’une très belle tenue. Depuis bientôt trente ans, l’orgue fonctionne remarquablement sans avoir connu d’interventions importantes. Il conviendrait toutefois de vérifier l’aplomb du buffet sur la tribune, dont Philippe Bachet signalait l’affaissement dans son inventaire de 1988. Aucun désordre majeur ne s’est produit depuis, mais la pente vers l’arrière du sommier n’est en rien rassurante pour la stabilité future de la tuyauterie.

 

                        Il convient ainsi d’envisager aujourd’hui un relevage, qui pourrait éventuellement revenir sur certaines tendances d’harmonisation imposées contre son gré à Philippe Hartmann par un courant ‘saladiniste’ inadapté ici, comme le sentait bien le restaurateur.

 

Conclusion

 

                        La haute qualité de la tribune et du buffet, la très belle conservation de tous les éléments qui constituent l’orgue d’Agati-Tronci, la richesse de ses timbres, et son caractère si représentatif des derniers feux de la facture italienne traditionnelle, convergent de toute évidence vers la reconnaissance de l’orgue de Corbara comme Monument Historique. "

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Ajoutons à cela que l'orgue ancien fut entretenu en 1855 par Giovanni DE FERRARI et en 1873 par notre cher Gasparo DOMINI, avant sa transformation en 1890 par la Firme AGATI / TRONCI ...

 

(à suivre!)

 

 

 

                 

01/10/2009

l'orgue historique de la Collégiale de Speloncato: une demande de classement au titre des Monuments historiques

speloncato buffet blog.jpg
l'orgue Crudeli (1810) de Speloncato
Je transmets ici l'article écrit par notre cher Paul Giuliani à propos de la demande de classement de notre orgue Crudeli:

 

" SPELONCATO.

 

Protection de l'Orgue historique Crudeli.

 

C'est le 26 Mai 2008 que le Conseil Municipal, sur la proposition du Maire, Jean-François Poli, a sollicité le classement de l'orgue historique de la Collégiale Santa Maria Assunta, construit en 1810 par Giovanni Crudeli, suite à une commande passée à son père Giuseppe, et dont le bicentenaire sera fêté dignement au cours de l'été prochain.

 

Cette formalité administrative a justifié la visite que vient d'effectuer Michel Colin, Technicien Conseil du Ministère de la Culture pour les orgues protégées des Monuments Historiques.

 

 

 

(...) Après avoir fait le point du dossier, un transfert sur place lui a permis de redécouvrir les qualités de l'orgue speloncatais qu'il

connaît bien, depuis 10 ans, pour y avoir donné des concerts.

 

La Balagne est exceptionnellement riche en orgues qui méritent tous l'appellation d' "orgues historiques", tant du point de vue archéologique que du point de vue musical et historique. La très grande majorité est de facture italienne et italo-corse.

 

Speloncato a abrité notamment la famille Saladini qui a doté en orgues beaucoup d'églises de notre région et de tribunes en bois galbé polychromes, d'une profonde originalité.

 

 

 

 

Les formalités.

 

Les Communes qui possèdent un orgue, quelque soit son état

et qui désirent le protéger avant tout, voire le restaurer et le mettre en valeur, doivent déposer une simple demande

accompagnée d'une délibération du Conseil Municipal à la

Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC).

 

Les dossiers sont instruits par l'Administration Centrale puis présentés en Commission Nationale des Monuments Historiques. Ces classements ou inscriptions débouchent fréquemment sur une campagne de restauration.

 

Des aides financières sont accordées par la Région et par le Département pour des travaux de réhabilitation ou de restauration.

 

La décision définitive appartient à la Commission Nationale qui s'assure de la confirmation de la volonté de la Collectivité Territoriale avant d'effectuer le classement ou l'inscription à l'inventaire.

 

 

La suite des visites.

 

Après Calenzana, Feliceto et Speloncato, Michel Colin s'est rendu le lendemain à Bonifacio puis à Corbara où des dossiers sont en cours pour des protections par classement ou pour études de travaux.

 

Les récentes Journées Européennes du Patrimoine dont elles

étaient la 26 ème édition ont permis de mettre en valeur les

richesses de nos villes et villages.

Il faut souhaiter que la Protection du Patrimoine soit un objectif

permanent et non pas pour ces seules deux journées."

Paul GIULIANI

 

Le bel orgue Crudeli de Speloncato mérite tous nos soins: restauré en 1992 parAntoine Massoni tragiquement disparu il y a quelques années, il donne aujourd'hui des signes de fatigue qu'il faut impérativement analyser et traiter: le sommier souffre d'un manque de plus en plus évident d'étanchéité (soufflures ...) , ce qui annonce une intervention lourde pour la commune, puisqu'il faut vraisemblablement envisager la dépose de la tuyauterie et une nouvelle restauration du sommier ...

Pour tous ceux qui connaissent un peu la facture d'orgue ... voilà une  facture qui risque d'être salée ... Or cet instrument tient une place importante dans l'histoire de l'orgue corse et il convient de tout mettre en oeuvre pour assurer sa vie sur le long terme. Avis!

 

 

 

 

 

18/09/2009

Journées du Patrimoine 2009: demain matin à la mémoire de Gaspard Domini

A Feliceto, demain matin, nous évoquerons la mémoire du facteur d'orgue  Gaspard DOMINI: je réédite à cette occasion la note du 6/8 2008, écrite après avoir eu le privilège de rencontrer chez lui la présence de cet homme si attachant.
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Gaspard DOMINI, Alger 1905: il meurt quelques jours plus tard, le 7 janvier 1905.
Il était né en 1829 à Massa di Sassarosso

 

Hier j'ai eu le grand bonheur de "rencontrer" chez lui, à FELICETO,  un artisan "organaro" dont j'ai  souvent le plaisir de jouer le dernier orgue, celui de CATTERI (autour de 1902), et dont je connais également les orgues de BARRETALI (1867) et de CAGNANO (1886). Il a également construit l'orgue de l'église du Sacré Coeur de Bastia (1870), aujourd'hui installé au couvent d'Erbalunga et transformé par J. Jenet en 1969.

Il se marie en 1864 avec Marianne Marie Felicité Simonetti, alors une toute jeune fille de 16 ans: un vrai coup de foudre mutuel, semble-t-il, malgré la différence d'âge. et  s'installera à Feliceto: les époux auront huit enfants, six filles et deux garçons, dont un, hélas, mourra à la guerre de 1914.  Seule une fille aura une descendance... J'ai pu rencontrer ses deux petites filles et son arrière petite fille.

Mme Gaspard Domini blog.jpg
Madame Marianne Marie Félicité Domini.
Deux beaux visages énergiques, souriants et empreints de sérénité.
 Son activité de facteur d'orgue et de musicien le conduit à intervenir (cf Rubellin) à la fois comme accordeur et réparateur de pianos, mais aussi d'orgues: Corte, Castifao, Corbara, Bastia, Poretto Brando, Montemaggiore, Zilia...
L'on sait qu'il prend la suite d'Anton Pietro SALADINI, à sa mort en 1863, pour l'entretien de l'orgue de l'église paroissiale St Nicolas de Feliceto, construit par A.P.Saladini en 1839. Gaspard Domini occupe une place particulière dans ce XIXème siècle qui a vu une telle floraison  de constructions d'orgues italiens: avec tout d'abord les Crudeli, les Saladini et les De Ferrari, puis à la fin du siècle avec la firme Agati- Tronci.

Alors que les Agati Tronci produisent de façon intensive dans leurs ateliers de Pistoia ces orgues importants dont on peut apprécier les qualités innovantes à Muro, Corbara, Aregno, Rogliano etc... et qui témoignent de l'évolution du goût musical dans les villages comme dans les villes, Gaspard Domini reste dans la tradition artisanale et villageoise: cet homme au bon visage moustachu et modeste, crée ces beaux instruments chantants et charnus dans sa cave voûtée, fraîche l'été, non loin du pressoir et des tonneaux de vin: sa maison respire le travail des champs autant que la menuiserie et la musique. Ses enfants ont certainement reçu une solide éducation, devenant maîtres d'école:
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...en témoignent les devoirs d'écoliers,  les cartes de géographie, les journaux collés pour l'étanchéité dans ses orgues, comme ici  sous le plafond du petit orgue familial...
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Je connaissais, grâce au livre Sébastien Rubellin, l'existence de ce petit orgue construit en 1876 à l'usage de la famille: tous les enfants avaient appris la musique, orgue et piano... rencontre inespérée avec le petit orgue : émotion de le trouver en aussi bon état, si présent et restaurable, et de l'imaginer sous les doigts de toute la petite famille... Le portrait de Gaspard veille sur l'instrument.
Gaspard Dominiclavier et abrégé.blog.jpg
le clavier et l'abrégé
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le tirage des jeux: 7 registres, dont il manque aujourd'hui des éléments.
Domini Feli tuy bois et métal copie.jpg
les tuyaux...
Gaspard Domini tuyaux blog.jpg
les tuyaux, suite
Gaspard Domini outils blog.jpg
quelques outils provenant de l'atelier: la famille, avec l'aide d'Alain SALS, auteur de la restauration des orgues de Gaspard DOMINI à Barretali, Cagnano et Catteri, a pu sauvegarder ces précieux témoins du métier de Gaspard....
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en vrac, quelques tuyaux dans l'atelier.
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... une histoire de coeur, de mains et de musique: ces objets ont une âme.

On aimerait que le village de Feliceto honore la mémoire de son "organaro", "le faiseur d'orgue", "le Modenais", "l'Italien demeurant à Feliceto" comme il signait... Son tombeau se trouve juste à côté de l'église, pour ceux qui veulent lui dire un bonjour amical...
On aimerait aussi que soit restauré ce petit orgue de famille et qu'il chante à nouveau pour le bien de tous.
Un grand merci aux petites filles et arrière-petite-fille de Gaspard Domini et à l'ami Jean-Pierre Orliac  qui m'ont permis cette belle rencontre.
Oui, merci, Annie, d'avoir évoqué avec tant de tendresse votre grand-mère, fille de Gaspard et Marianne Domini: c'est un petit bout du fil de votre mémoire qui nous rend encore plus proche cette famille attachante...
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30/05/2009

SPELUNCATU: l'orgue historique (Balagne)

 
L’orgue historique de la Collégiale Santa Maria Assunta de SPELUNCATU   
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(Photo Tomas Heuer) 
 Historique

Les archives paroissiales nous informent que le 20 septembre 1808 le facteur d’orgue toscan Giuseppe CRUDELI (fils du célèbre facteur installé à Lucca, Michelangelo CRUDELI : 1728/1801), s’engage à construire « un orgue suffisant » pour la Collégiale Santa Maria Assunta de Speluncatu :

« Oggi 20 7bre 1808 in Speloncato

Giuseppe Crudeli si obliga formare un organo sufficiente per la nostra chiesa per la somma di scudi francesi di franchi sei l’uno, cento trenta (…)  ( pour la somme de 130 écus français de 6 francs l’un …)  

Les premières interventions repérables de Giuseppe CRUDELI en Corse sont signées en 1804 sur les orgues de l’église saint Georges d’Algajola et de la Confrérie San Carlu de Monticello. Ce n’est donc pas un inconnu que l’on a appelé pour ce chantier, l’on sait qu’il a, entre autres, aussi entretenu l’orgue de Muro et les orgues de St Jean-Baptiste et de Ste Croix de Bastia.

Pourtant, pour une raison à ce jour inconnue, Giuseppe fait faux-bond et c’est son fils, le tout jeune Giovanni CRUDELI, qui construira et signera l’orgue de la Collégiale en 1810 :

« Giovanni Crudeli di Lucca fece l’anno del Signore 1810 »

Il revient en 1812 pour « arranger les cinq tuyaux principaux de l’orgue, et la construction de la porte du tambour d’entrée si nécessaire pour empêcher le froid, parce que grande ouverte elle menace les prêtres qui doivent y pratiquer le culte » - je rappelle ici que Speluncatu est un beau village médiéval implanté à 550 m d’altitude et que les hivers peuvent y être rudes, parole d’organiste ! -  A cette même époque il construit un petit orgue-armoire pour la chapelle privée d’une famille de notables du village : témoignage non négligeable de la vie sociale, religieuse et musicale d’un village important de Balagne à cette époque…

Spel petit orgue Crudeli blog.jpg
(le petit orgue armoire de Giovanni Crudeli, 1812)

Le sommier porte une date plus ancienne : 1746, et d’autres éléments antérieurs à 1810 sont réutilisés pour ce nouvel orgue, en particulier les portes latérales du buffet, peintes des deux côtés, et qui sont sans doute à l’origine les volets d’un instrument plus petit (photo)

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 Le mystère reste entier : cet orgue de 1746 était-il déjà installé dans cette église Saint Michel qui n’allait pas tarder à recevoir le titre enviable et très honorifique de Collégiale -  demandé en 1749, il sera accordé en 1766, faisant de l’église devenue Santa Maria Assunta l’une des quatre Collégiales de Corse : les autres étant à Corbara, Calenzana et Luri. Est-il nécessaire de souligner que pour ces quatre Collégiales, trois sont situées en Balagne et la quatrième à Luri: signe de prospérité indiscutable...  

Ou bien l'orgue était-il dans l’église du Couvent capucin de Santa Maria di a Pace ? Speluncatu, jusqu’à cette époque, pouvait s’enorgueillir de posséder deux églises paroissiales (fait unique pour un village de Corse) et un Couvent : c’est dire si la communauté regorgeait de religieux, capucins, chanoines, prêtres…

 

Le village ne manquait pas non plus de musiciens de talent, éclos dans les milieux privilégiés des notables, rompus à la pratique musicale et capables de jouer aussi bien la musique savante " de chambre»  que la musique religieuse. Et comme pour le reste de la vie "culturelle", ces musiciens suivent de près l'évolution du goût musical de l'époque, et naturellement encore à cette date, le goût italien malgré le rattachement récent à la France.  Les chantres de l'église soignaient la réputation de Speluncatu bien autant qu'ils travaillaient à la gloire divine: le répertoire des chants polyphonique de Speluncatu est très riche et particulièrement intéressant (avec une tendance au "mode pélerin" qui se retrouve peut-être dans le choix des deux trompettes des anges donnant le sol et le la). Sans parler des nombreux chanteurs et musiciens villageois animant sérénades et autres danseries de fête…Les Corses, on ne le dira jamais assez, sont un peuple musicien.

Toujours est-il qu’en 1749 l’on y chantait les vêpres « au son des instruments » .

Cet engouement pour la musique et pour l'orgue se confirmera au début du siècle suivant avec la construction non seulement de ce magnifique orgue de la collégiale par le jeune Giovanni Crudeli, mais aussi des deux petits orgues privés, l'orgue armoire de G. Crudeli en 1812 dont nous avons parlé plus haut, et l'orgue commode du tout jeune facteur d'orgue Anton Pietro Saladini, en 1825, formé comme son père Anton Giuseppe Saladini au contact des Crudeli ... On peut du reste penser que ce chef-d'oeuvre d'ébénisterie est la création d'Anton Giuseppe.

Notons aussi, et cela n'est pas anodin, que Speloncato, historiquement, s'est trouvé au contact de Lucca (notre ami François Mariani nomme Speloncato: "le village aux soixantes seigneurs", seigneurs qui seraient venus au Moyen-Age de Lucques): les contacts entre la Balagne et la Toscane se trouvent en tous cas confirmés par le choix de facteurs toscans: Marracci, à La Porta, Pagnini, à Muro, Crudeli, à Speloncato...

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Donc, en 1812, l’on va soigner non seulement la santé des prêtres qui officient mais aussi celle de leurs ouailles en construisant ce tambour. Quelques années plus tard, en 1821, cet ébéniste extrêmement renommé du village, Anton Giuseppe SALADINI, signe avec une fierté légitime la magnifique tribune de bois galbé en forme de conque marine, peinte la même année par Grunwaldo GRAFFINI.

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On dit au village que les deux têtes sculptées sous la tribune représentent les deux fils d' Anton Giuseppe Saladini:1377894866.jpg

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  Cette tribune marquera durablement les esprits de son temps par sa majesté et son élégance, faisant de l’ensemble tribune, buffet et orgue un chef-d’œuvre de référence qui inspirera de nombreuses autres réalisations par la suite.

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musiciens volet SPE.jpg
 
(les volets fermés: version un peu kitsch du Roi David, peint par Grünwaldo Graffini)

 

 

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(... et la petite Sainte Cécile de Speloncato, peinte par Graffini sur la tribune: elle joue sur un petit orgue qui ressemble grandement à l'orgue armoire de Crudeli de 1812 - voir plus haut)

   -         En 1863, Victor MARCUCCI, artisan polyvalent et qui se présente comme "Maître Encyclopédique en de nombreuses choses » (!) signe un tuyau de façade. Ce personnage étonnant a pris le temps d’écrire « trois cents livres » pour démontrer passionnément sa grande découverte : oui, c’est bien le Soleil qui tourne autour de la Terre , et non l’inverse, contrairement à ce que veulent nous faire croire des pseudos scientifiques… preuves et observations en montagne à l’appui. Il se plaint amèrement que son travail n’a pas été admis à l’exposition universelle de Paris en 1900… (cf : l’orgue corse, de Sébastien Rubellin) C’était par ailleurs un excellent ébéniste doublé d’un bon musicien : il a construit un délicieux petit harmonium en 1880, restauré et  en bon état de marche au village.

-         En 1905, Antonio de FERRARI, dernier représentant d’une famille d’ « organari » venus de Ligurie, installé à Pigna, signe une réparation importante, remplaçant la vieille soufflerie à soufflets cunéiformes par une nouvelle « machine pneumatique carrée ».

-         En mai-juin 1943, Claude HERMELIN, facteur d’orgue actif en Corse entre 1943 et 1954, réparant et entretenant dans des conditions difficiles de nombreux instruments sur l’île à une époque peu favorable au patrimoine suite à la guerre, va effectuer des travaux sur l’orgue. Il reconstruit le pédalier, recoupe les tuyaux pour les mettre au goût du jour, remet l’instrument en état de servir.

- L’orgue cesse de parler après la guerre, comme bien d’autres sur l’île. Les années passent. Les orgues de Corse souffrent d’abandon jusqu’au jour (1963) où a lieu une première résurrection, la restauration à l‘identique par Formentelli du petit orgue historique de La Porta … Un nouveau souffle va revivifier ce beau patrimoine oublié des orgues de Corse : Speluncatu à son tour se mobilise autour de son instrument et, en 1991, Antoine MASSONI va travailler, lors de sa restauration, à restituer la personnalité de l’orgue Crudeli de 1810 : il remplace la soufflerie à lanterne d’Antonio de Ferrari par deux soufflets cunéiformes de Saladini, datés de 1840 et retrouvés à Pigna.

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 Il redonne à l’orgue son ancienne registration, son pédalier de huit notes, ses accessoires (rossignol et trombe dell’angelo)…

A présent l’orgue est aux bons soins de Jean-François MUNO, depuis la disparition brutale d’Antoine Massoni. Actuellement il "revisite" (euphémisme!) le jeu des trompettes.

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COMPOSITION

Principale, Ottava, Quintina (Quinta sopra l’ottava), Quinta decima, Decima nona, Vigesima seconda, Vigesima sesta, Vigesima nona.

Flauto dolce, Nazardo, Cornetto nei soprani (3 rangs), Cornetto nei bassi (2 rangs), Trombe nei Soprani, Trombe nei bassi, Voce umana.

Deux « trombe dell’angelo » donnant un sol et un la ;

Un tamburu et un rossignol.

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1933249543.jpg( ici le mécanisme du rossignol)

 

Clavier de 45 notes (DO –DO5), octave courte. A noter la largeur exceptionnelle ( 2,30 cm en moyenne) des touches du clavier. (Marcel Perez disait à ce propos qu’à Speloncato, il «  jouait  en charentaises » !). Placage des touches en buis et ébène.

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Pédalier de 8 notes à octave courte. Contrabassi 16’ et Bassi 8’ obligés. Les trois dernières notes font sonner les trombe dell'angelo (sol et la). Entre ces deux touches, celle qui appelle le Tamburo (deux tuyaux désaccordés en do)

DIAPASON : 437 HZ (à 25°)

TEMPERAMENT : mésotonique.

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CONTACTS : la mairie de Speloncato (04 95 61 59  00)

et l’organiste titulaire: Elizabeth PARDON ( 04 95 61 34 85), qui facilite autant qu'elle peut l'accès à l'instrument pour les organistes de passage...

Email : elizabethpardon@orange.fr

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Depuis le 15 Août 1991, jour de sa bénédiction par le curé Gérard Squarccioni et du premier  récital donné par Maria Cecilia Farina (qui eut la charge insigne de faire redécouvrir leur instrument aux gens de Speloncato dans une église comble comme jamais: une fête mémorable!) , l’orgue n’a cessé de jouer en concert chaque année, recevant des organistes de grand talent : M.C. Farina  S.Vartolo, M. Perez, J. Beraza, V. Loriaut, E. Baillot, G. Harlé, J. Martin Moro, U. Forni, M. Chapuis, M.H. Geispieler, S. Rodi, C. Glaenzer, B. Dercksen, P. Brezard, S. Rodi… et des ensembles qui se sont épanouis dans la belle accoustique de l’église : Arabesco Stravagante, Cimbalata Accademia…

 

Cet orgue est régulièrement servi en situation liturgique. Il sert de support à la formation musicale pour de jeunes enfants du village. Il fait aussi partie des visites de "LA MONTAGNE DES ORGUES" au cours desquelles on l'entendra sonner.

 

Nous ne remercierons jamais assez Sébastien RUBELLIN à qui l'on doit ce travail magnifique: "L'ORGUE CORSE de 1557 à 1963" (éditions Alain Piazzola).

Une pensée amicale pour Antoine MASSONI, disparu prématurément au printemps 2003.

 

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En annexe, cette courte note sur la famille des Saladini:

 

 

Une  famille d'organiers à SPELONCATO:

les SALADINI

 

Anton Giuseppe SALADINI  nous est connu en qualité de « falegname » : Né en 1763 à Speloncato, il devient rapidement un artisan émérite et complet. En 1794 il fait une « garde-robe » pour la sacristie de Palasca et parmi les meubles qu’il a réalisés, on peut encore aujourd’hui voir celui de la sacristie de St-Nicolas de Feliceto, qu’il signe sur la corniche : ANT.JOSEPH SALADINI SPEL.AN. MDCCCXXI

En 1798 il travaille à la construction du buffet de l'orgue  de Muro, de Tomaso Pagnini, un facteur d'orgue lucquois: c'est probablement sa première approche du monde de l'orgue.

En 1810 il assiste à la construction de l’orgue de son village par le jeune facteur d’orgue Giovanni CRUDELI : il signe  avec quelque fierté en 1821 la tribune de ce bel orgue … Ce contact avec les CRUDELI, père et fils, semble déterminant pour son avenir et trace aussi celui de son jeune fils, Anton PIETRO qui signe à son tour en 1825 un petit orgue-commode : un véritable chef-d’œuvre de marqueterie.

Le goût de l’ébénisterie n’a jamais quitté la famille et nombre des descendants des Saladini continueront d’exercer ce don. En revanche Anton Giuseppe et Anton Pietro Saladini seront les seuls corses de cette époque à laisser leur nom dans l’histoire de la facture d’orgue de l’île. On peut admirer en Balagne plusieurs de ces belles tribunes en bois galbé : Pioggiola (1814), Speloncato (1821), Zilia (1831), Palasca (1833), Feliceto (1839) ...

L'atelier des Saladini jouxtait l'église, et l'on est étonné de l'exiguïté de l'espace où furent construits ces beaux instruments: la preuve, s'il en était besoin, que nous sommes là dans le monde modeste de l'artisanat. Modeste ... et fier de l'être!

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 (la signature ostensible d'un artisan fier de son ouvrage!)

28/05/2009

Nebbiu, balade du 23 mai, suite: Oletta

OLETTA: le couvent Saint François
 
 
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Aujourd'hui propriéte privée, c'est l'une des plus anciennes fondations franciscaines (le 3ème de l'île au chapitre de Narbonne de 1260). Reconstruit en 1390, il va raconter l'histoire de la Corse... Les chroniques rapportent qu'au XVème siècle, le prêtre officiait avec deux pistolets posés sur l'autel: insécurité extérieure et intérieure... Plus tard le couvent va illustrer l'une des plus fortes pages des guerres d'indépendance de la Corse: plusieurs consultes s'y tiennent (1745, 1747, 1750, 1753), témoignant de l'implication du monde franciscain au côté de la jeune nation corse en gestation au XVIIIème siècle.  En 1758, Pascal PAOLI va y installer avec le soutien des moines l'imprimerie nationale: "a Stamperia della verita" d'où sortiront gazette officielle, ouvrages philosophiques, théologiques et historiques. Parmi ceux-là, la célèbre "Giustificazione della revoluzione di Corsica", l'oeuvre de l'abbé Gregorio SALVINI.
Après de nombreux pourparlers, le 15 mai 1768,  le Traité de Versailles  signe le cessation effective par la République de Gênes de la Corse à la France. Le sous-titre du traité dit précisément: "Conservation de l'île de Corse à la République de Gênes". En fait personne n'est dupe, les Gênois se savent incapables pour une longue durée indéterminée de rembourser la dette des frais d'occupation de l'île par les français .
" La République  décide alors de céder la Corse à la France à une seule condition, qui en dit long sur ses craintes, "l'étouffement total, pour ainsi dire, du peuple de Corse" à jamais confiné à l'intérieur de ses montagnes" (proposition du 4 juillet 1767: cf. Histoire de la Corse, chapitre de Fernand Ettori, éditions Privat).
Ecoutons le commentaire de Jacques Gregori (Nouvelle histoire de la Corse, éditions Jérôme Martineau):
"Que signifiait donc ce traité, sinon que Gênes vendait la Corse à la France pour deux millions de livres payables en dix ans?"
et, citant VOLTAIRE dans son Siècle de Louis XV:
" ... C'était en effet céder à jamais la Corse, car il n'était pas probable que les Génois fussent en état de racheter ce royaume; et il était encore moins probable que, l'ayant racheté, ils pussent le conserver contre toute une nation qui avait fait serment de mourir plutôt que de vivre sous le joug de Gênes. Ainsi donc, en cédant la vaine et fatale souveraineté d'un pays qui lui était à charge, Gênes faisait en effet un bon marché; et le roi de France en faisait un meilleur ... Il restait à savoir si les hommes ont le droit de vendre d'autres hommes; mais c'est une question qu'on n'examinera jamais dans aucun traité."
 
Toujours est-il qu'en 1768 le couvent est aux mains des français et que les moines sont forcés de l'abandonner... et qu'il retrouve aujourd'hui une nouvelle vie, laïque cette fois. Notons que l'église du couvent d'Oletta, comme la plupart des églises de couvent de Corse, était dotée d'un orgue, disparu.
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Notre amie Maryse Guérini, nous attendait à l'église Saint André qu'elle avait ouverte et illuminée pour notre visite: une grande et belle église, construite entre 1777 et 1810, et riche de patrimoine. Elle remplace une église plus ancienne dédiée elle aussi à san Andria, autrefois en contrebas du village ( sans doute détruite aux alentours de 1790). Quelques pierres réutilisées évoquent cet ancien sanctuaire:
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dont ce tympan décoré en plat relief, au-dessus de la porte d'entrée: un vigoureux cep de vigne (qui s'en étonnera dans cette région de vignobles ? ), et, à gauche, un personnage brandissant ce qui semble être soit un poisson, soit un glaive (qui s'apprête peut-être alors à accomplir la vendange mystique: voir la note du 29/4/2009 sur ce thème à Murato); à droite de la vigne, difficilement identifiable, une sorte de tronc d'arbre orné d'une gravure serpentine et entouré d'étranges  feuilles-ailes-mains; au pied de l'arbre ainsi qu'au pied de la vigne, l'évocation d'une eau courante; enfin, cabré ou volant? un cheval ailé ...
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A l'intérieur, ce beau décor mural que l'on doit à Francescu Giavarini (signé et daté de 1817): un bon peintre corse, né à Ciamannacce, en Corse du Sud (merci à Michel Edouard Nigaglioni!). Je fréquente bien volontiers ce peintre: il a décoré la charmante église  San Salvadore de Costa (où je joue régulièrement le petit orgue restauré), peint les volets d'orgue de Corbara (1819), l'église de Cervione etc...
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L'église accueille le tableau miraculeux de "Notre-Dame de la Pitié", auquel l'on attribue de nombreux miracles:
"Un jour, alors que Maria était entrain de pétrir la pâte des gâteaux de Pâques, elle s'entend appeler par son nom:
- Maria, ton fils brûle- Elle se précipite vers le berceau enflammé et étreint son fils sur son coeur"
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La peinture de la Vierge avait prévenu Maria et ses yeux avaient pleuré: depuis, une fête triennale réunit les fidèles d'Oletta pour commémorer l'évènment et prier la Vierge miraculeuse. C'est même à l'occasion de l'une de ces messes ( à laquelle le Père Pinelli alors archiprêtre de Calvi, m'avait conviée pour tenir l'orgue) , que j'ai rencontré pour la première fois et Maryse Guérini, aujourd'hui l'organiste en titre de St André, et le bel orgue pistoiais des Agati-Tronci, de 1888:

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le tirage des jeux indique un instrument bien fourni... avec de nombreux "jeux de concert", anches, clochettes, banda militari... au goût de l'époque.
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 Relevé par Jean-Louis Loriaut il y a quelques années, c'est un instrument qui a la chance de parler "en situation" de façon régulière sous les doigts de Maryse Guérini et sous ceux des organistes invités en concert. C'est avec plaisir que je l'ai rejoué pour les amis de Speloncato. Pendant que j'explore l'instrument et sa riche palette sonore, les amis peuvent continuer de regarder les nombreuses oeuvres peintes de l'église:
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entre autres , ce Retable signé de Giovan Michele Romano (autour de 1540): la Vierge allaite l'Enfant Jésus entre Sainte Réparata et Saint André. Au-dessus, de part et d'autre de Dieu bénissant, les deux figures de l'Annonciation, Gabriel et Marie.
Ici se finit la matinée de notre balade dans le Nebbiu:
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Après un repas sympathique sur la place de l'église,
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Où Paul immortalise la pause prandiale bien gagnée et animée
 
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discussion avec Edouard sur quelques points épineux de l'histoire de la Corse
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avec le gang des instits Marie-France, Hélène, Colette,  et notre Archiviste de Speloncato, François:  nous avons rendez-vous dès que possible en début d'après-midi avec MURATO et les amis Magnan et Grazziani...
(à suivre)