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12/04/2010

sepolcri du diocèse d'Accia, suite

Castellu di Rustinu, Pieve du Rustinu, ancien diocèse de Mariana ed'Accia
Eglise de l'Annonciation
 
Castellu di Rustinu maître autel Baino blog.jpg
 
 
 
 
 
Cette très belle église abrîte un patrimoine d'une grande richesse et elle a bénéficié, grâce à la volonté de sa dynamique municipalité, de campagnes de restaurations ( atelier d'Ewa POLI) qui ont redonné en particulier au maître-autel toute sa splendeur, signé par le grand Maestro Domenico Baini et daté de 1703:

Domenico BAINI , dit aussi Domenico BAINO s'est illustré en Corse entre 1695 et 1732 dans une large palette de ses talents : architecte (il est l'auteur, entre autres,  du célèbre campanile et de la façade de l'église saint Jean Baptiste de La Porta) , ingénieur, stucateur et peintre décorateur originaire de Côme, dans l'état de Milan. (merci, Michel Edouard Nigaglioni)

La surprise, lorsque que je suis rentrée dans cette église il y a une bonne quinzaine d'années, grâce à l'extrême gentillesse de Laurence M., une dame âgée du village et servante dévouée de son église, fut de rencontrer, entreposées derrière ce maître-autel , d'immenses toiles d'une facture populaire  et dont j'ignorais totalement la fonction: ce fut la première fois que je voyais un décor de sepolcru et Laurence évoqua alors pour moi cette dévotion si particulière que depuis, j'ai appris à reconnaître ...

 
Ce vaste décor "raconte" la Passion :
montée du Golgotha 2 blog.jpg
Ici Jésus tombe sous le poids de la croix ... après en avoir été chargé par ordre de Pilate , que l'on voit assistant à la scène depuis le perron de son palais. Pilate enturbanné est accompagné de personnages indéfinis , un prêtre sans doute et un soldat, et un petit page négrillon pour ajouter une touche exotique. Sous eux se déroule la douloureuse ascension du Mont Golgotha en plusieurs épisodes, comme dans le sepolcru de Castiglione, et la soldatesque à cheval ou à pied accompagne tout ceci de façon fort vivante: un soldat pousse en avant Simon de Cyrène pour qu'il aide au portement de croix ... Décor de montagne, comme celles qui entourent Castellu, et maisons hautes de village ...
crucifixion blog.jpg
La crucifixion: d'un côté Marie, les saintes femmes et  saint Jean, de l'autre, les soldats en groupe compact.
descente de croix et déploration blog.jpg
La descente de croix et la déploration
déploration et mise au tombeau blog.jpg
La déploration du Christ sur les genoux de sa Mère avec Marie de Magdala en robe safran, et l'ensevelissement:
" Sur le soir, vint un homme riche d'Arimathie, nommé Joseph, qui s'était fait, lui aussi, disciple de Jésus. S'étant rendu chez Pilate, il lui demanda le corps de Jésus. Alors Pilate ordonna qu'on le lui remît. Joseph prit donc le corps, l'enveloppa dans un linceul propre et le déposa dans le tombeau tout neuf qu'il s'était fait tailler dans le roc; puis il roula une grande pierre à l'entrée du tombeau et s'en alla."
(Evangile de saint Matthieu)
tombeau et anges blog.jpg
Deux anges particulièrement grassouillets nous prennent à témoin, dans le sépulcre ...
Résurrection blog.jpg
Mais voici enfin le moment espéré de la Résurrection: le Christ glorieux s'élève dans le ciel ...
panique à bord blog.jpg
... provoquant une panique noire chez les gardiens  postés  devant la pierre qui fermait le sépucre:
" Le lendemain, c'est-à-dire après la Parascève, les grands prêtres et les Pharisiens se rendirent en corps chez Pilate et lui dirent:
"Seigneur, nous nous sommes souvenus que cet imposteur a dir, de son vivant: "Après trois jours je vais rescussiter!" Commande donc que le sépulcre soit tenu en sûreté jusqu'au troisième jour, pour éviter que ses disciples ne viennent le dérober et ne disent au peuple: Il est ressucité des morts! Cette dernière imposture serait pire que la première."
Pilate leur répondit:" Voici une garde; allez et prenez vos sûretés comme vous l'entendez." Ils allèrent donc et s'assurèrent du sépulcre, enscellant la pierre et en postant une garde."
Je remercie ici tout particulièrement Richard Girolami qui a eu la gentillesse vendredi dernier de nous permettre d'admirer au mieux ces toiles du sepolcru de Castellu di Rustinu: une enquête démarre maintenant autour de ce sepolcru, devant lequel semble s'être déroulée autrefois une Passion jouée par les gens du village. Une preuve de plus, s'il en était besoin, de l'efficacité de cette scénographie de la Semaine comme vecteur de cohésion de la communauté autour de ce drame universel de la Passion ...
Je termine cette note sur Castellu en évoquant à nouveau son patrimoine ... Entre autres:
portement de croix.jpg
Le peintre milanais Giacomo Grandi (mort en 1772) a peint pour cette église un savoureux chemin de croix : devinez qui est gentil et qui est méchant ?
chaire.jpg
Le stucateur Ignazio Saverioo RAFFALI a créé  (18ème siècle) cette charmante chaire de prêche , dégagée lors de sa restauration (avoue, Leonor, que tu y as pris plaisir!)
orgue.jpg
un orgue d'Anton Pietro Saladini, de 1837, auquel manque aujourd'hui la voix ... et l'accès. Là aussi , rêvons un peu ...
A bientôt!
 

 

 

17/12/2009

en Castagniccia: Rapaggiu , pècure è pastore

RAPAGGIU
Pècore è Bonu Pastore

Banc.jpg
les agneaux et le bon Pasteur
 

"La parole de Yahvé me fut adressée en ces termes: Fils d'homme, prophétise contre les pasteurs d'Israël, prophétise. Tu leur diras: (...) Malheur aux pasteurs d'Israël qui se paissent eux-mêmes. Les pasteurs ne doivent-ils pas paître le troupeau? Vous vous êtes nourris de lait, vous vous êtes vêtus de laine, vous avez sacrifié les brebis les plus grasses, mais vous n'avez pas fait paître le troupeau. Vous n'avez pas fortifié les brebis chétives, soigné celle qui était malade, pansé celle qui était blessée. Vous n'avez pas ramené celle qui s'égarait, cherché celle qui était perdue. Mais vous les avez régies avec violence et dureté. Elles se sont dispersées, faute de pasteur, pour devenir la proie de toute bête sauvage; elles se sont dispersées. Mon troupeau erre partout, sur les montagnes et sur les collines élevées, mon troupeau est dispersé sur toute la surface du pays, nul ne s'en occupe et nul ne se met à sa recherche. (...)

tête 5.jpg

(...) Voici, je vais prendre à partie les pasteurs. Je leur reprendrai mon troupeau et je les empêcherai de paître mon troupeau. (...) Voici que j'aurai soin moi-même de mon troupeau, et je le passerai en revue. Comme un pasteur passe en revue son troupeau quand il est au milieu de ses brebis dispersées, je passerai en revue mes brebis. Je les retirerai de tous les lieux où elles furent dispersées au jour de brouillard et de ténèbres. (...) Dans un bon pâturage je les ferai paître (...). C'est moi qui ferai paître mes brebis et c'est moi qui les ferai reposer, oracle du Seigneur Yahvé. Je chercherai celle qui est perdue, je ramènerai celle qui est égarée, je panserai celle qui est blessée, je guérirai celle qui est malade. Celle qui est grasse et bien portante, je veillerai sur elle. Je ferai paître avec justice.

 

(...) Voici que je vais juger entre brebis et brebis, entre béliers et boucs. Non contents de paître dans de bons pâturages, vous foulez aux pieds le reste de votre pâturage; non contents de boire une eau limpide, vous troublez le reste avec vos pieds. Et mes brebis doivent brouter ce que vos pieds ont foulé et boire ce que vos pieds ont troublé!  Eh bien! ainsi leur dit le Seigneur Yahvé: Me voici, je vais juger entre la brebis grasse et la brebis maigre. Parce que vous avez frappé des reins, de l'épaule  et des cornes toutes les brebis souffreteuses jusqu'à les chasser dehors, je vais venir sauver mes brebis pour qu'elles ne soient plus au pillage, je vais juger entre brebis et brebis. (...) (ça , c'est pour nos dirigeants du sommet de Copenhague!)

EZECHIEL (34)

 

Rapaggiu banc.jpg
En vérité, je ne sais rien ni de l'époque ni du menuisier qui a fabriqué ces bancs dans l'église de Rapaggiu, piève d'Orezza, en Castagniccia. Rustiques, bigarrés comme la toison nos brebis corses, ils accueillent , avec leurs accoudoirs bêlants, la bonne parole du "Bon Berger"...
tête 4.jpg
... ou devrais-je dire, ils attendent, la bouche entravée (ils portent tous " u capestru "... Je n'ai rien vu de tel ailleurs. Etonnant!

08/09/2009

u stringagliulu di sigolu, de Lisandrina Grimaldi (suite)

( Suite des ) FOLE DI PIAZZA CUMUNA:
U stringagliulu di siggolu de Lisandrina GRIMALDI
(voir les notes précédentes des 3/8 , 5/8, 12/8 2009)
a tuparella Battistina.jpg
( illustration deGhjuvannina Lanzalavi)

 

 

A TUPARELLA BATTISTINA

 

 

 Battistina Tagliarina, figliola d'un artisgianu paghjulaghjolu calzanincu era vana cum'è una zucca è predaghja cum'è a lisciva. E bocchi final Un c'era barba ch'ell'andessi cù e surelluccie à a scola in'è a maestra Pillì cù i so scurzali negri rillivati d'un filet tu rossu o turchinu. Innò! Ella s'appumpava di linu biancu. Un li piacia chè casgiu vechju picurinu o casgiu frescu caprunu. Ci vulia u criccu pè falli ruzzicà qualchi granellu di risu, stantatu cun tantu amore da cumpare Tagliarinu, st'omu di valore, rinumatu ind'è u circundariu.

A so paghjulaghjola era installata ind'è u Tofulu, in faccia à u casale Villanova, in cima di a piazza di a Torra. Sopra à a porta, inzuccata ind'è a petra si lighjia: «Ind'è u Tofulu, paghjole à chì ne vole, stagnarò è ranime, cochje è cuchjarine». A furastera, bramosa di rinnuvillà a so battaria di cucina, ghjunta à l'Annun-ziata, lasciava u ponte di u Saltu à manu diritta è pian pianellu cullava à fassi a so spesa.

A' dui passi, cumpare Bartoldu, artisgianu carbu-naghjolu, più forte chè u pevaru mattu, avia azzin-gatu sottu à u so purtillone à dece vetri un rillogiu di farru battutu, più grande chè quellu di u campanile è issu scrittoghju :

     « Pè fà coce a paghjola

     Noi vindemu carbone

     Ind'è a nostra tupaghjola

     O sottu a figa Narbone

     L'or a a demu di rigalu

     Un ci hè bisognu di ghjallu ».

Cumare Rillogia apria e so porta à tempu à ghjornu è chjamava e tope calzaninche ch'andavanu à empie e so sechje à la funtana di Sant'Antone, locu binadettu da i Dii; induve a vita si passava à chjachjarà, à fragassi pè a tacca o cantà à la ciotta di u sole. A ramina, ammanita da ziu Tagliarinu, sempre pronta à rinfriscà l'ansciaghjolu, guarnia u sichjaghju.

A' u sonu di a viola di cumpare Santu, i topi ballavanu masurche é scurtichje. Ma ghjuntu miziornu, cacciavanu e so meridiane di u stacchinu pè uchjighjà l'ora ghjusta. Mossiu Albertini, dettu «Spaissellu» perché l'avia fattu una grande carriera ind'è l'armata africana, ellu vindia i zuccarami, ghjustu in faccia à u scarparu ziu Bacinu.

U sabatu, zia Tagliarina carcava u so sumere Muvrone di stuvigliami è partia à fà u giru di u cantone, accumpagnata da i so masci. Quandu u tempu si pristava, turcianu à rochju versu Cassanu fin'à Belgudé cu tanti traculini è travindaroli. Strada facendu, pochi i scontri: a prima zia Bacina chì vendia scarpi, poi zia Martinò, ligera cum'è zilevra, lesta cum'è u telefragu ch'era incaricata d'andà à apre e porte di a cappella di Santa Restituta dopu avè sunatu l'Ave Maria in paese. Ghjunta à a piopa, salutava ziu Scopa riccu marcante di spazzule. Un si dispiazzava mai senza a so furtuna allibrata ind'una fronda di ghjineparu é piatta sottu à catacula di Muvrella a so sumirella grisgia. Di landi à e Petrine, scuntrava à Ambrosgiu u ziliacciu nantu à u so cabriulè, carcu insumatu di belle robe chì partia in Calvi. Sculà, a so serva, acciucciata, ripusava e so osse tronche ind'è a seta.

Una mane, Ambrosgiu si tampillava à mezu stradò.

«E’ chì v'accade o Ambrò?

- Un vi pare o zia Tagliarì, sta donna vistuta à te
Falcone, tè Lione è chì hà fattu piantà u mo sumere
incù u so ditu grossu innariulatu, scrilla da poi una
bella stonda ch'e l'aghju tocca ind'è a vigna. Sta
grand' bugiarda!»

E' quella: «Ma toque est dans la vigne!» Una buffulata di ventu scorna boie l'avia scappillata è u so cappellu si n'era vulatu ind'è a ruzeta di Toniu Maria ind'è a vigna suttana. Ci hè vulsutu à fà appellu à i Franciscani d'Alzipratu pè discioglie stu nodu. «M'hà toccu... tira è tocca... è vi ne contu nulla ! »

Una mane, versu trè ore, zia Sculiscia fala in carcera pè lavà u so casgiu. Sintia surnacà ind'una madia casgiaghja. Face pè sullivà u cuparchju eccu chì e madie si mettenu à ballà. Zia Sculiscia, spavintata pè issu valzu stranu si lampa pè u purtillinu ind'è u pozzu di Rafone, mughjendu: «O Lisandrì, O Natà! chì si passa sta mane? Currite tutti à vede i casgi ballarini!» In quattru è trè sette si forma un'accultina ind'è u chjassu. Natale, pè calmà e furie di a mamma li spiegava : « Un hè nulla o ma ! Hé un tarramotu annunziatu eri sera da u sapientone Arunu ! »

- E' quale   stu  lanciafame?  Belli  affari  pô!
Ch'ellu fia a dinga, ch'ellu fia!

Sempre incruchjatu u cuparchju, a casgilante si

Misse à sigunallu. A Battistina piatta li mancava u

rispiru. Corri cuì, corri custì. Un s'hé pussuta francà

da u tagliu. A so vita era appesa à un filu. A ladra

vargugnosa tira un mughju: «Cruda chè voi site!

M’avete tagliatu a coda? Aiò, currite ind'è cumare

Ambrosgia è spiegateli u casu!»

Zia Sculiscia, tutta sturdulita pè issi fatti strani, piglia a stretta di San Barlandinu di u Rusugnulacciu, s'intiscia cù Restituta carca d'urtaglia di u Vivu, disceta à Ambrosgia è voltanu à curà a firita di a tuparella. A mettenu nantu à a scaffa, l'appiciccicanu a so coda eu una chjarula d'ovu è l'annodanu inc'un stringagliulu di sigolu.

«S'è a to coda ùn tene micca, a farè ristagnà da babbitu è dopu sarà sticchita cum'è u sgiò ghjudice. E' quandu u tarramotu s'avvicinarà starè in tupaghjola, hè u locu u più sicuru!» Allora Battistina disse ch'ella un era micca d'accordu, ch'issu ragiunamentu era falsu. Si misse à parlà di u passata pè appughjà i so detti: «In tempu di guerra, quandu e squadre inglese passavanu sopra à Calinzana pè andà à bumbardà l’Italia, c'era un bellu tupone rondulu cum'è un turettu, aiutante sceffu di giandarmaria chì mughjava da antu à l'usciu: «Sauve qui peut!»

A'u colpu, tutti i topi grandi è chjuchi, vechji è zitelli, masci è femine, mezi vistuti, mezi spugliati, scappavanu à bandula rotta pè u Dragone sopra à i Cannoni Suprani. Ghjunti ind'è e Merizaccie, si mittianu à l'aggrondu sottu à u castagnettu, à mezu à e vacche à u merezu; manse è spaurate, un rumina-vanu d'un pelu.

Tuttu parlendu, Battistina s'accunciava, si scuzzulava, pinsendu chì à miziornu ci vulia andà à tavulinassi in famiglia. Dopu centu scuse pè a so ingurdizia è tanti rincrazii pè a cura, Battistina sin'hè ghjunta in casa, ammutulita ma decisa. Lindumane, migliurata è assinnuta, vistuta d'un scurzale negru cum'è tutti i sculari, Battistina era in scola è pinsava: «Eccu i miraculi! Sò digià migliurata! Pensu chì a chjarula di l'ovu pè assanà l'osse hè l'untu di a Maddalena. Rumintatevi o ghjente e piaghe di Ghjesù!»

 

 

HISTOIRE EDIFIANTE DE LA SOURIS BATTISTINE (cuntrapuntu)

SUPERT AKAYAKAHACHTU ( *)

n'était pas encore venu

au village des Trottmenus.

Battistine Tagliarinu,

futile

fille d'un papa dinandier,

grandissait dans ce bon quartier :

on y trouvait un cordonnier

pour remplacer les vieux souliers

usés,

rompus à trotter sur les pierres

comme trottait maman si fière,

sa marchandise en bandoulière,

trottaient les moines en prières,

bien gras,

le marchand de balais radin,

le charbonnier notre voisin,

la fromagère aux ramequins

que Battistine au fin tarin,

en douce,

visitait, esquivant l'école,

rongeant sans autre protocole

de chèvres et brebis l'obole:

notre paresseuse en raffole!

ripailles...

Mais quel est donc ce valdingage

de bols, de formes à fromage?

Maman! la terre déménage!

et prise au piège du tangage,

petite

Battistine à son tour trompée

voit sa mignonne queue tronquée!

Piteuse, d'un blanc d'oeuf soignée,

pois d'une guimpe entortillée,

pensive,

elle retrouve sa maison,

sa queue, l'école, la raison,

apprend sagement ses leçons

et récite moults oraisons,

miracle !

Moralité: mieux qu'arnica,

à queues ou voix perdez, ô rats,

mn bon blanc d'œuf, deux hosannahs,       

c 'est ce qu 'il faut, et puis... basta !                     

Souris...                                                                     

 

* Prononcer « u » ou bien « ou » au choix

 

 

 

 

 

 

 

 

 

05/08/2009

U stingagliulu di sigolu de Lisandrina Grimaldi: suite...

Suite des fole di Piazza cumuna,
"U stringagliulu di sigolu"
de Lisandrina Grimaldi
avec l'accompagnement de Santu
(voir les notes précédentes)
L'ASSOCIU
l'associu.jpg

dessin de Ghjuvanna Lanzalavi 

 

 

 

 

 

    San Ghjuvanni si n'era falatu in Calvi à fà a so pruvista pè una misatica. Ghjimbava u spinu di a so picurella 

    sottu à i diciottu chilò di u bugnu chì Tumasgiu di Grisgione, O lu scruccone!, l'avia vindutu à prezzu di turistu,

    tuttu imbulicatu inc'una piccia di casgiu vechju puzzulente.

       Pocu cuntrastu frà i dui omi ! San Ghjuvanni dicia :

      «E' cumu, o sgiò Cancellieru, soga mi pigliate pè u «Club Méditerranée» o pè u direttore di a «Balagne»!

       Eiu sò santu è voi cunfratellu, allora fatemi un prezzu ragiunevule!

      - Innò! Innò! Ciô chì hè dettu hè dettu! S'è voi un avete frasca lampate una chjama à Roma chì, quallà,

      l'anu ancu rughjinosi!

     Ind'è stu mentre, Sant'Eramu, u santu di i piscadori, in un scornu, à mezu aligoste, zarruli è capponi

     mughjava cum'è un persu: «A' i pesci freschi ! »

    A' dui passi, Sant'Ignaziu, crosciu cum'è un piulellu chì candillava in casa soia, circava un pocu di muneta

     pè copre a so cappella tufunata. Grisgione facia u passa è veni scarmigliendusi tuttu :

    « Ma cumu fà pè empie e nostre stacche?

    - Ne pensu una ! State à sente à me o cari amichi !»
    «Sintemu ciò ch'ellu bolle sottu à stu chjoppulu!

    - L'estatina, s'è no vindessimu cugnole, acqua è sole a nostra furtuna hè fatta dice Grisgione.

    - Uh mamma! E' à piscà, quale hà da andà risponde Sant'Eramu tuttu infritulitu.

    - E'Faustinu.induveumittite?

      - Anh ! Avete raggiò o Tumà ! »...

      I quattr'omi assuciati lege 1901 missenu trè mesi pè almanaccà u so marcatu ch'andava da u Ponte à Bambinu

      à a Foce di a Figarella. Diraschendu, anu scupartu uni pochi di vechji rundini di pinu larice chì i Rumani

      falavanu da Ficamara pè fà battelli. Cusì era l'usu. Fedenu un tavuletu chì righjunghjia e duie sponde di u fiume.

     Sant'Eramu strascinò cugnole di tutti i culori da Galeria à a Punta di Spanu è impiì e curbelle è e fattoghje

     chì Tumasgiu fece cu i ghjunculi di a Marana è di e Tamarice.

     San Ghjuvanni, cun garbu, azzingò tutta issa marcanzia nantu a e rete pè mettela in vista à i passanti.

    Funu messi i caratelli d'acqua fresca muntagnola à l'umbria sottu à u ponte carcu di frasche è di bussu.

    U tavuletu di pinu larice luccichente aspittava e ghjente in bramma di sole. Sant'Ignaziu era u secretariu

     è u casceru di l'associu. A' u son di u cornu marinu è tale l'apparitore di a nascita di u Bambinu,

    chjamava a folla sempre pagna à ogni scalu di battellu.

 

     U trent'unu d'agostu i baugli eranu pieni à tappu. Sant'Eramu hà pussutu rinnuvilla i vechji cannoti è e barcelle

     calvese è poi hà apartu in citadella u Museu internaziunale di a marina; Biasgiu Orsini

    dettu «Birbantellu» spisciuleghja tuttu!

    Sant'Ignaziu hà rifattu a so cappella nova è avà l'altare hè di marmaru di Carrare. I scultori sô vinuti da Muru,

    i vitraghji da Francia, a pittora da a Piazza di l'Olmu. Di lugliu, in cappella di Santu Ignà ci si canta a messa parata.

    U nostru caru Grisgione, cantore, impaghjillante, traculinu, travindarolu di casgiu è di figatelli, u nostru

    Grisgione cunfratellu, cancellieru, prufessore d'armunia, zappaghjolu, biancadore di tombe, teatrinu, teologu,

    u nostru Tumasgiu s'hè tinutu una bella purzione di sole pè fà fiurisce a machja calinzaninca.

    E' cusì, nantu à e ripe di u Seccu, s'attollanu è si scioglienu l’ape in un spirilizzu d'oru.

 

 

 

                 L'ASSOCIATION (cuntrapuntu d'Elizabeth)

Lassés depuis longtemps d'attendre sous leurs ors et leurs carmins poussiéreux que la dévotion des villageois leur fasse prendre l'air hors de leurs chapelles décaties, Saint Jean, Saint Ignace et Saint Erasme ont abandonné leur immobilité vermoulue et repris incognito du service parmi nous. Leur statut imprévi­sible de Saint ne leur vaut ni inscription sur les listes électorales, ni pension de l'Etat, ni sécurité sociale, ni retraite des vieux. L'Eternité demande quelque débrouillardise. Or notre pays regorge de tout ce qu'une âme sainte peut désirer et c'est que songe leur collègue, notre confrère, Tumasgiu di Grisgione, tout en déplaçant ses ruches du côté du Fiume Seccu: les cascades d'eaux vives dévalant les montagnes, et qui se reposent parfois dans de mystérieux cloîtres chantants, où, de laudes à vêpres, frémissent et glissent gyrins et gerris... les menthes aquatiques, violettes, accrochées aux galets de couleur, le soleil bouillonnant dans le cresson à la dérive, les dessous de rochers sombres comme des cavernes où veillent de minuscules dragons, la salamandre flamboyante et le triton transparent... et tous ces parfums capiteux où chavirent les abeilles: aubépines, églantines, fastueuses ombellifères, troublantes clématites... Par­dessus ces merveilles, l'astre souverain, et là-bas, au fond de la vaste plaine, la mer et ses arrivages frais de poissons - et ceux (les voies du Seigneur sont impénétrables) bien moins frais de touristes pâlichons...

Tumasgiu et nos trois saints s'associent donc et installent sur la Figarella « avec les matériaux locaux » un vaste présentoir digne d'une multi-nationale où brillent de tous leurs feux cailloux de rivière, fiasques d'eau fraîche, pièges à soleil, ombres de buis, odeurs de maquis, miroirs aux alouettes, chants de verdiers, roucoulades d'amoureux et même grommellements de sangliers. Bref, pour un prix raisonnable, les hordes hagardes de touristes à peine débarqués reprennent forme et couleur, s'apprivoisent et se civilisent, redonnant du même coup un toit solide à la chapelle de Saint Ignace, des barques neuves aux pêcheurs de Saint Erasme, des visions optimistes à Saint Jean et de nouveaux essaims dorés à Tumasgiu...

Venez donc à Calenzana vérifier si j'ai menti.

(à suivre...)

 

 

 

 

  

03/08/2009

U stringagliulu di sigolu de Lisandrina Grimaldi, suite de la note précédente

                                                           ... et voici comment notre chère Lisandrina préfaçait son ouvrage:

STRINGAGLIULI


Mai ùn avia pinsatu

Quandu in fiera cuntava

I strumbechji di u passatu

Chì u ventu i puntava

Frà i baroni di l’aghja

Mentre u sole s’appaghja.

 

Qual’hè chì và spiculendu

Postu chì a mansa hè bella

E’ qual’hè chì và stuppiendu

Hè ripiena a curbella

E’ qual’hè ch’atorzi manghja

Gustosi fiuroni incagna.

 

Vecu un’ombra chi s’inclina

«Gérins» è «gérris» alleva

Malgradu sta gran’ sicchina

Arba bambina sulleva

L’acqua di a Cinnarosa

Pè tutti hè generosa


Volta è gira Risabetta

Da u Seccu à u Reginu

Circhendu à Cantaretta

 Trova Mascone è Bacinu

I capelli ricciulati

Di sigoli infasciulati.

 

Issa donna ammaistrata

Ristretti almanaccava

I frutti di a so grata

Acciarbi i rimbiccava

Nun possu più parà u scrittu

Hà maturatu è tene arrittu.

 

Noi avemu à Ghjuvanna

 Ghjornu è notte disegna

E’ ci lampa la so manna

O quantu a trovu degna

Topi, ghjatti, torri è fere

Giranu cum’è le sfere.


A fata di u granaghju

Hà ringraziatu à Santu

 Da ottobre à ferraghju

L’hà purtatu u so stantu

Più d’un stringagliulu avia

Pè traccià a nostra via.

 

 

 

 ... et voici à nouveau deux "fole" de Lisandrina Grimaldi... Je rappelle que les dessins originaux sont de Ghjuvannina Lanzalavi.

 

                                                                     U BIGLIARDU RUSS1U

le billard russe.jpg

 

Furnaghjolu, un caffitteru muntagnolu, avia spusatu una parente ristretta. Illetteratu ma astutu, garbatamente s'avia fattu una bella clientella. L'omi d'ogni rangu suciale, ghjucavanu è fumavanu in tutta amicizia.

Ind'è e duie grande sale, u pastizzu curia cum'è a funtana di i Cavi. A prima ricivia i ghjucadori di carte; a seconda l'amatori di bigliardu.

Bramosu di cuntintà a giuventù, in più di u bigliardu tradiziunale, Furnaghjolu avia compru à tratte ind'è Mossiù Mustaccinu un bigliardu russiu. Tutta a santa ghjurnata, e stecche calcinate azure à puntu, facianu sciacchità e bocce rosse è bianche nantu à u lustrinu verde.

A' l'or a di l'aperitivu, e mamme spazienzose di vede rifrità a cena mandavanu i zitelli à circà i babbi, impazziti da issu ghjocu.

A' mezu à Santarella a so moglia malaticciosa, à Stella a figliola é à i clienti u caffitteru passava una vita alegra. Disgraziatamente, una dumenica d'aprile, issu bravu omu si n'hè mortu subitaniu, lasciendu dulori è debiti.

U dipusitariu di i bigliardi ghjunse lindumane in casa di a veduva è senza pietà si misse à prisintalli e so lagnanze. In corte parolle, ellu vulia u caffè sanu sanu

per scuntà u bigliardu russiu. Ma u Signore face un fattu è un altru... Amichi è parenti ghjunsenu à succore e duie sciartinate. Dopu à u cunsigliu di famiglia si decise: pagati saranu i debiti à a magiurita di Stella.

Mustaccinu, allora, ghjurede di fà passà à l'orfagna una vita ripintina. Durente anni è anni, l'adulescenza oscurata da issu core negru, Stella ingrandò, curata, allisciata da a so mammarella.

Trè volte a notte, Santarella e so duie mane e mittia nantu à u core di a so speranza è e s'arechje nantu à a bocca per sentene u rispiru aspessu lamen-tosu.

Ogni notte, fin'à vint'anni, Stella hà fattu sempre listessu sunniacciu: ghjunghjia in chjusella è mentre ch'ella cuglia fichi è uva, sbuccava un toru mugliu è curnutu à l'accessu. L'uchjaturaccia negra l'avia di Mustaccinu. Stella staccava un saltu nantu à u muru lamaghjosu è curia senza rifiatà fin'à u ponte di Santa Ristituta u toru curnutu sempre à e zanche. Ghjunta nantu à u ponte, Stella si lampava in fiume per francassi da e curniate è nutava fin'à Mercuriu. Custì,

u toru sciappatusi e corne nantu à e petre di u chjaccone smaria in l'acque sciumose di u turrente.

Era scritta in celu. A' a so magiurità, Stella s'hè spatriata cù a mamma u core alegru. Nulla cuntava per elle, nè case, nè tetti, nè amicizie. A pagaria di u bigliardu valia più chè a fame. Francassi da l'uchjatura di Mustaccinu era una grazia tamanta à u mondu. Pinsate à a gioia di Stella u ghjornu ch'ella hà pussutu pagà i debiti di Furnaghjolu.

Avà, vechja è serena, di ritornu in paese, cuntenta di ritruvà i so muri, Stella si ramenta a so giuventù. Ogni tantu, sunnieghja u toru mugliu vistutu di verdurinu tale u bigliardu russiu.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LE BILLARD RUSSE (contrapuntu)

 Le destin m'apparaît parfois sous les traits d'un joueur de billard infatigable qui fait caracoler nos vies au gré de sa fantaisie. Vous pouvez le voir avec ses amis, debout sous la voûte fumeuse d'un café accueillant, sanglé dans son meilleur costume et chapeauté de neuf: je vous le dis, il a le coeur léger lorsqu'il mesure l'angle de nos destinées, car il sent d'ici le fumet du fricot que sa femme mijote à la maison depuis l'aube... A côté de lui, le patron, tendre et vigilant comme Furnaghjolu, veille à remplir les verres et contemple avec orgueil ce billard pour lequel il vient de s'endetter jusqu'au cou...

Un jour donc, la bille d'ivoire Furnaghjolu, habilement queutée, s'en vient frapper la bille Mustaccinu, négociant, qui lui vend alors à crédit le fameux billard russe. Peu après, Furna­ghjolu brutalement blousé, est expédié «ad patres», et Mustaccinu s'en vient buter sur la douce Santarella devenue veuve. Par ricochet il percute Stella leur fillette. De cette méchante série, il s'ensuit que Stella devra avoir achevé de payer la dette du billard à sa majorité. Du coup, Mustaccinu, le cœur fielleux, visite inlassablement le sommeil de l'enfant sous la forme d'un taureau infernal et la chasse loin de son Eden de figues et de raisins mûrs.

Stella, le moment venu, franchira la mer, rencontrera dans sa course folle une bille autrement plus aimable que Mustaccinu et reviendra bien plus tard dans son village, allégée de sa dette: elle jouit aujourd'hui d'un repos mérité et d'une mémoire sereine. Pourtant certaines nuits, surgi de la ruelle, meugle sous sa fenêtre un grand taureau aux cornes d'ivoire et à la robe de feutre vert...

 

A MO GHJATTA «MARGOT»

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        Sò sittimbrina. Mamma m'hà trovu sottu à un calzu, ind'è a nostra vignarella di a Cùmpartaccia,
muru à muru à «Sacchittò» ghjustu vicinu à l'ochju di Santa Lucia nantu à a strada di Calvi.

Era tutta ammullizzata nantù à sette o ottu fronde di filetta, cuparta di pampana, techja è muscia di «chasselas» inzuccaratu. Mi campava! U 17 di sittembre in 25, dunque, mamma vindimiava. Alza una vetta è chì scopre? Lisandrinella divintata di poi Lisandinone mastucone! a macina! Era più bella chè una stilliccia di miziornu ! Ringraziendu à Diu !

«Eccu e furtune! disse mamma. Vulia cumandalla à a «Samaritaine» cum'è ramine di Lellè a Coffa è poi Santa Maria è San Antone a m'anu lampata quì, fatta è lesta ».

Da ch'ellu m'hà vistu, babbu hè andatu à l'Isula à cumprammi un lettu di farru biancu tuttu fattu à turtogliuli; un lettu pienu di seta, di ricamu è d'amore.

Zia Cisara hè corsa subitu ind'è a so mandria à munghje à Chjarasgiola è, a sera stessa m'aghju sciaccatu un fiadone tantu frescu è bonu ch'ùn aghju fattu mancu un rottu.

Zia Pindarella, ella, m'hà fattu rigalu d'una  ghjatta rossa è bianca chì si chjamava «Margot» cum'è quella grand' criminale Margarita di Vergogna. Sapete quella roccia chì lampava l'amanti pè i purtelli ind'è a Senna. «Margot» era marzita da u mese d'aprile à u mese di sittembre. Un misgiu passa è l'altru vene è poi sò ghjunti nantu à sta tarra Musulinu è Hittileru, dui essari degni da forca. Dopu à sei anni di guerra strepitosa, ci hè vulsutu à parte da mare in là à stantà a nostra pastura, perchè chì stu stomacu sfundatu più s'empie è più si viota.

In 45, sò partuta cù mamma è ci avemu lasciatu case, tettu è «Margot» sola sola. Fù dura a staccanza.

Tutte e mane, a Signora Lisa li dava un'ovu frescu ch'ella pigliava ind'è u nidicale sottu à u so purtellu di cucina. Maria di «Ghjineparu» a ricattava è a scaldava pè u megliu.

Dopu à trè anni, incù u mo maritu Andria, ci avemu fattu un'affaccatella in paese è subitu subitu, ghjunta in piazza cumuna, mi sò messa à scallicà: «O Margot, o Margot!» Madama Sinibaldi à u purtellu: «Chjama puru chì Margot hè navantata, hé à limbu!»

-  Cum'è? A limbu! Ma nimu m'hà dettu ch'ella hè morta!

Corgu ind'è Maria di Ghjineperu è prima ch'abbraccialla dicu:

-     Chì n'ai fattu di a mo ghjatta,

-     Eccu i stomachi! Hè avà chè tu

ghjunghji à riguaralla? Stammi à sente o Lisandrì: durente trè invernate si mittià frà a mo brusta è a mo trallanchera !
Si pigliava tuttu u mo calore, si pigliava ! mancu più e mo ghjambe frisgiulate ùn avia. Un bellu ghjornu di frighjina, ch'ella c'era a neve in Irruglia è u cotru ind'è a stretta di San Barlandinu, aghju scaldatu u spetu è quand'ellu hè statu rossu l'aghju infilzata!»

O ! O ! O ! Da u santavugliu, sò cascata in zizula è m'aghju fattu una bella sunnata.

Svegliati! Discetati! Milla a to ghjatta!

Apru un ochju è chì vecu? Margot inturniata d'una mansa di Margaritelle! A' chì mi sparliccava a faccia, à chì mi liccava e mani! O chì piacè! Ecculu u  stirpugliu.

Una simana dopu, quandu no simu partuti, avemu viutatu e nostre valisgie è l'avemu impiute di i nostri ghjatti.

E' s'è voi andata à visità u Castellu di i Papi

in Avignon, ci sò sempre i ghjatti calinzaninchi à spassighallasi fronti alti è fieri

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 LA CHATTE MARGOT (cuntrapuntu )

II était une fois un roi et une reine très charitables et hospitaliers. Ils régnaient sur un pays florissant et leurs vignes étaient renommées au-delà des monts et des mers. Dans cette bénédiction ils n'avaient plus qu'un désir: avoir un enfant, et un beau jour de septembre, leur voeu fut exaucé. C'est ainsi que naquit la petite Lissandrina, tétant goulûment le chasselas sous les pampres ensoleillées, bercée par Bacchus lui-même, et chérie des fées: la fée des ondes, la fée des montagnes, la fée de l'âtre, la fée de l'olivier, la fée des greniers, la fée des sages, la fée des fous, la fée des fables... enfin, je ne peux toutes les nommer car elles sont des myriades pour qui sait les reconnaître (malheur à moi si j'en oubliais!) Elles étaient toutes là souriant autour de son berceau de vignes.

La première dit : « Quoi qu'il arrive, tu auras toujours un bon lit où coucher ».

La deuxième: «Quoi qu'il arrive, tu auras toujours un fiadone à manger ».

La troisième: «Quoi qu'il arrive, tu auras toujours avec qui partager ».

Une autre disait: «Quoi qu'il arrive, tu auras toujours la langue bien déliée ».

La fée Pindarella, elle, lui dit: «Quoi qu'il arrive, tu auras toujours une chatte Margot pour te réchauffer » et elle lui fourra dans les bras la plus chaleureuse, la plus douce, la plus capri­cieuse des petites chattes blanches et rousses...

 

La vie va et vient et les orages s'étaient abattus plus d'une fois sur la fillette, mais chaque soir, lorsqu'elle montait se coucher dans son grand lit, elle retrouvait Margot pelotonnée sur l'oreiller qui l'attendait, les yeux mi-clos: la chatte s'étirait et venait s'enrouler autour du cou de l'enfant, lui faisant un anneau magique contre le mauvais sort. Là, dans la chaleur de l'édredon, Margot lui ronronnait à l'oreille les mille contes de la Piazza Cumuna tels qu'elle les apprenait du haut des gouttières auprès de ses soupirants.

Bien plus tard vint l'époque douloureuse du sevrage: il fallut bien quitter Margot... Mais maintenant, Lissandrina, épouse et mère, offre à son tour à ceux qu'elle aime les innombrables enfants de sa chatte Margot qui se chargent d'apprivoiser les terreurs de la nuit et miaulent dans toutes les langues les fables calenzanaises. Il paraît qu'ils ont fait un tabac au festival «off» d'Avignon cet été...