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26/10/2010

3°/ La chapelle San Quilicu di Cambia (pieve de Vallerustie), les fresques (suite)

Et les autres ...

 

San Quilicu St Michel blog.jpg

Dans l'écoinçon de gauche, le grand Saint Michel Archange à l'ouvrage : terrasser le Démon et ses diablotins, inlassablement  peser les âmes en transit , pas de répit : la retraite n'est pas pour lui . Toujours magnifiquement cuirassé et armé, chevalier céleste incontournable dans nos chapelles . Dans sa main gauche, la balance fatidique et ses deux plateaux habités:

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Avez-vous remarqué ses jambières? Deux têtes menaçantes armées de crocs, de quoi mettre en déroute le Malin, qui justement tente d'attaper cette petite âme pécheresse avec une espèce de pince à sucre. L'âme de droite,  sereine et dévote, s'apprête pour l'ascension céleste ... Procédé efficace, le sol, sous le Diable ferré, marque la profondeur dans la fuite de ses carreaux.

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Grand Saint Michel, gardez-nous de cette sale engeance griffue et poilue!

 Ste Julitte et saint Quilico blog.jpg


 

Dans l'écoinçon de droite, le groupe imposant des saints patrons de cette chapelle: Santa Giulitta (Sainte Julitte) en robe safran et manteau bleu et son fils , le petit San Quilicu (saint Cyr), dont on ne voit que les pieds, dépassant de sa tunique rouge ...

 

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Toute la grâce et la douceur du visage de Santa Giulitta ... martyrisée ainsi que son fils à Tarse, lors des persécutions de Dioclétien. Le petit San Quilicu, à peine âgé de trois ans, meurt assommé sur les marches du tribunal en proclamant sa foi chrétienne ... Il est très populaire sur l'île où il a reçu un grand nombre de lieux de culte dès le Moyen-Age (cf.l'article qui lui est consacré dans le  très précieux ouvrage Corsica Sacra , p. 29, de Geneviève Moracchni Mazel).

 

 

San Quilicu statue blog.jpg

Le petit martyre

La Vierge et l'Enfant et St Pierre blog.jpg

 

A gauche de la fenêtre meurtrière, la Sainte Vierge assise et tenant l'Enfant Jésus bénissant,  debout sur ses genoux. A leur côté, Saint Pierre les regarde, tout fondu de tendresse ...


... suite et fin : 

Pieds d'apôtres blog.jpg

les Apôtres   

San Quilicu série d'apôtre droite blog.jpg

Sur le côté droit de l'abside, une série de saints apôtres, drapés dans leur  beau chamarré et serrant contre le coeur le Livre : à gauche, Paul et l'épée de son martyre, puis  Jacques et son bourdon, Philippe, Barthélémy et le couteau de son supplice, Simon, et ? ...

 

San Quilicu série gauche d'apôtres blog.jpg

Et à gauche: on reconnait  le jeune Jean à son visage imberbe , André avec la croix de son supplice présumé et ses poissons (il est le saint patron des pêcheurs), Pierre et ses clefs ...

Humanité compatissante de ces visages barbus qui reflètent une même douceur dans les regards:

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Saint Barthélémy

 

 

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Saint Philippe

 

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Saint Simon

 

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Saint Pierre

 

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Saint André

 

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Saint Paul

 

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Saint Jacques "Fils du tonnerre"

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Saint Jean, "l'apôtre péréféré"

Manquent quelques personnages, cachés par les ailes du maître-autel construit au XVII°s contre les pieds-droits de l'arc. Fallait-il détruire l'ensemble de stucs pour retrouver l'ensemble des fresques ?

 

 

San Quilicu ensemble  petit.jpg

La profusion des éléments décoratifs occupe tout l'espace possible: carrelages en perspective, papiers pliés,  tissus ornés de rinceaux, de fleurettes, étoiles ... notre fresquiste vernaculaire n'est pas avare de son art !

En tous cas il laisse ici une oeuvre poétique, naïve  et intemporelle qui nous touche profondément par sa spontanéité et sa tendresse.

 

A nouveau, je vous invite à retrouver le beau livre de Joseph ORSOLINI: L'ART DE LA FRESQUE EN CORSE DE 1450 A 1520 (édition du Parc Naturel Régional de la Corse)

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2/ La chapelle San Quilicu di Cambia: les fresques

La chapelle San Quilicu di Cambia

2°/ partie: les fresques (XVI° siècle)

San Quilicu ensemble blog.jpg

 Derrière l'autel moderne au massif pied de bois, les fresques peintes dans l'abside en cul de four, en partie occultées par l'ensemble de stuc plus tardif (17°s) du maître-autel  flanqué de ses ailes.

 

Madeleine Allegrini a réalisé dernièrement la restauration de ces fresques de San Quilicu, leur  restituant leur fraîcheur: on peut lui envier ces longs moments passés dans l'intimité de cette chapelle, malgré le froid et la solitude ...

 

Il règne ici un esprit d'enfance. Ici plus qu'ailleurs, c'est une profusion de personnages et de décors fleuris planant dans une atmosphère de tendresse absolue. Oeuvre d'artiste populaire qui veut bien faire, essaie de se plier aux exigences iconographiques des commanditaires, s'embrouille parfois dans les consignes, mais témoigne de l'essentiel malgré les maladresses ou les erreurs, fait voler ses anges façon Chagall dans des nuées d'étoiles, parsème les robes de sapôtres de fleurettes, de rinceaux.

"Le Trône de Grâce"

San Quilicu le Trône de Grâce blog.jpg

Vision de la Trinité

Au centre de l'abside, au-dessus de la fenêtre meurtrière, le mystèrieux "Trône de Grâce" de la Trinité entouré d'anges gracieux : dans sa mandorle, sous  la colombe de l'Esprit Saint, Dieu le Père tient en son giron son Fils crucifié.

 Sans doute à la demande du commanditaire, l'artiste a représenté la Trinité et non pas, comme dans d'autres chapelles de Corse ( Pastureccia,  Sermanu, Valle di Campuloru,  Castirla, Favallelu, Gavignanu...)  le seul Christ Pantocrator.

De celui-ci, il a tout de même étrangement emprunté la silhouette générale et majestueuse, la taille imposante et le livre traditionnel ("EGO SUM LUX MUNDI ET VIA VERITAS") mais ce doux vieillard au regard empreint de mansuétude, aux sourcils interrogatifs, à la bouche bien dessinée sous un nez aquilin, à la barbe blanche et à la calvitie avancée, qui vous bénit du coeur de l'abside est bien Dieu le Père, tenant sur ses genoux le Fils en Croix, la tête  inondée  de l'Esprit Saint. sous sa forme de colombe. Le message de la Trinité est on ne peut plus clair. Le bleu intense du fond de la mandorle soulignée d'une guirlande végétale fait efficacement ressortir l'ensemble.

San Quilicu Dieu le Père et St Esprit blog.jpg

  Et de part et d'autre, le Soleil et la Lune... petite erreur de notre fresquiste, la Lune (l'Ancien Testament) et le Soleil (le Nouveau Testament) ont échangé leur place :  le Nouveau Testament éclairant l'Ancien Testament et la place de droite étant toujours privilégiée, la lune devrait être à la gauche de la Trinité et le soleil à sa droite ... Mais en vérité qui trouvera à redire?

 

 

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Bien rond, sanguin et ardent, mais le regard étrangement lointain, le Soleil du Nouveau Testament

 

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... et coiffée de son croissant, exsangue , mélancolique et pâle, la Lune de l'Ancien Testament

 

 

 

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D'un graphisme un peu maladroit, le Christ en croix dans le giron du Père, comme l'enfant Jésus dans le giron de sa Mère.

Là aussi, l'artiste s'applique à dire les choses: le sang jaillit des plaies du Crucifié couronné de longues épines acérées.

A propos du "Trône de Grâce", connaissez-vous celui de l'église paroissiale de Palasca?

Palasca Trône de Grâce blog.jpg

Palasca, la Trinité entourée d'anges récoltant le sang du Christ dans des calices.

Ici, Dieu le Père nimbé de lumière et coiffé d'une tiare papale, soutient la Croix et  présente son Fils avec toute la dignité requise: la Colombe de l'Esprit Saint plane entre sa barbe et le Christ ...

Le Tétramorphe  - et les anges

Petit rappel à propos du Tétramorphe ("quatre formes"): 

C'est la représentation symbolique des quatre Evangélistes. Une vision qui plonge ses racines dans la nuit des temps du monde ancien , fluctue, s'enrichit au cours de l'aventure humaine et des civilisations, donnant en tous cas à l'homme cette assise solide du chiffre quatre: le carré ( cf. la muraille carrée de la Jérusalem céleste), les quatre bras de la croix, les quatre saisons, les quatre points cardinaux, les quatre fleuves du Paradis, les quatre lettres du nom de Dieu YHVH ( Y: l'homme; H: le lion; W: le taureau; H: l'aigle) ,  les quatre prophètes (Isaïe, Jérémie, Ezéchiel, Daniel) et les quatre docteurs de l'Eglise (Augustin, Ambroise, Jérôme, Grégoire le Grand), les quatre Evangélistes, etc ... pour ne parler que du monde judéo-chrétien, car ce chiffre symbolique se retrouve sur tous les continents, nourrit la cosmologie de toutes les civilisations ...

 

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L'Evangéliste Saint Mathieu: l'Ange, la plume et le Livre à la main. A son côté, un ange délicat et blond acclame la mandorle de la Trinité.

 

San Quilicu l'Aiglle st Jean et un ange blog.jpg

De l'autre côté de la mandorle, l'Evangéliste Saint Jean : l'Aigle, perché sur le Livre et un autre ange à la robe fleurie. Les sortes d'étoiles aux pieds des anges évoquent les nuées célestes ...

Le Lion et l'Ange blog.jpg

Sous l'Evangéliste Mathieu, le Lion de Saint Marc: "Oups!", petit problème d'étiquetage!

 

Le taureau et l'Aigle blog.jpg

Et ici, bien sûr, le Taureau de Saint Luc et l'Aigle de Saint Jean : notre fresquiste n'avait peut-être pas bien entregistré la consigne ...

Un peu de révision, donc...

Dans l'interprétation christique d'Honorius d'Autun (XII°s.):

 "Christus erat homo nascendo,

Vitulus moriendo,

Leo resurgendo,

Aquila ascendendo"

 


Saint Matthieu  : le Christ nait  homme  (Mathieu commence son Evangile avec le récit de la naissance de Jésus)

Saint Luc : Il est Taureau en mourant (l'animal privilégié des sacrifices)

Saint Marc : Il est Lion en ressucitant

Saint Jean : Il est Aigle en montant vers son Père ( symbole de l'ascension de l'esprit vers le ciel)

Ce Tetramorphe est représenté traditionnellement dans l'abside de nos chapelles de Corse, entourant ou accompagnant le Tout-Puissant , "Celui qui siège sur le trône" (Jean):

"Autour du trône se tiennent quatre Vivants, constellés d'yeux par devant et par derrière. Le premier Vivant est comme un lion; le deuxième Vivant est comme un jeune taureau; le troisième Vivant  a comme un visage d'homme; le quatrième Vivant est comme un aigle en plein vol. Les quatre Vivants, portant chacun six ailes, sont constellés d'yeux tout autour et par dedans" (...) qui " ne cessent de répéter jour et nuit: "Saint, Saint, Saint, Dieu maître de tout, il était, il est et il vient"

(La vision de saint Jean)

 

 

San quililcu ange à côté du Lion.jpg

Et, dans leur nuage étoilé,  ces anges éperdus d'amour,

 

un ange près duTaureau.jpg

 

  dans leur belle robe à fleurettes

adorent

Et les autres ...

 

(à suivre!)

 

 

 

 

 

 

 

19/10/2010

1/ la chapelle San Quilicu à Cambia

En Castagniccia, la chapelle San Quilicu di Cambia. Pieve di e Vallerustie.

(Je reprends la note de l'hiver 2008 et la complète avec des images des fresques restaurées dernièrement par Madeleine ALLEGRINI)

1°/ La chapelle romane et ses décors sculptés

San Quilicu est blog.jpg

(à la lumière de cet été, le chevet de la chapelle, orientée comme il se doit à l'est)

 Pour la visite, s'adresser à la mairie de Cambia.

Cette chapelle San Quilico (alias saint Cyr) - comme sa petite sœur voisine dédiée à Santa Maria- semble dater du début du XIIIème siècle - leur fondation n’étant confirmée par aucun témoignage historique. On la découvre avec émerveillement blottie au secret d’une chênaie vigoureuse, au bord d'un ancien chemin muletier fort pentu qui descend à l'ombre des arbres. En hiver le grondement du torrent  caché ajoute au mystère du lieu ...

San Quilico sud ext blog.jpg   

 (La nef mesure 12,60 m de long, 4,60m de large; l'abside: 3,20m en ouverture et 1,65m en profondeur, mesures données par l'archéologue  Geneviève MORACCHINI-MAZEL dans  "Les églises romanes de Corse", ouvrage de référence publié en 1967

 

Ses murs de schiste gris blondissent au moindre rayon de soleil , rythmés par la musique des arcatures et de leurs modillons sculptés sous la corniche, des fenêtres meurtrières, des deux portes surmontées de leurs tympans en fort relief. L’élégance dynamique de l’ensemble, la variété des sculptures, leur formidable vitalité est, à chaque visite,  un enchantement …

 

 

San Quilicu avec Marie Germaine blog.jpg

 ( en ce mois d'août 2010, la façade ouest, avec notre chère Marie -Germaine Mary Conrad)

 

 Une histoire verticale

 

(Où l'espèce humaine devient à son tour, tant bien que mal,  championne de la verticalité)

 

 "Si vous mangez du fruit de l'arbre, vous serez comme des dieux"Adam Eve serpent arbre.jpg

 

 Le tympan de la porte de la façade occidentale illustre la scène de la tentation au Paradis du couple originel. Un arbre puissamment enraciné pousse droit, et le Serpent qui s'enlace autour du tronc avec force et élégance dépose dans la main d'Eve le fruit de la Connaissance par où l'humanité évolue vers son destin. 

Avez -vous remarqué? Le Serpent semble sortir du corps d'Eve et lui fait l'offrande d'amour (et de la petite graine si utile à la croissance et la multiplication de la descendance humaine - ce que le bon Adam pour l'instant ignore).

Le serpent se dresse. 

 Animal par la suite rampant et voué à la terre, fluide ou immobile, il s'arrache du monde horizontal et glaiseux auquel il appartiendra pour se dresser de toute sa volonté, s'élèver de toute sa vigueur intelligente. Dans cette recherche verticale, il a besoin de l'arbre pour atteindre le plus haut des degrés supérieurs concevables ...

Dualité du serpent:  symbole de mort, de luxure, bref, du Mal, ou bienveillant et guérisseur (le serpent d'airain érigé par Moïse dans le désert, le serpent d'Esculape sur le caducée, le Christ rédempteur figuré sous forme de serpent sur la Croix...). Quoi qu'il en soit, si besoin est, le serpent se dresse. A moins qu'il ne se morde la queue - mort et résurrection de l'ouroboros ... En tous cas si souvent présent sur le tympan de nos chapelles romanes qu'il faut bien s'accommoder de cette rencontre fatale.

  Car le serpent est le symbole de l'intelligence, de tous les animaux, c'est même le plus rusé. Sa sagesse acquise, volée? se double de séduction: à la fois tentateur et gardien du sacré, il utilise l'arbre du Paradis pour s'élever et, en faisant goûter ses fruits, entraîne, nous dit-on,  la mort spirituelle de ceux qu'il a séduits en leur faisant la promesse trompeuse d'une élévation au rang des dieux. Connaissance et Immortalité.

 - Il a choisi Eve pour atteindre Adam: c'est la plus vive, la plus avide de sensations nouvelles, la plus téméraire, la plus spontanée peut-être aussi? Ou bien la plus intéressée, la plus envieuse, la plus calculatrice? Et qui pourrait dire à quel moment précis ces deux-là en ont fini avec la pureté de coeur?

 

"Si je parle à l'homme, il ne m'écoutera pas, car il est difficile d'infléchir l'esprit d'un homme. Voilà pourquoi je préfère m'adresser d'abord à la femme dont l'esprit est plus superficiel (et la voilà entamée, la vaste histoire des femmes trop curieuses, en passant par Barbe Bleue!). Je sais qu'elle m'écoutera car la femme prête attention à chacun. (Glosez comme vous voudrez)

 

 Adam, tout comme Eve, tend la main du désir vers le fruit défendu:  ils ne l'ont pas encore croqué le fruit que déjà ils ont pris la mesure de leur nudité, de leur différence, et se cachent le sexe de leur grande main maladroite... Leur conscience s'éveille...  Deux étoiles stylisées  accompagnent dans leur chute celle de nos pauvres parents... Annonce d'amour, d'exil et de mort.

L'Arbre du Paradis lui aussi s'élève, mais naturellement et sans artifices, sans engrais chimiques ni tripotages transgéniques - pas encore eu besoin de les inventer, la terre d'Eden est naturellement bio et généreuse ... A lui seul il contient toute notre nostalgie de l'ascension après la chute et d'une communication terre/ciel. Le monde judéo-chrétien partage cette symbolique universelle de l'arbre/ axe du monde/ échelle cosmique avec bien d'autres civilisations:

"Dans l'ordre rituel,  rappelons-nous le cas typique des chamanes qui dressent le tronc d'un bouleau au centre de leur hutte, le sommet passant par le trou de fumée assimilé au pôle céleste, et en font l'ascension rituelle pour déboucher dans l'au-delà"

(Le monde des Symboles, éditions Zodiaque, p. 331)

  

Le futur Arbre de la Croix.

 

Axe cosmique de l'univers, l'Arbre exprime la croissance naturelle de la vie et l'aspiration de l'homme intérieur à se régénérer par la vie spirituelle: ses racines solides plongent dans le monde souterrain, celui des enfers, celui de l'obscurité - d'aucuns diraient celui de l'Inconscient, celui des trépassés, mais aussi celui de l'humus nourri des reliques des Saints, et il projette ses branches vers le monde céleste, en recevant lumière, spiritualité ("Pater noster qui es in caelis")  et eaux fécondantes. Curieusement, les branches de l'arbre préfigurent à leur façon les bras de la Croix.

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(enlacés, dans leur message cohérent, l'Arbre de la connaissance et la Croix: église pisane de la Trinité à Aregno, Balagne)

 

L'Arbre de la Croix :

 

 "(...) Cet Arbre qui s'étend aussi loin que le ciel, monte de la terre aux cieux. Plante immortelle il se dresse au centre du ciel et de la terre: ferme soutien de l'univers, lien de toutes choses, support de toute la terre habitée, entrelacement cosmique, comprenant en soi toute la bigarrure de la nature humaine. Fixé par les clous invisibles de l'esprit, pour ne pas vaciller dans son ajustement au divin; touchant le ciel du sommet de sa tête, affermissant la terre de ses pieds, et, dans l'espace intermédiaire, embrassant l'atmosphère entière de ses mains incommensurables. (...)

 

Hymne composé par Hippolyte de Rome au IIIème siècle

 

 

 

A propos du fruit offert à Eve par le serpent. 

En Corse on pourrait y voir, à la place de la pomme, une figue, ce qui faciliterait grandement par la suite le premier habillage d’Adam et Eve : les feuilles du figuier sont juste d'une taille  adéquate- sinon d'un grand confort lorsqu'on en connait les vertus urticantes - pour cacher ce sexe qu’ils viennent honteusement de découvrir – c’est du reste ainsi qu’Albert Dürer choisit de figurer cette scène - La feuille du pommier serait trop petite, la feuille de bardane assurément trop encombrante et peut-être n’en auraient-ils pas eu sous la main, bref  la figue fait parfaitement l’affaire, d’autant que c’est un fruit plutôt chargé de sens : la figue et le raisin ne sont-ils pas les attributs de Dionysos et de Priape ? Une invitation à «  consommer » la figue dont nous sommes tous issus…

Et si ce n’est pas une figue, c’est une pomme, bien sucrée et toute féminine, même si l’on sait que la pomme n’était encore présente en Orient à l’époque de la Genèse … Et si c’est une pomme, cela facilite aussi grandement l’interprétation puisque son nom latin est malum, le terme recouvrant du reste d’autres fruits comme le coing, la grenade, le citron, la pêche, l’orange, homonyme de malum, le Mal. Nous y voilà ! Et c’est Eve bien sûr qui en fait cadeau à son grand benêt d’Adam, lequel manque de s’étouffer en la mangeant trop avidement (on le représente souvent portant la main à sa gorge : d’où la pomme d’Adam). 

 

Si l’on trouve fréquemment sculptée sur nos églises romanes de Corse cette représentation de la Tentation d’Adam et Eve, elle disparaît  de l’iconographie dans les églises baroques de l’île : c’est que le Concile de Trente  est passé par là transformant cette malédiction du péché originel en message de rédemption. 

C’est ainsi que Marie, la mère du Christ venu racheter le péché originel, a transmuté le nom de EVA, notre mère originelle,  en AVE et en message de paix:

"Sumens illud ave

Gabrielis ore

Funda nos in pace

Mutans Hevae nomen"

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                    ( l'Annonciation  de l' église d'Altiani )

 Désormais, sur les autels retables de nos églises,   la Vierge nimbée de lumière écrasera sous ses pieds nus le serpent du Mal, et, regardez bien, la plupart du temps, le Malin tient dans sa gueule une pomme … juste un petit rappel sympathique.

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 l'autel de l'Immaculée Conception à St Pierre et St Paul de Piedicroce

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  (sale Bête, va!)

Les symboles traversent les siècles sans se soucier du politiquement correct et les sculpteurs de cette époque n’étaient pas pudibonds, on en aura quelques exemples savoureux sur les murs de cette chapelle ...

 

personnage de l 'abside.jpg

Le petit personnage impudique installé au-dessus du chevet salue béatement chaque matin le soleil levant.

 Sur les façades latérales, tous les modillons des arcs sont ornés de décors sculptés: têtes humaines ou animales, étoiles, fleurs, cordelières, croix , alternent avec des motifs géométriques.

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(Oyez, oyez, Grandez'oreilles)

 

San Quilicu serpent à 2 têtes.jpg

(le Serpent bicéphale)

 

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 ( le tireur de langue: faire la grimace pour éloigner les mauvais esprits ?)

  Et voici une charmante image, mi-ange, mi -diablotin , l'une de mes préférées !

s Quilicu ange blog.jpg

(Alleluia!)

et un peu plus loin, cette bien curieuse sirène bifide... que l'on retrouve du reste ailleurs sur nos chapelles (Murato, Aregno ...) :

sirène bifide.jpg

                 ... plutôt triton ou drac, non? ... En tous cas, voilà un être symbolique qui semble contrôler son aventure : thème fréquent chez les imagiers romans. Vous pouvez retrouver sur ce sujet un essai d'interprétation dans le livre d'Anne et Robert Blanc: " Monstres, Sirènes et Centaures, symboles de l'art roman" , aux Editions du Rocher.

S; Quilico tympan sud.jpg

 

 (le tympan de la porte sud)

 La façade latérale sud est percée d’une porte surmontée d’un très beau tympan posé sur un linteau massif et mouluré : sous l’arc surhaussé où courent des entrelacs élégants lui faisant une auréole, un personnage se tient solidement debout, jambes écartées, sa tunique (me semble-t-il) serrée à la taille  par une ceinture. De sa main gauche il empoigne le cou d’un gros serpent aux dents menaçantes et de l’autre il s’apprête à trancher la tête du monstre avec son glaive : le serpent monstrueux se tord puissamment autour de l’homme dont toute l’attitude déterminée et calme proclame la victoire du Bien sur le Mal…

 

 

C’est par cette porte que j'entrerai: dans la pénombre, les fresques nous attendent, nouvellement restaurées par Madeleine Allegrini ...

San Quilicu ensembledu fond blog.jpg

(à suivre)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

27/06/2009

Muratu, San Michele: l'intérieur de l'église, suite 14

L' intérieur de San Michele de Murato

(Pour clore ces notes regroupées sur San Michele di Muratu,

à nouveau quelques images de l'intérieur )

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Une douce lumière baigne le maitre-autel par la porte ouverte: sinon, l'église médite dans une relative obscurité, traversée par les rais lumineux des fenêtres meurtrières et la croix évidée au-dessus du choeur.
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Trop peu d'éléments nous restent de ce qui fut sûrement l'une des plus belles fresques de Corse: le temps a fait son oeuvre, effaçant inexorablement ces peintures à fresque de la fin du XV°siècle. Demeure la présence estompée de cette Annonciation dans les écoinçons de l'Arc triomphal.
Muratu Archange Gabriel blog.jpg
L'Archange Gabriel, drapé dans un manteau blanc constellé de croix, brandit le phylactère de son Annonce à Marie...
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... qui reçoit le divin message le visage méditatif: Marie en robe rouge et manteau bleu est représentée en prière dans sa chambre close de tentures rouges évoquant l'inviolabilité du ventre maternel de Marie. Se détachant sur ce fond rouge  un vase évoque les Litanies de la Vierge
" Vas spirituale, ora pro nobis,
Vas honorabile, ora pro nobis,
Vas insigne devotionis, ora pro nobis..." 
De même que l'étoile qui semble ici remplacer la colombe de l'Esprit Saint:
"Stella maturina, ora pro nobis"
Ici et là des traces de fresques subsistent, aujourd'hui illisibles... dont, sur le mur nord des éléments très effacés de ce qui fut peut-être le personnage de Saint Michel Archange.
aigle sculpté arc blog.jpg
Sous la croix évidée du choeur, un aigle sculpté, ailes déployées.
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Un chapiteau orné de sculptures naïves, à gauche du choeur.
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Le linteau de la façade occidentale, hélas détruit par la foudre en décembre 1969 et déposé à l'intérieur: deux paons semblent tirer les oreilles d'un homme qui les maintient par les pattes... Le paon, emblème dans l'antiquité de l'incorruptibilité et de la gloire, devient , dans la symbolique chrétienne, l'emblème de l'immortalité grâce à la résurrection:
"A la résurrection générale , en ce jour où tous les arbres, c'est-à-dire tous les saints , commenceront à reverdir, ce paon - qui n'est autre que notre corps - débarrassé des plumes  de la mortalité, recevra celles de l'immortalité" ( Saint Antoine de Padoue, Sermon pour la Férie, 5ème après la Trinité: cité dans "Le Bestiaire du Christ" de Louis Charbonneau-Lassay).
C'est aussi  le symbole du Christ conduisant les âmes vers la vie éternelle...
Ici, les paons étaient sertis de pierres colorées: deux paons tirant par les oreilles l'humain agrippé à leurs pattes... une invite peu commune à l'envol spirituel!
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(dessin reproduit dans: " Corse Romane" de Geneviève Moracchini-Mazel, édition Zodiaque)

18/08/2008

Castirla Août 2008:Brève du Purgatoire

 CASTIRLA Cappella San Michele

 

Castirla cimetière et chapelle.jpg

  Faut-il sauver San Michele di CASTIRLA ? ( Pieve de Talcini)

 

Le cimetière de CASTIRLA et la petite chapelle San Michele, chère à mon coeur, à taille humaine, évidente et fragile sous ses teghje dérangées, sa charpente ruinée par la mérule et les insectes xylophages...  Dans son environnement un peu trop paisible, un peu trop silencieux, un peu trop loin de la communauté des vivants.

 

 

 

 

Chronique:

 

"Mgr Mascardi a visité cette chapelle en 1589 (fol. 244): "... Eglise paroissiale San Michele, annexe de Sant'Andrea d'Omessa... elle se trouve à un tiers de mille des habitations... son toit laisse passer la pluie... il y a deux portes... les murs sont pleins de trous et comportent une fenêtre en mauvais état... il y a une cloche pendue à un arbre... l'autel est placé sous une abside peinte... il y a 21 feux et 80 âmes" (cité par Geneviève MORACCHINI MAZEL dans "Les Eglises Romanes de Corse", publié avec le concours du C.N.R.S. en 1967).

"Nous supposons que la chapelle San Michele pourrait appartenir au groupe préroman le plus ancien, entre le VIIe s. et le IXe s. ( idem)

A cette époque, bien évidemment, il n'y avait pas de cimetière autour de la chapelle.

Et voici ce qu'en dit Joseph ORSOLINI, pionnier sensible et passionné dans son ouvrage " L'Art de la Fresque en Corse de 1450 à 1520" publié en 1989:

"Sauvée une première fois de la ruine en 1963 (couverture en tôles, charpente effondrée...) la toiture de la chapelle a été refaite en 1983 par l'entreprise Piacentini de Furiani, à la demande des Bâtiments de France. Son toît de "teghje" est surmonté d'un clocheton de construction tardive (XVIIIe s.) ... Les fresques (fin XVe S.) sérieusement décollées par les intempéries furent restaurées en 1964 par les Monuments Historiques (...) Aujourd'hui protégées, elles sont le symbole par excellence de la tradition picturale populaire. (...)"

 

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 Ensemble des peintures de l’abside en cul de four et de son arc triomphal, datables de la fin XVe siècle. Une iconographie bien établie dans nos "chapelles à fresques": au centre de l'abside, le Christ Bénissant, entouré du Tétramorphe. Sous ses pieds, les douze apôtres. De part et d'autre, sur l'Arc triomphal, la scène de l' Annonciation. Sur les pieds de l'Arc, à gauche, la Vierge à l'Enfant, à droite, St Michel.

 

 L’histoire bégaye trop souvent et  25 ans après la réfection de la toiture, voici l’état effrayant de la chapelle : ce lieu où se vit encore, mais pour combien de temps ? le divin dans une expression touchante, appliquée, un peu maladroite, est à nouveau proche de la ruine. Ces dernières années, avant 2004, lors de mes visites de "la Montagne des Orgues", j'avais pris l'habitude, aussi souvent que possible, de faire découvrir ce petit sanctuaire intime, son abside peinte à hauteur d'homme où l'on tutoie sans crainte le Christ en Majesté tant son visage est proche et son humanité évidente.

 

 

 

 

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Le Christ en majesté, bénissant de sa main droite, et tenant de sa gauche le traditionnel livre ouvert: "EGO SUM LUX MUNDI ET VIA VERITAS ET VITA". Il est encadré comme de juste par la représentation du tétramorphe et l'on voit derrière sa tête la Jérusalem Céleste.

Ces fresques ont déjà beaucoup souffert, lessivées par les intempéries, certaines parties se sont effacées comme le visage de Saint Michel, les orbites des yeux de certains  saints personnages se sont vidées depuis longtemps de leurs prunelles, mais il reste un ensemble plein de vie qui résiste encore, mais pour combien de temps? à la dégradation générale de l'édifice.

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                           ... l'Archange Gabriel, dans la scène de l'Annonciation, écoinçon de gauche de l'Arc triomphal....

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... et dans l'écoinçon de droite, la Vierge en prière reçoit la Colombe de l'Esprit Saint.

Les tentures pourpres de sa chambre close évoquent peut-être l'intimité inviolable de son ventre maternel. Le bleu de son manteau, couleur céleste, a bientôt disparu, seul reste le rouge-humanité de sa robe.

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...sous les pieds de la Vierge, l'Archange St Michel, le Saint Patron de cette chapelle.

Selon l'usage, il pèse les âmes et maintient Satan sous sa lance.

Dans la partie basse de l'abside l'on peut détailler les douze apôtres, comme autant de piliers solides de l'église.

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 ...parmi eux, Saint Barthélémy, sa peau d'écorché sur l'épaule et le couteau de son supplice à la main...

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... le tétramorphe, comme toujours, est représenté.
De part et d'autre de la figure majestueuse du Christ: ici, les pattes sur le livre, voici le Taureau ailé symbolisant l'Evangéliste Luc..
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L'Ange du Tétramorphe, symbole de l'Evangéliste Mathieu.
 

 

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...  à gauche de l'abside, sous Gabriel, la Vierge présente sur ses genoux l'Enfant Jésus à l'adoration des fidèles...

Mère de Dieu, Mère de l'Eglise. Là encore, les couleurs se sont estompées... A sa droite, la frise des apôtres en grande conversation et tenant le Livre à la main. Au-dessus de leurs têtes, on aperçoit le Lion de l'Evangéliste Marc.

 
 
 
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Et maintenant, voici l'état actuel de la charpente, vue lors de mon dernier passage à la chapelle, le 13 AOÜT 2008. La chapelle est bien entendue fermée au public: les risques d'effondrement de la toiture sont malheureusement aujourd'hui confirmés.

La partie de droite de la charpente a déjà cédé et l'on voit le jour à de nombreux endroits. Sous l'action de la mérule ( ce champignon qui ôte toute cohésion aux fibres du bois, une véritable peste), les poutres ne peuvent plus soutenir le poids des teghje (dalles de pierre couvrant traditionnellement le toit, très lourdes). La mérule s'est installée insidieusement, profitant du glissement incontrôlé de certaines teghje, de l'absence de surveillance régulière de ce lieu, du lessivage des pluies pénétrant en force, de l'obscurité ambiante, un vrai régal pour tous les prédateurs du bois, de quel ordre qu'ils soient... Les taches blanchâtres sur les poutres signent la présence de la mérule, que j'ai appris à reconnaître grâce à un ami architecte qui faisait cette visite avec moi en 2004... Nous avions alerté alors la municipalité de Castirla qui se bat depuis pour tenter de trouver une solution à cette situation d'urgence.

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Les instances sollicitées par le maire pour tenter de sauver cet édifice classé par les Monuments historiques le 22 septembre 1958, demandent à ce que soient réalisées des fouilles archéologiques avant de s'atteler à la restauration de la chapelle. L'archéologue pressentie pour ces fouilles a exprimé le désir somme toute assez humain de rester en vie, et remet son intervention à une date indéterminée, lorsque la toiture sera hors de danger... de nuire. A la suite de quoi, l'architecte en chef des M.H. demande à la mairie de Castirla de déposer le toit et de construire une charpente provisoire recouverte de tôles (retour à la case départ! ), ce qui engendre des dépenses très importantes pour cette petite commune proche de Corte. Ce qui  signifie aussi que l'on devra, pour la énième fois, payer une nouvelle toiture... éphémère, celle-là, en attendant d'engager à nouveau de futures dépenses pour la reconstruction de ce toit dont rien, décidément, ne nous garantit le caractère définitif...

Il est dommage que cette chapelle n'ait pas fait l'objet d'une surveillance, après la réfection du toit en 1983. On aurait évité le pire, et allégé d'autant les dépenses de la Mairie et de l'Etat.

Ces toits de lauzes étaient autrefois régulièrement surveillés, entretenus comme l'on entretenait le toit de sa propre maison. On savait que le moindre glissement de teghje entraine forcément et rapidement des dégats, et l'on n'attendait pas pour agir, la chapelle ou l'église paroissiale étant alors vécue au quotidien. Notre problème vient de ce que ces chapelles sont éloignés "physiquement et moralement" des communautés dont elles dépendent. Toutes n'ont pas, comme à Cambia, un ange gardien qui les surveille amoureusement ...

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                                                                     ... éparpillés au sol, des débris de la charpente...

J'ai été profondément surprise de découvrir que cette chapelle si menacée d'effondrement prochain ne faisait pas partie de la première tranche de travaux engagés par la Collectivité Territoriale de Corse: ce projet magnifique des restaurations de nos chapelles à fresques est porteur d'espoir, mais je me demande si nos responsables du Comité scientifique créé au sein de la C.T.C. pour étudier ces projets de restauration  sont venus récemment sur le site de Castirla et s'ils ont connaissance de l'état aujourd'hui désespéré de cette chapelle. Castirla mérite bien autant d'amour et de soins, malgré sa modestie et sa naïveté, que celles de Sermanu, Cambia, E Valle di Campuloru, Brandu (les quatre chapelles sélectionnées pour cette première tranche)... L'urgence absolue d'une intervention saute aux yeux, et si, par malheur, la charpente vient à s'écrouler avant qu'on intervienne, il est probable que les murs suivront de près cette ruine. Ce qui serait traiter le problème par le vide.

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Ceci était "une brève du Purgatoire", pavé, comme l'Enfer de bonnes intentions....

 (à suivre)