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26/06/2009

San Michele de Muratu, NEBBIU, CORSE

Regroupement des notes sur San Michele de Murato
 
Murato -  Eglise San Michele, ancienne piévanie de Bevinco.
Murato ensemble face blog.jpg
Dans la lumière d'hiver, la façade à l'ouest et son campanile surhaussé en 1855. 
 
 
" Le symbolisme n'est pas logique, ne l'oublions jamais. Il est pulsion vitale, reconnaissance instinctive; c'est une expérience du sujet total, qui naît à son propre drame par le jeu insaisissable et complexe des innombrables liens qui tissent son devenir en même temps que celui de l'univers à qui il appartient et auquel il emprunte la matière de toutes ses re-connaissances. Car finalement, il s'agit toujours de naître avec, en mettant l'accent sur cet  avec, petit mot mystérieux où git tout le mystère du symbole..."  (Introduction au monde des SYMBOLES - Zodiaque) 
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l'abside à l'est
 
Tout d'abord, mes remerciements vont à Pascal Magnan et à Louis Giacomoni, dont j'emploie ici en partie la documentation sur Murato. J'utilise également, entre autres, les ressources de "La Corse Romane", cet ouvrage (hélas épuisé, comme la majorité des livres de la collection Zodiaque)  publié en 1972 par cette grande dame de l'archéologie romane et préromane en Corse, Madame Geneviève Moracchini-Mazel, collection Zodiaque éditée par l'Abbaye Sainte Marie de la Pierre -qui-vire.
 
 En 1837, Prosper Mérimée, alors Inspecteur des Monuments Historiques l'a vue, et admirée! "En 1855, Achille Murati (petit fils d'Acchille Murati,  Lieutenant de Pascal Paoli) restaure et rehausse à ses frais le clocher-porche de St Michel" (P. Magnan). Enfin l'église sera classée Monument Historique en 1875. Altière et bien campée sous le ciel bleu de février sur son plateau au-dessus de la vallée du Bivincu et  du Golfe de St Florent , voici donc l'église de San Michele, dite " San Mieli". A cette saison une pelouse bien tranquille  où joue au ballon un tout petit garçon jailli de sa poussette, sous les encouragements de sa maman et le regard attentif de San Michele ...
 
Perception immédiate. Exposée, non pas protégée, ombragée, comme à San Quilicu de Cambia dans son berceau de chênes verts.
 
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Côté sud, le regard plane jusqu'à la mer
 
Isolée, affirmée dans son dialogue avec le vaste paysage environnant. Non pas investie par les tombes modernes, les photos des morts, les jolis petits poèmes d'amour filial et les fleurs artificielles, comme à Aregno - là bas, c'est encore autre chose.
Pourtant les morts ne sont jamais bien loin des chapelles romanes, je dirais même que sans doute ils ont coutume, comme ici,  de les précéder: le sens du sacré chez les morts, si je puis dire, a la vie dure.
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Côté est, TEPPA à LUCCIANA ("Grotta di a Regina") . Les morts contribuent à la sacralisation du paysage: ici les archéologues ( plus récemment Jacques Magdeleine ety Alex Milleliri) ont révélé un site de sépulture  important de l'âge du fer.
 
 
Qu'on me pardonne! Vue de face, l'église San Michele m'a toujours fait penser, avec son porche surmonté d'un campanile anormalement surhaussé, à je ne sais quel être mythique surgi du fond des âges: dressée pour l'observation sur ses deux pattes avant cylindriques et robustes , un long cou rectangulaire, et là haut, cet oeïl de cyclope qui vous srute... Murato S Michele ensemble blog.jpg
La présence est immédiate. D'autant que la polychromie ("typique" de l'art pisan du XIIème siècle) fait alterner la serpentine vert sombre, tirée du lit du Bevinco, et le calcaire blanc de la région de St Florent - et renforce puissamment cette impression de vie frissonnante: vous n'êtes pas seulement arrivé devant l'un des monuments les plus connus de Corse, l'un des plus intéressants,  de ceux qu'il faut avoir vus etc... non, vous êtes devant un être qui vit tout simplement avec la mer, le ciel, l'eau des rivières, la pierre, les montagnes, les arbres qui l'environnent. L'église de San Michele vous guette, vous jauge, peut-être même vous juge, ce qui tout compte fait ne serait pas étonnant pour une piévanie faisant office de tribunal. La large esplanade au centre de laquelle elle trône pourrait accueillir une grande cour de justice...
 
 
 La façade, avec ses trois arcs en plein cintre alternant ses claveaux sombres et clairs, accueille à la retombée des arcs des sculptures en haut relief énigmatiques  : quadrupèdes dotés de dents menaçantes, et de chaque côté de la façade, deux personnages emblématiques que l'on retrouve également dans cette situation sur la façade de l'église de la Trinità à Aregno:
Murato person robe blog.jpg
 
à gauche, un personnage revêtu d'une robe longue,
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à droite, un petit homme nu portant sur ses genoux un bâton? un volumen (rouleau)?
Evocation peut-être du pouvoir judiciaire et ecclésiastique exercé au sein de cette piévanie...
 
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Entre ces deux personnages, les quadrupèdes de service ...
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... gardiens (ours?) du sanctuaire aux dents acérées dans une gueule démesurée ou bien signe de notre animalité mise à nu?
Ne croyons surtout pas que nous soyions dans une sorte de musée à ciel ouvert où le décor se contenterait de nous charmer par sa fantasque créativité. Non. Nous voici soudain au centre d'un ensemble tissé de messages qui nous concernent, que nous le voulions ou non, nous autres, gens du XXIème siècle.
 
San Michele est certainement, parmi les églises romanes de Corse celle qui porte le plus grand nombre de messages sculptés dont nous avons bien souvent oublié la signification. Nous autres, gens de ce siècle, sommes comme orphelins et démunis du sens symbolique de cet art roman. Pourtant, si nous parvenions à stopper l'engrenage désordonné de notre intellect, si nous laissions les images agir simplement, si nous retrouvions quelques instants sous les strates du monde moderne notre âme de primitif, notre part d'enfance, faite à la fois d'immédiateté et d'héritage, quelle récompense! Chacun ici, alors, pourrait se reconnaitre et s'abreuver à la source inépuisable des symboles nés de nombreux siècles avant l'éclosion de cet art. Du reste, pour boire à cette source qui s'offre à nous, il suffit d'avoir soif et point n'est nécessaire d'en connaître l'analyse chimique.  Ces monstres à la gueule ouverte, ouvrent les failles des grandes profondeurs de notre inconscient, et ces images parfois naïves, ces frises déroulant leurs motifs répétés, alternés, obsessionnels nous questionnent:  nous pressentons bien qu'il s'agit là d'une véritable écriture de pierre à déchiffrer, d'un langage essentiel conçu pour la communication de l'ineffable au plus grand nombre...
 
(photo de Claude Goergens, en juin 2008)
Le fait que les pierres utilisées à Murato (pierre vert sombre: de la chloritite , très tendre; et le calcaire blanc de San Fiurenzu)  soient d'une densité idéale pour les sculpteurs de ce XIIème siècle a permis l'éclosion d'une richesse ici exceptionnelle d'images à "lire" tout au long des murs, comme on lirait une bande dessinée, sans nécessairement en comprendre les bulles...
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Pierres de réemploi dans le campanile.
La première église  de "Sancto Michael de Lorecta" semble avoir été construite au Xème siècle, puis lui succède l'édifice du XIIème, ce magnifique exemple de cet art pisan en Corse où la polychromie joue un rôle si important. Des pierres de réemploi, sans doute du premier édifice, ont été utilisées, en particulier dans le campanile: poissons et monstres difficiles à identifier... 
 
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... mais plein de vitalité, comme cet être hybride à tête d'oiseau (il me semble)! Les images portent de multiples messages, parfois contradictoires en apparence: par exemple ici menace et/ou promesse de fécondité?
Les murs de l'église s'animent sous l'alternance aléatoire des dalles sombres et claires, tandis que s'installe la pulsation musicale des arcs, sous la corniche rythmée de frises florales, d'entrelacs. Sur la façade du mur Sud, deux meurtrières s'enrichissent d'archivoltes et de bandeaux sculptés d'une grande élégance.
 
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Ici l'archivolte tresse une corde (un motif omniprésent sur cette église), liant les grappes de raisins à l'arabesque formée par les brins torsadés, entrecroisés : relier nos brins de vie au symbole mystique de la vigne? Sortir de l'entrelacs fermé de nos existences terrestres grâce à cette vigne? 
La corde, en tous cas, lie, renforce la cohésion de l'ensemble, qu'elle souligne, comme ici, l'arc, ou qu'elle enserre le haut des murs d'un lien continu (comme la cordelière ininterrompue qui court sous la corniche de l'église pisane d'Aregno ou ici autour de l'abside). Le bandeau inférieur souligne à nouveau cette torsade continue qui m'évoque aussi l'image stylisée du perpétuel recommencement contenu dans les représentations, fréquemment rencontrées sur les tympans de nos chapelles, de l'Ouroboros, le serpent qui se mord la queue.
 
Comme toujours chaque image interroge plus qu'elle ne résoud. Le thème de l'entrelacs ici doublement présent, dans l'archivolte et dans le bandeau inférieur de la meurtrière, fait partie de ces symboles chargés de sens complexes, voire contradictoires. Figure fermée sur elle-même, hors du temps, sans début ni fin
 
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Au-dessus de l'archivolte, et certainement en lien avec ces thèmes, un modillon sculpté représentant deux oiseaux contrastés:
Voici bien un exemple d'un message fort, difficile à décrypter et non seulement d'une image simplement décorative: son emplacement "privilégié", proche de cet ensemble évoqué plus haut, le soulignement de cette représentation des oiseaux ( des paons? symbole de résurrection, mais aussi de vanité) en les faisant se croiser dos à dos, ouvrant une porte de mystère dans notre univers mental rationnel, tout concourt à l'interrogation. D'autant que l'oiseau évoque fréquemment l'âme, le spirituel par rapport à la chair, à l'animalité.
A propos du paon... voici ce qu'en dit le Bestiaire d'Oxford , l'un des plus célèbres manuscrits du XIIIème siècle (Philippe Lebaud Editeur, 1988) dans un texte savoureux: 
                                                                                                                                     " (...) Le paon  a un cri effrayant, une démarche naturelle, une tête de serpent, une poitrine de saphir;  les plumes de ses ailes sont un peu rouges. Il a aussi une longue queue, couverte - pour ainsi dire - d'yeux. Son cri est terrible, quand le prédicateur menace les ppécheurs du feu inextinguible de l'Enfer. Son allure est naturelle, chaque fois qu'il ne se départit pas de l'humilité dans ses actions; il a la tête d'un serpent, lorsqu'il tient son esprit sous la garde d'une attention prudente; la couleur saphir de sa poitrine  symbolise le désir spirituel du Ciel; ses plumes roussâtres désignent l'amour de la contemplation. La longueur , de sa queue marque la longueur de la vie future; on dirait quelle porte des yeux, parce que tout docteur prévoit le danger qui menace chacun à sa mort. Elle est verte , pour que la fin s'accorde au début. Ainsi, la variété de ses coloris exprime la diversité des vertus. Le paon redresse sa queue quand on l'admire, parce que le supérieur élève son esprit quand les flatteurs font l'éloge de la fausse gloire. Il arrange ses plumes, parce que le maître estime ses actions ordonnées. Mais lorsqu'il redresse la queue, il découvre son derrière: l'âme élevée se moque de ce que la pratique vante. Le paon doit donc tenir sa queue baissée, et le docteur agir avec humilité" 
                                                                                                                                                             
 Ce ne sont peut-être pas des paons: pourquoi pas des aigles ? Alors tout est à reprendre! Ce qui est réjouissant avec ces images, c'est justement cette incertitude de l'interprétation, ces chemins multiples, entrecroisés, tracés sous les pattes trottinantes des brebis dans les cistes pour nos menues transhumances spirituelles .                                                                                                                                                                   (à (à suivre!)
 
 
 
 
 
 
 
 

22/06/2009

Fête de la Musique 2009

Hier, avec les enfants, le plaisir partagé sur les orgues de Muro, Pioggiola et Speloncato...
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(l'orgue Pagnini/Agati Tronci de Muro)
Malgré un très sale temps, disons-le franchement - ah! ce monumental orage de cette nuit à 3h du matin, nuit en technicolor et Zeus en pétard (mon père disait: "c'est Jupiter qui bat sa femme!") - la fête de la musique a bel et bien commencé comme prévu à Muro: un grand merci à Pierre Oberti qui a permis aux enfants de découvrir les innombrables ressources de ce bel Agati Tronci: de quoi réchauffer l'athmosphère et les coeurs! La Banda Militari en a surpris plus d'un:
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et on se promet bien déjà d'y retourner...
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photo de Santu Massiani
Après un picnic au sec extrêmement sympathique chez Marie-Laure, nous sommes accueillis par Santu à l'église de Pioggiola: ici, à l'orgue de Pioggiola, c'est Lucie, la plus jeune, qui se concentre avant d'attaquer le tube des petits.
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... suivie de sa grande soeur Mathilde qui a découvert l'orgue cette année: "Old German Dance" sous le regard attentif d'Emeric, Anouk, Camille, Emmanuelle... Tous les enfants ont pu jouer leur répertoire favori, avec toute la concentration voulue.
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Santu sourit: il a de quoi! Emmanuelle nous a charmés avec son Prélude de Bach, sa valse des fleurs et Greensleves , Marie-Sarah avec sa Bourrée de L.Mozart, Camille avec son Menuet de Bach, Emeric avec sa Musette de Bach...
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Ici nous sommes arrivés à Speloncato: Jean-Baptiste (ici) et Marie-Sarah vont réussir à faire chanter les amis en bas, un joli moment: Diu Vi Salve Regina et chants de Noël...
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sous la houlette du cher Gilbert ...
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Ici, Emeric joue avec brio une Polka de Glinka: bref, tous ces enfants sont merveilleux, et ce petit bout de Baptiste n'a pas laissé sa part, improvisant avec douceur sur le vieil orgue Crudeli... Merci à eux et à leurs auditeurs qui ont joué le jeu pour les écouter et les applaudir. La preuve, s'il en était besoin, que l'orgue est bel et bien un instrument de pédagogie festive...
Merci à Joël pour ses photos!
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Et après les enfants, la "Chorale éphémère" de Speloncato: une bande de joyeux drilles bourrés d'énergie qui montre à merveille - s'il en était besoin - que le plaisir de chanter se partage sans réserve! Nous avons réussi à ne pas faire de polyphonie involontaire, et nous avons honoré de tout coeur cette fête de la musique , cru 2009: le pot offert après ces festivités était plus que bienvenu... MERCI A TOUS! A Gilbert pour un soutien sans faille et un dévouement sans borne! Merci à Paul qui tient fermement les rênes de l'Association Saladini avec fermeté et gentillesse, et coupe si bien les roulés au chocolat! Et merci aux gens de Speloncato qui suivent si volontiers toutes ces fêtes amicales...

19/06/2009

Monte Revincu 14 juin

Ce dimanche 14 Juin, avec Colette, Hélène et Chantal:
quelques photos d'une délicieuse improvisation dans l'Agriate et le Nebbiu...
 
 
 
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Après une bonne grimpette (avec cueillette d'un petit morceau de bronze), cette première structure dallée... le plongeon dans le temps a commencé...
 
 
 
 
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Matinée chaude, cuisson annoncée dans le maquis du Monte Revincu: nous arrivons au-dessus de A Casa di l'Orca ( la maison de l'Ogresse: retrouver la légende de l'Orcu et de l'Orca dans la note du 5/6/2009)
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L'entrée de la Stazzona di l'Orca: la chambre devait être précédée d'un couloir. Ouvert au soleil levant, ce petit dolmen  est composé de 3 orthostates (dalles de pierre dressées) et d'une dalle faisant couverture... Une agréable fraîcheur règne à l'intérieur, tapissé d'une douillette végétation parfumée.
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Deux sympathiques et jeunes ogresses maîtresses d'école en visite contemplent l'aménagement des dalles autour de la stazzona,
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et la force tranquille d'une vieille orca ...
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Respectueuses pour l'Ancêtre mais prudentes, les jeunes ogresses se tiennent à l'entrée de la Casa en attendant je ne sais quel oracle.
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Un peu plus haut, dans le secteur de la Cima-di-Suarella: le site est vaste et impressionnant, découvert dans les dernières années du XXème siècle, en partie fouillé (la végétation recouvre encore une partie du site) depuis 1996 par l'équipe de Franck LEANDRI, cette importante nécropole mégalithique aurait été utilisée entre la fin du Ve millénaire et l'Âge du Bronze. La destination de ce site, associant la fonction funéraire des coffres et des dolmens à ces structures rectangulaires évoquant un usage d'habitat, dans ce paysage de col entre le Nebbiu et l'Agriate nous interroge . Quelle que soit la réponse, le lieu dégage avec force une obstination dans le travail de la pierre et le sens du sacré au sein d'une population pastorale..
Pour cette balade, je vous renvoie au livre, parmi d'autres:
MONUMENTS DE CORSE,
édité par Franck Leandri et Laurent Chabot à EDISUD

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De l'autre côté du col, à quelques mètres de là, a Casa di l'Orcu , qui, comme a Casa di l'Orca, a conservé une partie de son tumulus et de son couloir d'accès. Toujours aussi présent.
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Un étai consolide maintenant la dalle de couverture. Rappelons que par le passé ce dolmen (déjà classé en 1887) se trouvait au milieu du champ de tir de l'Armée, servant de cible: un tir d'obus bien ajusté l'a gravement endommagé dans les années cinquante... Aujourd'hui le site, racheté par le Conservatoire du littoral et des espaces lacustres, semble protégé...
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La grande dalle du "fond".
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no comment!
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Et, tout proche de la Casa di l'Orcu, l'une des tombes en coffre:
"L'un de ces coffres, situé à proximité immédiate du dolmen de la Casa di l'Urco illustre la continuité de la fonction funéraire du site du Monte Revincu: elle s'inscrit dans la tradition des premières tombes en coffres méditérranéennes et permet de concevoir l'émergence de ce type d'architecture en Corse vers la fin du Ve millénaire (...)"
(in: Monuments de Corse, précité.)
à suivre...

13/06/2009

en Castagniccia avec les Sals

En Castagniccia avec Alain et Michèle SALS
Alain Sals et orgue Piedicroce.jpg
Cette semaine a passé vite et dense: Alain Sals et son épouse étaient en Corse tous ces jours-ci pour faire accords et visites sur les orgues qu'il a eu l'honneur de sauver, comme celui de Piedicroce, le plus ancien (Giogio Spinola 1619, construit pour la Cathédrale Ste Marie de Bastia et transféré par A.P. Saladini à Piedicroce en 1842) et l'un des plus prestigieux  de l'île, comme l'on sait. Le vénérable instrument, malgré ses signes de fatigue (il nécessite un relevage), reste un très bel instrument doté d'une âme, ce qui n'est pas le cas de tous les instruments: A. Sals, lors de sa restauration a réussi à sauver la grande majorité de ses tuyaux, malgré leur état effroyable ( rats et chauve-souris s'en étaient servi de H.L.M., de toilettes publiques et d'aiguisoirs à quenottes) et leur extrême fragilité (des feuilles de cigarettes...). Madame le Maire a évoqué, lors de notre passage, les énormes difficultés financières auxquelles la commune doit faire face actuellement et qui vont d'autant plus retarder les travaux que nécessitent l'ensemble de l'église et son orgue insigne.
Appel à votre générosité pour sauver ce patrimoine exceptionnel! ( s'adresser à la Mairie de Piedicroce)
Lors de cette journée en Castagniccia, après un passage à Verdèse (et son charmant orgue Agati-Tronci), nous avons fait une halte à l'église conventuelle franciscaine de Morosaglia:
orgue de Morosaglia blog.jpg
Cet orgue trône, à l'usage des couvents, au fond du choeur derrière le maître autel. J.L. Loriaut y est intervenu en 2002 pour le débarrasser de ses jalousies de boîte expressive vilainement peints en marronasse , ce qui permet de voir à nouveau le joli décor de sa  façade. Hélas, la tribune menace,  un grand nombre de tuyaux manque... Une date, au fond de la laye, signale que l'orgue a été fait par le "Maestro Saladini Antonio Pietro di Speloncato nel mese di Novembre 1857" . Peut-être découvrera-t-on un jour des éléments qui nous diront si Saladini a réutilisé des éléments d'un orgue plus ancien: il serait étonnant qu'un lieu aussi important que cette église San Francescu de Morosaglia, patrie de Pascal Paoli, n'ait pas été dotée comme tant d'autres églises conventuelles, d'un orgue au XVIIIème siècle... L'église elle même est très intéressante, riche mais passablement en mauvais état:
Morosaglia ensemble choeur.blog.jpg
(l'ensemble du choeur de l'église San Francescu)
Morosaglia, chaire de prêche bl.jpg
Ici, la belle chaire de prêche avec l'emblème des Franciscains (les deux bras croisés du Christ et de St François devant la Croix)
A noter que Pascal Paoli a été baptisé à l'église piévane Santa Riparata: c'est elle que l'on voit au-dessus du village, au hameau Rocca.
"U cuventu" a longtemps abrité  "A SCOLA PAOLI", fondée par le testament de Pascal Paoli: une école réputée  qui a même, dans un passé pas si lointain, accueilli même des anciens de Speloncato...

05/06/2009

Monte Revincu: a Casa di l'Orcu et a Casa di l'Orca

 
Orcu civilisateur
(suite de la note précédente sur Piève):

 Légende de a Casa dell’Orcu et de a Casa di L’Orca, sur le Monte Revincu.

 
 
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(a casa dell'Orcu)

 

Dans ces temps lointains, vivaient dans  sur le Monte Revincu un Orcu ( ogre)  d’une force terrifiante et sa mère. Ils s’étaient construit chacun leur maison en dressant ces lourdes dalles de pierre que vous voyez ici. La plus grande était la demeure de l’Orcu, et un peu plus loin, celle  de la mère, plus petite, avec, pour l’une et l’autre, une vue imprenable sur les alentours et l’ouverture au soleil levant. Soulever ces lourdes pierres était un jeu d'enfant pour l'Orcu.

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(a casa di l'Orca)

L’Orcu, un jeune ogre très curieux des choses de ce monde,  terrorisait tous les pauvres gens de la région, déambulant à grandes enjambées sur les pentes fleuries du Monte Revincu, franchissant à la vitesse de l’éclair les vallons fertiles de l’Agriate, faisant jour après jour sa besogne d’ogre.

 

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Bien des téméraires avaient perdu la vie en essayant de l’attraper : mais sa force était prodigieuse et sa mère rusée arrivait toujours à déjouer toutes les embuscades … Pourtant un jour un jeune berger  - de ceux qui savent attraper les oiseaux tout en gardant leurs troupeaux -  inventa un piège d’un genre nouveau : pendant une nuit obscure d’hiver il déposa silencieusement devant la casa de l’Orcu une énorme et robuste botte en peaux de sanglier ( il en avait fallu 350 pour arriver à coudre quelque chose d’assez grand pour le pied géant de l’ogre : on avait mesuré ses empreinte s… ) enduite de poix à l'intérieur et sur la semelle. Le matin, l'ogre découvrit cette merveille et voulut aussitôt l’essayer : à grand mal il enfila son énorme pied dans l’énorme botte  et se trouva piégé. Les bergers qui s’étaient cachés derrière les rochers  se précipitèrent sur lui pour le tuer. L'ogre les supplia de le laisser vivre, leur faisant cette promesse : " si vous me laisser vivre  je vous promets de vous apprendre le secret de la fabrication du brocciu » ( en ce temps là, les bergers corses ne savaient pas encore fabriquer cette merveille à partir du petit lait de leurs chèvres) :  il leur révéla donc cette divine et mystérieuse recette  dérobée aux dieux. Les bergers, faisant fi de leur marché, voulurent  se débarrasser définitivement de l’ogre qui essaya encore de sauver sa peau en leur promettant –malgré les conseils prudents de sa mère -  de leur apprendre aussi le secret de la fabrication de la cire à partir du dernier petit lait … Peine perdue, les hommes massacrèrent l’ogre et sa mère avant d’avoir obtenu cette dernière révélation : c’est ainsi que s’est transmise à travers les âges la recette du précieux brocciu, tel que vous pouvez encore le déguster à la bonne saison si du moins vous allez le chercher chez les bergers qui se la transmettent de génération en génération depuis la nuit des temps. 

( d'après la légende récoltée par Adrien de Mortillet en 1883, rédigeant un rapport sur les "mégalithes de Corse")

 

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Toujours est-il que là haut vous pouvez encore voir ces coffres à usage funéraire, ces structures rectangulaires conservées dans une végétation généreuse, qui témoignent d'un art de la construction et d'une pratique cultuelle inscrits dans la durée: les fouilles archéologiques ont révélé un matériel lithique et céramique qui semble dater de la fin du Vème millénaire avant notre ère... Association entre l'usage des vivants et l'usage des morts:

 

 
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En espérant que les tirs de la Légion épargneront désormais  ce site fouillé  et désormais protégé par son acquisition par le Conservatoire  du littoral et des espaces lacustres
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Merci, Colette, pour les photos!