05.06.2009

Monte Revincu: a Casa di l'Orcu et a Casa di l'Orca

L'Orcu civilisateur (suite de la note précédente sur Piève):

 Légende de a Casa dell’Orcu et de a Casa di L’Orca, sur le Monte Revincu.

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(a casa dell'Orcu)

 

Dans ces temps lointains, vivaient dans  sur le Monte Revincu un Orcu ( ogre)  d’une force terrifiante et sa mère. Ils s’étaient construit chacun leur maison en dressant ces lourdes dalles de pierre que vous voyez ici. La plus grande était la demeure de l’Orcu, et un peu plus loin, celle  de la mère, plus petite, avec, pour l’une et l’autre, une vue imprenable sur les alentours et l’ouverture au soleil levant. Soulever ces lourdes pierres était un jeu d'enfant pour l'Orcu.

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(a casa di l'Orca)

L’Orcu, un jeune ogre très curieux des choses de ce monde,  terrorisait tous les pauvres gens de la région, déambulant à grandes enjambées sur les pentes fleuries du Monte Revincu, franchissant à la vitesse de l’éclair les vallons fertiles de l’Agriate, faisant jour après jour sa besogne d’ogre.

 

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Bien des téméraires avaient perdu la vie en essayant de l’attraper : mais sa force était prodigieuse et sa mère rusée arrivait toujours à déjouer toutes les embuscades … Pourtant un jour un jeune berger  - de ceux qui savent attraper les oiseaux tout en gardant leurs troupeaux -  inventa un piège d’un genre nouveau : pendant une nuit obscure d’hiver il déposa silencieusement devant la casa de l’Orcu une énorme et robuste botte en peaux de sanglier ( il en avait fallu 350 pour arriver à coudre quelque chose d’assez grand pour le pied géant de l’ogre : on avait mesuré ses empreinte s… ) enduite de poix à l'intérieur et sur la semelle. Le matin, l'ogre découvrit cette merveille et voulut aussitôt l’essayer : à grand mal il enfila son énorme pied dans l’énorme botte  et se trouva piégé. Les bergers qui s’étaient cachés derrière les rochers  se précipitèrent sur lui pour le tuer. L'ogre les supplia de le laisser vivre, leur faisant cette promesse : " si vous me laisser vivre  je vous promets de vous apprendre le secret de la fabrication du brocciu » ( en ce temps là, les bergers corses ne savaient pas encore fabriquer cette merveille à partir du petit lait de leurs chèvres) :  il leur révéla donc cette divine et mystérieuse recette  dérobée aux dieux. Les bergers, faisant fi de leur marché, voulurent  se débarrasser définitivement de l’ogre qui essaya encore de sauver sa peau en leur promettant –malgré les conseils prudents de sa mère -  de leur apprendre aussi le secret de la fabrication de la cire à partir du dernier petit lait … Peine perdue, les hommes massacrèrent l’ogre et sa mère avant d’avoir obtenu cette dernière révélation : c’est ainsi que s’est transmise à travers les âges la recette du précieux brocciu, tel que vous pouvez encore le déguster à la bonne saison si du moins vous allez le chercher chez les bergers qui se la transmettent de génération en génération depuis la nuit des temps. 

( d'après la légende récoltée par Adrien de Mortillet en 1883, rédigeant un rapport sur les "mégalithes de Corse")

 

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Toujours est-il que là haut vous pouvez encore voir ces coffres à usage funéraire, ces structures rectangulaires conservées dans une végétation généreuse, qui témoignent d'un art de la construction et d'une pratique cultuelle inscrits dans la durée: les fouilles archéologiques ont révélé un matériel lithique et céramique qui semble dater de la fin du Vème millénaire avant notre ère... Association entre l'usage des vivants et l'usage des morts:

 

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En espérant que les tirs de la Légion épargneront désormais  ce site fouillé  et désormais protégé par son acquisition par le Conservatoire  du littoral et des espaces lacustres
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Merci, Colette, pour les photos!

 

 

03.06.2009

Nebbiu: Piève

 Piève

Près de l'église de Piève, regardant les villages du Haut Nebbiu, Buccentone, Murellu et Murtola

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Ces trois  Stantare (statues-menhirs) ont été rassemblées sur la place de l'église au-dessus du village par Roger Grosjean: transplantées de trois sites différents, elles attestent de l'ancienneté de l'occupation humaine dans cette région du Nebbio et de l'Agriate. Une région autrefois cultivée dans ses vallées encaissées entre les collines rocheuses du massif de Tenda, du Monte Revincu ... Agriate, ager...
Buccentone ("grosse voix"), la statue menhir de droite, fut trouvée en 1956 à l'entrée d'un chemin passant par le col de Tenda à près de 1000 m d'altitude: comme ses compagnons du Nebbiu, c'est un menhir anthropomorphe, mais ses motifs sculptés - arcades, nez,  oreilles, pectoraux... ne sont plus lisibles: les trois statues ont été "protégées" par un enduit de résine (pour consolider la roche) qui a eu un effet inverse et catastrophique!
Murellu , dont on voyait encore naguère la colonne vertébrale et les omoplates, vivait du côté du Monte Revincu, une région riche de préhistoire: sur cette commune de Santo Pietro di Tenda, près du col " A cima Suarella", se trouve une vaste nécropole mégalithique datant de la fin du Vème millénaire jusqu'à l'Âge du Bronze, classée  au titre des Monuments historiques depuis 1887 mais actuellement au milieu de la zone militaire de la Légion , en plein centre de tir. Fouillée depuis 1996  elle a révélé des coffres, des structures rectangulaires sur des terrasses, et trois "stazzone" (dolmens)... Nous avons eu l'occasion de rendre visite à "a Casa di l'Orcu" et à " a Casa di L'Orca" il y a quelque temps: c'est un site très fort, dans ce maquis minéral , imprégné de rituels sans âge, vécu et revécu par les hommes depuis la préhistoire, piétiné par les troupeaux et leurs bergers avant de l'être par les soldats de la Légion. Un obus a gravement endommagé a Casa di L'Orcu (la demeure de l'Ogre) dans les années cinquante ...
Dolmen dit:"a Casa di l'Urcu"
Donc Murellu habitait non loin de là...
Quant à Murtola (le plus à gauche sur la photo), qui à l'origine mesurait 3, 04 m de haut, mais a perdu sa base, on l'a découverte en retournant la terre au bulldozer dans la vallée de l'Alisu... 
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Aujourd'hui ces trois Stantare, sentinelles exilées de leur territoire d'origine, immobilisées en pays civilisé veillent " en famille" sur le paysage au pied du majestueux campanile de Piève, recevant désormais les hommages des touristes de passage... Qui sait si, la nuit, dans leurs rêves de pierre elles ne vont pas retrouver l'espace sauvage et sacré qui était le leur?  Elles illustrent ce patrimoine préhistorique si dense du Nebbiu: la stantara de Patrimoniu nommée u Nativu, les Grotte scritte (peintures rupestres) d'Olmeta di Capicorsu et de Nonza, les cupules de Rapale, du San Angelo,  l'abri sous roche e strette de Barbaghju où l'on a trouvé la plus ancienne trace humaine en Corse (une mâchoire) du Mésolithique, dans des strates archéologiques datant d'environ   9 140 av JC, mais aussi l'abri de Scaffa Piana plus tardif, au-dessus de cette merveilleuse petite route que nous avons prise le 23 mai entre St Florent et Poggio d'Oletta: souvenez- vous, ces falaises calcaires creusées, aménagées en enclos pour les bêtes, surplombant vignes et oliveraies ...
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Grâce à notre vieille amie Cathy, efficace et charmante détentrice de la clef de l'église San Quilicu (encore notre petit saint!), nous avons pu découvrir l'intérieur de cette petite église baroque. Là, outre les belles peintures "coutumières", ce témoignage éloquent d'un monde révolu ici depuis qu'on a rasé la confrérie voisine:
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une consoeur et un confrère au pied du Christ en croix et devant la Vierge et Saint Jean. Dévotion de toute une communauté: le geste de Jean est explicite. Solidarité humaine devant la mort: après tout, nos confrères Buccentone, Murellu et Murtola ne sont pas loin. 
Au-dessus du village, dans la montagne, la chapelle romane San Nicolau, nommée " a chiesa nera": nous avions projeté d'y monter ce lundi de Pentecôte en compagnie de Domi Graziani mais le déluge d'hier nous a interdit toute vadrouille: ce n'est que partie remise, donc...
En attendant, je vous conseille l'acquisition , si vous ne les avez pas, de deux ouvrages de vulgarisation fort bien faits:
- Le Guide archéologique de la Corse, de Séverine Leconte-Tusoli et Léria Franceschini, édité sous la direction de Michel-Claude Weiss chez Albiana: des circuits d'une journée autour de la préhistoire.
 - les Monuments de Corse , de Franck Leandri et Laurent Chabot, édité à Edisud: une belle invitation à de multiples découvertes patrimoniales.
(à suivre...)