26.06.2009
Murato, San Michele, suite 13: l'Agneau mystique et le cerf
San MICHELE de MURATO, enfin des images lumineuses du mur Nord...
(note du 26/6/09)
L'Agneau mystique




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Murato, suite 12 : San Michele et l'homme armé
San Michele et l'"Homme armé" de Murato
( note du 8/5/09)
Aujourd'hui 8 mai Murato célèbre la fête de son Archange San Michele: "victoriosus, princeps militiae caelestis, pugnat cum dracone".
Saint Michel/Michael, chef des milices célestes, des armées de Yahvé qui apparaît à Josué près de Jéricho, précède le peuple d'Israël lors de l'exode, l' archistratège du royaume céleste, le champion infatigable de la lutte contre les forces du Mal, celui qui précipite les anges rebelles dans l'abîme, celui qui sauve la Femme de l'Apocalypse qui vient d'accoucher (la Vierge et l'Eglise) en remportant la victoire sur le dragon à sept têtes... Mais aussi, le grand saint psychopompe, celui qui, à la suite d'Anubis, d'Hermès, de Mercure, conduit les âmes et, le jour du Jugement dernier, les pèse.

(à Aregno: fresque de San Michele terrassant le Dragon et pesant les âmes; malheureusement les fresques qui ornaient les murs intérieurs de l'église San Michele de Murato ont presque entièrement disparu: on ne peut qu'imaginer un Saint Michel aussi magnifique que celui-ci...)







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Murato, San Michel (suite 10)
L'ARBRE
(note du 12/4/09)
(suite de la note 9 sur la vigne: petite méditation de Pâques)





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Murato, San Michele: la vigne (suite 9)

Un vigoureux pied de vigne donnant de belles grappes aux raisins serrés que je sais noirs - j'ai les mêmes en septembre au jardin - délectables, gorgés de soleil, d'un sang rouge sombre, convoités par sangliers et renards en maraude autant que par étourneaux, geais ou merles: les nôtres, qui viennent du jardin bas-dauphinois du grand-père Johannès, ont traversé la mer et aimé s'enraciner ici dans cette terre amoureusement bêchée par d'autres grand-pères. J'observe la force des racines qui ancrent le cep en terre, mais aussi de ses racines célestes qui l'amarrent au ciel. Comme une échelle végétale reliant monde terrestre et monde céleste, avec les fruits de l'abondance divine pour subvenir à l'ascension, image du "Pressoir de la Croix" et de l'Arbre de vie:
" Entre tes bras s'enlace la vigne, d'où coule pour nous en abondance le doux vin qui a la rougeur du sang" (Venance FORTUNAT, Poèmes II, 1)
En ce jour des Rameaux, l'Evangile de St Marc évoque la Cène et l'Eucharistie: "Ceci est mon sang, le sang de l'Alliance, répandu pour la multitude. Amen, je vous le dis: je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu'à ce jour où je boirai un vin nouveau dans le Royaume de Dieu". Le signe est fort, explicite.

Que ce pied de vigne figure non loin de la croix sur la façade Est de San Michele de Murato ne nous surprendra donc pas.
La vigne, on la pratique ici depuis des millénaires, vous le savez bien, vous qui aimez le vin de la Conca d'Oro. Vigne puissamment enracinée dans le terroir corse, comme partout en Méditerranée, en Orient, en Egypte, comme au temps immémorial de Dionysos, de Noé,... comme dans notre pensée, dans nos fêtes. Vin favorisant l'extase, l'union spirituelle. Aux Noces de Cana, l'angoisse monte lorsqu'il n'y a plus de vin, et c'est même là le premier miracle de Jésus, de transformer l'eau en vin: on en mesure toute l'importance, la gravité.
Le vin lui aussi transforme. Il transforme du reste, et c'est là le problème, ou en dieu ou en bête... Comme toujours le symbole est une porte entrouverte par où souffle l'Esprit à l'intérieur de chacun : si l'on a besoin d'air, qu'on laisse la porte ouverte, sinon, qu'on la ferme!
Le grand poète persan Omar KHAYYAM (né vers 1040), presque contemporain de San Michele, dans ses quatrains, célèbre le vin:
« Je bois du vin, et quiconque boit comme moi en est digne.
Si je bois, c’est chose bien légère devant Lui.
Dieu savait, dès le premier jour, que je boirais du vin,
Si je ne buvais pas, la science de Dieu serait vaine. » ( LXXV)
« Une seule coupe de vin vaut cent cœurs et cent religions ;
Un trait de vin vaut l’empire de la Chine.
Hors du vin, ce rubis, il n’y a point sur terre
Une seule chose acide valant mille âmes douces » (LXXXV)
A prendre comme on veut...
Les mystiques musulmans en font aussi un symbole de l'extase divine: le maître soufi RÛMI (Le Livre du Dedans), un siècle après Omar Khayyam, exprime sa sagesse dans une langue familière et simple comme les paraboles du Christ, disant:
"Si les mystiques se servent de comparaisons et d'images, c'est afin qu'un homme aimant mais à l'esprit faible puisse saisir la vérité".
... Ce qui pourrait s'appliquer à l'artiste roman oeuvrant avec son ciseau sur les pierres de nos églises.
Et encore, à propos de la vigne:
"Avant qu'il y eût en ce monde un jardin, une vigne et du raisin, notre âme était déjà enivrée du vin immortel".
Ailleurs, il écrit, et cela me parle bien:
"Si les chemins sont différents, le but est unique"
L'image de ce cep de vigne de Murato s'adresse à tout homme qui chemine vers l'intérieur de lui-même, pourvu que la porte (de son éveil spirituel ) ait été maintenue entrouverte: cette chapelle San Michele nous emmène en chemin et nous intègre à son silence de pierre. En témoignent la cordelière solide et les délicats entrelacs qui courent sous les rampants du toit, nous faisant en un lien continu solidaires de l'église.
Sous la dernière arcade de droite, l'alvéole désormais vide où s'intégrait à l'origine un bol en céramique polychrome.


Murato (suite 8): le Cantique des Cantiques

DIALOGUE DES EPOUX
"Tandis que le Roi est en son enclos,
mon nard donne son parfum.
Mon Bien-Aimé est un sachet de myrrhe,
qui repose entre mes seins.
Mon Bien-Aimé est une grappe de cypre,
dans les vignes d'En-Gaddi." (...) (premier poème)
L'EPOUX:
(...) "Elle est un jardin bien clos,
ma soeur, ma fiancée;
un jardin bien clos,
une source scellée.
Tes jets font un jardin de grenadiers
et tu as les plus rares essences:
le nard et le safran,
le roseau odorant et le cinnamone,
avec tous les arbres à encens;
la myrrhe et l'aloès,
avec les plus fins aromes.
Source qui féconde les jardins,
puits d'eau vive,
ruisseau dévalant du Liban!
L'EPOUSE:
Lève-toi, aquilon,
accours, autan!
Soufflez sur mon jardin,
qu'il distille ses aromates!
Que mon Bien-Aimé entre dans son jardin;
qu'il en goûte les fruits délicieux!
L'EPOUX:
J'entre dans mon jardin,
ma soeur, ma fiancée,
je récolte ma myrrhe et mon baume,
je mange mon miel et mon rayon,
je bois mon vin et mon lait.
Mangez, amis, buvez,
enivrez-vous, mes bien-aimés!" (troisième poème)
Je cite Marie-Madeleine DAVY (Initiation à la symbolique romane (XIIème siècle), Champs histoire), citant ici elle-même St Bernard:
"Si le mariage charnel - dira Bernard - unit deux êtres en une seule chair, l'union spirituelle les unit en un seul esprit (Sermon VIII,9). "Tu as conçu -dira l'Epoux à l' Epouse - tes seins sont gorgés de lait" (Sermon IX,7). L'Epouse est fécondée quand l'âme possède l'expérience de Dieu, un "flot de lait" coule dans son sein(id.), par son exhortation et sa compassion elle abreuve de nombreux nourrissons (Sermon IX, 8)
Un seul point commun se présente entre l'homme charnel et l'homme spirituel: ils ne sont jamais rassasiés."
(...) La réalité du symbole roman implique la connaissance, l'amour, l'union, la fécondité.
Le symbole conjugal s'ouvre sur une perspective eschatologique dans laquelle l'unité s'ébauche avant d'être parfaitement réalisée. Seront unis l'extérieur et l'intérieur de telle sorte qu'il n'y aura plus ni extérieur ni intérieur, ni masculin, ni féminin."
Je vous invite à retrouver ce beau texte très inspiré de M.M. Davy( éditions Flammarion)

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Murato, San Michele (suite 3)



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Murato, ( suite 2) l'église romane "San Mieli"


Comprenne qui pourra!
Suit une sombre créature accroupie, un crapaud semble-t-il, avec ses gros yeux globuleux. C'est un animal des ténèbres, dédié à Saturne: il est vrai que la pauvre bête ne jouit pas d'une très bonne réputation, et on lui attribue volontiers des accointances avec le monde démoniaque: compagnon des sorcières, en enfer il tourmente sans fin les femmes adonnées à la luxure.
Pourtant quelle douceur dans son chant de cristal!
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San Michele de Muratu, NEBBIU, CORSE













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28.01.2008
1/ la chapelle San Quilicu, 1ère partie
La chapelle San Quilico de Cambia. Pieve di e Vallerustie. Ce mardi 15 janvier 2008.
Cette chapelle San Quilico ainsi que sa sœur voisine dédiée à Santa Maria, semble dater du début du XIIIème siècle- leur fondation n’étant confirmée par aucun témoignage historique.
La nef mesure 12,60 m de long, 4,60m de large; l'abside: 3,20m en ouverture et 1,65m en profondeur. Les murs sont construits en dalles de schiste.
Implantée au bord d’un ancien chemin muletier fort pentu et gorgé d’eau – tout près grondent les flots gonflés des torrents dans la pénombre - blottie à l’abri d’une chênaie vigoureuse, lumineuse même en cette fin d’après-midi d’hiver la voici qui m’accueille à nouveau, après tant d’années…
Tout de suite la même émotion qu’alors : le même accueil comme affleure soudainement sous le fatras quotidien un bienheureux souvenir d’enfance, et cette vague de tendresse ruisselle sur les belles dalles taillées de schiste gris blond, excluant de leur appareillage jointoyé à vif l’esprit chafouin du Mal.
Une brise légère anime à cette heure les ombres longues des chênes sur le flanc sud de la chapelle, caresse arcades et modillons de sa vie passagère. Apprivoisement mutuel dans un silence habité où chacun peut trouver ici ce qu’il cherche.

Avant d’entrer ( Monsieur A., le gardien amoureux et solitaire de la chapelle m'a confié la clef avec les précautions d’usage – je m’arrêterai au retour), je fais le tour des murs extérieurs, rythmés par la musique des arcatures et de leurs modillons sculptés sous la corniche, des fenêtres meurtrières, des deux portes surmontées de leurs tympans en fort relief: l’élégance dynamique de l’ensemble, la variété des sculptures, leur formidable vitalité est un enchantement…
Le serpent se redresse.
Animal rampant voué à la terre, fluide ou immobile, il s'arrache du monde horizontal auquel il appartient et se dresse de toute sa volonté, s'élève de toute sa vigueur intelligente. La dualité du serpent: bienveillant et guérisseur (le serpent d'airain érigé par Moïse dans ledésert, le serpent d'Esculape sur le caducée, le Christ rédempteur figuré sous forme de serpent sur la Croix...), ou symbole de mort, de luxure, bref, du Mal? Donc, si besoin est, le serpent se dresse. Sinon, il se mord la queue - mort et résurrection de l'ouroboros...
( - Ainsi l'homme au cours de l'évolution des espèces acquiert son titre de champion de la verticalité -)
Car le serpent est le symbole même de l'intelligence, de tous les animaux, c'est même le plus rusé. Sa sagesse acquise, volée? se double de séduction: à la fois tentateur et gardien du sacré, il utilise l'arbre du Paradis pour s'élever et, en faisant goûter ses fruits, entraine la mort spirituelle de ceux qu'il a séduits en leur faisant la promesse trompeuse d'une élévation au rang des dieux, c'est-à-dire de l'immortalité. Il choisit Eve, c'est la plus vive, la plus avide de sensations nouvelles, la plus téméraire, la plus spontanée peut-être aussi? Ou bien la plus intéressée, la plus envieuse, la plus calculatrice? Qui pourrait dire à quel moment précis ces deux là en ont fini avec la pureté de coeur?
"Si je parle à l'homme, il ne m'écoutera pas, car il est difficile d'infléchir l'esprit d'un homme. Voilà pourquoi je préfère m'adresser d'abord à la femme dont l'esprit est plus superficiel (et la voilà entamée, la vaste histoire des femmes trop curieuses, en passant par Barbe Bleue!). Je sais qu'elle m'écoutera car la femme prête attention à chacun. (Glosez comme vous voudrez)
Adam, tout comme Eve, tend la main du désir vers le fruit défendu: certes ils n'ont pas encore croqué dedans, mais déjà ils ont pris la mesure de leur nudité et se cachent le sexe de l'autre main... Leur conscience s'éveille... Deux étoiles stylisées semblent accompagner de leur chute celle de nos pauvres parents... Annonce d'exil et de mort.
L'Arbre du Paradis lui aussi s'élève, mais sans artifices, sans engrais chimiques ni tripotages transgéniques (pas encore eu besoin de les inventer).
Futur arbre de la Croix.
Axe cosmique de l'univers, l'arbre exprime la croissance naturelle de la vie et l'aspiration de l'homme intérieur à se régénérer par la vie spirituelle: ses racines solides plongent dans le monde souterrain, celui des enfers, celui de l'obscurité, celui des trépassés, mais aussi celui de l'humus nourrissant des reliques des Saints, et il projette ses branches vers le monde céleste, en recevant lumière et eaux fécondantes.
Curieusement, les branches de l'arbre préfigurent à leur façon les bras de la Croix.
L'Arbre de la Croix :
"(...) Cet Arbre qui s'étend aussi loin que le ciel, monte de la terre aux cieux. Plante immortelle il se dresse au centre du ciel et de la terre: ferme soutien de l'univers, lien de toutes choses, support de toute la terre habitée, entrelacement cosmique, comprenant en soi toute la bigarrure de la nature humaine. Fixé par les clous invisibles de l'esprit, pour ne pas vaciller dans son ajustement au divin; touchant le ciel du sommet de sa tête, affermissant la terre de ses pieds, et, dans l'espace intermédiaire, embrassant l'atmosphère entière de ses mains incommensurables. (...)
Hymne composé par Hippolyte de Rome au IIIème siècle
(à suivre)
12:25 Publié dans patrimoine des chapelles à fresques en Corse | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : cambia, san quilicu, chapelle romane corse, chapelles à fresques corses, symbolique romane






