26.06.2009

Murato, San Michele, suite 13: l'Agneau mystique et le cerf

San MICHELE de MURATO, enfin des images lumineuses du mur Nord...

(note du 26/6/09)

L'Agneau mystique

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En cette fin d'après-midi du 14 juin, dans une lumière favorable, la fenêtre de l'angle nord ouest de San Michele.
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La victoire de l'Agneau mystique entre  deux bêtes féroces aux yeux rouges...
L'agneau divin, emblème christocentrique du chrétien, et les bêtes sauvages, représentation de toutes les hérésies, ariennes en particulier,  et des envahisseurs sarrazins à grand peine extirpés de l'île en ce XII° siècle?
En écho: "Voici que je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups" ( St Luc, Evangile X 3)
 Ce thème de l'Agneau nous vient de l'Apocalypse, ce texte illuminé de saint Jean de Patmos:
" Je ne vis point de temple, car le Seigneur Dieu tout-puissant et l'Agneau en sont le Temple. La ville n'a besoin ni de soleil ni de lune pour l'éclairer, car la gloire de Dieu l'illumine et l'Agneau est sa lampe, son flambeau ... et les nations de la terre marcheront à sa lumière"
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La grande Théophanie, miniature du Beatus de Facundus. (Apocalypse IV et V): peint par Facundus pour le Roi Ferdinand Ier de Castille et Leon en 1047.
 Beatus de Liebena était un moine espagnol du monastère de San Martin de Turieno (en Cantabrie): son livre, écrit en 776, donnant une traduction latine de la visionnaire  Apocalypse de Jean ( du grec apocalupteïn, dévoiler) et un commentaire de ce dernier texte du corpus biblique chrétien. a connu une grande notoriété. Les "Beatus" sont ces manuscrits  espagnols des XI° et XII° siècle, richement enluminés de miniatures aux couleurs pures, où seront recopiés l'Apocalypse de Jean et le commentaire du moine Beatus. Au VIII° siècle, l'Apocalypse, centré sur la divinité du Christ (ce que refusent les Ariens), devient une arme de résistance pour les chrétiens d'Espagne en lutte contre les musulmans.
Toujours est-il que ce thème de l'Agneau portant sa croix comme un étendard se retrouve fréquemment sur les disques métalliques qui ornaient le dessus des gants  pontificaux...
Un peu plus loin, toujours sur le mur nord,
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le cerf.
" Le cerf est l'un des animaux symboliques qui furent acceptés de la façon la plus certaine dès les premiers temps chrétiens comme une image allégorique du Seigneur Jésus Christ, et du chrétien, son disciple. (...)
En effet, naturalistes et poètes anciens: Pline, Théophraste, Xénophon, Elien, Martial, Lucrèce, et bien d'autres ont présenté le cerf comme l'ennemi particulier et implacable de tous les serpents qu'il poursuivrait de sa haine jusque sous terre. (...)
... Martial et Plutarque ajoutent que le cerf, du souffle de ses narines - d'autres disent de sa bouche- fait sortir les serpents de leurs demeures souterraines et qu'il les dévore, acquérant par là une jeunesse nouvelle"
(Louis Charbonneau-Lassay, dans : le Bestaire du Christ, édition Albin Michel)
Symbole de lumière, de longévité- sa ramure se renouvellant périodiquement -, il est aussi le symbole du Christ combattant, crachant de l'eau (la Parole victorieuse) dans les profondeurs de la terre où se cachent les serpents et les obligeant à en sortir. C'est aussi l'emblème de la soif ardente de l'âme chrétienne:
"Sicut cervus desiderat ad fontes..."
"Comme le cerf altéré aspire après les sources d'eau, ainsi mon âme soupire après toi, mon Dieu" (Psaume de David LXII)
Ces sources d'eau vive représentant aussi bien l'Eucharistie que l'eau baptismale.
Encore une fois, le cerf se trouve être l'un des animaux symboliques les plus importants dans de nombreuses cultures anciennes du monde...
Au fait, on a réintroduit depuis peu le cerf corse sur l'île: puissent les chasseurs le laisser croître et  multiplier en paix...
"Fuis, mon Bien-Aimé, cours, et sois semblable aux jeunes cerfs sur les montagnes où croissent les baumiers..." (Cantique des Cantiques VIII, 14)

Murato, suite 12 : San Michele et l'homme armé

San Michele et l'"Homme armé" de Murato

( note du 8/5/09) 

Aujourd'hui 8 mai Murato célèbre la fête de son Archange San Michele: "victoriosus, princeps militiae caelestis, pugnat cum dracone".

Saint Michel/Michael, chef des milices célestes, des armées de Yahvé  qui apparaît à Josué près de Jéricho, précède le peuple d'Israël lors de l'exode, l' archistratège du royaume céleste, le champion infatigable de la lutte contre les forces du Mal, celui qui précipite les anges rebelles dans l'abîme, celui qui sauve la Femme de l'Apocalypse qui vient d'accoucher (la Vierge et l'Eglise) en remportant la victoire sur le dragon à sept têtes... Mais aussi, le grand saint psychopompe, celui qui, à la suite d'Anubis, d'Hermès, de Mercure, conduit les âmes et, le jour du Jugement dernier, les pèse.

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(à Aregno: fresque  de San Michele terrassant le Dragon et pesant les âmes; malheureusement les fresques qui ornaient les murs intérieurs de l'église San Michele de Murato ont presque entièrement disparu: on ne peut qu'imaginer un Saint Michel aussi magnifique que celui-ci...)

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C'est sa statue qui, sortant de l'église paroissiale de Murato, a pris ce matin le chemin de l'église San Michele... Je n'ai malheureusement pas pu assister à ces festivités aujourd'hui, mais je me joins aux amis de Murato par cette petite note sur St Michel, si présent dans nos églises. A Murato, cette date du 8 mai célèbre son apparition , le 8 mai 492 sur le Monte Gargano, promontoire  de l'Adriatique en Apulie. En voici le récit (Iconographie de l'Art chrétien, de Louis Réau):
    "Un certain Garganus, ayant vu un des taureaux de son troupeau s'échapper dans une caverne de la montagne, le poursuivit et lui décocha une flèche. Mais, au lieu de frapper le taureau, elle se retourna contre lui.
    L'évêque de Sipontum (Manfredonia), étonné par ce prodige, ordonna un jeûne de trois jours au bout desquels saint Michel apparut à l'entrée de la caverne et déclara que cette grotte serait dorénavant son sanctuaire."
    Le Mont Saint Michel, en Normandie,  partage une origine presque identique.
    La plupart des sanctuaires consacrés à l'Archange sont construits sur les sommets (comme le Saint Michel de l'Aiguille du Puy), ou dans le Campu Santu, l'espace cimétéral. Quand on sait qu'à Murato, un peu plus loin vers l'est, on a découvert sur le Monte à Lucciana un grand funérarium de l'âge du fer : "a Grotta di a Regina" ( la sépulture de la Reine), qui a connu plusieurs campagnes de fouilles et a livré un important matériel en cours d'étude au Musée de Sartène (merci à l'équipe de Murato: messieurs Magnan, Giacomoni, Grazziani pour leurs renseignements inépuisables...), on peut se dire que l'ensemble de ce site montre une permanence certaine dans sa fonction!
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("a Grotta di a Regina", Teppa à Lucciana)
    Toujours est-il que St Michel est un Ange bien armé qui ne cesse de ferrailler contre son adversaire de toujours:
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comme ici, maîtrisant Satan à Zilia,
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ou ici, à Piedigriggiu, avec ce méchant petit Diable en position foétale et à sale tête cornue,
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ou encore là, à la confrérie de Corbara, frais et rose, et étripant un vilain démon noir...
Toujours est-il que l'église San Michele de Murato me parait  fortement masculine: pas d'image clairement sculptée de la Vierge Marie, une Eve (sur la scène du Péché originel) peu féminine; nous avons à faire à un univers plutôt mâle, comme l'est celui des seigneurs locaux Cortinchi en leur fief de Lorecta tout proche, visité l'autre jour en compagnie de messieurs Magnan et Grazziani:
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(ruines de Lorecta)
    Aussi ne faut-il pas s'étonner de rencontrer sur le mur nord de San Michele de Murato ce dynamique petit personnage, virile image d'un guerrier en mouvement, tenant d'une main un glaive et de l'autre?  Un olifant? à moins qu'il ne s'agisse d'un volumen? Nu, menaçant et plein de promesse: si l'on ôte la vie il faut aussi savoir la donner... La mâle attitude de l' "Homme armé". Comme dit cette chanson célèbre de la Renaissance: "L'homme armé, l'homme armé doibt-on doubter. On a fait partout crier, Que chacun se viengne armer, d'un haubregon de fer (...)".
De cette chanson on a tiré une quarantaine d'oeuvres portant le nom de "Missa l'homme armé"  et certains exégèses y voient l'évocation de l'Archange St Michel... (il est vrai que l'Archange Gabriel, dans les scènes d'Annonciation, donne davantage un sentiment de douceur angélique...)
Toujours est-il que cet homme là a tous les attributs d'un fier Seigneur des Armées, solidement outillé et bien décidé à faire règner sa Loi, la vigueur sexuelle garantissant la vigueur du gouvernement.
San Michele, lieu de pouvoir religieux et féodal.
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(à suivre)

Murato, San Michel (suite 10)

                                                                                       

 L'ARBRE

(note du 12/4/09)

(suite de la note 9 sur la vigne: petite méditation de Pâques)

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"l'Arbre de Vie"
Prologue en amont de ce dimanche de Pâques.
Genèse (traduite par CHOURAQUI)
"Ils sont achevés, les ciels, la terre et toute leur milice.
Elohîm achève au jour septième son ouvrage qu'il avait fait.
Il chôme, le jour septième, de tout l'ouvrage qu'il avait fait.
Elohîm bénit le jour septième, il le consacre (...)
Tout buisson du champ n'était pas encore en terre,
toute herbe du champ n'avait pas encore germé:
oui IHVH Elohîm n'avait pas fait pleuvoir sur la terre,
et de glébeux, point, pour servir la glèbe.
Mais une vapeur monte de la terre,
elle abreuve toutes les faces de la glèbe.
IHVH Elohîm forme le glébeux - Adâm, poussière de la glèbe -Adama.
Il insuffle en ses narines haleine de vie:
et c'est le glébeux, un être vivant.
IHVH Elohîm plante un jardin en Edèn au levant.
Il met là le glébeux qu'il avait formé.
IHVH Elohîm fait germer de la terre tout arbre
convoitable pour la vue et bien à manger,
l'arbre de la vie, au milieu du jardin
et l'arbre de la connaissance du bien et du mal.
Un fleuve sort de l'Edèn pour abreuver le jardin
(...)
IHVH Elohîm prend le glébeux et le pose au jardin d'Edèn,
pour le servir et pour le garder.
IHVH Elohîm ordonne au glébeux pour dire:
"De tout arbre du jardin, tu mangeras, tu mangeras,
mais de l'arbre de la connaissance du bien et du mal,
tu ne mangeras pas,
oui, du jour où tu en mangeras, tu mourras, tu mourras."
(...)
Le destin de l'humanité est scellé. Dieu sait.
Dieu sait comment tout cela doit finir!
En attendant, il faut mettre en marche l'histoire de l'homme.
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(Jérome Bosch: le Jardin des délices)
 ... S'ensuit la création de la femme, formée d'une côte d'Adam:
"il colle à sa femme et ils sont une seule chair.
Les deux sont nus, le glébeux et sa femme: ils n'en blêmissent pas."
L'Arbre de la Vie se dresse au milieu de l'Eden. Arbre cosmique, pivot et centre de l'univers, échelle parfaite pour une ascension vers l'immortalité: Adam et Eve n'auront pas le temps d'y goûter, leur humanité qui les élève à la verticalité, la tête vers le ciel, les conduit aussi avec un instinct irrémédiable vers l'Arbre de la Connaissance du bien et du mal, celui dont il ne fallait surtout pas manger les fruits, sous peine de mourir. Mourir? Qu'est-ce que cela pouvait bien dire, dans ce Jardin de l'Eden, comment auraient-ils pu seulement concevoir la mort, ces pauvres innocents? Quant au bien et au mal...?  Leur nudité est  légère, lumineuse, sans arrière-pensée, de même leur union: "ils sont une seule chair" . UN à l'image de Dieu. "Res simplex", la chose simple.
Ils ne savent pas ce qui les attend un peu plus loin dans le jardin, pas plus que l'arbre de vie ne connait sa destinée, cet arbre solaire aux racines obscures qui deviendra le bois de la croix, le jour de la Passion du Christ, arbre de mort conduisant à la rédemption des hommes: je vous dis cela parce qu'aujourd'hui les chrétiens fêtent Pâques, la résurrection, la renaissance de la lumière après l'épreuve des ténèbres...
Donc Adam et Eve ne savent pas encore. En fait ils ne savent pas grand chose les pauvres petits, sinon que les fruits de ce jardin sont délectables à regarder et à manger . Adam a sans doute appris à Eve l'interdit qui pèse sur l'arbre de la connaissance du bien et du mal, et en bons enfants qu'ils sont, ils ne s'interrogent pas sur la signification du bien et du mal et ne se sentent même pas frustrés (la psychanalyse n'est pas encore inventée, mais ça ne saurait tarder).
Quand soudain, au détour d'un bosquet...
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(Murato: la Tentation, mur Nord)
... un bel arbre ressemblant fort à l'arbre de vie s'élève dans une prairie souriante. Ses fruits semblent être des figues, mûres à souhait. Aucun écriteau ne signale qu'il s'agit du fameux arbre de la connaissance, et quand bien même il y en aurait un, ils ne savent pas lire, ces petits. A dire vrai, j'ai beau relire la Genèse, je ne sais toujours pas comment nos ancêtres devaient reconnaître ces deux arbres: sans doute que Dieu leur a fait faire le tour du propriétaire avant de les poser là et leur a montré les deux plus beaux arbres du jardin. Un grand serpent s'est enroulé autour du tronc, il se balance entre les branches. Moi qui sais la suite, je voudrais crier à Eve: méfie-toi du serpent! Si seulement je pouvais lui montrer ce monstre qui guette au-dessus de cette scène, gueule ouverte et narines dilatées, un vrai gouffre infernal...
Mais le drame se noue inexorablement dans la pierre:
"Le serpent était nu,
plus que tout vivant du champ qu'avait fait YHVH Elohîm.
Il dit à la femme: "Ainsi Elohîm l'a dit:
"vous ne mangerez pas de tout arbre du jardin" ..."
(Une pareille mauvaise foi!)
"La femme dit au serpent:
"Nous mangerons les fruits des arbres du jardin,
mais du fruit de l'arbre au milieu du jardin, Elohîm a dit:
"Vous n'en mangerez pas, vous n'y toucherez pas,
afin de ne pas mourir". "
Le serpent dit à la femme:
Non vous ne mourrez pas, vous ne mourrez pas,
car Elohîm sait que le jour où vous en mangerez
vos yeux se dessilleront et vous serez comme Elohîm,
connaissant le bien et le mal."
La femme voit que l'arbre est bien à manger,
oui, appétissant pour les yeux,
convoitable, l'arbre, pour rendre perspicace.
Elle prend de son fruit et mange.
Elle en donne aussi à son homme avec elle et il mange.
Les yeux des deux se dessillent, ils savent qu'ils sont nus."
Ici curieusement Eve est ce personnage plutôt androgyne, sans marque de féminité, qui tend une main vers le serpent et se cache le sexe de l'autre, comme si le sculpteur avait voulu évoquer dans ce seul personnage le couple humain fusionnel au moment de sa chute, c'est-à-dire de son arrachement à l'unité divine. Où de 1 l'on passe à 2. C'est la première expérience de la mort.
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(tympan de la porte ouest de San Quilicu, à Cambia, la scène du péché originel: la"chute" de l'homme est évoquée, me semble-til par la chute des deux étoiles stylisées: cf les notes sur San Quilicu de Cambia des 28/1, 31/1 et 6/2 2008)
Ce thème de l'Arbre  et de la Croix, si profondément relié à Pâques, se retrouve magnifiquement imagée sur le mur nord de l'église de la Trinità d'Aregno, en Balagne: à droite, sans doute, l'Arbre de la Connaissance du Bien et du Mal, évoquant la chute d'Adam et Eve, et, à gauche, l'Arbre de Vie qui fournit le bois de la Croix. L'Arbre, redisons-le, est une échelle qui plonge ses racines au plus profonds de nos ténèbres intérieures et tend ses branches vers le ciel. Une histoire "d'ascension", le symbole du haut (le monde céleste, la valeur positive) et du bas (le monde infernal, la valeur négative) se retrouvant constamment illustré dans l'art roman: le spirituel s'illustre par le monde céleste de l'oiseau, le charnel par le monde rampant du serpent... Dans ce contexte précis, voyez comme la Croix est une échelle posée sur, non plus enracinée, toute dirigée vers le monde céleste: "haec est scala peccatorum" (Adam de Saint Victor)
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( L'Arbre et de la Croix entrelacés, à Aregno, église de la Trinità, la soeur granitique de San Michele de Murato)
Le chemin parcouru entre les deux va reconduire à l'unité de ce qui était divisé. Nous retrouvons alors pour les chrétiens la symbolique alchimiques du Cantique des Cantiques. Unité mystique de l'Epoux (Sponsus) et de l' Epouse (Sponsa), de "l' âme du Christ (anima Christi) vivant dans le corps mystique ( corpus mysticum) de l'Eglise" (C.G.JUNG, Psychologie du transfert).
(à suivre)

Murato, San Michele: la vigne (suite 9)

(note du 5/4/09) Le cep de vigne:
"in vino veritas"!
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Un vigoureux pied de vigne donnant de belles grappes aux raisins serrés que je sais noirs -  j'ai les mêmes en septembre au jardin -  délectables, gorgés de soleil, d'un sang rouge sombre,  convoités par sangliers et renards en maraude autant que par étourneaux, geais ou merles: les nôtres, qui viennent du jardin bas-dauphinois du grand-père Johannès, ont traversé la mer et aimé s'enraciner ici dans cette terre amoureusement bêchée par d'autres grand-pères. J'observe la force des racines qui ancrent le cep en terre, mais aussi de ses racines célestes qui l'amarrent au ciel. Comme une échelle végétale reliant monde terrestre et monde céleste, avec les fruits de l'abondance divine pour subvenir à l'ascension, image du "Pressoir de la Croix" et de l'Arbre de vie:

" Entre tes bras s'enlace la vigne, d'où coule pour nous en abondance  le doux vin qui a la rougeur du sang" (Venance FORTUNAT, Poèmes II, 1)

En ce jour des Rameaux, l'Evangile de St Marc évoque la Cène et l'Eucharistie: "Ceci est mon sang, le sang de l'Alliance, répandu pour la multitude. Amen, je vous le dis: je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu'à ce jour où je boirai un vin nouveau dans le Royaume de Dieu". Le signe est fort, explicite.

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(une banière de procession explicite, Ghjunsani, XVIIIème s.)

Que ce pied de vigne figure  non loin de la croix sur la façade Est de San Michele de Murato ne nous surprendra donc pas.

La vigne, on la pratique ici depuis des millénaires, vous le savez bien, vous qui aimez le vin de la Conca d'Oro. Vigne puissamment enracinée dans le terroir corse, comme partout en Méditerranée, en Orient, en Egypte, comme au temps immémorial de Dionysos, de Noé,... comme dans notre pensée, dans nos fêtes.  Vin favorisant l'extase,  l'union spirituelle. Aux Noces de Cana, l'angoisse monte lorsqu'il n'y a plus de vin, et c'est même là le premier miracle de Jésus, de transformer l'eau en vin: on en mesure toute l'importance, la gravité.

Le vin lui aussi transforme. Il transforme du reste, et c'est là le problème, ou en dieu ou en bête... Comme toujours le symbole est une porte entrouverte par où souffle l'Esprit à l'intérieur de chacun : si l'on a besoin d'air, qu'on laisse la porte ouverte, sinon, qu'on la ferme!

 Le grand poète persan Omar KHAYYAM (né vers 1040), presque contemporain de San Michele, dans ses quatrains, célèbre le vin:

« Je bois du vin, et quiconque boit comme moi en est digne.

Si je bois, c’est chose bien légère devant Lui.

Dieu savait, dès le premier jour, que je boirais du vin,

Si je ne buvais pas, la science de Dieu serait vaine. » ( LXXV)

 

« Une seule coupe de vin vaut cent cœurs et cent religions ;

Un trait de vin vaut l’empire de la Chine.

Hors du vin, ce rubis, il n’y a point sur terre

Une seule chose acide valant mille âmes douces » (LXXXV)

 

A prendre comme on veut...

 

Les mystiques musulmans en font aussi un symbole de l'extase divine: le maître soufi RÛMI (Le Livre du Dedans), un siècle après Omar Khayyam, exprime sa sagesse dans une langue familière et simple comme les paraboles du Christ, disant:

"Si les mystiques se servent de comparaisons et d'images, c'est afin qu'un homme aimant mais à l'esprit faible puisse saisir la vérité".

...  Ce qui pourrait s'appliquer à l'artiste roman oeuvrant avec son ciseau sur les pierres de nos églises.

Et encore, à propos de la vigne:

"Avant qu'il y eût en ce monde un jardin, une vigne et du raisin, notre âme était déjà enivrée du vin immortel".

Ailleurs, il écrit, et cela me parle bien:

"Si les chemins sont différents, le but est unique"

L'image de ce cep de vigne de Murato s'adresse à tout homme qui chemine vers l'intérieur de lui-même, pourvu que la porte (de son éveil spirituel ) ait été maintenue entrouverte: cette chapelle San Michele nous emmène en chemin et nous intègre à son silence de pierre. En témoignent la cordelière solide et les délicats entrelacs qui courent sous les rampants du toit, nous faisant en un lien continu solidaires de l'église.

Sous la dernière arcade de droite, l'alvéole désormais vide où s'intégrait à l'origine un bol en céramique polychrome.

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L'Epoux (le Christ) s'adresse à l'Epouse (l'âme):
"Ouvre-moi, je suis déjà en toi-même, mais ouvre-moi pour que je sois en toi avec plus de plénitude. Ouvre-moi afin que je puisse accomplir en toi une nouvelle entrée. Je te donnerai la rosée d'un nouvel élan d'amour... je ferai tomber goutte à goutte sur toi les secrets de ma divinité"
(Gilbert de HOYLAND, dans ses Sermons sur le Cantique des Cantiques)
A la santé de tous ceux qui aiment le bon vin!
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(La Dive Bouteille Bacbuc: Rabelais, Pantagruel...)
(à suivre)
Demain commence la Semaine Sainte: nos amis confrères vont avoir beaucoup de travail ces jours-ci, dans chaque communauté de Corse se vivront Offices des Ténèbres, Chemins de Croix, processions, et là encore, quelles que soient les croyances, l'athéisme ou la spiritualité de chacun, ce sera une semaine d'émotion pour les gens dans les villages qui reconquièrent entre autres par leurs chants et leurs déambulations communautaires une image "respectable" de leur identité... Une certaine façon de résister ici à l'uniformisation généralisée.

 

 

 

 

 

 

Murato (suite 8): le Cantique des Cantiques

Petite suite de la note précédente, où je fais le choix de la rencontre conjugale, source de fécondité spirituelle.
Dans la pensée chrétienne, l' Epoux évoque le Christ, et l'Epouse, l'âme ou l'Eglise.
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Le Cantique des Cantiques.
PROLOGUE
" Qu'il me baise des baisers de sa bouche.
Tes amours sont délicieuses plus que le vin;
L'arome de tes parfums est exquis,
ton nom est une huile qui s'épanche,
c'est pourquoi les jeunes filles t'aiment.
Entraîne-moi sur tes pas, courons!
Le Roi m'a introduite en ses appartements;
tu seras notre joie et notre allégresse.
Nous célèbrerons tes amours plus que le vin;
comme on a raison de t'aimer!"

DIALOGUE DES EPOUX

"Tandis que le Roi est en son enclos,

mon nard donne son parfum.

Mon Bien-Aimé est un sachet de myrrhe,

qui repose entre mes seins.

Mon Bien-Aimé est une grappe de cypre,

dans les vignes d'En-Gaddi." (...) (premier poème)

L'EPOUX:

(...) "Elle est un jardin bien clos,

ma soeur, ma fiancée;

un jardin bien clos,

une source scellée.

Tes jets font un jardin de grenadiers

et tu as les plus rares essences:

le nard et le safran,

le roseau odorant et le cinnamone,

avec tous les arbres à encens;

la myrrhe et l'aloès,

avec les plus fins aromes.

Source qui féconde les jardins,

puits d'eau vive,

ruisseau dévalant du Liban!

L'EPOUSE:

Lève-toi, aquilon,

accours, autan!

Soufflez sur mon jardin,

qu'il distille ses aromates!

Que mon Bien-Aimé entre dans son jardin;

qu'il en goûte les fruits délicieux!

 

L'EPOUX:

J'entre dans mon jardin,

ma soeur, ma fiancée,

je récolte ma myrrhe et mon baume,

je mange mon miel et mon rayon,

je bois mon vin et mon lait.

Mangez, amis, buvez,

enivrez-vous, mes bien-aimés!" (troisième poème)

Je cite Marie-Madeleine DAVY (Initiation à la symbolique romane (XIIème siècle), Champs histoire), citant ici elle-même St Bernard:

"Si le mariage charnel - dira Bernard - unit deux êtres en une seule chair, l'union spirituelle les unit en un seul esprit (Sermon VIII,9). "Tu as conçu -dira l'Epoux à l' Epouse - tes seins sont gorgés de lait" (Sermon IX,7). L'Epouse est fécondée quand l'âme possède l'expérience de Dieu, un "flot de lait" coule dans son sein(id.), par son exhortation et sa compassion elle abreuve de nombreux nourrissons (Sermon IX, 8)

Un seul point commun se présente entre l'homme charnel et l'homme spirituel: ils ne sont jamais rassasiés."

(...) La réalité du symbole roman implique la connaissance, l'amour, l'union, la fécondité.

Le symbole conjugal s'ouvre sur une perspective eschatologique dans laquelle l'unité s'ébauche avant d'être parfaitement réalisée. Seront unis l'extérieur et l'intérieur de telle sorte qu'il n'y aura plus ni extérieur ni intérieur, ni masculin, ni féminin."

Je vous invite à retrouver ce beau texte très inspiré de M.M. Davy( éditions Flammarion)

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Murato, San Michele (suite 3)

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San Michele, toujours le mur sud.
A nouveau, redisons que cette approche des images animant - au sens fort - l'église San Michele de Murato ne peut être que subjective, même si elle est passablement nourrie par l'abondante recherche sur le symbolisme de l'art roman. Ces images agissent sur moi comme peuvent le faire des parfums subtils et complexes dans la nature, éveillant émotions enfouies, nostalgie de paradis oublié... 
Sous le toît, un frise végétale élégante, alternant là aussi le schiste et le calcaire: des lys, semble-t-il. Ce motif de décor, s'il s'agit bien de lys, entre autres déjà largement exploité par l'Egypte ou Mycènes nous rappelle l'héritage antique de cet art roman. Cela dit, le lys lui aussi apporte sa part de sens dans cet univers profondément chrétien: dans les mains de l'Archange messager Gabriel lors de l'Annonciation à la Vierge Marie, il est à la fois la fleur immaculée annonçant la pureté de Marie et sceptre royal de la volonté divine. C’est un « marqueur » de l’essence divine qui conduit à l’immortalité.
Par ailleurs, sa forme trilobée répétée inlassablement sur cette frise semble marteler aussi un autre message, celui du dogme de la Trinité…
Sur cette image, deux modillons à la retombée des arcs racontent autre chose. A gauche, un bras terminé par deux mains déroule fermement un parchemin:  lecture des Ecritures ou proclamation d'une sentence?
Il est temps ici d'évoquer à nouveau la vocation de San Michele:
"Princeps militiae angelorum" ( l'archistratège des milices célestes),
"Custos Ecclesiae romanae" (défenseur de l'Eglise romaine),
Psychopompe et peseur d'âmes ... pour ne parler que des "affaires courantes", si je puis dire.
Au Moyen Age, choisir le vocable de l'Archange  Michel pour une église c'est se mettre sous la protection du parangon de la chevalerie, de la fidélité (par opposition à l'Ange déchu, Lucifer), parfaitement armé pour lutter contre toutes les déviances du Malin. Mais c'est aussi désirer sa bienveillance au Jour du Jugement dernier: San Michele a récupéré les fonctions (nécessaires...) de passeur et de peseur des âmes mortes  tenues autrefois par le dieu égyptien Anubis, par l'Hermès psychopompe, par Mercure... Il n'est pas rare que les chapelles dédiées à St Michel remplacent un temple dédié à Mercure. Louis Réau cite, dans son iconographie de l'Art chrétien, une colline de Vendée s'appelant " Saint- Michel- Mont-Mercure... A Murato l'archéologie nous apporterait peut-être un éclairage de ce genre...
Quoi qu'il en soit, plusieurs éléments du décor sculpté parlent en faveur de l'idée d'un lieu de jugement: rappelons ces deux statuettes campées sur la façade ouest, à la porte d'entrée de ce sanctuaire, accueillant et avertissant les fidèles sur leur passage symbolique de l'extérieur vers l'intérieur. L'église San Michele est certainement en rapport avec l'exercice de la Justice, et de nombreuses images en témoignent,
comme cette main coupée (des voleurs) ..)
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ou ce qui semble être des ciseaux (pour couper la langue des diffamateurs),
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renforçant l'idée que nous sommes devant le lieu du tribunal de la piévanie. Tribunal humain et divin.
En attendant, le village de Murato fête son San Mieli chaque 8 mai, célébrant l'apparition le 8 mai 492 du grand Archange à l'évêque de Siponte sur le Monte Gargano, en Apulie:
" Garganus décoche contre un taureau échappé une flèche qui fait volte-face et lui revient dans l'oeil. L'évêque  de Siponte extrait la flèche et, suivant les instructions de l'Archange, il lui consacre le mont." (L.Réau, idem)
Dans le diocèse du Nebbio, dans la Piève de Nonza, l'on retrouvera une autre dédicace à San Michele à Ogliastro (x°s.)
(à suivre)

Murato, ( suite 2) l'église romane "San Mieli"

Toujours la façade Sud. La deuxième fenêtre en meurtrière a reçu, elle aussi, un décor symbolique fort... On notera là aussi l'alternance des schistes sombres et des calcaires.
Murato serpents oiseaux blog.jpg
L'archivolte ici s'orne d'une double arabesque formée par deux vigoureux serpents entrelacés ( les queues nerveusement animées, les "cous" solidement noués:la conjugaison, pleine d'énergie! des forces du mal? ), la tête "à l'envers" ( contre nature), la fixité rougeoyante de leurs yeux (fascination), à la gueule ouverte sur des dents aiguisées (un appétit à toute épreuve!) et une longue langue (le verbe séducteur: le serpent détient les connaissances occultes, il assure savoir les secrets de la vie) , s'apprêtant à dévorer un oiseau ( la spiritualité)... Le message est "clair" (on pourrait du moins le croire...)  et nomme le danger qui guette l'homme en quête de spiritualité: mais ne jamais oublier que serpent et oiseau font partie intégrante de chaque humain. Leur nature profonde n'est pas si opposée: voir, par exemple, le serpent-oiseau Quetzal-Coatl des Aztèques...
A gauche l'étoile a huit pointes entrecroisées, celle de droite sept. Ces nombres sont lourds de symboles:MuratoEtoile à 7 branches blog.jpg Muratoétoile huit branches blog.jpg
SEPT:" Il a (...) moins d'importance que le Quatre ou le Trois dont il est la somme, évoquant ainsi l'union de la terre et du ciel (...) Par excellence, c'est un nombre appartenant à l'Apocalypse, ce livre qui a tant marqué l'iconographie romane: les sept Eglises d'Asie, les sept cornes de la Bête, les sept coupes de la colère divine. C'est essentiellement un symbole hébraïque(...) 
HUIT:"Le nombre Huit symbolise la renaissance par le baptême, la résurrection: c'est pourquoi les baptistères et les fonts baptismaux ont souvent la forme octogonale (...) Le Huit correspond  encore aux Béatitudes, aux tons de la musique grégorienne. (...) C'est le nombre de la vie future". "(Lexique des symboles, Zodiaque)
Au centre de l'étoile à sept branches, une deuxième figure étoilée à six branches:
SIX:  " Par opposition au Cinq qui est l'humanité, le Six serait le surhumain,, la puissance: ce chiffre correspond aux jours de la création, aux oeuvres de miséricorde. (idem) 
Au centre de l'étoile à huit pointes, une étoile à quatres branches: quatre éléments (terre, air, eau, feu), quatre saisons, quatre fleuves du paradis (Phison, Géon, Tigre et Euphrate) pour arroser les quatre coins du monde, quatre points cardinaux, quatre Evangélistes, quatre Pères de l'Eglise, quatre vertus cardinales... etc... etc... L'art roman, héritier des civilisations antiques, se nourrit naturellement de symboles.
Notre époque espère tout pouvoir expliquer rationnellement grâce aux progrès de la science, ou du moins recule les limites de l'inconnu: à l'époque romane, tout peut s'exprimer à travers le langage symbolique.Murato fleur soleil.blog.jpg Comprenne qui pourra!
Au-dessus de l'archivolte, à la retombée de l'arc sur la gauche, une "fleur-solaire" avec une croix axiale en son coeur: lumière, immortalité,  résurrection. En opposition avec les ténèbres. Alchimie.
 Puis, sous l'arc, une alvéole qui contenait à l'origine un bol en céramique polychrome (on retrouve ailleurs sur l'église ces éléments qui devaient apporter cette touche brillante de couleurs et s'illuminer au soleil).
Murato crapaud blog.jpg Suit une sombre créature accroupie, un crapaud semble-t-il, avec ses gros yeux globuleux. C'est un animal des ténèbres, dédié à Saturne: il est vrai que la pauvre bête ne jouit pas d'une très bonne réputation, et on lui attribue volontiers des accointances avec le monde démoniaque: compagnon des sorcières, en enfer il tourmente sans fin les femmes adonnées à la luxure. Murato eau primordiale blog,.jpgPourtant quelle douceur dans son chant de cristal!
Le modillon à sa droite évoque les eaux primordiales de la création, ou bien le déluge: hiéroglyphe de l'eau dans l'Egypte ancienne, symbole universellement répandu dans toutes les civilisations, sur tous les continents... "L'esprit de Dieu planait sur les eaux" (La Genèse)
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Enfin, sous la meurtrière, un bandeau sculpté déroule un chaînage de douze cercles solidaires, deux fois six, et alternant les images  : on retrouve trois étoiles à huit pointes (avec des variations de motif en leur centre), trois sortes de gerbes liées en leur centre, trois motifs de liens entrelacés (avec une sorte de progression de la gauche vers la droite: un brin, deux brins , deux brins et plus; un motif avec deux soleils superposés; deux oiseaux aux attitudes totalement différentes (celui de gauche semble chuter, blessé à mort, celui de droite au contraire s'apprête à l'envol). Au centre, une tête humaine se dégage en relief au-dessus de cette série de maillons, affublé d'une sorte de queue d'oiseau (si je la compare avec le motif de l'oiseau qui le précède) mettant bien l'accent sur le sujet de l'ensemble: c'est bien l'aventure spirituelle de l'homme qui est au centre de l'oeuvre de toute l'église, et chaque motif se lit et s'enrichit au contact de ses voisins. A lire ... ou à ressentir, chaque image provoquant une multitude d'ondes entrecroisées à l'intérieur de celui qui prend le temps de regarder et de rêver. 
Il faut bien accepter de ne pas comprendre: comme, par exemple ( entre autres!) ce cercle contenant les deux soleils superposés
Notre habitude de lecture de gauche à droite nous conduit à ressentir ce bandeau comme un récit dont nous ne possédons pas toute la signification: il y a un avant ( la partie à gauche de la tête ) et un après (à droite). Confusément s'installe une certaine idée de la création,  de l'abondance divine et de l'organisation de la matière créée par séparation et interdépendance des éléments: les deux oiseaux figurant peut-être, à gauche, la chute du premier homme (Adam et Eve), et l'annonce de son destin mortel, à droite, la rédemption spirituelle du nouvel homme ...
Ce qui m'apparait aussi dans cette frise, c'est l'accent mis, dans chaque figure (mis à part les oiseaux) sur le centre: le centre des étoiles est en creux, je me demande même si à l'origine il ne portait pas une pierre rouge comme les yeux des serpents plus haut ; le lien des gerbes; le croisement des brins; le centre des soleils. Histoire de recentrage, de transformation. Alchimie spirituelle.
La vérité est que l'ensemble est d'une grande beauté.
(à suivre)

San Michele de Muratu, NEBBIU, CORSE

Regroupement des notes sur San Michele de Murato
Murato -  Eglise San Michele, ancienne piévanie de Bevinco.
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Dans la lumière d'hiver, la façade à l'ouest et son campanile surhaussé en 1855. 
" Le symbolisme n'est pas logique, ne l'oublions jamais. Il est pulsion vitale, reconnaissance instinctive; c'est une expérience du sujet total, qui naît à son propre drame par le jeu insaisissable et complexe des innombrables liens qui tissent son devenir en même temps que celui de l'univers à qui il appartient et auquel il emprunte la matière de toutes ses re-connaissances. Car finalement, il s'agit toujours de naître avec, en mettant l'accent sur cet  avec, petit mot mystérieux où git tout le mystère du symbole..."  (Introduction au monde des SYMBOLES - Zodiaque) 
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l'abside à l'est
Tout d'abord, mes remerciements vont à Pascal Magnan et à Louis Giacomoni, dont j'emploie ici en partie la documentation sur Murato. J'utilise également, entre autres, les ressources de "La Corse Romane", cet ouvrage (hélas épuisé, comme la majorité des livres de la collection Zodiaque)  publié en 1972 par cette grande dame de l'archéologie romane et préromane en Corse, Madame Geneviève Moracchini-Mazel, collection Zodiaque éditée par l'Abbaye Sainte Marie de la Pierre -qui-vire.
 En 1837, Prosper Mérimée, alors Inspecteur des Monuments Historiques l'a vue, et admirée! "En 1855, Achille Murati (petit fils d'Acchille Murati,  Lieutenant de Pascal Paoli) restaure et rehausse à ses frais le clocher-porche de St Michel" (P. Magnan). Enfin l'église sera classée Monument Historique en 1875. Altière et bien campée sous le ciel bleu de février sur son plateau au-dessus de la vallée du Bivincu et  du Golfe de St Florent , voici donc l'église de San Michele, dite " San Mieli". A cette saison une pelouse bien tranquille  où joue au ballon un tout petit garçon jailli de sa poussette, sous les encouragements de sa maman et le regard attentif de San Michele...
Perception immédiate. Exposée, non pas protégée, ombragée, comme à San Quilicu de Cambia dans son berceau de chênes verts.
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Côté sud, le regard plane jusqu'à la mer
Isolée, affirmée dans son dialogue avec le vaste paysage environnant. Non pas investie par les tombes modernes, les photos des morts, les jolis petits poèmes d'amour filial et les fleurs artificielles, comme à Aregno - là bas, c'est encore autre chose.
Pourtant les morts ne sont jamais bien loin des chapelles romanes, je dirais même que sans doute ils ont coutume, comme ici,  de les précéder: le sens du sacré chez les morts, si je puis dire, a la vie dure.
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Côté est, TEPPA à LUCCIANA ("Grotta di a Regina") . Les morts contribuent à la sacralisation du paysage: ici les archéologues ( plus récemment Jacques Magdeleine ety Alex Milleliri) ont révélé un site de sépulture  important de l'âge du fer.
Qu'on me pardonne! Vue de face, l'église San Michele m'a toujours fait penser, avec son porche surmonté d'un campanile anormalement surhaussé, à je ne sais quel être mythique surgi du fond des âges: dressée pour l'observation sur ses deux pattes avant cylindriques et robustes , un long cou rectangulaire, et là haut, cet oeïl de cyclope qui vous srute... Murato S Michele ensemble blog.jpg
La présence est immédiate. D'autant que la polychromie ("typique" de l'art pisan du XIIème siècle) fait alterner la serpentine vert sombre, tirée du lit du Bevinco, et le calcaire blanc de la région de St Florent - et renforce puissamment cette impression de vie frissonnante: vous n'êtes pas seulement arrivé devant l'un des monuments les plus connus de Corse, l'un des plus intéressants,  de ceux qu'il faut avoir vus etc... non, vous êtes devant un être qui vit tout simplement avec la mer, le ciel, l'eau des rivières, la pierre, les montagnes, les arbres qui l'environnent. L'église de San Michele vous guette, vous jauge, peut-être même vous juge, ce qui tout compte fait ne serait pas étonnant pour une piévanie faisant office de tribunal. La large esplanade au centre de laquelle elle trône pourrait accueillir une grande cour de justice...
 La façade, avec ses trois arcs en plein cintre alternant ses claveaux sombres et clairs, accueille à la retombée des arcs des sculptures en haut relief énigmatiques  : quadrupèdes dotés de dents menaçantes, et de chaque côté de la façade, deux personnages emblématiques que l'on retrouve également dans cette situation sur la façade de l'église de la Trinità à Aregno:
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à gauche, un personnage revêtu d'une robe longue,
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à droite, un petit homme nu portant sur ses genoux un bâton? un volumen (rouleau)?
Evocation peut-être du pouvoir judiciaire et ecclésiastique exercé au sein de cette piévanie...
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Entre ces deux personnages, les quadrupèdes de service ...
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... gardiens (ours?) du sanctuaire aux dents acérées dans une gueule démesurée ou bien signe de notre animalité mise à nu?
Ne croyons surtout pas que nous soyions dans une sorte de musée à ciel ouvert où le décor se contenterait de nous charmer par sa fantasque créativité. Non. Nous voici soudain au centre d'un ensemble tissé de messages qui nous concernent, que nous le voulions ou non, nous autres, gens du XXIème siècle.
San Michele est certainement, parmi les églises romanes de Corse celle qui porte le plus grand nombre de messages sculptés dont nous avons bien souvent oublié la signification. Nous autres, gens de ce siècle, sommes comme orphelins et démunis du sens symbolique de cet art roman. Pourtant, si nous parvenions à stopper l'engrenage désordonné de notre intellect, si nous laissions les images agir simplement, si nous retrouvions quelques instants sous les strates du monde moderne notre âme de primitif, notre part d'enfance, faite à la fois d'immédiateté et d'héritage, quelle récompense! Chacun ici, alors, pourrait se reconnaitre et s'abreuver à la source inépuisable des symboles nés de nombreux siècles avant l'éclosion de cet art. Du reste, pour boire à cette source qui s'offre à nous, il suffit d'avoir soif et point n'est nécessaire d'en connaître l'analyse chimique.  Ces monstres à la gueule ouverte, ouvrent les failles des grandes profondeurs de notre inconscient, et ces images parfois naïves, ces frises déroulant leurs motifs répétés, alternés, obsessionnels nous questionnent:  nous pressentons bien qu'il s'agit là d'une véritable écriture de pierre à déchiffrer, d'un langage essentiel conçu pour la communication de l'ineffable au plus grand nombre...
(photo de Claude Goergens, en juin 2008)
Le fait que la serpentine utilisée à Murato soit une pierre d'une densité parfaite pour les sculpteurs de ce XIIème siècle a permis ici l'éclosion d'une richesse exceptionnelle d'images à "lire" tout au long des murs, comme on lirait une bande dessinée, sans nécessairement en comprendre les bulles...
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Pierres de réemploi dans le campanile.
La première église  de "Sancto Michael de Lorecta" semble avoir été construite au Xème siècle, puis lui succède l'édifice du XIIème, ce magnifique exemple de cet art pisan en Corse où la polychromie joue un rôle si important. Des pierres de réemploi, sans doute du premier édifice, ont été utilisées, en particulier dans le campanile: poissons et monstres difficiles à identifier... 
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... mais plein de vitalité, comme cet être hybride à tête d'oiseau (il me semble)! Les images portent de multiples messages, parfois contradictoires en apparence: par exemple ici menace et/ou promesse de fécondité?
Les murs de l'église s'animent sous l'alternance aléatoire des dalles sombres et claires, tandis que s'installe la pulsation musicale des arcs, sous la corniche rythmée de frises florales, d'entrelacs. Sur la façade du mur Sud, deux meurtrières s'enrichissent d'archivoltes et de bandeaux sculptés d'une grande élégance.
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Ici l'archivolte tresse une corde (un motif omniprésent sur cette église), liant les grappes de raisins à l'arabesque formée par les brins torsadés, entrecroisés : relier nos brins de vie au symbole mystique de la vigne? Sortir de l'entrelacs fermé de nos existences terrestres grâce à cette vigne? La corde, en tous cas, lie, renforce la cohésion de l'ensemble, qu'elle souligne, comme ici, l'arc, ou qu'elle enserre le haut des murs d'un lien continu (comme la cordelière ininterrompue qui court sous la corniche de l'église pisane d'Aregno ou ici autour de l'abside). Le bandeau inférieur souligne à nouveau cette torsade continue qui m'évoque aussi l'image stylisée du perpétuel recommencement contenu dans les représentations, fréquemment rencontrées sur les tympans de nos chapelles, de l'Ouroboros, le serpent qui se mord la queue.
Comme toujours chaque image interroge plus qu'elle ne résoud. Le thème de l'entrelacs ici doublement présent, dans l'archivolte et dans le bandeau inférieur de la meurtrière, fait partie de ces symboles chargés de sens complexes, voire contradictoires. Figure fermée sur elle-même, hors du temps, sans début ni fin
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Au-dessus de l'archivolte, et certainement en lien avec ces thèmes, un modillon sculpté représentant deux oiseaux contrastés:
Voici bien un exemple d'un message fort, difficile à décrypter et non seulement d'une image simplement décorative: son emplacement "privilégié", proche de cet ensemble évoqué plus haut, le soulignement de cette représentation des oiseaux ( des paons? symbole de résurrection, mais aussi de vanité) en les faisant se croiser dos à dos, ouvrant une porte de mystère dans notre univers mental rationnel, tout concourt à l'interrogation. D'autant que l'oiseau évoque fréquemment l'âme, le spirituel par rapport à la chair, à l'animalité.
A propos du paon... voici ce qu'en dit le Bestiaire d'Oxford , l'un des plus célèbres manuscrits du XIIIème siècle (Philippe Lebaud Editeur, 1988) dans un texte savoureux: 
                                                                                                                                     " (...) Le paon  a un cri effrayant, une démarche naturelle, une tête de serpent, une poitrine de saphir;  les plumes de ses ailes sont un peu rouges. Il a aussi une longue queue, couverte - pour ainsi dire - d'yeux. Son cri est terrible, quand le prédicateur menace les ppécheurs du feu inextinguible de l'Enfer. Son allure est naturelle, chaque fois qu'il ne se départit pas de l'humilité dans ses actions; il a la tête d'un serpent, lorsqu'iltient son esprit sous la garde d'une attention prudente; la couleur saphir de sa poitrine  symbolise le désir spirituel du Ciel; ses plumes roussâtres désignent l'amour de la contemplation. La longueur , de sa queue marque la longueur de la vie future; on dirait quelle porte des yeux, parce que tout docteur prévoit le danger qui menace chacun à sa mort. Elle est verte , pour que la fin s'accorde au début. Ainsi, la variété de ses coloris exprime la diversité des vertus. Le paon redresse sa queue quand on l'admire, parce que le supérieur élève son esprit quand les flatteurs font l'éloge de la fausse gloire. Il arrange ses plumes, parce que le maître estime ses actions ordonnées. Mais lorsqu'il redresse la queue, il découvre son derrière: l'âme élevée se moque de ce que la pratique vante. Le paon doit donc tenir sa queue baissée, et le docteur agir avec humilité" 
                                                                                                                                                             
 Ce ne sont peut-être pas des paons: pourquoi pas des aigles ? Alors tout est à reprendre! Ce qui est réjouissant avec ces images, c'est justement cette incertitude de l'interprétation, ces chemins multiples, entrecroisés, tracés sous les pattes trottinantes des brebis dans les cistes pour nos menues transhumances spirituelles .                                                                                                                                                                   (à suivre!)

28.01.2008

1/ la chapelle San Quilicu, 1ère partie

La chapelle San Quilico de Cambia. Pieve di e Vallerustie. Ce mardi 15 janvier 2008.

Cette chapelle San Quilico ainsi que sa sœur voisine dédiée à Santa Maria, semble dater du début du XIIIème siècle- leur fondation n’étant confirmée par aucun témoignage historique.

La nef mesure 12,60 m de long, 4,60m de large; l'abside: 3,20m en ouverture et 1,65m en profondeur. Les murs sont construits en dalles de schiste.

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 Implantée au bord d’un ancien chemin muletier fort pentu et gorgé d’eau – tout près grondent les flots gonflés des torrents dans la pénombre -  blottie à l’abri d’une chênaie vigoureuse, lumineuse même en cette fin d’après-midi d’hiver la voici qui m’accueille à nouveau, après tant d’années…

 Tout de suite la même émotion qu’alors : le même accueil comme affleure soudainement sous le fatras quotidien un bienheureux souvenir d’enfance, et cette vague de tendresse ruisselle sur les belles dalles taillées de schiste gris blond, excluant de leur appareillage jointoyé à vif l’esprit chafouin du Mal.

Une brise légère anime à cette heure les ombres longues des chênes sur le flanc sud de la chapelle, caresse  arcades et modillons de sa vie passagère. Apprivoisement mutuel dans un silence habité où chacun peut trouver ici ce qu’il cherche.

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Avant d’entrer ( Monsieur A., le gardien amoureux et solitaire de la chapelle m'a confié la clef avec les précautions d’usage – je m’arrêterai au retour), je fais le tour des murs extérieurs, rythmés par la musique des arcatures et de leurs modillons sculptés sous la corniche, des fenêtres meurtrières, des deux portes surmontées de leurs tympans en fort relief: l’élégance dynamique de l’ensemble, la variété des sculptures, leur formidable vitalité est un enchantement…

 

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"Si vous mangez du fruit de l'arbre, vous serez comme des dieux"
Histoire verticale.
 Le tympan de la porte de la façade occidentale: la scène de la tentation au Paradis du couple originel. Un arbre puissamment enraciné pousse droit, portant les fruits de la Connaissance du Bien et du Mal et le Serpent qui s'enlace autour du tronc avec force et élégance dépose dans la main d'Eve le fruit par où l'humanité périclite. 

Le serpent se redresse. 

 Animal rampant voué à la terre, fluide ou immobile, il s'arrache du monde horizontal auquel il appartient et se dresse de toute sa volonté, s'élève de toute sa vigueur intelligente. La dualité du serpent: bienveillant et guérisseur (le serpent d'airain érigé par Moïse dans ledésert, le serpent d'Esculape sur le caducée, le Christ rédempteur figuré sous forme de serpent sur la Croix...), ou symbole de mort, de luxure, bref, du Mal? Donc, si besoin est, le serpent se dresse. Sinon, il se mord la queue - mort et résurrection de l'ouroboros...

( - Ainsi l'homme au cours de l'évolution des espèces acquiert son titre de champion de la verticalité -)

 Car le serpent est le symbole même de l'intelligence, de tous les animaux, c'est même le plus rusé. Sa sagesse acquise, volée? se double de séduction: à la fois tentateur et gardien du sacré, il utilise l'arbre du Paradis pour s'élever et, en faisant goûter ses fruits, entraine la mort spirituelle de ceux qu'il a séduits en leur faisant la promesse trompeuse d'une élévation au rang des dieux, c'est-à-dire de l'immortalité. Il choisit Eve, c'est la plus vive, la plus avide de sensations nouvelles, la plus téméraire, la plus spontanée peut-être aussi? Ou bien la plus intéressée, la plus envieuse, la plus calculatrice? Qui pourrait dire à quel moment précis ces deux là en ont fini avec la pureté de coeur?

"Si je parle à l'homme, il ne m'écoutera pas, car il est difficile d'infléchir l'esprit d'un homme. Voilà pourquoi je préfère m'adresser d'abord à la femme dont l'esprit est plus superficiel (et la voilà entamée, la vaste histoire des femmes trop curieuses, en passant par Barbe Bleue!). Je sais qu'elle m'écoutera car la femme prête attention à chacun. (Glosez comme vous voudrez)

 Adam, tout comme Eve, tend la main du désir vers le fruit défendu: certes ils n'ont pas encore croqué dedans, mais déjà ils ont pris la mesure de leur nudité et se cachent le sexe de l'autre main... Leur conscience s'éveille...  Deux étoiles stylisées semblent accompagner de leur chute celle de nos pauvres parents... Annonce d'exil et de mort.

L'Arbre du Paradis lui aussi s'élève, mais sans artifices, sans engrais chimiques ni tripotages transgéniques (pas encore eu besoin de les inventer).

Futur arbre de la Croix.

Axe cosmique de l'univers, l'arbre exprime la croissance naturelle de la vie et l'aspiration de l'homme intérieur à se régénérer par la vie spirituelle: ses racines solides plongent dans le monde souterrain, celui des enfers, celui de l'obscurité, celui des trépassés, mais aussi celui de l'humus nourrissant des reliques des Saints, et il projette ses branches vers le monde céleste, en recevant lumière et eaux fécondantes.

Curieusement, les branches de l'arbre préfigurent à leur façon les bras de la Croix.

L'Arbre de la Croix :

 "(...) Cet Arbre qui s'étend aussi loin que le ciel, monte de la terre aux cieux. Plante immortelle il se dresse au centre du ciel et de la terre: ferme soutien de l'univers, lien de toutes choses, support de toute la terre habitée, entrelacement cosmique, comprenant en soi toute la bigarrure de la nature humaine. Fixé par les clous invisibles de l'esprit, pour ne pas vaciller dans son ajustement au divin; touchant le ciel du sommet de sa tête, affermissant la terre de ses pieds, et, dans l'espace intermédiaire, embrassant l'atmosphère entière de ses mains incommensurables. (...)

Hymne composé par Hippolyte de Rome au IIIème siècle

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à Aregno, église de LA TRINITA: représentation de l'Arbre et de la Croix enlacés...
Elizabeth

(à suivre)