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03/03/2013

Conférence de Michel-Edouard Nigaglioni au SPAZIU

Vendredi 8 mars à 18 h, au Spaziu à l'Ile Rousse,

conférence de Michel-Edouard Nigaglioni

sur l'invitation du Spaziu et de l'Association Saladini 


C'est avec beaucoup de plaisir et d'intérêt que nous viendrons écouter ce passionné du patrimoine insulaire: merci à Marie-Noëlle Acquaviva et au Spaziu de l'accueillir en Balagne.


Pour ceux qui ne connaitraient pas Michel-Edouard Nigaglioni:

 

Michel-Edouard Nigaglioni, né en 1964 à Marseille, est issu d’une famille originaire de Morsiglia, dans le Cap Corse. Historien de l’art, il est diplômé de l’Université de Provence et de l’Université de Corse ; il s’est spécialisé dans la peinture corse de la période baroque. Directeur du Patrimoine de la Ville de Bastia, et Conservateur Délégué des Antiquités et Objets d’Art du Département de la Haute-Corse, il est l’auteur de nombreux articles publiés dans des revues historiques ou des catalogues d’exposition, publiés en France et en Italie. Il est l’auteur de notices biographiques concernant des peintres corses publiées dans l’Encyclopaedia Corsicae (2004), le Dictionnaire historique de la Corse (2006) et l’Encyclopédie Bonneton – Corse (2006). Il vient de publier récemment aux éditions Alain Piazzola une Encyclopédie chronologique illustrée des peintres, dessinateurs et graveurs actifs en Corse, des origines à la fin du XIXe siècle. Cet ouvrage de 372 pages fait la synthèse de 18 années de recherches menées dans les archives, les musées, les églises, les collections particulières et les demeures privées.

 

***

 

J'avais fait l'annonce (ci-dessous) de la parution de son Encyclopédie en décembre 2012 : un ouvrage essentiel à acquérir impérativement, si vous ne l'avez pas encore fait!

 

 

 

La nouvelle qu'on attendait avec impatience:

Encyclopédie  des peintres recto.jpg

  l'Encyclopédie des peintres actifs en Corse  de Michel-Edouard NIGAGLIONI vient enfin de sortir en librairie, une somme et un très bel ouvrage édité par Alain Piazzola, qui couronne d'innombrables années d'études et de recherches de notre infatigable ami historien de l'art .

Encyclopédie verso.jpg

Une prouesse et une mine de renseignements pour tous ceux qui s'intéressent à l'expression artistique en Corse et à ses créateurs, que ce soit dans le patrimoine public ou privé.Merci, cher Michel-Edouard, de ce beau cadeau de fin d'année, à consommer et à offrir sans compter!

Nous manque seulement la note biographique de Monsieur ANONYME, né il y a déjà tant de siècles, et toujours vaillant en plein XIX°, omettant d'apposer sa signature sur les chemins de croix populaires des petites églises ou les ex-votos, bref, un artiste humble et protéiforme, toujours prêt à mettre son pinceau ou sa gouge au service de la communauté, parfois bien inspiré, et malgré quelques maladresses, toujours efficace.



Encyclopedie des peintres corses.pdf

10/02/2013

Montemaggiore et les Âmes du Purgatoire

Où l'ombre de Don Miguel Mañara Vincentello de Leca y Colona (1627 - 1679) s'égare bien malgré lui à Montemaggiore et  rencontre son avatar Don Juan 

Montemaggiore village blog.jpg

Ces jours-ci, le village de Montemaggiore, tout voisin de Cassano, commune de Montegrosso, Pieve de Pino. Balagne.

Tout d'abord, je vous engage à une lecture passionnante, celle du long article écrit par notre ami Alfredo ORTEGA: " La Corse et Don Juan: la légende noire de Miguel Mañara" pour l'Adecec, à retrouver sur le site:

La Corse et Don Juan: la légende noire de Miguel Mañara

 
 
et je vous invite également à revisiter le documentaire réalisé par Paul Rognoni pour FR3 (Mareterraniu ): "Miguel Mañara, Ange ou Dom Juan"  - 
 
 Miguel Manara, Ange ou Dom Juan - Mareterraniu Productions
mareterraniu.com/?p=Documentaires&i...Miguel-Manara.
 
 
 
Si Prosper Mérimée ne mentionne pas l'épisode corse de Montemaggiore dans sa version de son Don Juan, il n'en reste pas moins à l'origine de la légende noire du don Juan corse lorsqu'il rédige "Les Âmes du Purgatoire" en 1834 : il connaissait bien  l'Espagne où il séjourne pour la première fois en 1830,  et où il fait la connaissance de la famille des Montijo, dont il deviendra un ami proche: Eugénie de Montijo, la future Impératrice des français, épouse de Napoléon III, n'a alors que quatre ans .
Dans sa nouvelle, il transforme le nom de Mañara en Maraña, et comme le signale l'ami Ortega, " Mérimée n'ignore pas que maraña en espagnol, veut dire embrouillamini, tout comme enmarañar, c'est embrouiller".
 
 Nous voilà avertis.
 
Je suis moi-même partie sur la trame d'une maraña aux fils embrouillés en regardant la copie du Don Rodrigo de Cordoba de Murillo. Dans cette enquête j'ai fait la rencontre imprévue de Esteban Bartolomé Murillo et de son cher ami Don Miguel Mañara, deux personnages de la Séville du XVII° siècle,  tout-à-fait historiques, remarquables et bien documentés. En ce qui concerne le vrai Don Miguel Mañara, je renvoie à nouveau, en résumé,  à l'excellent article d'Alfredo Ortega,  mais aussi au livre d'Enriqueta Vila Vilar: "LES CORZO ET LES MAÑARA , les Corses de Séville dans le commerce des Indes", Editions Alain Piazzola - 2004. Histoire de ces familles corses partant à l'aventure pour  réaliser leur destin sur des terres étrangères parfois si lointaines, suivant le sillage de Christophe Colomb, courageux, commerçants surdoués,  ambitieux, en quête de reconnaissance et d'ascension sociale et qui trouvent à Séville le creuset idéal de leur anoblissement ...
L' on apprendra, entre autres, que , construisant l'église (inaugurée en 1674) de la Caridad , institution hospitalière et charitable créée par Don Miguel Mañara, il va faire appel aux meilleurs artistes de l'époque pour enflammer la dévotion des Sévillans, et parmi eux, au plus sévillan des artistes de l'époque, à son ami Murillo, "qui fut le parrain de deux de ses fils" (A. Ortega). L'histoire ne dit pas si mon Santo Rodrigo de Cordoba faisait partie de cette aventure ...
 
Bref, le véritable Don Miguel Mañara est déjà un personnage d'une telle étoffe baroque et charismatique  qu'il n'était sans doute pas besoin de le charger d' un double mythique... Cela dit, revenons à Montemaggiore, lieu du forfait incestueux prêté par Esther Van Loo à son Don Juan lorsqu'elle rédige en 1950 son fantasque  "Le vrai Don Juan, Don Miguel de Mañara" .
 
Bref, dans cet embrouillamini don-juanesque, nous retiendrons de Mérimée qu'il fait démarrer sa nouvelle avec la contemplation par le petit Juan Maraña d'un tableau des Âmes du Purgatoire qui l'impressionne fortement et l'accompagne au fil de l'histoire,  entraînant in fine sa spectaculaire conversion.
 
Dans la très belle et souffrante église Saint Augustin de Montemaggiore, parmi les oeuvres les plus intéressantes,  il y a une toile  ...  qui n'a certainement pas inspiré le Don Juan de Mérimée! mais que je veux évoquer ici:

Montemaggiore - autel du Rosaire.jpg

l'autel du Rosaire et ses stucs raffinés datables, d'après notre amie Caroline Paoli,  des années 1770/1780 et "attribuables à l'un des frères Cagliata, Antonio ou Giuseppe, très actifs entre ces deux dates et originaire de Lunigiana.

 

Montemaggiore - Rosaire et Âmes du Purgatoire blog.jpg

accueille cette toile peinte et repeinte par des auteurs anonymes :

Remise du Rosaire Montemaggiore blog.jpg

au centre du tableau,. le sujet de la donation du Rosaire par la Vierge et l'Enfant à St Dominique et Ste Catherine de Sienne est tout-à-fait conforme à la norme. 

Tout autour du motif central, les quinze mystères du Rosaire déroulent leur efficace catéchisme:
 
Annonciation Rosaire Montemaggiore blog.jpgmystères douloureux Rosaire Montemaggiore.jpg

mystères glorieux blog.jpg

Tandis que sous cet ensemble habituel l'on découvre la raison de cette dévotion: il s'agit bien d'aider à la délivrance de ces  pauvres âmes du Purgatoire par la récitation du Rosaire. Je vous laisse découvrir le récit savoureux qu'en fait notre peintre anonyme de Montemaggiore:

Montemaggiore Âmes du Purgatoire -Rosaire copy.jpg

 

 Ne dirait-on pas une plaisante publicité pour quelque chaude station balnéaire?

bain de flammes blog.jpg

Rien de très terrifiant dans ce bain de flammes ... on est bien loin de la description fantasmée de Mérimée:

" Il y avait dans l’oratoire de la comtesse de Maraña un tableau dans le style dur et sec de Moralès, qui représentait les tourments du purgatoire. Tous les genres de supplices dont le peintre avait pu s’aviser s’y trouvaient représentés avec tant d’exactitude, que le tortionnaire de l’Inquisition n’y aurait rien trouvé à reprendre. Les âmes en purgatoire étaient dans une espèce de grande caverne au haut de laquelle on voyait un soupirail. Placé sur le bord de cette ouverture, un ange tendait la main à une âme qui sortait du séjour de douleurs, tandis qu’à côté de lui un homme âgé, tenant un chapelet dans ses mains jointes, paraissait prier avec beaucoup de ferveur. Cet homme, c’était le donataire du tableau, qui l’avait fait faire pour une église de Huesca. Dans leur révolte, les Morisques mirent le feu à la ville ; l’église fut détruite ; mais, par miracle, le tableau fut conservé. Le comte de Maraña l’avait rapporté et en avait décoré l’oratoire de sa femme. D’ordinaire, le petit Juan, toutes les fois qu’il entrait chez sa mère, demeurait longtemps immobile en contemplation devant ce tableau, qui l’effrayait et le captivait à la fois. Surtout il ne pouvait détacher ses yeux d’un homme dont un serpent paraissait ronger les entrailles pendant qu’il était suspendu au-dessus d’un brasier ardent au moyen d’hameçons de fer qui l’accrochaient par les côtes. Tournant les yeux avec anxiété du côté du soupirail, le patient semblait demander au donataire des prières qui l’arrachassent à tant de souffrances. La comtesse ne manquait jamais d’expliquer à son fils que ce malheureux subissait ce supplice parce qu’il n’avait pas bien su son catéchisme, parce qu’il s’était moqué d’un prêtre, ou qu’il avait été distrait à l’église. L’âme qui s’envolait vers le paradis, c’était l’âme d’un parent de la famille de Maraña, qui avait sans doute quelques peccadilles à se reprocher ; mais le comte de Maraña avait prié pour lui, il avait beaucoup donné au clergé pour le racheter du feu et des tourments, et il avait eu la satisfaction d’envoyer au paradis l’âme de son parent sans lui laisser le temps de beaucoup s’ennuyer en purgatoire."

 

à suivre!

 

 

 

 

 

 

12/11/2012

la prochaine exposition du Musée de la Corse, à Corte.

Une programmation du Musée de la Corse qui nous intéresse tout particulièrement pour l'année à venir:

" La Corse et la musique. Entre tradition et modernité "

 

cetera et clavier.jpg

( décor du petit orgue Saladini de la maison Giuliani: cetera et clavier)

 

Extrait de la présentation à retrouver sur le site du Musée:

http://www.musee-corse.com/index.php/fre/Nos-expositions/Les-expositions-en-preparation/La-Corse-et-la-musique.-Entre-tradition-et-modernite

" L'exposition ouvrira ses portes en juin 2013 ...

 

Le sujet choisi, permet d’aborder le phénomène de la musique, perçu comme une entité identitaire que le peuple corse ressent, transmet et a su alimenter depuis des siècles.

La période historiquement abordée de cette exposition, se déroule du dernier quart du XIXème siècle jusqu’à nos jours et embrasse toutes les formes d’expression musicale répertoriables, allant de l’opéra à la chanson corse, de la danse aux musiques instrumentales, des chants polyphoniques emprunts du sacré et du profane, tout en tenant compte des précieux rouages nécessaires à leurs transmissions.

Une sémantique poétique entre une spécificité d’expression artistique et verbale est liée à la langue corse et à la musique. Cette fusion est impliquée dans la vie de tous les jours ainsi qu’aux différents lieux de son territoire et cela au rythme des saisons. Elle en est un symbole permanent.

Cette symbiose unique implique une étude descriptive des moyens mis en œuvre par la communication, la diffusion et l’apprentissage de la pratique et de la création musicale.

Ce pouvoir musical alimente un mouvement ininterrompu, intensifié de toutes ses particularités en exprimant sa propre ontologie par une force de cohérence et de cohésion exceptionnelles.

L’éternelle jeunesse de la musique corse tient en elle son passé, son présent et son avenir. De sa tradition populaire, de son oralité depuis toujours, de sa musique écrite et celle dite savante depuis le XXème siècle, sont enrichies années après années, des particularités de sa typologie originelle.

La musique corse permet de définir les éléments immanents d’une richesse humaine et sociale au-delà du temps.

 

 

Commissaire général d'exposition :

Joseph-François KREMER-MARIETTI, Directeur de la culture et du patrimoine de la Collectivité territoriale de Corse.

Commissaire d'exposition :

Philippe SALORT, ethnomusicologue, chargé du secteur de musicologie générale au musée de la Corse.

Commissaire associé d'exposition :

Bernard PAZZONI, ethnomusicologue, responsable de la Phonothèque du musée de la Corse."


Vaste et riche programme !  Ne doutons pas que que toutes les pratiques musicales seront abordées, qu'elles soient populaires ou plus bourgeoises, qu'elles soient collectives ou individuelles, pratiques qui reflètent fidèlement le tissu humain de chaque village ou des villes. 

Nul doute que les musiques traditionnelles seront à l'honneur, après l'oeuvre pionnière de Felix Quilici sillonnant la Corse au lendemain de la guerre, riche de ces kilomètres d'enregistrement (dont a hérité le Musée de la Corse) qui mettaient en lumière l'incroyable diversité de la musique et des musiciens sur l'île, mais aussi sa cohésion profonde.

Il est également vrai que la musique se jouait aussi dans les demeures des notables, une musique écrite, celle-là, et au goût du jour: il m'est arrivé de rencontrer dans les maisons des Sgiò  (notables villageois) un piano ancien,  voire un  piano-forte, près duquel dormait encore toute une littérature jouée autrefois par les jeunes filles "de bonne famille" : entre deux chansons mélancoliques, toutes ces réductions d'opéras à la mode dont on était friand à l'époque.

Ces mêmes opéras qui pouvaient également alimenter l'inspiration de l'organiste* en quête d'une bonne ouverture solennelle pour la messe, parfois vigoureusement ponctuée par la " Banda Militari" ,

 

Muro banda militari blog.jpg

(la Banda Militari de l'orgue de Muro)


  quitte à jouer par la suite une petite valse sentimentale à l'offertoire ou quelque polka  guillerette pour le retour de la communion ... Il suffit de lire certaines méthodes d'harmonium et d'orgue de la seconde moitié du XIX° siècle ( comme celle d'Alexandre Bruneau qu'avait eu entre les mains au petit séminaire l'ancien curé de Belgodère)  pour comprendre combien les frontières entre profane et sacré sont perméables. Dans le nord de la Corse en particulier, l'esthétique orchestrale, influencée par l'opéra, s'épanouit en cette fin du XIX° siècle avec les orgues de la firme Agati-Tronci (de Pistoia) et offre aux villageois les plus modestes comme aux notables le partage des joies d'une musique plutôt populaire, variée dans ses sonorités et ses émotions ...

Ajoutons que nos organistes de village, bons musiciens d'oreille et rendant service à l'église, abordaient à la messe le clavier de l'orgue avec autant de spontanéité que, pour leurs sérénades ou leurs contre-danses,  les boutons de leur accordéon diatonique ou que le manche de leur violon.  Le répertoire favori de l'ancien organiste d'Aregno pour ses sorties de messe,  (et qui a laissé des souvenirs émus chez les anciens du village) était :   " Etoile des neiges" ,  de quoi  affronter sereinement le restant de la semaine !
( Nous évoquons un temps où les distractions n'étaient pas, comme aujourd'hui,  pléthoriques)

Bref, j'espère que les orgues de Corse, qu'ils soient joués par des organistes confirmés ou   "de routine",  trouveront aussi la place qu'ils méritent dans cette exposition, d'autant plus qu'ils ont baigné à cette époque, comme les chants, le quotidien de  la communauté ou du moins participé chaque dimanche à la fête liturgique.

Je rappelle aussi à ce sujet que les orgues, sortant de l'espace liturgique,  ont parfois trouvé place dans les salons de musique des Sgio du XIX° siècle, comme le petit orgue  d'Anton Giuseppe Saladini ( début XIX° s.) construit pour la maison Giuliani, à Muro, et acquis par le Musée de la Corse ou comme celui que le facteur d'orgue Gaspard Domini construisit en 1876 à Feliceto dans sa maison familiale pour enseigner la musique à ses nombreux enfants:

 

Gaspard Domini orgue entier.jpg

À ce propos, vous pouvez visiter la note concernant notre cher Gaspard Domini, auteur de cinq orgues en Corse entre 1867 et 1902 :

http://elizabethpardon.hautetfort.com/archive/2008/08/06/gaspard-domini1.html

 

01 orgue Crudeli volets ouverts blog.jpg

Ajoutons enfin que la facture d'orgue insulaire a engendré l'éclosion de cet art  monumental des tribunes qui faisait encore la fierté des villageois des décennies après la mort de leur créateur. Citons,  (extrait du livre de Sébastien Rubellin: L'Orgue Corse de 1557 à 1963, éditions Piazzola, page  161)  cet article du Bastia-Journal daté du 9 Janvier 1905, sous le titre

"Les vieilles orgues de la Collégiale Insigne de Speloncato"


"Parmi les monuments remarquables, et ils sont nombreux, de cette église, nous signalerons à ses visiteurs, amateurs de sculpture, peinture, musique, la tribune ou l'orchestre, d'où émerge le buffet contenant l'orgue.

Que l'on se figure une admirable coquille marine ailée, semblant s'élancer dans l'espace, aux sons entraînants, sublimes, d'une musique religieuse.

Ce monument est l'oeuvre, non, le chef-d'oeuvre d'un enfant de Speloncato, Anton, Giuseppe, Domenico, Saladini, célèbre ébéniste, sculpteur du premier Empire dont les meilleurs meubles datent de 1806 à 1840.

Aux descendants de cet homme de génie, qui habitent Speloncato, Bastia, et le Cap Corse, nous souhaitons de s'illustrer en ébénisterie comme leur ancêtre [...]"

Cetera Salvatore Saladini 1 petit.jpg

 ( la cetera de Salvatore Saladini )

Enfin, entre autres ouvrages sur le sujet, signalons à nouveau ce beau livre posthume d'Antoine Massoni paru en 2006 (après sa disparition en 2003) chez Piazzola et consacré aux musiques de Corse:

 

Untitled-1.jpg

qui succède à des années d'étude menées par "E voce di u cumune", concrétisées par des publications comme: " Etat des recherches sur les instruments traditionnels en Corse ( Accademia d'Ivagabondi, 1981), ou  " Contributions aux recherches sur le chant corse" (Centre d'ethnologie française, Musée national des arts et traditions populaires, Associu e voce di u cumune, 1992).

Voir également l'ouvrage de Dominique Salini ( professeur à l'Università di Corsica): Musiques traditionnelles de Corse  (publié en 1996 : A Messagera/ Squadra di u Finusellu).

 

* Comme en  témoignage le livre d'orgue manuscrit des Stacchino, père et fils organistes à Bonifacio à la fin du XIX° siècle et au XX° siècle: je garde un très beau souvenir de notre rencontre avec J.B. Stacchino, alors très âgé, en compagnie du tout jeune Bernardu Pazzoni dans les années 1980.

           museu di a corsica,la corse et la musique,antoine massoni

Voir la note:

 http://elizabethpardon.hautetfort.com/archive/2010/11/05/cimetiere-bonifaziu-avec-jean-tardieu.html

 


27/10/2012

Agriate: la ferme d'Ifana

 

Dans l'Agriate en cet automne 2012

une (chaude!) balade

à la rencontre de la ferme génoise d'Ifana

Agriate Colette explique.jpg

avec les fidèles amies Colette, Chantal et Hélène ...

livre Casta 1 .jpg

 

Tout d'abord, je signale ce petit ouvrage précieux et charmant , écrit par un amoureux des Agriate, Jean-Michel CASTA et accompagné de bien jolies illustrations de Fabien SEIGNOBOS - publié par le Conservatoire du Littoral, Actes Dud/ Dexia Editions. Le Conservatoire du littoral a acquis depuis 1979 5.514 hectares, dont 35 Kilomètres de côtes qui sont désormais protégées et surveillées.

Je vous renvoie, pour la présentation de l'Agriate, improprement nommé " Désert des Agriates", à quelques sites . Le premier, daté de 2007,  établit le diagnostic de cette région et c'est certainement l'approche la plus pertinente  pour quiconque souhaîte découvrir et comprendre en profondeur cette magnifique région et la politique difficile de sauvegarde d'un patrimoine exemplaire :

 www.agriate.org/documents/diagnostic_agriate0307.pdf -


 
fr.wikipedia.org/wiki/Désert_des_Agriates

et à quelques notes du blog qui concernent le mégalithisme de la région:

http://elizabethpardon.hautetfort.com/archive/2009/06/19/monte-revincu-et-chiesa-nera-14-juin-avec-colette-chantal-et.html
 
http://elizabethpardon.hautetfort.com/trackback/3304402
 

Ce jour-là, nous avions décidé d'aller visiter ou revisiter la ferme d'Ifana, en partant du Domaine de l'Ostriconi sur la N 1197   ...

Agriate en chemin.jpg

En ce mois d'octobre, les pluies ont eu le temps de réveiller la nature de sa torpeur estivale. Journée chaude, en dépit de ce milieu d'automne : le ciel un peu voilé fait chanter les verts dans ce vaste paysage de collines et de montagnes.

 

L'Oriu.jpg

En chemin, cette occupation forte: 

l'oriu de près.jpg

un oriu,

intérieur oriu.jpg

habitation troglodyte aménagée dans un abri sous roche,

utilisée par les anciens agriculteurs venus de Balagne ou du Cap Corse de la fin du printemps jusqu'à l'automne (après labours et semailles),  puis par les bergers en transhumance d'hiver. Elle nous raconte la vie ancienne dans l'Agriate, une vie rude sur des sols souvent pierreux et revêches , un peuplement nomade,  riche d'activités qu'il nous faut à présent imaginer: s'il reste encore quelques bergers, les nombreux petits cultivateurs d'autrefois ont disparu. Les incendies cataclysmiques ont détruit une partie de cette région autrefois si cultivée qu'elle avait reçu ce nom d'Agriate (ager, le terrain cultivé ou cultivable): à partir du moment où la nécessité vitale ne maintient plus les hommes sur leur territoire, la désertification commence et les jours de grand vent, les feux peuvent déferler à leur aise ... Ce qui fut le cas du dernier grand incendie de 1992, massacrant faune et végétation . Depuis la vie a repris, mais les arbres cultivés ne se sont pas renés de leurs cendres,

 

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laissant désormais la place aux oliastres, au maquis,

aux chasseurs et aux randonneurs ...

Agriate arbousiers.jpg

festin de couleurs : les arbousiers fleurissent et fructifient

Agriate pagliaghji.jpg

deux pagliaghji ( pailliers) au bord de la piste, avec le toît arrondi, caractéristique de la région.

Agriate Ifana de loin.jpg

 après deux petites heures de marche à travers la solitude du maquis, des cystes, des arbousiers, des oliastres, d'une végétation opiniâtre et généreuse resurgie au lendemain du feu,  saine,  sobre, libre,  cavalcadant sur la pierraille, ô combien odorante ...
et soudain, au loin,

Agriate ferme d'Ifana.jpg

 la voilà, imposante, orgueilleusement dressée en son vallon, sur son territoire organisé, maîtrisé, scandé de murs, d'enclos, de jardins, planté d'oliviers, de fruitiers ...

Agriate ferme d'Ifana détail.jpg

la ferme génoise d'Ifana et ses dépendances,

la maison dIfana.jpg

Construite au XVII° siècle pour répondre à la politique génoise de développement de l'agriculture, la ferme d'Ifana sera tout d'abord gérée par la famille aristocratique génoise des Spinola: " Ceux-ci s'engageaient à développer la culture du blé, de la vigne et de l'olivier, ainsi qu'à bâtir ou à consolider les tours littorales" ((J.M. Casta, " Les Agriate", opus cité plus haut). L'histoire du domaine d'Ifana suit l'histoire de la Corse: après 1769, confisqué sous l'Ancien Régime, balloté entre bien national ( sous la Révolution) et propriété privée, il finit, et cela est heureux, par être acquis par le Conservatoire du littoral,

bergerie et maison acec les 2 C.jpg

qui a déjà mis la toîture des deux principaux bâtiments hors d'eau, la grande maison de maître et la bergerie.

 

Agriate bergerie Ifana.jpg

la somptueuse bergerie, surmontée d'un étage où logeait le berger,

 

Agriate Bergerie Ifana intérieur.jpg

longue de ses 25 m, avec ses arcades et sa voûte basse dit assez l'opulence du domaine.

Ifana l'orme.jpg

Devant la façade de la grande demeure, un vieil orme, miraculé des feux,

le vieil orme.jpg

distille sa lumière à travers un  feuillage encore bien vivace,

le vallon d'Ifana à travers l'orme.jpg

résiste et veille sur le vallon : oliviers eux aussi rescapés des flammes...  murs, douceur d'un paysage travaillé au long des siècles.

le four à pain ensemble.jpg

près de la maison,

le four à pain.jpg

le four à pain, prêt à reprendre du service.

Au rez-de-chaussée de la maison, les pièces réservées à l'exploitation:

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comme ce palmentu (pressoir),

Ifana graffiti sur le crépi du palmentu.jpg portant sur son reste de crépi d'énigmatiques incisions ... Un compte ? oui, peut-être, mais de quoi?

à l'étage abandon.jpg

puis à l'étage , l'abandon des anciennes et nobles pièces d'habitation...

cheminée cuisine.jpg

avec cette cheminée aménagée de la cuisine

Graffiti.jpg

et sur une cloison, ces extraordinaires graffiti historiques :        

  " Souvenir inoubliable de joie 8 mai 1945",

accompagné de croix de Lorraine,

graffiti 2.jpg

et de drapeaux tricolores : témoins de l'histoire contemporaine, échos émouvants et inattendus de la Seconde Guerre mondiale en Corse * ...

Nous en sommes réduits à imaginer les auteurs de ces inscriptions: des résistants, ou de simples habitants de la vallée libérés des contraintes de cette époque troublée?

Ifana oliviers champs murs.jpg

Tout autour, scandés de murs de perres sèches, de beaux champs et leurs oliviers préservés, où s'entend encore le travail de ces générations d'hommes et de femmes pour qui sait écouter ce que murmurent les pierres et les arbres

Ifana la grande aire.jpg

et un peu plus haut, bien ventée, l'aghja:

par ses dimensions,  cette très grande aire de battage signe elle aussi la richesse du domaine d'Ifana.

Ifana le pommier sauvage.jpg

à côté, ce pommier sauvage

Ifana ensemble maison bergerie.jpg

Il est temps de laisser - à regret - derrière nous cet ensemble encore façonné par tant de témoignages du labeur humain et de la volonté politique d'une mise en valeur programmée de la Corse par ses divers "gestionnaires". Gageons que le Conservatoire du littoral saura trouver les subsides nécessaires à la restauration et la sauvegarde de ce patrimoine si particulier et charhé d'histoire, et qu'il saura dégager une politique efficace pour le transmettre et le gérer au mieux des intérêts de la collectivité.

 

* A lire au sujet de cette période tourmentée de la Seconde Guerre en Corse  l'excellent livre d'Hélène CHAUVIN: " La Corse à l'épreuve de la guerre, 1939-1943" , dans la collection Chroniques, Vendémiaire Editions.

 

 

 

 

 



 

25/03/2012

Mines et métallurgie du fer en Corse

Mines et métallurgie du fer en Corse - Pierre Comiti.jpg

Mines verso.jpg

 

Toujours en recherche sur le monde énigmatique des stèles de l'Ampugnani, il nous a paru intéressant d'explorer l'environnement humain de cette région. Nous avions découvert l'existence dans la toponymie de Casalta d'une "ferriera". J'ai eu la bonne surprise de découvrir dans cet excellent ouvrage de Pierre Comiti sur les mines et la métallurgie du fer en Corse, la référence (p. 253) de cette  "ferriera" de Casalta au lieu-dit Li Santelli, établissement de type  "plan à bas-foyer", construit en 1740 par Carlo Casella, et encore en activité en 1857 ...

 

Le livre de P. Comiti regorge de renseignements précieux nous permettant de mieux appréhender ce monde  de la métallurgie si important dans une société rurale, les forgerons de chaque communauté transformant le fer produit dans la ferreria la plus proche en outils indispensables à la vie agro-pastorale de la région.

Il en ressort que le fer traité provenait en majeure partie des mines de l'Ile d'Elbe,  que les ouvriers spécialisés étaient en majorité italiens, et que les charbonniers qui produisaient la grande quantité de charbon nécessaire au fonctionnement de la ferriera étaient parfois aussi italiens, en particulier de Lucca. On apprend aussi que lorsque Carlo Casella entreprend la construction de cette ferriera de Casalta, " Les hommes de la communauté de Bonifatio de Monte d'Olmo et ceux d'Alzi, sachant les bienfaits procurés par un tel établissement, se réunissent à la sortie de la messe, sur la place de l'église Saint Cosme-Saint Damien et décident de fournir gratuitement le bois à charbonner. Ils s'engagent aussi à fournir tout le bois nécessaire au bon état de la ferriera et à le conduire gratuitement à l'établissement. Casella pour sa part s'engage à fournir aux communautés tout le fer dont elles auront besoin, à 2 sous 4 deniers la livre. Deux actes signalent le même engagement des communautés de Pruno et Scata." (p.122) ( Des communautés proches de Casalta).

On peut suivre les échanges, voire les conflits, entre les travailleurs italiens et leur patron - et les habitants de la Pieve, ainsi que les problèmes de gestion de l'eau et du bois, tous deux nécessaires au fonctionnent de la ferriera.

Cette population italienne aurait-elle en son temps ( au XIX° siècle) contribué à la diffusion des idées des carbonari ou de sa forme locale - i Pinnuti - dont nous trouvons peut-être un écho sur les stèles de l'Ampugnani ?

 

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http://elizabethpardon.hautetfort.com/archive/2011/12/30/le-mystere-des-steles-gravees-de-campiestru.html

http://elizabethpardon.hautetfort.com/archive/2012/01/02/les-steles-gravees-de-campiestru-suite.html

http://elizabethpardon.hautetfort.com/archive/2012/03/04/deux-autres-steles-esoteriques-de-l-ampugnani.html)


Cet ouvrage est complémentaire du beau livre, généreusement illustrée et riche de documents, d'Alain Gauthier, chez Albiana: deux livres qui évoquent l'aspiration légitime de la Corse au monde du progrès, les espoirs souvent déçus des investisseurs ...

Alain Gautier Mines et mineurs de Corse.jpg

 Et si le véritable progrès et la véritable "mine" de la Corse résidaient dans le respect de cette nature si généreuse, tour-à-tour grandiose, rude et douce aux yeux et au pas, lentement humanisée mais sans les excès de l'industrialisation et du profit à court terme? 

 

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hier, un oriu sous le Capu Bracaghu (territoire de Lavatoghju): aménagement d'un abri sous-roche naturel.

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(sur les pentes de Bracaghju: montagnes granitiques et plaines)

(à suivre!)