Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

20/07/2014

le Nebbiu avec la Montagne des Orgues, mercredi 23 Juillet

 l'Association Saladini propose

Mercredi 23 Juillet 2014

une journée de la Montagne des Orgues  avec la découverte, entre Balagne et Cap Corse, de l’ancien diocèse du Nebbio

 chapelles romanes et églises baroques des pièves d’Oletta et de San Quilico:

Accueil à 9h à Saint Florent devant la cathédrale ... dont nous réservons la visite pour une autre fois !

... voir la note d'une visite ancienne :
Calendar

http://elizabethpardon.hautetfort.com/archive/2009/05/24/balade-dans-le-nebbiu-23-mai-2009.html

 

Oletta décor coupole Giavarini.jpg

 

Oletta , décor monumental de la coupole par Francescu Giavarini

Nous commencerons notre balade par la petite route (D 238) qui nous conduira ( en passant par Poggio d’Oletta)  jusqu’à Oletta ( avec sa grande église St André et dont nous entendrons le bel orgue Agati-Tronci),

 

Murato  serpents oiseaux blog.jpg

San Michele de Murato: serpents et oiseaux ...

 

puis nous irons à la rencontre de l’église pisane emblématique de San Michele à Murato,

à retrouver sur les notes du blog:

 

L'occasio de retrouver ces notes déjà un peu anciennes, inspirées par cette église piévane qui porte le décor le plus foisonnant de Corse ... Regroupées ci-dessous, pour les plus courageux!

1°/Murato, église San Michele, ancienne piévanie de Bevinco:

http://elizabethpardon.hautetfort.com/archive/2009/03/02/san-michele-de-muratu.html

 

2°/ Murato, San Michele, toujours la façade Sud:

http://elizabethpardon.hautetfort.com/archive/2009/03/14/murato-eglise-san-mieli-suite.html

 

3°/Murato, San Michele, suite 3

http://elizabethpardon.hautetfort.com/archive/2009/03/19/murato-san-michele-suite-3.html

 

4°/ Murato, à propos des Sirènes:

http://elizabethpardon.hautetfort.com/archive/2009/03/22/murato-san-michele-suite-4.html 

5°/ Murato, à propos des symboles:               

http://elizabethpardon.hautetfort.com/archive/2009/03/26/murato-san-michele-suite-5.html

6°/ Murato, autour du carré, du cercle, de la croix :

http://elizabethpardon.hautetfort.com/archive/2009/03/27/murato-san-michele-suite-6.html

7°/ Murato, à propos de la dualité et du couple:


http://elizabethpardon.hautetfort.com/archive/2009/03/31/murato-san-michele-suite7-dualite.html

8°/ Murato, conjonction conjugale:


http://elizabethpardon.hautetfort.com/archive/2009/04/02/murato-suite-8-le-cantique-des-cantiques.html

9°/ Murato, le Cep et la Vigne:


http://elizabethpardon.hautetfort.com/archive/2009/04/05/murato-san-michele-suite-9-la-vigne.html

 

10°/ Murato, l'Arbre et la Croix:


http://elizabethpardon.hautetfort.com/archive/2009/04/12/murato-san-michel-suite-10.html

 

11°/ Murato, la Vendange mystique:


http://elizabethpardon.hautetfort.com/archive/2009/04/26/murato-san-michele-la-vendange.html

 

12°/ Murato, Saint Michel et l'Homme armé:


http://elizabethpardon.hautetfort.com/archive/2009/05/08/murato-suite-12-l-homme-arme.html

 

13°/ Murato, l'Agneau mystique

     
http://elizabethpardon.hautetfort.com/archive/2009/06/26/murato-suite-13.html

14°/ Murato, l'intérieur de l'église San Michele:


http://elizabethpardon.hautetfort.com/archive/2009/06/27/muratu-san-michele-l-interieur-de-l-eglise.html


 et continuerons notre périple en passant par Rapale, Piève,

- où n'irons pas visiter la chapelle romane San Nicolau ... voir la note ancienne :

PIEVE, chapelle San Nicolao, dite la Chiesa Nera ...

elizabethpardon.hautetfort.com/.../pieve-chapelle-san-nicolao-dite-la-chi...

 

Piève stantari paysage blog.jpg

Pieve, les trois stantari gardiens des lieux ...

 

jusqu’à Sorio (église baroque St Philippe Neri et chapelle romane Sta Maria Assunta di Arca), enfin nous terminerons cette journée à Santo Pietro di Tenda   (église St Pierre) .

 

Renseignements au 06 17 94 70 72

 

 

 

28/05/2009

Nebbiu, balade du 23 mai, suite: Oletta

OLETTA: le couvent Saint François
 
 
couvent St François d'Oletta.jpg
Aujourd'hui propriéte privée, c'est l'une des plus anciennes fondations franciscaines (le 3ème de l'île au chapitre de Narbonne de 1260). Reconstruit en 1390, il va raconter l'histoire de la Corse... Les chroniques rapportent qu'au XVème siècle, le prêtre officiait avec deux pistolets posés sur l'autel: insécurité extérieure et intérieure... Plus tard le couvent va illustrer l'une des plus fortes pages des guerres d'indépendance de la Corse: plusieurs consultes s'y tiennent (1745, 1747, 1750, 1753), témoignant de l'implication du monde franciscain au côté de la jeune nation corse en gestation au XVIIIème siècle.  En 1758, Pascal PAOLI va y installer avec le soutien des moines l'imprimerie nationale: "a Stamperia della verita" d'où sortiront gazette officielle, ouvrages philosophiques, théologiques et historiques. Parmi ceux-là, la célèbre "Giustificazione della revoluzione di Corsica", l'oeuvre de l'abbé Gregorio SALVINI.
Après de nombreux pourparlers, le 15 mai 1768,  le Traité de Versailles  signe le cessation effective par la République de Gênes de la Corse à la France. Le sous-titre du traité dit précisément: "Conservation de l'île de Corse à la République de Gênes". En fait personne n'est dupe, les Gênois se savent incapables pour une longue durée indéterminée de rembourser la dette des frais d'occupation de l'île par les français .
" La République  décide alors de céder la Corse à la France à une seule condition, qui en dit long sur ses craintes, "l'étouffement total, pour ainsi dire, du peuple de Corse" à jamais confiné à l'intérieur de ses montagnes" (proposition du 4 juillet 1767: cf. Histoire de la Corse, chapitre de Fernand Ettori, éditions Privat).
Ecoutons le commentaire de Jacques Gregori (Nouvelle histoire de la Corse, éditions Jérôme Martineau):
"Que signifiait donc ce traité, sinon que Gênes vendait la Corse à la France pour deux millions de livres payables en dix ans?"
et, citant VOLTAIRE dans son Siècle de Louis XV:
" ... C'était en effet céder à jamais la Corse, car il n'était pas probable que les Génois fussent en état de racheter ce royaume; et il était encore moins probable que, l'ayant racheté, ils pussent le conserver contre toute une nation qui avait fait serment de mourir plutôt que de vivre sous le joug de Gênes. Ainsi donc, en cédant la vaine et fatale souveraineté d'un pays qui lui était à charge, Gênes faisait en effet un bon marché; et le roi de France en faisait un meilleur ... Il restait à savoir si les hommes ont le droit de vendre d'autres hommes; mais c'est une question qu'on n'examinera jamais dans aucun traité."
 
Toujours est-il qu'en 1768 le couvent est aux mains des français et que les moines sont forcés de l'abandonner... et qu'il retrouve aujourd'hui une nouvelle vie, laïque cette fois. Notons que l'église du couvent d'Oletta, comme la plupart des églises de couvent de Corse, était dotée d'un orgue, disparu.
CIMG0526.jpg
Notre amie Maryse Guérini, nous attendait à l'église Saint André qu'elle avait ouverte et illuminée pour notre visite: une grande et belle église, construite entre 1777 et 1810, et riche de patrimoine. Elle remplace une église plus ancienne dédiée elle aussi à san Andria, autrefois en contrebas du village ( sans doute détruite aux alentours de 1790). Quelques pierres réutilisées évoquent cet ancien sanctuaire:
Oletta tympan.jpg
dont ce tympan décoré en plat relief, au-dessus de la porte d'entrée: un vigoureux cep de vigne (qui s'en étonnera dans cette région de vignobles ? ), et, à gauche, un personnage brandissant ce qui semble être soit un poisson, soit un glaive (qui s'apprête peut-être alors à accomplir la vendange mystique: voir la note du 29/4/2009 sur ce thème à Murato); à droite de la vigne, difficilement identifiable, une sorte de tronc d'arbre orné d'une gravure serpentine et entouré d'étranges  feuilles-ailes-mains; au pied de l'arbre ainsi qu'au pied de la vigne, l'évocation d'une eau courante; enfin, cabré ou volant? un cheval ailé ...
Oletta coupole Giavarini.jpg
A l'intérieur, ce beau décor mural que l'on doit à Francescu Giavarini (signé et daté de 1817): un bon peintre corse, né à Ciamannacce, en Corse du Sud (merci à Michel Edouard Nigaglioni!). Je fréquente bien volontiers ce peintre: il a décoré la charmante église  San Salvadore de Costa (où je joue régulièrement le petit orgue restauré), peint les volets d'orgue de Corbara (1819), l'église de Cervione etc...
Oletta décor Giavarini.jpg
L'église accueille le tableau miraculeux de "Notre-Dame de la Pitié", auquel l'on attribue de nombreux miracles:
"Un jour, alors que Maria était entrain de pétrir la pâte des gâteaux de Pâques, elle s'entend appeler par son nom:
- Maria, ton fils brûle- Elle se précipite vers le berceau enflammé et étreint son fils sur son coeur"
Oletta Notre Dame de Pitié.jpg

La peinture de la Vierge avait prévenu Maria et ses yeux avaient pleuré: depuis, une fête triennale réunit les fidèles d'Oletta pour commémorer l'évènment et prier la Vierge miraculeuse. C'est même à l'occasion de l'une de ces messes ( à laquelle le Père Pinelli alors archiprêtre de Calvi, m'avait conviée pour tenir l'orgue) , que j'ai rencontré pour la première fois et Maryse Guérini, aujourd'hui l'organiste en titre de St André, et le bel orgue pistoiais des Agati-Tronci, de 1888:

Oletta orgue fermé.jpg
Oletta orgue registres blog.jpg
le tirage des jeux indique un instrument bien fourni... avec de nombreux "jeux de concert", anches, clochettes, banda militari... au goût de l'époque.
Oletta orgue façade blog.jpg
 Relevé par Jean-Louis Loriaut il y a quelques années, c'est un instrument qui a la chance de parler "en situation" de façon régulière sous les doigts de Maryse Guérini et sous ceux des organistes invités en concert. C'est avec plaisir que je l'ai rejoué pour les amis de Speloncato. Pendant que j'explore l'instrument et sa riche palette sonore, les amis peuvent continuer de regarder les nombreuses oeuvres peintes de l'église:
Oletta Retable.jpg
 
entre autres , ce Retable signé de Giovan Michele Romano (autour de 1540): la Vierge allaite l'Enfant Jésus entre Sainte Réparata et Saint André. Au-dessus, de part et d'autre de Dieu bénissant, les deux figures de l'Annonciation, Gabriel et Marie.
Ici se finit la matinée de notre balade dans le Nebbiu:
Oletta tablée amie.jpg
Après un repas sympathique sur la place de l'église,
Oletta Paul et M.F.jpg
Où Paul immortalise la pause prandiale bien gagnée et animée
 
CIMG0546.jpg
discussion avec Edouard sur quelques points épineux de l'histoire de la Corse
Colette Hélène François.jpg
avec le gang des instits Marie-France, Hélène, Colette,  et notre Archiviste de Speloncato, François:  nous avons rendez-vous dès que possible en début d'après-midi avec MURATO et les amis Magnan et Grazziani...
(à suivre)
 
 
 
 

25/05/2009

Balade dans le NEBBIU, 23 mai 2009

23 Mai 2009
Première étape: l'ancienne cathédrale du NEBBIU à San FIURENZU. Pieve du Nebbiu.
groupe blog.jpg
 En début de matinée, le petit groupe d'amis devant la cathédrale Santa Maria Assunta du Nebbiu: Colette prend la photo...
Lion blog.jpg
Lion ...
st Florent blog.jpg
et serpents lovés gardent l'entrée du sanctuaire.
chevet blog.jpg
La façade orientale et sa douce abside: à l'époque où Monseigneur Agostino GIUSTINIANI (1470/ 1536) - l'évêque humaniste qui composera au début du XVIème siècle son "Dialogo nominato Corsica", sa Description de la Corse - avait la charge du diocèse du Nebbiu, des travaux furent engagés pour réparer la cathédrale romane édifiée entre 1125 et 1140, abandonnée par les évêques pour cause de malaria (qui sévissaient dans les marécages voisins) et d'insécurité permanente (razzias barbaresques): il semble que c'est sous Mgr Giustiniani que fut construit un clocher que l'on détruira à la fin du XIXème siècle:
Cathédrale et clocher blog.jpg
Un dessin de 1884 nous montre l'allure générale de cet ensemble Est.
Après avoir sagement tourné autour de la cathédrale, les audio-guides loués à l'Office de tourisme de St Florent vissés aux oreilles, pour voir les modillons sculptés des façades,  nous voici à l'intérieur: une même impression de lumineuse douceur habite l'ensemble.
cathédrale choeur blog.jpg
Ici, le choeur, avec son décor de stucs et de fresques...
cathédrale fresques.jpg
... fresques dégagées par Madeleine ALLEGRINI, lors de ses travaux de restauration dans l'église sous un décor de stucs du XVIIIème siècle: " Il est certain que tout le choeur de la cathédrale conserve des peintures; mais ces fresques sont encore sous les stucs." (Joseph Orsolini: L'art de la fresque en Corse de 1450 à 1520")
autel et colonne blog.jpg
... les décors de stucs baroques s'intégrant sans lourdeur dans l'édifice roman, rythmé par l'alternance de ses colonnes cylindriques et de ses piliers carrés délimitant les trois nefs. Les chapiteaux des quatre colonnes portent des sculptures animalières, des coquilles d'escargot:
chapiteau lion blog.jpg
(ici lion et bélier)
Chapiteau serpent blog.jpg
(là serpents et cercles concentriques)
 Au fond de l'église, côté Sud, un autel accueille St Flor en sa chasse dorée:
St Flor.jpg
 En voici l'histoire:

LA FÊTE TRIENNALE DE LA PRÉCIEUSE RELIQUE DE SAINT FLOR.

" Cette fête qui est célébrée à Saint-Florent, tous les trois ans, le lundi de la Pentecôte, honore la relique de Saint Flor. Elle date de la fin du XVIIIe siècle. Monseigneur Guasco, évêque du Nebbio, de 1770 à 1773, désirant donner à son diocèse, selon les mœurs religieuses de l'époque, une sainte relique, demanda au pape Clément XIV, de lui donner la dépouille d'un soldat martyr romain du IIIe siècle, ensevelie dans les catacombes Saint-Sébastien à Rome, avec la fiole de son sang, indice de son martyr. Le pape donna son accord au responsable d'un des plus anciens évêchés de la Corse.

La dépouille du martyr chrétien fut exhumée et soigneusement rangée dans une chasse de bois de cèdre doré, après avoir été parée de sa tunique brodée aux perles fines, de sa couronne de fleurs et de sa palme de martyr, ainsi que de ses attributs guerriers, car le martyr, un jeune de 15 à 16 ans, avait été un soldat du Christ (d'où la statue du soldat Romain).

Transportée par voie de mer, du port d'Ostie en Italie, en Corse, la chasse contenant la dépouille du martyr, fut débarquée sur la plage de la Marana, près de l'ancienne cathédrale de Mariana, appelée la Canonica.

Là, l'attendaient Monseigneur Guasco, tout le clergé du diocèse de Nebbio et une foule de fidèles de la région de Borgo, du Nebbio et de Saint-Florent.

Après une halte à la Canonica, la chasse du Saint fut transportée à bras d'hommes, en empruntant les sentiers muletiers qui sillonnent la région, depuis Borgo jusque dans la région du Nebbio et de Saint-Florent.

Cela se passait le lundi de la Pentecôte 1771 .

La relique avait été baptisée du nom patronymique de Saint Flor. Les initiales inscrites sur la chasse peuvent être interprétées ainsi : Clément à Saint Flor Martyr (CSFM).

La réception de la Sainte Relique à Saint-Florent, donna lieu sans doute, à une fête grandiose et la chasse fut placée sur le petit autel situé à l'extrémité Est de la nef de droite, coté Sud.

L'évêque du Nebbio institua ensuite la fête de Saint Flor, qui sera désormais célébrée, tous les trois ans, le lundi de la Pentecôte, sous les ornements rouges, propres à la fête de Pentecôte et aux fêtes des martyrs de la chrétienté.

Depuis cette époque, la fête de Saint Flor attira à Saint-Florent une foule de fidèles, venus de toute la région du nord de l'île. Le saint y était vénéré, comme l'avait souhaité Monseigneur Guasco.

Par la suite et près d'un siècle après l'intronisation de ce saint dans la cathédrale Sainte-Marie du Nebbio, la fête de Saint Flor, qui ne cessait d'attirer les foules, fut rehaussée à l'initiative de la municipalité de Saint-Florent, qui en fit une fête patronale de la ville.

Dans sa délibération en date du 6 mai 1877, le conseil municipal, désireux de donner un éclat particulier à la fête patronale de Saint Flor qui, cette année-là sera célébrée le 21 mai , décide d'inviter la musique du 55e de ligne de Bastia pour concourir à la solennité de cette fête. Ainsi s'instituera cette tradition qui est encore observée de nos jours, du concours d'une musique et d'une fanfare lors de la célébration de la fête triennale de Saint Flor.

Pour donner un éclat toujours plus populaire à cette fête, la ville se pare ce jour-là, aux deux entrées de l'agglomération et à l'intérieur même de celle-ci, de plusieurs arches de verdure, de banderoles, de guirlandes colorées, souhaitant la bienvenue aux pèlerins et rendant hommage à Saint Flor.

Autrefois, les villageois pavoisaient leurs fenêtres et les rues empruntées par la procession du Saint, avec leurs plus beaux voiles brodés, les couvre-lits aux couleurs chatoyantes, les tapis et les draps blancs sur lesquels on épinglait les fleurs de la saison : roses, géraniums, marguerites jaunes, glaïeuls des champs, épis de blé, etc. Cela donnait un véritable air de fête, et certains s'ingéniaient même à composer des paniers pleins de fleurs qui, souvent au moment du passage de la chasse du Saint, lors de la procession laissaient tomber, au milieu de la rue, une pluie de pétales de roses et de menues fleurs colorées, en hommage à la Sainte Relique.

Une autre tradition, tombée aujourd'hui en désuétude, consistait à confier à un poète, la composition d'un poème de quatorze vers en deux quatrains sur deux rimes et deux tercets qu'on appelle sonnet.

Ce sonnet était un hommage à Saint Flor et à Saint-Florent. Il était dédié à une dame de la cité que le curé avait choisie comme marraine de la fête.

Après l'office célébré en la cathédrale du Nebbio, la chasse du Saint était portée à bras d'hommes, en procession, aux accents rythmés de la fanfare, jusqu'à l'église Sainte-Anne, ou elle était exposée à la vénération des fidèles. Un nombreux clergé assistait le curé de la paroisse, lors de cette cérémonie.

On a souvent la tentation facile d'assimiler Saint Flor à Saint-Florent. Même si aucun document n'atteste de cela, Saint-Florent (San Fiurenzu), avec Saint Vendemial, fait partie des 46 évêques africains exilés en Corse par les Vandales autour des années 496-523, pendant le règne de Thrasamund.

Dans la région, outre le travail de forestier auquel il fut condamné, il contribua à l'évangélisation des populations locales qui plus tard lui rendirent hommage. Une autre thèse consiste à dire que Saint-Florent aurait subi le martyr en Afrique et que sa relique fut placée dans un sanctuaire cimetérial non trouvé à ce jour, par les mêmes évêques, qui voulurent ainsi vénérer particulièrement un des leurs.

Au VIIIe siècle, suite aux menaces des Maures, la relique de San Fiurenzu fut emportée par l'évêque Titien, à Trevise (Vénétie) ou elle fait l'objet d'un culte fervent et dont on célèbre la fête, en même temps que celle de Saint Vendémial.

La chasse de Saint Flor a été restaurée en 1988 par l'ébéniste bastiais Richard Buckland. Au cours des travaux, ce dernier trouva cinq documents signés d'un certain Paoli glissés dans les plis du coussin sur lequel reposait la tête du martyr. On parla d'un mystère. Il ne s'agissait en fait que de simples reçus de sommes d'argent versées à l'église par ceux qui cultivaient les terres lui appartenant, comme celle de Montfiascone à Santo Pietro di Tenda, alors ensemencée en blé. Cependant on ne saura sans doute jamais, pourquoi ces documents avaient été placés là.

Sous la chasse de Saint Flor se trouve une lourde dalle. Cette dernière obstrue l'entrée du créneau qui donnait accès à la crypte située en-dessous du chœur de la nef centrale.

Après la petite porte d'entrée, coté Sud, l'autel dédié à Sainte Flore (Santa Flora) dont la légende remonte au Ixe siècle, à l'époque ou les Maures furent convertis au christianisme dans la région. Sa fête était célébrée par le chapitre de la cathédrale le 1er mai. Une tradition légendaire invitait les fidèles à sentir la violette sur le mur extérieur droit de l'autel de Sainte Flore, dès le 30 avril au soir, après les Vêpres, jusqu'au lendemain 1er mai.

Plus loin, scellé sur le mur, le marbre porte le témoignage des travaux réalisés en 1715, dans le palais épiscopal proche de la cathédrale, par Nicolas Gaetan Aprosio, évêque du Nebbio.

" Nicolas Gaetan Aprosio, concitoyen et successeur dans l'île, restaura, agrandit et acheva en 1715 cette maison épiscopale irrégulière, abandonnée et tombant en ruines que Jacobus Ruscone, évêque du Nebbio, avait érigée depuis les fondements en 1615. L'an 1715 ".

L'évêque Aprosio est né le 18 août 1682. Il fut envoyé tout d'abord à Dresde, puis nommé évêque du Nebbio, en 1713. Il créa des écoles, s'occupa des pauvres, secourut les infirmes et acheva la maison épiscopale, commencée par un de ses prédécesseurs, l'évêque Ruscone. Il est considéré comme un évêque exemplaire. Il mourut en 1730. Un tableau, peint à l'huile, le représentant, est conservé dans la cathédrale de Ventimiglia.

On trouve ensuite une inscription lapidaire du XVIe siècle. Il est relevé que :

Jean Usodamare, gouverneur de la Corse, du 10 janvier 1572 au 9 mars 1573, fils de Méliaduce, lui-même ancien gouverneur de l'île, donna l'ordre d'ériger près des parois de Sainte-Marie, un monument (tugoriolum) de pardon et d'oubli des haines passées.

Il n'existe plus de trace de ce monument.

Une dernière inscription figure juste au-dessus du bénitier en marbre blanc, datant du XVIIe siècle, posé sur un socle calcaire. Cette inscription est dédiée à :

Paolo Imperiale Terrili (de Terrilli ?), noble génois, d'une grande bonté, qui fut commandant de la place forte. Son oncle paternel, Jacobus (Jacques) a érigé cette plaque à sa mémoire en l'église de la Vierge Mère, en 1529. "

Texte fourni par le Syndicat d'initiative de Saint Florent

 

    Façade ouest cathédrale.jpg

(la façade ouest)

Nous reviendrons sur cette belle cathédrale, si lumineuse dans ses pierres de fin calcaire blanc, en vraie fille de cette région géologique exceptionnelle pour la Corse. En attendant, voici ce qu'en dit  notre inspecteur des Monuments historique, Prosper MERIMEE, dans ses Notes d'un voyage en Corse ( avril 1840). Il est à St Florent le 2 octobre 1839:

"ANCIENNE CATHÉDRALE DE NEBBIO

    Voici encore le type de la Canonica reproduit avec de très -légères modifications dans l'ancienne cathédrale de Nebbio, près de Saint-Florent. Même plan et presque mêmes dimensions, même absence de voûtes et de contreforts, même arcature sur les faces latérales, même motif d'ornementation pour l'apside. Il faut noter la forme des fenêtres un peu moins étroites que celles des églises précédentes. Des colonnes légèrement fuselées, alternant avec des piliers carrés, séparent les trois nefs de la basilique. Les chapiteaux des colonnes sont historiés, d'une médiocre exécution, mais les reliefs ont une saillie inusitée; les piliers n'ont que des tailloirs sans ornements; un seul se fait remarquer par des moulures bizarres qui se recourbent aux angles, de façon à figurer une espèce de crochet.
     La façade, mieux conservée que celle de la Canonica, mérite seule quelque attention. Elle offre, en quelque sorte, l'image d'une coupe transversale de l'édifice. Un fronton un peu moins surbaissé que les frontons antiques surmonte les murs de la nef centrale, qui s'élèvent au-dessus des collatéraux et s'y relient par une corniche rampante. Ainsi, l'on peut distinguer dans cette façade deux étages. L'inférieur présente cinq arcades figurées en plein cintre; celle du milieu, plus élevée que les autres, percée d'une porte carrée, séparée d'une fenêtre ou d'une espèce de tympan à jour par un épais linteau de pierre. Tous ces pilastres ont des chapiteaux, la plupart historiés, représentant des animaux fantastiques, un lion, des serpents entrelacés, etc. Dans le tympan des deux arcades qui répondent aux bas-côtés de la nef, on remarque quelques ornements, des étoiles, des cercles incrustés dont la couleur verte se détache du blanc éclatant de l'appareil. C'est un rapport de plus avec la Canonica. A l'étage supérieur il n'y a que trois arcades figurées, celle du milieu contenant une grande fenêtre en plein cintre. Au-dessus, une meurtrière en croix occupe le centre du fronton.
     Les sculptures qui ont quelque saillie, l'emploi de colonnes, l'élargissement des fenêtres, sont autant d'indices qui me font regarder cette église comme plus moderne que la Canonica. Je ne la crois pas antérieure à la fin du XIIe siècle.
     Trompé par des renseignements inexacts, je m'attendais à trouver, à Saint-Florent, des reliquaires anciens; mais je n'y vis qu'une châsse toute moderne, envoyée de Rome, et contenant un squelette revêtu d'un habit de guerrier romain (vrai style d'Opéra), tout couvert de mauvais oripeaux et de verroteries. Ce sont les reliques de saint Florus qui, en compagnie de sainte Flore, a le patronage de la ville de Saint-Florent. Tous les deux sont fort vénérés dans le pays, et quelques stylets rouillés, quelques pistolets hors d'état de faire feu attestent les conversions qu'ils ont opérées.
     Au nord de l'église, et près d'une porte latérale, on me fit remarquer trois trous qui traversent le mur irrégulièrement. Il me semblait que c'était le résultat d'une distraction des ouvriers qui avaient bâti le mur. Toutefois ces trous sont en grande réputation. Tous les ans, le jour de la fête de sainte Flore, ils exhalent une odeur de violette. Le fait rapporté par Ughelli ( Italia Christiana, tome IV)  me fut attesté par le maire et le curé de Saint-Florent qui m'engagèrent à bien flairer les trous susdits, m'avertissant que je ne sentirais rien du tout, ce qui se trouva parfaitement vrai."

Prosper Mérimée, Notes d'un voyage en Corse (avril 1840).

Faut-il faire un commentaire?

Avant de quitter l'ancienne cathédrale du Nebbiu, prenons le temps de regarder ce beau tombeau dans son dialogue silencieux avec  Santa Maria Assunta:

2-Tombeau St Florent.jpg

 (à suivre)