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18/01/2013

Le chef-d'oeuvre de Francesco Giavarini à Costa

Une oeuvre à découvrir en Balagne:

 

Costa paysage 1 blog.jpg

dans le petit village de Costa, Pieve de Tuani,

Costa église San Salvatore blog.jpg

cette modeste église San Salvatore abrite une oeuvre remarquable :

Costa-ensemble voûte- Francesco Giavarini blog.jpg

Francesco Giavarini réalise vers les années 1818- 20 cet étonnant  décor peint qui mériterait un programme de sauvegarde et de restauration. Souhaitons que la communauté de Costa puisse, dans un temps proche, trouver les moyens de mettre hors de danger cet ensemble remarquable :

orgue de Costa centré blog.jpg

le village de Costa a su, en 2004, et ce, malgré la modestie de ses moyens, faire restaurer cet délicieux petit orgue anonyme du début XIX° siècle. Espérons que l'ensemble du décor peint de Giavarini connaîtra un sort aussi enviable: un dossier est d'ors et déjà en cours pour refaire le toît, ce qui en soi est déjà une prouesse financière pour une toute petite commune (même si les subventions montent à 80%, les 20 % restant à la charge de la communauté pèsent lourd).

Francesco Giavarini est, nous dit Michel-Edouard Nigaglioni (Encyclopédie des peintres actifs en Corse, éd. Piazzola), un "peintre décorateur et peintre de chevalet né en 1781 dans le village de Ciamannacce (Corse-du-Sud). Il s'installe à Bastia , où en 1820 il épouse Marie-Jeanne Bourgeois. Giavarini est l'auteur de décors de grande envergure, tel celui de l'église d'Oletta (signé et daté de 1817) et celui de la cathédrale de Cervione (signé et daté de 1828 (...)".

L'église de Notre-Dame du Carmel à Stoppia Nova (actuellement en restauration), hameau de Quercitellu (Castagniccia) possède un chemin de croix intéressant, peint en 1824 par  Giavarini.

Rappelons qu'il est aussi l'auteur des grandes toiles des volets de l'orgue de Corbara (signées et datées  de 1819).

Des similitudes dans les décors des deux orgues de Costa (décor du doreur Bernardo Zigliara, en 1819)  et de Corbara évoquent fortement des contacts étroits entre ces deux communautés qui semblent avoir fait travailler à la même époque ces deux artistes, Zigliara et Giavarini.

Francesco Giavarini réalise à Costa un décor monumental de grande qualité où se mêlent harmonieusement baroque et néoclassicisme.

Christ Sauveur- Costa- Giavarini.JPG

Occupant le centre de la voûte, le médaillon du Christ du Sacré Coeur -   un coeur brûlant et rayonnant d'amour, couronné d'épines et surmonté de la croix pour  une dévotion largement diffusée par la France au XIX°siècle : Giavarini illustre les consignes de son temps. Décollation Jean-Baptiste- Costa- Giavarini copy.jpg

 Encadré, côté choeur, par la scène de la Décollation de Saint Jean-Baptiste.

Giavarini honore sans doute ici la demande de ses commanditaires qui souhaitent donner une place importante à St Jean-Baptiste: l'ancienne église de la Piève de Tuani, dédiée à San Giovanni Battista, dont il ne subsiste aujourd'hui que les murs, fut reconstruite vers  le XIV° siècle en remplacement d'une église romane pisane du XI° siècle, qui elle-même aurait remplacé une église paléo-chrétienne. Cette église en ruines se trouve donc sur le territoire de Costa, tout à côté de l'ancien couvent franciscain observantin de Toani, et fort proche du village. Une façon pour les gens de ce petit village de Costa de signifier leur importance dans la Piève, face aux communautés voisines beaucoup plus importantes d' Occhiatana, Belgodère, Ville di Paraso et Speloncato. D'autant que Costa n'a gagné son indépendance  sur son voisin Occhiatana que tardivement,  devenant vicairie en 1774, et commune distincte à la Révolution française.

Costa les 3 Vertus théologales- Giavarini copy.jpg

De l'autre côté de la voûte, vers l'orgue, cette représentation des trois Vertus théologales:

Costa l'Espérance copy.jpg

l'Espérance et son attribut, l'ancre: on est ancré dans la vie chrétienne par une foi solide.

Costa-la Foi- Giavarini copy.jpg

la Foi, voilée, car elle n'a pas besoin de voir pour croire,  porte ses attibuts: la croix du Christ et le calice du salut.

Costa - la Charité- Giavarini copy.jpg

la Charité: elle allaite un orphelin ...

 

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Sur les côtés de la voûte, au-dessus de fenêtres en trompe-l'oeïl et alternant avec des motifs végétaux et floraux, des médaillons accueillent des saints, une véritable galerie de portraits:

Costa St Aloysius- Giavarini copy.jpg

Saint Aloysius, alias le jeune Saint Louis de Gonzague

Costa- st Pie V- Giavarini copy.jpg

Saint Pie V, le pape dominicain, mystique et visionnaire, en fonction lors de la Bataille de Lépante qui opposa la coalition chrétienne au monde ottoman en 1571.

Costa St Grégoire- Giavarini copy.jpg

Saint Grégoire le Grand: la colombe de l'Esprit Saint inspire ses écrits, et le Livre ouvert témoigne qu'il est Docteur de l'Eglise.

Costa- St Paul- Giavarini blog.jpg

L'apôtre Saint Paul: visage passionné et barbe ardente, armé du glaive de son martyre et du Livre.

Lui faisant face, de l'autre côté de la nef, le médaillon de Saint Pierre, hélas trop dégradé pour être ici présenté.

Costa St Dominique -visage- Giavarini.jpg

Saint Dominique, créateur de l'ordre des dominicains et de la dévotion du Rosaire.

Costa St Philippe Neri  -Giavarini- blog.jpg

Saint Philippe Néri et son coeur brûlant d'amour: le village voisin de Speloncato abrîtait une congrégation d'Oratoriens, créée par ce grand saint du XVI° siècle, mystique et charitable.

Costa- St Michel- Giavarini copy.jpg

Saint Michel Archange, le peseur d'âmes et le grand pourfendeur de Satan:

Costa  st Michel visage copy.jpg

je ne résiste pas à l'envie de vous le montrer de plus près, tant il est beau malgré les dégradations dues à l'humidité.

Par ailleurs, Francescu Giavarini a réalisé cette très jolie chaire de prêche en bois polychrome,

Costa - la chaire- Giavarini copy.jpg

qui accueille , outre le motif central " JHS" (Jesus Salvator Hominum) cher aux Jésuites et aux Franciscains, le portrait des quatre Evangélistes et de leur symboles du Tétramorphe:

Costa St Marc visage- Giavarini copy.jpg

Saint Marc et son Lion fidèle

Costa- St Luc- Giavarini visage copy.jpg

                        Saint Luc et le Taureau 

Costa St Matthieu visage- Giavarini copy.jpg

Saint Matthieu et l'Ange, qu'il écoute manifestement!

Costa St Jean visage- Giavarini copy.jpg

Saint Jean l'Evangéliste et l'Aigle: jeune, inspiré ( exilé à Patmos, une figure resplendissante - ici le rayon - lui ordonne d'écrire l'Apocalypse) , il rédige l'Evangile le plus spirituel : "Au commencement était le Verbe ...". L'aigle, son compagnon, comme les trois autres attributs des évangélistes, est l'un des animaux de la vision du prophète Ezéchiel:

Au commencement de sa prophétie, Ezéchiel (Ez 1, 1-14) décrit sa vision :

« le ciel s'ouvrit et je fus témoin de visions divines » (Ez 1, 1). « Au centre, je discernais quelque chose qui ressemblait à quatre êtres vivants » (Ez 1, 5).

« Ils avaient chacun quatre faces et chacun quatre ailes (...) leurs sabots étaient comme des sabots de bœuf » (Ez 1, 6-7).

« Quant à la forme de leurs faces, ils avaient une face d'homme, et tous les quatre avaient une face de lion à droite, et tous les quatre avaient une face de taureau à gauche, et tous les quatre avaient une face d'aigle. » (Ez 1, 10).


On ignore tout de cette commande, les archives paroissiales ayant disparu, mais on peut penser que la population de Costa a dû se sentir fière d'une telle réalisation pour sa petite église. Souhaitons seulement que les descendants puissent sauver ce patrimoine exemplaire et menacé.


A propos du Tétramorphe:

Cette représentation du Tétramorphe est très présente, tant dans les chapelles à fresques  (voir  par exemple:  elizabethpardon.hautetfort.com/restauration-du-patrimoine/ - 117k ) soit dans les églises baroques où on la retrouve fréquemment peinte dans les décors plafonnants ...

 

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comme par exemple ici à Nocariu Supranu  (Castagniccia), dans la petite chapelle Santa Barbara où notre Saint Marc se retrouve en compagnie d'un gros matou sympathique en guise de Lion,

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et où Saint Luc maîtrise avec peine la cabrette-taurillonne fantasque qui lui tient lieu de Taureau ...

Non, non, ce n'est plus Giavarini, mais de l'art populaire et bien savoureux!



                                                                

 

13/01/2013

Baptême

Aujourd'hui , évocation du baptême du Christ

et de Saint Jean-Baptiste, patron du baptême

Une représentation assez fréquente dans les églises de Corse, où il n'est pas rare de trouver un autel dédié au baptême.

Morosaglia sta Reparata I.S. Raffali baptême du Christ .jpg

Morosaglia (Castagniccia), église Santa Reparata (c'est dans cette église romane perchée dans les hauts de Morosaglia, anciennement paroisse de la communauté, que Pascal Paoli reçut le baptême). Ce bel édifice mériterait un programme important de restauration. Ici, l'autel des fonts baptismaux, peinture murale de Ignazio Saverio Raffali ( dit "le vieux"). Dans un médaillon central, au-dessus de la scène du baptême, la Colombe de l'Esprit Saint. Sous l'Esprit, Jean-Baptiste baptise Jésus dans l'eau du Jourdain tandis que le Père bénit son Fils et lui rend témoignage:

" Le peuple venu auprès de Jean Baptiste était en attente, et tous se demandaient en eux-mêmes si Jean n'était pas le Messie. Jean s'adressa alors à tous: "Moi, je vous baptise avec de l'eau, mais il vient, celui qui est plus puissant que moi. Je ne suis pas digne de défaire la courroie de ses sandales. Lui vous baptisera dans l'Esprit Saint et dans le feu."

 

Nicolas Poussin  1635 Musée du Louvre.jpg

Nicolas Poussin, 1635, Jean-Baptiste baptise les foules, Musée du Louvre, Paris

 

Comme tout le peuple se faisait baptiser et que Jésus priait, après avoir été baptisé lui aussi, alors le ciel s'ouvrit. L'Esprit Saint descendit sur Jésus, sous une apparence corporelle, comme une colombe. Du ciel une voix se fit entendre: " C'est toi mon Fils bien-aimé; en toi j'ai mis tout mon amour."

(St Luc , 3, 15-16, 21-22)

 

Muro - Baptême du Christ.jpg

Muro (Balagne), l'autel des fonts baptismaux.

Ficaghja -Baptême du Christ- Ignazio Saverio Raffali le vieux- 1750-blog jpg.jpg

Ficaghja (Castagniccia), et pour le même usage,

 

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à nouveau une peinture murale d' Ignazio Saverio Raffali (1750). Rappelons qu'Ignazio Saverio Raffali (né en 1715 et actif jusqu'en 1777) est le fils de Giovanni Raffali "le vieux" , et comme son père, se montre un artiste très doué, peintre, sculpteur et stucateur de renom. On lui doit une production extrêmement importante, essentiellement religieuse et d'un baroque coloré et souriant.

Cf. l'Encyclopédie des peintres actifs en Corse, de Michel-Edouard Nigaglioni (Editions A. Piazzola)

 

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A Feliceto, Balagne, le baptistère de marbre, oeuvre vers 1870 du sculpteur Alcide Bertolucci (son père, Giuseppe Bertolucci est originaire de Calabre et travaille dans les églises de Bastia), est l'occasion, pour le riche commanditaire du village, Nicolas Renucci (un sgio bien établi) , d'afficher sa munificence en volant la vedette à St Jean-Baptiste: " SUMPTIBUS D. NICOLI RENUCCI FELICETO" ... on veut bien donner, mais il faut que cela se sache - et cela se vérifiera à chaque baptême!


Dans les premiers temps du christianisme en Corse - comme ailleurs - on ne pratiquait le baptême que dans l'église piévane ou dans le baptistère qui lui était accolé (mis à part les petits baptistères construits parfois très haut, sur les cols, le long des chemins de transhumance, pour baptiser au passage les populations semi-nomades des bergers) , ce qui explique la situation de nombre d'églises romanes pievanes qui nous paraissent  "excentrées" par rapport aux communautés d'aujourd'hui: en réalité ces églises piévanes étaient bâties au centre de la piève  et drainaient toute la population de la piève par des sentiers convergeants,

baptistère et église blog.jpg

comme ici, sur le site magique et désormais désert de la Piévanie de Santa Maria de Rescamone, à Valle di Rostino, avec ses deux baptistères (photo prise depuis l'intérieur du grand baptistère octogonal et roman, en ruine -12° siècle: dans la brêche, l'église piévane de Santa Maria)

Sta Maria di Rescamone ensemble blog  église et baptistère paleo.jpg

Accolée à l'église de Santa Maria de Rescamone, le minuscule baptistère paléo-chrétien: ensemble mis à jour en 1980 par Geneviève-Moracchini Mazel et qui témoigne d'une occupation très ancienne, puisque la première basilique de cette piève et son baptistère remontent, d'après Mme Moracchini-Mazel, à la fin du 4° siècle.

Corte Baptistère San Giovanni .jpg

A Corte, le site écarté de San Ghjuvan, avec son baptistère pré-roman (9° siècle), construit à côté de l'église Santa Maria de la Pievanie de Venaco.

Aregno Trinité avec Sant Antonino copy.jpg

A Aregno, au lieu-dit Pieve, l'église romane et pisane de  la Trinità - San Ghjuvan-Battista: au-dessus le village médiéval de Sant'Antonino, et dessous, celui d'Aregno. Cette église piévane se trouvait donc au centre des communautés de la région (Sant'Antonino, Aregno, Catteri ...) et les desservait à une époque où les églises paroissiales des villages n'existaient pas encore telles que nous pouvons les rencontrer aujourd'hui.

***

Le baptême du Christ raconté par quelques peintres ...

et avec Palestrina, Gloria et Credo de la Missa brevis (clic droit, suivre le lien):

http://youtu.be/ol67l7H7etA

http://youtu.be/k1cYEZURKVQ

 

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Giotto Chapelle Scrovegni (Arena Chapel), à  Padoue


 

Piero della Francesca-1448-50- Peinture a tempera- National Gallery Londres.jpg

Piero della Francesca, 1448/50, peinture a tempera, National Gallery de Londres

 

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Perugino,  vers 1482, fresque de la Chapelle Sixtine, Vatican

Ghirlandaio 1486-90 Chapelle Tornabuoni, Santa Maria Novelle, à Florence.jpg

Ghirlandaio, fresque de 1486-90

Chapelle Tornabuoni, à Santa Maria Novella, Florence

Joachim Patinier - Patinir- mort en 1524 à Antwerp - Kunsthistorisches Museum Vienna.jpg

et cette merveille de Joachim Patenier, dit Patinir (mort en 1524), Kunsthistorisches Museum, Vienne

 



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El Greco, Hospital Tavera, Tolède

 

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Le Tintoret, 1579-81, Scuola Grande di San Rocco, Venise

" Revêtu de magnificence,

tu as pour manteau la lumière!

Comme une tenture, tu déploies les cieux,

tu élèves dans leurs eaux tes demeures.

 

Des nuées tu te fais un char,

tu t'avances sur les ailes du vent:

tu prends les vents pour messagers,

pour serviteurs, les flammes des éclairs"

(Psaume 104)


 

 



 

 

 



06/01/2013

Temps d'enfance à Valle d'Orezza

 

A Valle d'Orezza,

Pieve d'Orezza, en Castagniccia

la Sainte Parenté

 

Autel de la Sainte Patrenté.jpg

Dans cette surprenante et belle église de Castagniccia -récemment restaurée par l'atelier de J.C. Torre ( en compagnie de J.Sanguinetti , Loïc Corcuff, J.C. Desrues, Giovanni Pelloso ), parmi les autels baroques de stucs créés par la célèbre famille des RAFFALI au début du XVIII° siècle, voici l'autel dédié à la Sainte Parenté,

Saint Joseph médaillon autel Ste Parenté Valle d'Orezza.jpg

surmonté par le médaillon de Saint Joseph, armé de son bâton fleuri. Je salue au passage le joli travail de restauration, car le personnage était fort dégradé et difficilement identifiable , ayant perdu le bâton, son attribut essentiel. La cohésion du discours a guidé le restaurateur...

 

Valle d'Orezza Fuite en Egypte.jpg

 la fuite en Egypte 

tandis que, sur la cuve l'autel, G. Raffali  représente dans un médaillon charmant la Fuite en Egypte: Marie et Jésus, juchés sur un âne conduit par le bon Joseph, fuient le Massacre des Innocents, décrété par Hérode. 

L'autel accueille une belle toile de la Sainte Parenté peinte par Giuseppe Maria CASALTA, ce peintre corse domicilié à Prunelli di Casaconi, dont on rencontre les oeuvres entre 1687 et 1713 (cf. l'Encyclopédie des peintres actifs en Corse, de Michel-Edouard Nigaglioni). Restauration d'Ewa Poli.

Valle d'Orezza Sainte Parenté la Vierge.jpg

 Au centre de la composition Marie présente l'Enfant Jésus sur ses genoux tout en maintenant le jeune Jean-Baptiste,  

 Valle d'Orezza Sainte Parenté détail Jean-Baptiste et Elisabeth.jpg

tendu vers son cousin et porté par sa vieille mère, Elisabeth.

 

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 L'Enfant Jésus souriant à Joseph prend une rose parmi la jonchée fraîchement cueillie par son père adoptif. C'est la Trinité terrestre : une tendre "famille recomposée", dirait-on aujourd'hui.  Joseph s'incline vers la mère et le fils avec amour et respect. 

 

Valle d'Orezza Sainte Parenté Joachim et Anne.jpg

De l'autre côté de la Vierge, veillant sur le groupe, Sainte Anne (du moins je le suppose) et Joachim, les parents de Marie, les yeux baissés.

Valle d'Orezza Sainte Parenté Simon.jpg

Au-dessus de Saint Joseph, un personnage n'appartenant pas à la Sainte Parenté, s'intègre pourtant en douceur dans l'ensemble, s'apprêtant à offrir un fruit à l'Enfant: il s'agit de Saint Simon, portant sur son dos  la scie de son martyre - St Simon est vénéré dans cette région de la Pieve d'Orezza .

Valle d'Orezza Sainte Parenté l'ange.jpg

Un ange vole au-dessus de la courbe des visages, tenant d'une main le bâton fleuri de St Joseph et de l'autre la couronne de la Vierge.

Valle d'Orezza Sainte Parenté Casalta détail Vierge copy.jpg

Seule Marie, le visage gracieux, rond et doux, 

nous regarde, les yeux bienveillants, un léger sourire sur les lèvres.

la Sainte Parenté Giuseppe Maria Casalta à Valle d'Orezza.jpg

Tous les autres personnages couvent du regard l'Enfant Jésus

 

Ailleurs, le thème de la Sainte Parenté peint par Simon de Chalons en 1543

La Sainte Parenté.jpg

au Musée Calvet à Avignon

Il s'agit là d'humaniser le mystère de la naissance de Jésus en l'inscrivant dans une famille élargie dotée d'ancêtres, de cousins multiples, bref un tissu familial rassurant qui renforce l'humanité de Jésus.

Sur le thème de la Sainte Parenté ou de la Sainte Famille élargie, je vous renvoie à une note intéressante de ce site:

 

Les trois maris de Sainte Anne, les sœurs - Biblioweb - Hypotheses

 

biblioweb.hypotheses.org › Idées, opinions, croyances
 

 

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Leonard de Vinci, National Gallery, c. 1507-08: la Vierge avec Ste Anne, Jésus et St Jean-Baptiste

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Raphaël, Canigiani Madonna, 1507, Alte Pinacothekde Munich:

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Giulio Romano, la Vierge à l' Enfant avec Ste Elisabeth et St Jean-Baptiste, dite "La Petite Sainte Famille" - c.1517-18. Cette peinture est actuellement présentée dans la belle exposition consacrée aux dernières années de Raphaël, au Musée du Louvre.

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En Corse à nouveau, le tableau miraculeux de Notre-Dame de Lavasina ( anonyme, XVI° siècle): la Vierge à l'Enfant avec Ste Elisabeth, St Jean-Baptiste et St Joseph ( merci M.E. Nigaglioni!). Cette peinture est à l'origine d'un grand pélerinage très populaire en Corse et de la propagation de cette dévotion sur l'îlecomme

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(photo M.E. Nigaglioni)

comme ici à Bastia, église St Charles, cette peinture de Gilbert Bouchez (peintre et professeur de dessin à Bastia entre 1858 et 1874) inspirée de la toile de Notre-Dame de Lavasina.

 

 

 

24/12/2012

Bon Natale a tutti!

 

Au plus fort de la nuit obscure, la lumière de Noël :

nativité et maternité s'offrent au regard.

Et comme dit la chanson

"C'est l'amour infini"

avec J.S.Bach, Oratorio de Noël, "Schlafe, mein Liebster"

                       http://youtu.be/F3sBCuK1CIQ

(clic droit, ouvrir le lien)

 

Après le long prélude de l'Avent où s'enténèbre notre monde, à bout  d'espoir et d'énergie , voici l'annonce de la victoire de la fragilité sur la dureté des temps.

Campana Zurbaran blog.jpg

à Campana, la Nativité attribuée à Zurbaran (XVII° s.) ou à son école: une toile magnifique, achetée sur le continent et offerte au village de Campana par un habitant du village. L'Enfant Jésus illumine la scène, entouré de la tendre dévotion de Marie, de Joseph, des bergers ... L'agneau aux pattes liées préfigure le sacrifice de l'Agneau pascal et le panier d'oeufs fait partie des offrandes apportées aux jeunes accouchées, promesse de vie, de perfection , de re-naissance (ainsi en va-t-il de l'Oeuf de Pâques) .

 

Voilà un iconographie plus que rarissime en Corse, du moins dans les grandes toiles de nos églises. Alors que l'on trouve parfois la représentation de la naissance de la Vierge,

 

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comme ici à Canavaggia avec cette scène représentant le premier bain de la petite Vierge Marie, tandis que sa vieille maman Anne reçoit le réconfort d'un oeuf bien reconstituant: Francesco Carli (XVIII° s.)

 

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ou  celle de la naissance de St Jean-Baptiste,comme à Nocario

(Giacomo Grandi , XVIII°).

Scènes empruntées à la vie villageoise, un univers féminin,  baignée de douceur complice et de gestes tendres,  de la part des  servantes,  amies,  "sages-femmes". Le père (ici Joachim) y est simplement invité , toléré .

La nativité de Jésus, elle, est absente des autels, comme si ce thème ne suscitait pas plus que cela l'intérêt des anciens, ou du moins ne relevait pas du même registre. En Corse, la grande communion émotive jaillit naturellement lors de la Semaine Sainte avec la Passion du Christ, sa mort cruelle. La douleur plus forte que la joie ... ? 

Les seules représentations de la Nativité se retrouvent sous forme de tableautins dans les toiles du Rosaire, occupant la troisième place des cinq Mystères Joyeux, avant les cinq Mystères Douloureux et les cinq Mystères Glorieux du Rosaire, tels qu'on peut les rencontrer dans de très nombreuses églises de Corse:

Aregno ensemble Rosaire blog.jpg

comme ici à Aregno, l'autel du Rosaire (début XVII°s.),

Aregno Rosaire  détail Nativité.jpg

et sa Nativité, 3°  Mystère joyeux de ce Rosaire.

Sous un format très modeste, tout est dit: le petit Enfant nu et démuni sur la paille sur lequel soufflent le boeuf et l'âne gris, la Vierge en prière et le bon vieux Joseph, le berger portant sa besace et un agneau sur ses épaules ... L'occasion de redire combien l'univers des crèches est populaire, poétique: Joseph a l'air de se chauffer au brasero de ce petit enfant lumineux et sans défenses ...

avec la chanson de Joseph est bien marié:

http://youtu.be/fy7zxwi7fkI

http://youtu.be/o1x1k1hUNao

 

Carcheto Nativité mystères Rosaire.jpg

à Carcheto, ce même Mystère joyeux du Rosaire est peuplé d'anges chantant leur "Gloria in excelsis Deo"

Muro Rosaire détail  nativité blog.jpg

à Muro, cette petite Nativité du Rosaire reçoit la visite d'une solide paysanne, portant un panier d'offrandes sur sa tête et un autre rempli d'oeufs ...

Nonza rosaire nativité.jpg

à Nonza, l'Enfant Jésus tend les bras vers sa mère toute souriante, et le bon Joseph couve du regard Marie ...

 

Vallica rosaire nativité.jpg

(Giacomo Grandi, 1757)

à Vallica, le petit Jésus semble fourrer sa menotte dans le chaud museau du boeuf: Marie le veille d'une main et le prie de l'autre, tandis que Joseph tient son baton fleuri de roses, toute une histoire!

La représentation de la crèche est donc, pendant longtemps, limitée à ces petites scènes du Rosaire. En revanche, très tôt on ressent le besoin de représenter la maternité de Marie : la Vierge présentant son Fils dans toute sa fragilité comme une offrande au monde.

C'est la Vierge à l'Enfant, dans sa majesté, un enfant souvent nu et démuni,

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comme ici à Castirla, chapelle St Michel, la Vierge présente l'Enfant à l'adoration des fidèles (fresque de la fin XV° s.)

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ou à Cambia, chapelle San Chirgu:

fresque de la Vierge à l'Enfant vêtu de pourpre et bénissant.

Par ailleurs, sur de nombreux retables du XVI° siècle, la Vierge occupe le centre des triptyques sur bois, tenant avec tendresse l'Enfant,

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comme ici, à Volpajola: la Vierge à l'Enfant sur un trône, entourée de saints et surmontée de l'Annonciation et de la Crucifixion,

 

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ou à Cassano, ce retable sur bois à cinq travées d'Antonio de Calvi - 1505, provenant de l'église Sant'Albano

Cassano détail Triptyque de Antonio Simonis de Calvi 1505.jpg

Cassano, Vierge à l'Enfant, élément central du retable ; à ses pieds, la signature:  "Magister Antonius Simonis pinxit, 1505".

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Luri, élément central du retable : ici, la Vierge  est entourée d'anges musiciens, une iconographie que l'on retrouve souvent et où chante l'harmonie de la scène.

Moltifau détail triptyque.jpg

comme ici à Moltifau (élément central du triptyque) où l'Enfant bénit l'humanité

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ou à Morosaglia, église Sta Reparata (élément central du triptyque), où l'Enfant Jésus tient sa croix.

Ailleurs toute la tendresse maternelle s'exprime dans ces Vierges allaitantes,

Ghjucatoghju Vierge allaitante  détail blog.jpg

comme à Giocatojo, cette Vierge allaitante  (élément central du triptyque): un petit Jésus particulièrement craquant,  jouant avec le téton maternel, avec le regard vague du nourrisson repu ...

Penta di Casinca Vierge allaitante.jpg

à Penta di Casinca, le même thème (toile beaucoup plus tardive)

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ou à Oletta, avec ce retable signé de Giovan Michele Romano (autour de 1540): la Vierge allaite l'Enfant Jésus entre Sta Réparata et St André. Au-dessus, de part et d'autre de Dieu bénissant, les deux figures de l'Annonciation, Gabriel et Marie.

Cette Vierge à l'Enfant se retrouve au centre des compositions assurant la protection des villageois,

Belgodère Vierge à l'Enfant avec St Thomas et St Pierre-  Aicardo et Castellini 1595 blog.jpg

comme ici à Belgodère: la Vierge à l'Enfant en compagnie de St Thomas, st Pierre et des pieux donateurs et donatrices, avec, en prédelle, la Cène - peinture sur bois  de Giovanni Battista Aicardo et de Lisandro Castellini, 1595

 

le Maître de Pino- Eglise Sta Maria Assunta- retable tripartite datable  de 1520 -.jpg

(merci Michel-Edouard!)

ou comme à Pino, la Vierge à l'Enfant, avec à ses pieds des pinzocole (béguines)  entre St Pierre et St François (vers 1520)

 Et on la retrouve toujours au centre de la dévotion du Rosaire (comme à Aregno, voir plus haut)

Incinacce Vierge du Rosaire entre St Sylvestre et St Antoine de Padoue.jpg

 comme ici au hameau d' Incinacce, la Vierge et l'Enfant remettant  le Rosaire à St Sylvestre et St Antoine de Padoue

Olmi Cappella Confrérie Vierge et St Pancrace blog.jpg

ou accompagnant d'autres dévotions locales, comme ici à Olmi Cappella cette oeuvre populaire, à l'oratoire de la confrérie, où la Vierge allaitante veille sur le martyre de st Pancrace ...

Olmi Cappella Remise du Scapulaire.jpg

ou comme ici, toujours à Olmi Cappella à l'église paroissiale, dans cette belle remise du Scapulaire à St Simon Stock, en présence de St Jean Baptiste: oeuvre de Marc Antonio De Santis (XVII° s.)

Catteri Vierge à l'Enfant.jpg

ou ici, à Cateri, avec cette splendide statue de Vierge à la maternité triomphante (art génois, XVIII°s.)

 

natale,noêl,nativité,maternité,crèches

De taille plus modeste, cette charmante Vierge à l'Enfant de  Joseph Giordani à Prunu, en 1852

natale,noêl,nativité,maternité,crèches

ou celle-ci à Canavaggia de la Vierge à l'Enfant en compagnie du petit Jean Baptiste, d' Anton Santo Benigni (XIX°s.)


***

Revenons à l'esprit de Noël: il faudra attendre le début du XX° siècle pour voir arriver dans les églises de Corse les premières crèches, plus ou moins grandes selon la fortune des villages, amenées par l'expérience des Corses du continent et des crèches provençales en particulier. Une coutume qui se développe avec la statuaire de plâtre bon marché: aujourd'hui chaque village met son point d'honneur à dresser sa crèche le moment venu, composant ce reposoir particulier de Noël, éphémère et joyeux qui fait  pendant aux reposoirs éphémères et douloureux de la Semaine Sainte.

 

 

ensemble blog.jpg

la crèche de Corbara: un gros travail de costume et de mise en place pour les dames dévouées de la paroisse

Marie blog.jpg

Marie et l'ane ...

Sta Reparata crêche en extérieur.jpg

à Sta Reparata di Balagna, les grands personnages de  la crèche sont installés sous une voûte près de l'église

Vierge.jpg

la douce Marie

St Joseph.jpg

 Joseph  

  Dans certains villages l'on joue le mystère de la Nativité: quoi qu'il en soit,  tout sera fait pour renouer avec l'esprit d'enfance qui l'accompagne, lors des veillées, même en l'absence de messes. Les chants quant a eux cimenteront ce partage.

Je vous renvoie aux belles pages de Pierre-Jean Luccioni et Ghjaippina Giannesini dans Tempi Fà (fêtes religieuses, rites et croyances populaires de Corse, chez Albiana) consacrées à cette fête de Noël.

Campana Zurbaran Nativité détail petit Jésus.jpg

fête de la lumière qui renait après le solstice d'hiver,  (comme ici avec le lumineux Bambinu de Campana)

 

natale,noêl,nativité,maternité,crèches

 (ou avec u Bambinu de Castifau )


 lumière nouvelle symbolisée par les feux de Noël que l'on achève de préparer à l'heure où je termine cette note ...

 

natale,noêl,nativité,maternité,crèches

à Speloncato, la cabane 2012

 Bon Natale a tutti!

avec Alessandro Scarlatti:

http://youtu.be/d8JxIM4dn_E

(clic droit, suivre le lien)

 

 

Avec J.S. Bach:

http://www.youtube.com/watch?v=QKNoHAxuqBo&feature=share&list=PLhc5Cv2DoUKnl71Xaga2xdIdATHxcHGNO


http://www.youtube.com/watch?v=N9XObSQXXII&feature=share&list=PLhc5Cv2DoUKnl71Xaga2xdIdATHxcHGNO


http://www.youtube.com/watch?v=7L459WQ03c4&feature=share&list=PLhc5Cv2DoUKnl71Xaga2xdIdATHxcHGNO



 


25/11/2012

Ste Catherine d'Alexandrie, 25 novembre

 

Sainte Catherine d'Alexandrie 

Santa Catarina

quelques  témoignages en Corse 

Loriani ste Catherine blog.jpg

à Loriani, petit village de la Castagniccia, dans l'église sainte Catherine,

cette  toile très intéressante représentant

le martyre de sainte Catherine

(voir en fin de note le récit de Jacques de Voragine dans " La Légende dorée)

en résumé :

Sainte Catherine, s'étant vouée au Christ,  refuse d'épouser l'empereur Maxence et de sacrifier aux dieux. Mieux, elle sort victorieuse d'une célèbre dispute avec les plus sages de l'entourage de Maxence, une cinquantaine de philosophes et d'orateurs qu'elle parvient à convertir ...  C'est que, on le sait, les Catherines sont de grandes intellectuelles! Maxence après l'avoir longuement emprisonnée sans nourriture la voue au martyre par le supplice des roues dentées de pointes acérées de fer: mais l'intervention divine brise en éclats la machine infernale qui se retourne contre les bourreaux et l'assistance ... Pour en finir il faudra tout de même décapiter notre redoutable, brave et coriace sainte Catherine ... et de son cou jaillit du lait


super Catherine blog.jpg

notre sainte Catherine en son martyre opère bien malgré elle un miracle sanglant

Exterminator blog.jpg

avec l'aide d'un angélique Exterminator: avis aux malveillants!


martyre de sainte catherine

Cette belle toile porte une signature ( Marc Antonio De Santis, le peintre napolitain installé à Bastia) et une date surprenantes (1655): peut-être  G. Grandi l'a-t-il, un siècle plus tard, reprise ?

Des références hors de Corse de cette scène:


martyre de sainte catherine

 vue par Masolino da Panicale (début XV°s.)

à l'église San Clemente de Rome


martyre de sainte catherine

ou par Lucas Cranach (XVI° s.), avec toute sa féroce sensualité ...

Revenons en Corse:

 

le Rosaire, 1613 blog.jpg

à Nonza (Cap Corse), la Vierge et l'Enfant, entourés de St Antoine Abbé et st Jean-Baptiste

Nonza le Rosaire 1613 détail central blog.jpg


 remettent le Rosaire à st Dominique, ste Catherine d'Alexandrie (présentant à la Vierge pour requérir sa protection,  un vaisseau  battant pavillon génois), Pie V, Philippe II, Don Juan d'Autriche , la reine Anne d'Espagne etc ...

 

Nonza Ste Catherine détail Rosaire.jpg


Ici, Sainte Catherine a revêtu des vêtements royaux, signalant sa noblesse .

 

Gavignano chapelle san Pantaleu Ste Catherine  et San Pantaleu.jpg

à la chapelle à fresques de San Pantaleu de Gavignano, le détail représentant Ste Catherine au côté de San Pantaleu. Cette chapelle fait l'objet d'une restauration cette année.

 

Gavignano ste Catherine portrait.jpg

le beau visage pensif de Catherine, détail

 

Santa Cristina ste Catherine.jpg

à la chapelle Santa Cristina ( Valle di Campoloro), Santa Cristina tient la palme de son martyre,


San Tumasgiu les saints intercesseurs.jpg

tandis qu'à San Tumasgiu di Pastureccia (Rustinu), Catherine fait partie des six saints intercesseurs,

San Tumasgiu Ste Catherine en pied.jpg

du moins ce qu'il en reste ...

San Tumasgiu Ste Catherine.jpg

La roue a disparu, mais reste le bâton de son supplice.

Hélas, la restauration prévue n'a toujours pas démarré et l'eau qui ruisselle a continué son oeuvre destructrice. Aux dernières nouvelles, le toît a reçu quelques rafistolages de lauzes en attendant mieux: incompréhensible pour l'une des plus belles fresques de Corse!


                                               Un dernier thème:

le mariage mystique de Sainte Catherine

Sant Antonino le mariage mystique de ste Catherine.jpg

ici représenté  à Sant Antonino (Balagne) - avec la donatrice à ses pieds : on sait que l'attribut traditionnel de Sainte Catherine d'Alexandrie est la roue de son martyre, qui est symbolisé ici  par  l'anneau de son mariage à Jésus.

 

Hans Memling mariage mystique de ste Catherine.jpg

 

... et le même thème peint par Hans Memling vers 1480 (Nationam Gallery of Art, New York).


 

 
 

 

Et maintenant, pour les plus courageux, La Légende dorée de Jacques de Voragine:

( http://fr.wikisource.org/wiki/La_L%C3%A9gende_dor%C3%A9e/Sainte_Catherine)


SAINTE CATHERINE, vierge et martyre

(25 novembre)

Catherine, fille du roi Coste, fut instruite dès son enfance dans tous les arts libéraux. Lorsque l’empereur Maxence convoqua à Alexandrie tous les habitants de la province, riches et pauvres, pour sacrifier aux idoles. Catherine, qui avait alors dix-huit ans, et qui était restée seule dans son palais avec de nombreux serviteurs, entendit un jour un grand bruit mêlé de chants et de gémissements. Elle demanda d’où cela provenait ; et quand elle le sut, prenant avec elle quelques serviteurs et se munissant du signe de la croix, elle se rendit sur la place, où elle vit de nombreux chrétiens qui, par peur de la mort, se laissaient conduire aux temples pour y sacrifier. Blessée de cette vue jusqu’au fond de son cœur elle aborda audacieusement l’empereur et lui dit : « Je viens te saluer, empereur, à la fois par déférence pour ta dignité et parce que je veux t’engager à t’éloigner du culte de tes dieux pour reconnaître le seul vrai créateur ! » Puis, debout devant la porte d’un temple, elle se mit à discuter avec Maxence, conformément aux diverses modes du syllogisme, par allégorie et par métaphore. Après quoi, revenant au langage commun, elle dit : « Je me suis adressée jusqu’ici au savant, en toi. Mais à présent, dis-moi comment tu as pu rassembler cette foule pour célébrer la sottise des idoles ! » Et comme elle démontrait savamment la vérité de l’incarnation, l’empereur, stupéfait, ne sut d’abord que lui répondre. Enfin il lui dit : « Ô femme, laisse-moi achever le sacrifice, et ensuite je te répondrai ! » Et il la fit conduire dans son palais, où il ordonna qu’elle fût soigneusement gardée : car il avait été très frappé de sa science et de sa beauté. Catherine était en effet d’une beauté merveilleuse, que personne ne pouvait voir sans en être ravi.

Après la fête, l’empereur se rendit au palais et dit à Catherine : « J’ai entendu ton éloquence et admiré ta sagesse ; mais, absorbé comme je l’étais par la cérémonie, je n’ai pas pu pleinement comprendre tout ce que tu disais. Dis-moi donc à présent qui tu es ! » Et elle : « Je suis Catherine, fille du roi Coste. Née dans la pourpre, et élevée dès l’enfance dans les arts libéraux, j’ai dédaigné tout cela pour me réfugier auprès de mon Seigneur Jésus-Christ. Et quant aux dieux que tu adores, ils ne sauraient secourir ni toi, ni personne ! » Et l’empereur : « Je le vois, tu cherches à nous décevoir par ta pernicieuse éloquence, en t’efforçant d’argumenter à la manière des philosophes ! » Et, comprenant qu’il ne parviendrait pas à lui répondre lui-même, il manda en grande hâte, à Alexandrie, tous les grammairiens et rhéteurs du temps, leur promettant de grandes récompenses s’ils parvenaient à réfuter la jeune fille. Il en vint ainsi plus de cinquante, tous fameux dans les sciences de ce monde. Et comme ils demandaient pourquoi on les avait fait venir de régions si lointaines, l’empereur répondit : « C’est que nous avons ici une jeune fille d’une sagesse et d’un esprit incomparables, qui réfute tous les savants, et prétend que tous nos dieux ne sont que des démons. Réfutez-la, et je vous renverrai chez vous chargés d’honneurs et de présents ! » Alors un des orateurs s’écria : « Ô étrange projet, de rassembler tous les savants des quatre coins du monde pour tenir tête à une jeune fille que le moindre de nos clients réduirait au silence ! » Et l’empereur : « Je pouvais en vérité la contraindre à sacrifier aux dieux, ou la châtier en cas de refus ; mais j’ai jugé meilleur qu’elle fût confondue par vos arguments. » Alors les orateurs : « Qu’on amène donc en notre présence cette jeune fille, afin qu’elle avoue sa témérité, et reconnaisse n’avoir même jamais vu de vrais savants ! »

Mais,Catherine, en apprenant le combat qui se préparait pour elle, se recommanda au Seigneur ; et un ange descendit vers elle pour l’engager à la fermeté, lui affirmant que, non seulement elle ne serait pas vaincue par ses adversaires, mais que même elle les convertirait et leur procurerait la palme du martyre. Amenée en présence des orateurs, elle dit à Maxence : « De quel droit opposes-tu cinquante orateurs à une seule jeune fille ? et pourquoi promets-tu de les récompenser, en cas de victoire, tandis que tu me forces à lutter sans espoir de récompense ? Mais j’aurai ma récompense dans mon Seigneur Jésus-Christ, espoir et couronne de ceux qui luttent pour lui ! » Les orateurs lui dirent alors que c’était chose impossible qu’un Dieu devînt homme et connût la souffrance. Mais elle répondit en leur montrant que les païens eux-mêmes avaient prédit l’incarnation du Christ. La Sibylle n’avait-elle pas dit : « Heureux le Dieu qui pend sur une croix de bois ! » Et Catherine continua de discuter ainsi avec les orateurs » les réfutant par des raisons évidentes, jusqu’à ce que, stupéfaits, ils ne surent plus que lui dire. Alors l’empereur, furieux, leur reprocha de se laisser vaincre honteusement par une jeune fille. Et l’un de ces orateurs, qui était le plus savant, et parlait au nom de ses confrères, dit : « Tu sais, empereur, que personne jamais n’a pu nous résister ; mais c’est l’esprit même de Dieu qui parle en cette jeune fille ; et elle nous a remplis d’une telle admiration que nous n’osons plus dire un, seul mot contre ce Christ qui nous apparaît désormais comme le seul vrai Dieu ! » Ce qu’entendant, l’empereur, exaspéré, les fit tous brûler au milieu de la ville ; et Catherine, en même temps qu’elle les réconfortait, achevait de les instruire des vérités de la foi. Et, comme ils se plaignaient d’avoir à mourir sans être baptisés, elle leur répondit : « Soyez sans crainte, car l’effusion de votre sang vous tiendra lieu de baptême ! » Alors, s’étant munis du signe de la croix, ils furent précipités dans les flammes ; et ils rendirent leurs âmes de telle façon que ni leurs cheveux, ni leurs vêtements, ne furent touchés par le feu.

Pendant que les chrétiens s’occupaient de les ensevelir, Maxence dit à Catherine : « Noble jeune fille, aie pitié de ta jeunesse, et je te ferai impératrice dans mon palais, et le peuple entier adorera ton image, au milieu de la ville ! » Mais elle : « Cesse de dire des choses dont la pensée même est un crime. J’ai pris le Christ pour fiancé, lui seul est ma gloire et mon amour ; et ni caresses ni tourments ne pourront me détourner de lui ! » L’empereur la fit alors dépouiller de ses vêtements ; il la fit frapper de griffes de fer, puis, l’ayant jetée dans une obscure prison, il ordonna que pendant dix jours on la laissât sans nourriture.

Là-dessus, l’empereur se vit forcé de se rendre dans une autre province. Or sa femme, qui avait pour amant un officier nommé Porphyre, vint, la nuit, dans la prison de Catherine. Et, y étant entrée, elle vit la cellule remplie d’une clarté immense, et elle vit que les anges pansaient les plaies de la prisonnière. Et celle-ci, s’étant mise à lui décrire les joies éternelles, la convertit et lui prédit la couronne du martyre. Ce qu’apprenant, Porphyre alla se jeter, lui aussi, aux pieds de Catherine, et il reçut la foi du Christ avec deux cents de ses hommes. 

Quand l’empereur revint, douze jours après son départ, il se fit amener la jeune fille, qu’il s’attendait à voir anéantie par ce jeûne prolongé. La voyant au contraire resplendissante de vie, il soupçonna que quelqu’un l’avait nourrie, dans sa prison, et décréta que ses gardiens fussent mis à la torture. Mais Catherine : « Aucun être humain ne m’a nourrie, mais bien le Christ par l’entremise de ses anges. » Alors l’empereur, plus frappé que jamais de sa beauté, lui proposa, une fois de plus, de l’élever au trône avec lui. Et comme elle s’y refusait, il lui dit : « Choisis entre deux choses, ou bien de sacrifier aux idoles, et de vivre, ou bien de mourir dans des tourments effroyables ! » Et elle : « Quelques tourments que tu puisses imaginer, n’hésite pas à me les infliger, car j’ai soif d’offrir ma chair et mon sang à Jésus, qui a offert pour moi sa chair et son sang ! Lui seul est mon Dieu, mon maître, mon mari et mon amant ! » Alors un préfet conseilla à l’empereur de faire préparer quatre roues garnies de pointes de fer, et de s’en servir pour déchirer les chairs de Catherine, de façon à épouvanter, par un tel exemple, les autres chrétiens. Et l’on décida que, de ces quatre roues, où l’on attacha la sainte, deux seraient poussées dans un sens et deux dans un autre, pour que les membres de Catherine fussent arrachés et broyés en morceaux. Mais la sainte pria Dieu que, pour la gloire de son nom et pour la conversion des assistants, il anéantît cette affreuse machine. Et voici qu’un ange secoua si fortement la masse énorme des quatre roues, que quatre mille païens périrent écrasés.

En ce moment l’impératrice, qui avait assisté à la scène du haut du palais, s’enhardit à descendre, et reprocha à son mari tant de cruauté. Le roi lui fit arracher les mamelles, puis trancher la tête. Et l’impératrice, allant au martyre demanda à Catherine de prier pour elle. Et Catherine : « Sois sans crainte, princesse aimée de Dieu, car ta royauté passagère va se changer aujourd’hui en une royauté éternelle, et en échange d’un mari mortel tu en acquerras un immortel ! » Sur quoi, l’impératrice, raffermie, encouragea ses bourreaux à exécuter leur mission. Ils la conduisirent donc hors de la ville, lui arrachèrent les mamelles avec des pointes de fer et lui coupèrent la tête. Et Porphyre, recueillant ses restes, les ensevelit.

I. Le lendemain, Maxence envoya au supplice les bourreaux de sa femme, qu’il soupçonnait d’avoir dérobé le corps de celle-ci. Mais Porphyre, s’élançant au milieu de la foule, s’écria : « C’est moi qui ai enseveli la servante du Christ, ayant reçu comme elle la foi chrétienne ! » Maxence, fou de douleur, poussa un rugissement terrible et s’écria : « Malheureux que je suis ! voici maintenant que Porphyre lui-même s’est laissé séduire, mon seul confident, le seul en qui j’avais confiance ! » Et comme il le dénonçait à ses soldats, ceux-ci répondirent : « Nous aussi, nous sommes chrétiens et prêts à mourir ! » Sur quoi, l’empereur, ivre de rage, les fit tous décapiter ainsi que Porphyre, et ordonna que leurs restes fussent jetés aux chiens.

Puis, se tournant vers Catherine : « Bien que, par tes sortilèges, tu aies causé la mort de l’impératrice, je t’offre encore, cependant, de devenir la première dans mon palais ! » Et comme, de nouveau, elle repoussait son offre avec indignation, il la condamna à être décapitée. Or, pendant qu’on la menait au supplice, elle dit, les yeux levés au ciel : « Espoir et salut des croyants, honneur et gloire des vierges, Jésus, mon bon maître, exauce ma prière ! Fais en sorte que toute personne qui m’invoquera, soit à l’heure de la mort ou dans le danger, se trouve secourue en souvenir de ma passion ! » Et une voix, du haut du ciel, lui répondit : « Viens, ma chère fiancée, les portes du ciel sont ouvertes devant toi. Et à ceux qui célébreront pieusement ton martyre je promets le secours qu’ils demanderont ! » Après quoi la sainte eut la tête tranchée, et de son corps jaillit du lait au lieu de sang. Et des anges, recueillant ses restes, les transportèrent de ce lieu sur le mont Sinaï, où ils ne l’ensevelirent que vingt jours après. Aujourd’hui encore, une huile miraculeuse découle de ses os, qui guérit aussitôt les membres affaiblis. Sainte Catherine fut martyrisée vers l’an du Seigneur 310. Quant à la façon dont Maxence fut puni de ce crime et des autres qu’il avait commis, nous l’avons racontée déjà en traitant de l’Invention delà Sainte Croix [1].

III. Un moine de Rouen s’était rendu au mont Sinaï, et, pendant sept ans, avait pieusement prié sainte Catherine. Au bout de ce temps, il demanda à la sainte la grâce de posséder un fragment de ses reliques ; et aussitôt de la main de la sainte se détacha un doigt, que le moine emporta joyeusement dans son monastère. – Un autre moine, après avoir eu longtemps une dévotion spéciale pour sainte Catherine, avait peu à peu négligé d’invoquer la sainte. Or un jour, étant en prière, il vit passer devant lui une troupe de vierges dont l’une, en l’approchant, se détourna et se couvrit le visage. Et comme il demandait à ses compagnes qui elle était, une d’elles lui répondit : « C’est Catherine, que jadis tu connaissais bien ! Mais comme maintenant tu parais ne plus la connaître, elle s’est voilé le visage en t’apercevant, pour passer près de toi comme une inconnue ! »

IV. Certains auteurs se demandent si, au lieu de Maxence, ce n’est pas plutôt Maximin qui a présidé au martyre de sainte Catherine. Il y avait alors trois empereurs : 1° Constantin, qui avait succédé à son père ; 2° Maxence, fils de Maximilien, élu à Rome par les soldats ; 3° Maximin, proclamé César en Orient. Et, suivant les chroniques, Maxence persécutait les chrétiens à Rome, pendant que Maximin les persécutait en Orient. On suppose donc qu’il y aura eu, dans le premier récit du martyre de sainte Catherine, une faute d’écriture, et que c’est Maximin qu’on doit lire au lieu de Maxence."

                             

iconographie de sainte catherine

Epilogue:


 

" Cath’rine était chrétienne

Bibiboum bidiboum bidi boum boum boum

Cath’rine était chrétienne

sont père ne l’était pas Ah ah ! Ah ah ! (bis)

son père ne l’était pas

 

Un jour dans sa prière

Bibiboum bidiboum bidi boum boum boum

Un jour dans sa prière

son père la trouva Ah ah ! Ah ah ! (bis)

son père la trouva

 

Que faites-vous ma fille

dans cette pose là

 

Je prie Dieu mon père

que vous n’connaissez pas

 

Relevez-vous ma fille

ou bien l’on vous tuera

 

Tuez-moi donc mon père

mais je n’faillirai pas

 

Le roi dans sa colère

d’un glaiv’ la transperça

 

Les anges descendirent

chantant alléluia

 

Les démons accoururent

et enfourchèrent le roi

 

Cette histoire est trop triste

on n’la r’commenc’ra  "