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03/03/2013

Conférence de Michel-Edouard Nigaglioni au SPAZIU

Vendredi 8 mars à 18 h, au Spaziu à l'Ile Rousse,

conférence de Michel-Edouard Nigaglioni

sur l'invitation du Spaziu et de l'Association Saladini 


C'est avec beaucoup de plaisir et d'intérêt que nous viendrons écouter ce passionné du patrimoine insulaire: merci à Marie-Noëlle Acquaviva et au Spaziu de l'accueillir en Balagne.


Pour ceux qui ne connaitraient pas Michel-Edouard Nigaglioni:

 

Michel-Edouard Nigaglioni, né en 1964 à Marseille, est issu d’une famille originaire de Morsiglia, dans le Cap Corse. Historien de l’art, il est diplômé de l’Université de Provence et de l’Université de Corse ; il s’est spécialisé dans la peinture corse de la période baroque. Directeur du Patrimoine de la Ville de Bastia, et Conservateur Délégué des Antiquités et Objets d’Art du Département de la Haute-Corse, il est l’auteur de nombreux articles publiés dans des revues historiques ou des catalogues d’exposition, publiés en France et en Italie. Il est l’auteur de notices biographiques concernant des peintres corses publiées dans l’Encyclopaedia Corsicae (2004), le Dictionnaire historique de la Corse (2006) et l’Encyclopédie Bonneton – Corse (2006). Il vient de publier récemment aux éditions Alain Piazzola une Encyclopédie chronologique illustrée des peintres, dessinateurs et graveurs actifs en Corse, des origines à la fin du XIXe siècle. Cet ouvrage de 372 pages fait la synthèse de 18 années de recherches menées dans les archives, les musées, les églises, les collections particulières et les demeures privées.

 

***

 

J'avais fait l'annonce (ci-dessous) de la parution de son Encyclopédie en décembre 2012 : un ouvrage essentiel à acquérir impérativement, si vous ne l'avez pas encore fait!

 

 

 

La nouvelle qu'on attendait avec impatience:

Encyclopédie  des peintres recto.jpg

  l'Encyclopédie des peintres actifs en Corse  de Michel-Edouard NIGAGLIONI vient enfin de sortir en librairie, une somme et un très bel ouvrage édité par Alain Piazzola, qui couronne d'innombrables années d'études et de recherches de notre infatigable ami historien de l'art .

Encyclopédie verso.jpg

Une prouesse et une mine de renseignements pour tous ceux qui s'intéressent à l'expression artistique en Corse et à ses créateurs, que ce soit dans le patrimoine public ou privé.Merci, cher Michel-Edouard, de ce beau cadeau de fin d'année, à consommer et à offrir sans compter!

Nous manque seulement la note biographique de Monsieur ANONYME, né il y a déjà tant de siècles, et toujours vaillant en plein XIX°, omettant d'apposer sa signature sur les chemins de croix populaires des petites églises ou les ex-votos, bref, un artiste humble et protéiforme, toujours prêt à mettre son pinceau ou sa gouge au service de la communauté, parfois bien inspiré, et malgré quelques maladresses, toujours efficace.



Encyclopedie des peintres corses.pdf

22/02/2013

Montemaggiore - l'église Saint Augustin de Montemaggiore

Sant'Agustinu, église paroissiale de Montemaiò -

Pieve de Pino, Diocèse de Sagone -

a ghjesgia  Sant'Agustinu chjama à l'aiutu!

A l'aide!

 

Montemaiò blog.jpg

Façade tournée vers la plaine, l'église Sant'Agustinu a fière allure, se détachant du village sur fond de montagne enneigée ...

Une silhouette qu'elle n'a pas toujours eu:

 

" (...) la description de Mgr Mascardi * montre que l'édifice se présentrait en son temps comme une église romane; déjà alors elle avait remplacé la piévanie et servait de paroisse :

" ... Elle est assez grande ... les murs sont peints et blanchis ... le maître-autel est placé sous une abside ... il possède une croix peinte ert dorée ... du côté de l'Evangile se trouve un siège épiscopal ... le vase d'eau bénite du baptistère est de forme ronde ..."

( Geneviève Moracchini-Mazel,   Les églises romanes de Corse, 1967, p. 265)

* Petit rappel: Mgr Nicolao Mascardi, originaire de Sarzana, fut évêque de Mariana de 1584 à 1599. Nommé par le Pape Sixte V visiteur apostolique de toute l'île, il visita tous les diocèses de Corse et laissa de ses visites des descriptions très précises et fort précieuses pour les chercheurs. 

San Rainiero Piévanie de Pino copie.jpg 

La piévanie de Pino dont il est question est l'église romane San Raniero : nous reviendrons une autre fois sur cette église pisane du XII° s., qui se trouve entre les deux villages de Montemaiò et Lunghignanu.

 

Sant'Agustinu.jpg


L'église Saint Augustin de Montemaggiore, classée Monument historique depuis 1992 se signale de loin par son campanile, érigé en 1651, sa sobre façade baroque au fronton surélevé et par la présence harmonieuse de sa grande coupole centrée, sur un plan en croix grecque très proche de la cathédrale St Jean-Baptiste de Calvi.  La lumière ruisselle à l'intérieur sur les murs blanchis à la chaux, jouant sur les stucs et les marbres : une très belle église, fortement remaniée à la période baroque, entre 1750 et 1760, victime un siècle plus tard d'un incendie (le 12 octobre 1875), et qui aujourd'hui souffre de nombreux maux liés à l'humidité,  l'impécuniosité, la désaffection du culte,  etc ... litanie trop bien connue et qui navre ceux qui s'investissent comme ils peuvent dans leur patrimoine ( en particulier, la responsable du patrimoine à la mairie,  Valérie Berti, qui se bat depuis des années pour faire connaître ce patrimoine, organisant des visites guidées) .

Il reste, malgré les dégradations, une impression de lumineuse élégance rythmée par un langage très élaboré de pilastres, de stucs, et par la présence remarquable de marbres polychromes, une richesse insoupçonnable de l'extérieur.

Quelques images:

Maître-Autel -Montemaggiore blog.jpgl

Dans le choeur, le maître-autel du premier tiers XVIII° s. apporte une touche colorée, avec le choix de ses différents marbres chaleureux, le diaspro di Sicilia, le  giallo da Siena ...

Montemaggiomarbres maître-autel.jpg

 

et accueille avec grâce la belle statue de  l'Immaculée Conception et ses compagnons les angelots. Un ensemble anonyme d'une bien belle facture. 

 

Montemaggiore Vierge de face.jpg

Monteggiore Immaculée Conception blog.jpg

Montemaggiore pieds nus.jpg

 La Vierge écrase de ses pieds nus le Serpent et le croissant de lune ...

 

ange de gauche autel Montemaggiore blog.jpg

l'angelot cariatide de droite, à la base de l'autel:

de son index il invite à contempler la Vierge de l'Immaculée Conception.

Les marbres tiennent mieux le temps que la structure de maçonnerie sur laquelle ils sont plaqués...

ange de gauche.jpg

l'angelot de gauche, en symétrie du précédent

angelot 1.jpg

et les deux anges en adoration sur leur  petit nuage:

angelot 2.jpg

Une autre oeuvre inattendue dans cette église de village:

Chaire - Montemaio blog.jpg

la magnifique chaire de prêche en marbres polychromes, de la même époque que le maître-autel.

 

église st augustin de montemaggiore,giovan battista moro,luigi de ferrari

Elle ne déparerait pas une riche église de ville:  comme l'autel, elle évoque un passé insigne révolu. 

Ce que l'on sait:

"Après la ruine du diocèse calvais, il y a quatorze siècles, Monte-Maxiore accueillit une partie de la population du littoral fuyant l'insécurité. En 1574, Mgr Girolamo Leoni d'Ancona, évêque de Sagone, organise ici un synode, avant de devenir archevêque de Chieti. En 1612, Mge Dom Pierre Lomellino installe un séminaire diocésain jusqu'alors situé à Vico." (Cursichella n°3, Montegrosso, p.88)

Cette belle église de Montemaggiore est donc consacrée à Saint Augustin, ainsi que le signale le cartouche central au-dessus du choeur:

 

dédicace St Augustin copie.jpg

St Augustin Salvatore Angeli.jpg

Dessous, la toile représentant  Saint Augustin d'Hippone (350/430), faisant l'offrande au Christ, d'une main, de son coeur embrasé d'amour et de l'autre, de sa plume avec laquelle il écrit ...  la Cité de Dieu?

St Augustin détail copie.jpg

Il a déposé sa mitre et sa crosse au pied du crucifix et semble suspendu dans son inspiration. Sa chappe, richement décorée de fleurettes dorées, fait reconnaître à Michel-Edouard Nigaglioni la main du peintre: il s'agit de Salvatore ANGELI ,  peintre actif en Corse en 1727 (cf. l'Encyclopédie des peintres actifs en Corse, de M.E. Nigaglioni). Cette peinture pourrait être contemporaine de l'ensemble du maître-autel de marbre. La toile a beaucoup souffert.

Dessous, dans sa châsse, une belle statue de St Augustin en bois polychrome:

 

église st augustin de montemaggiore,giovan battista moro,luigi de ferrari


Deux autres toiles mériteraient largement notre sollicitude et nos soins, toutes deux de la main de Giovan Battista MORO*:

 

l'Assomption Moro 1746.jpg

Cette Assomption est signée et datée, Gio. Battista Moro 1706:

Signature Moro 1706 - Assomption.jpg

 (Merci, Michel-Edouard!)

L'autre, malheureusement beaucoup plus abîmée, représente la Sainte Famille: 

Montemaggiore Sainte Famille copie.jpg

Ici Moro  nous tient sous le charme des personnages encore visibles.

Plutôt que la Sainte Famille, il faudrait nommer cette toile les deux Trinités car il s'agit bien de cela: au  premier plan, à l'horizontale,  la Trinité terrestre avec Marie et Joseph (le malheureux a perdu la tête ...)  encadrant l'Enfant Jésus;

Trinité céleste.jpg

puis au centre et à la verticale,  croisant la Trinité terrestre par la personne de Jésus, la Trinité Céleste, avec la colombe de l'Esprit Saint, surmontée de Dieu le Père. Il émane une grande douceur de cette toile:

St Famille la Vierge.jpg

Jésus marche vers son destin, donnant la main comme tout jeune enfant à sa mère.

Les visages de Jésus et de Marie sont empreints d'une certaine mélancolie et d'humanité,

 

visage Vierge Moro.jpg


visage Jésus.jpg

 



 



 



 comme si Giovan Battista Moro avait fait là de véritables portraits d'après nature. L'Enfant Jésus, le regard grave, lèvres serrées, s'avance; Marie, toute jeune et sérieuse, nous dévisage. Dommage que le bon Joseph ait été effacé de cette Trinité terrestre !


* " Giovan Battista MORO: peintre corse, domicilié à Bastia où sa longue activité picturale est attestée de 1699 à 1761. (...) Giovan Battista Moro est l'un des meilleurs peintres de l'école bastiaise du XVIII° siècle." (M.E. Nigaglioni, Encyclopédie des peintres actifs en Corse)

***

Nous avions évoqué, dans une note précédente le très  bel autel baroque d'Antonio ou Giuseppe Cagliata, dédié au Rosaire:

 

 

 

Rosaire ensemble copie.jpg

 

dédicace Rosaire.jpg

surmonté du cartouche contenant sa dédicace,

pieusement et très tardivement

réécrite en français ...

 

 


ensemble au-dessus Rosaire.jpg

Sous ce cartouche l'on pourra se régaler du discours exubérant et baroquissime qui accompagne le Rosaire: une foule céleste d'angelots bruissent tout autour de la gloire rayonnante de la colombe de l'Esprit Saint, toujours proche de la Vierge,  

 

détail stucs Rosaire.jpg

et , s'apprêtant à couronner Marie, deux anges tiennent la couronne au-dessus de sa tête ...

 

Rosaire toile.jpg

La toile représente, comme d'usage, les quinze mystères du Rosaire encadrant la remise du Rosaire par la Vierge à l'Enfant à St Dominique  et Ste Catherine de Sienne. En prédelle, les Âmes du Purgatoire:

à retrouver sur la note précédente:  

http://elizabethpardon.hautetfort.com/archive/2013/02/10/montemaggiore.html

***

 

Un autre chef-d'oeuvre monumental trône au fond de l'église, dialoguant par-dessus le transept avec le maître-autel:

Orgue L De Ferrari 1831 copie.jpg

L'orgue construit par Luigi De FERRARI en 1831

Rappelons que cet organaro est né à Santa Margherita Ligure en 1807. Luiggi arrive en Corse probablement en 1830 (âgé donc d'à peine 23 ans) par la Balagne où il intervient pour refaire une grande partie de la tuyauterie de l'orgue de son oncle Ciurlo à la cathédrale St Jean-Baptiste de Calvi. Il signe entre 1830 et 1831 ses trois premiers instruments en Corse, à Sainte Marie de Calvi, à Montemaggiore et à Lumio. Luiggi De Ferrari est un facteur  d'orgue important pour la Corse de cette première moitié du XIX° siècle : Luiggi construira treize orgues sur l'île entre 1830 et 1845, répondant, comme son collègue et concurrent direct Anton Pietro Saladini, l'organaro de Speloncato, à une forte demande de la part de communautés rurales soucieuses d'affirmer leur réussite et leur foi à travers ce majestueux instrument.

Le soin apporté à la construction et au décor des tribunes et des buffets de l'époque contribue grandement à la beauté de l'église. Même muet, l'orgue est une oeuvre belle à regarder.Montemaio tribune et orgue.jpg


L'orgue de St Augustin est seulement signé sur l'une des portes latérales du buffet à la peinture: 1831, Luiggi.

Modestie oblige!

 

Cet orgue est protégé par les Monuments historiques. Malheureusement ce magnifique instrument reste sans voix, faute de subsides ...

***

L'on ne peut qu'espérer que la communauté trouve  l'énergie et les moyens de sauver son église et qu'un riche mécène se penche sur la qualité de ce patrimoine remarquable  de Sant' Agustinu et la sorte de son état actuel de dégradation : c'est certainement l'une des plus belles de Balagne.


  


 

 

 



 

 


 

 

09/02/2013

Cassano: l'Abbé Bastianelli, ex-missionnaire au Tibet, post scriptum

 

Post-sriptum à la note précédente:

l'abbé Bastianelli, Cassanu et Sant' Albanu

Cassano village blog.jpg

le village de Cassanu, Montegrossu, en Balagne ...

 

Voici l'excellente trouvaille faite par notre ami historien Jacques Denis (merci, Jacques!), pistant depuis Mausoleu et à notre requête l'abbé Bastianelli, ex-missionnaire du Tibet et commanditaire du Saint Laurent de Cassanu en 1841 :

Bastianelli Laurent-1.GIF

 Source : Annales Franciscaines, 1865, volume 2, page 413.

 

saint alban,capucins de corse,famille bastianelli de cassano,a fiera di l'alivu

L'acte de décès de Laurent Bastianelli: merci Jacques! Il stipule que notre Laurent serait né à Ajaccio et non à Cassanu, où d'ailleurs du reste il ne figure pas dans le dénombrement de 1769.

 

J'avoue ne pas avoir été surprise (je l'attendais!) du prénom - Laurent - de ce bon Révérend Père Bastianelli, compte-tenu de la présence de la toile de Saint Laurent à Cassano, même si le peintre Louis Jassogne en a usurpé les traits et tout le decorum auprès du Saint Rodrigue de Cordoue peint par Murillo ...

Né au lendemain de la Bataille de Ponte Novu notre Laurent Bastianelli aura traversé  près d'un siècle sous l'habit religieux, arpenté l'Europe et l'Asie, et connu bien des bouleversements politiques ... L'histoire mouvementée des missionnaires capucins en Asie nous éclairera peut- être un jour sur sa présence au Tibet .

 Jacques Denis me signale également la présence en 1728 à Cassano, parmi les notables, d'un Albano Bastianelli, paciere -( Arch. Corse du Sud, Civile governatore, liasse 754) . Voilà qui confirme que cette famille tenait une place importante dans le village. Le prénom d'Alban s'est conservé dans la famille.

Il évoque évidemment le Sant' Albano, représenté dans le beau retable sur bois d'Antonio de Calvi (1505) conservé à l'église paroissiale de Cassano et qui ornait primitivement la première église paroissiale de cette communauté dédiée à ce saint ( cette grande chapelle se trouve en contre-bas du village, au milieu du cimetière) :

Cassano - Retable Antonio de Calvi - 1505 copy.jpg

 

Cassano -Sant Albano- Retable Antonio de Calvi - 1505.jpg

 

Voici encore un autre mystère de Cassano: les deux Saints Alban répertoriés, l'anglais Saint Alban de Verulam, et le Saint Alban de Mayence et de Namur - deux saints "doublets"   vraisemblablement - sont deux saints céphalophores ( ils portent entre leurs mains leur tête décapitée lors de leur martyre) et ne sont nullement évêques, contrairement à la représentation de Cassano.

Ce Sant'Albabus serait-il l'évêque Albanus "qui faisait sans doute partie de la soixantaine d'évêques africains exilés en Sardaigne par le roi vandale Thrasamund en 508- 509" ? ( Sant'Albano, dans Corsica Sacra, de Geneviève Moracchini-Mazel, p. 167).

Toujours est-il que ce Sant'Albano évêque a son église,

 

Cimetière blog.jpg

 entourée des tombes de Cassano,

 

les oliviers de Cassano à sant'Albano blog.jpg

un lieu paisible,

Oliviers sant Albano.jpg

peuplé d'oliviers prêts à nourrir a Fiera di l'Alivu:

Fiera di l' Alivu - foiresdecorse site de la Fédération des ...

www.foiresdecorse.com/fiera-di-l-alivu

 

 

07/02/2013

3- l'énigme de San Rodrigo de Cordoba: suite et rebondissement imprévu

Où St Laurent et St Rodrigue font connaissance à Cassanu grâce à un ex-missionnaire du Tibet

Murillo c.1650-55 Gemaeldegalerie Alte Meister Dresden Allemagne, détail.jpg

Dans la note précédente, je m'étais penchée sur les aventures du Saint Rodrigue de Murillo au XIX° siècle, se laissant copier, parmi toutes les admirables et nombreuses  toiles de la Galerie espagnole de Louis-Philippe au Musée du Louvre, entre 1838 et 1848, avant de disparaître à Londres et de réapparaître quelques années plus tard à la Gemäldegalerie Alte Meister de Dresden ...

La copie très fidèle de cette toile, présente à Cassano, me posait quelques problèmes: il fallait tout d'abord que je vérifie la date de cette copie en la regardant de plus près , ainsi que la signature:

Cassano St Rodrigue signature copiste 1842.jpg

Ce que j'avais pris pour 1832 s'avéra 1842, donc en pleine période de ce Musée espagnol du Louvre. D'autre part la signature du copiste devenait lisible: L. Jassogne . Comment ce rare saint andalou avait pris place à Cassanu restait une énigme, et il me semblait devoir ne laisser aucune piste possible de côté d'une relation de ce village avec l'Espagne ou l'Amérique du Sud - les Corses étant de grands et intrépides voyageurs, on le sait!

 Une chose m'intriguait encore: à Cassanu, la tradition voulait que ce saint diacre martyre fût Saint Laurent, et non Saint Rodrigue, dont personne n'avait entendu parler. J'avais remarqué, en comparant les deux toiles, un détail troublant: si le Saint Rodrigue de Murillo a bel et bien la gorge tranchée, celui de Cassanu, pourtant assez fidèlement copié par ailleurs jusque dans les détails, ne comportait plus cette blessure.

 

          Cassanu - San Lorenzu-Rodrigo détail.jpg

la balafre qui déchire le tableau n'a rien à voir avec la décollation de Saint Rodrigue ...

Oubli de Jassogne? Cela ne collait pas avec la minutie du peintre copiste, soucieux de restituer les moindres détails, à défaut de pouvoir transmettre l'ardeur mystique de Murillo.

Et voici ce que, ce matin aux aurores je découvre, grâce à la magie d'internet! en recherchant qui pouvait être ce Jassogne, en 1842: dans un dossier de la base Arcade, l'on apprend que ce Jassogne, l'auteur, honore une commande d'un Saint Laurent faite en 1841/42 par l' Abbé Bastianelli, ex-missionnaire au Tibet ...

Voir la notice des Archives Nationales AR 101942 - cote F/21/0342 -dossier 21.

Et voilà l'une des clefs du mystère, du moins je le pense: le peintre Jassogne reçoit commande d'un St Laurent en 1841/42. Où pourrait-il bien en trouver un qui ferait l'affaire ? Allons au Louvre! Justement, à cette fameuse Galerie espagnole nouvellement ouverte depuis trois ans, il y a ce beau diacre martyre peint par Murillo, vous savez Murillo, le moins dérangeant des peintres espagnols pour le goût français : Saint Rodrigue de Cordoue, dites-vous? Bah! la belle affaire, on arrangera la chose à moindre frais en effaçant la blessure et voilà un Saint Laurent tout-à-fait présentable, même si le gril de son martyre manque à l'appel. J'ignore si notre Abbé Bastianelli y a trouvé à redire, en tous cas voici sans doute comment notre Saint Lorenzo/Rodrigo a trouvé place dans le choeur de l'église de Cassano. Après tout, rien ne ressemble plus à un diacre qu'un autre diacre ...

Mais qui est donc cet Abbé Bastianelli ? Missionnaire aventurier au Tibet au XIX° siècle ... voilà encore bien autre chose! Je ne connais pas encore son prénom ... Serait-il un Lorenzo à défaut d'être un Rodrigo ?

Cette petite enquête de Cassanu m'a fait entrevoir d'autres relations imprévisibles entre la Corse, Murillo, Séville ... La prochaine fois, sans quitter la Pieve de Pino, nous irons du côté de Montemaggiore.

A suivre!

 

 

 

18/01/2013

Le chef-d'oeuvre de Francesco Giavarini à Costa

Une oeuvre à découvrir en Balagne:

 

Costa paysage 1 blog.jpg

dans le petit village de Costa, Pieve de Tuani,

Costa église San Salvatore blog.jpg

cette modeste église San Salvatore abrite une oeuvre remarquable :

Costa-ensemble voûte- Francesco Giavarini blog.jpg

Francesco Giavarini réalise vers les années 1818- 20 cet étonnant  décor peint qui mériterait un programme de sauvegarde et de restauration. Souhaitons que la communauté de Costa puisse, dans un temps proche, trouver les moyens de mettre hors de danger cet ensemble remarquable :

orgue de Costa centré blog.jpg

le village de Costa a su, en 2004, et ce, malgré la modestie de ses moyens, faire restaurer cet délicieux petit orgue anonyme du début XIX° siècle. Espérons que l'ensemble du décor peint de Giavarini connaîtra un sort aussi enviable: un dossier est d'ors et déjà en cours pour refaire le toît, ce qui en soi est déjà une prouesse financière pour une toute petite commune (même si les subventions montent à 80%, les 20 % restant à la charge de la communauté pèsent lourd).

Francesco Giavarini est, nous dit Michel-Edouard Nigaglioni (Encyclopédie des peintres actifs en Corse, éd. Piazzola), un "peintre décorateur et peintre de chevalet né en 1781 dans le village de Ciamannacce (Corse-du-Sud). Il s'installe à Bastia , où en 1820 il épouse Marie-Jeanne Bourgeois. Giavarini est l'auteur de décors de grande envergure, tel celui de l'église d'Oletta (signé et daté de 1817) et celui de la cathédrale de Cervione (signé et daté de 1828 (...)".

L'église de Notre-Dame du Carmel à Stoppia Nova (actuellement en restauration), hameau de Quercitellu (Castagniccia) possède un chemin de croix intéressant, peint en 1824 par  Giavarini.

Rappelons qu'il est aussi l'auteur des grandes toiles des volets de l'orgue de Corbara (signées et datées  de 1819).

Des similitudes dans les décors des deux orgues de Costa (décor du doreur Bernardo Zigliara, en 1819)  et de Corbara évoquent fortement des contacts étroits entre ces deux communautés qui semblent avoir fait travailler à la même époque ces deux artistes, Zigliara et Giavarini.

Francesco Giavarini réalise à Costa un décor monumental de grande qualité où se mêlent harmonieusement baroque et néoclassicisme.

Christ Sauveur- Costa- Giavarini.JPG

Occupant le centre de la voûte, le médaillon du Christ du Sacré Coeur -   un coeur brûlant et rayonnant d'amour, couronné d'épines et surmonté de la croix pour  une dévotion largement diffusée par la France au XIX°siècle : Giavarini illustre les consignes de son temps. Décollation Jean-Baptiste- Costa- Giavarini copy.jpg

 Encadré, côté choeur, par la scène de la Décollation de Saint Jean-Baptiste.

Giavarini honore sans doute ici la demande de ses commanditaires qui souhaitent donner une place importante à St Jean-Baptiste: l'ancienne église de la Piève de Tuani, dédiée à San Giovanni Battista, dont il ne subsiste aujourd'hui que les murs, fut reconstruite vers  le XIV° siècle en remplacement d'une église romane pisane du XI° siècle, qui elle-même aurait remplacé une église paléo-chrétienne. Cette église en ruines se trouve donc sur le territoire de Costa, tout à côté de l'ancien couvent franciscain observantin de Toani, et fort proche du village. Une façon pour les gens de ce petit village de Costa de signifier leur importance dans la Piève, face aux communautés voisines beaucoup plus importantes d' Occhiatana, Belgodère, Ville di Paraso et Speloncato. D'autant que Costa n'a gagné son indépendance  sur son voisin Occhiatana que tardivement,  devenant vicairie en 1774, et commune distincte à la Révolution française.

Costa les 3 Vertus théologales- Giavarini copy.jpg

De l'autre côté de la voûte, vers l'orgue, cette représentation des trois Vertus théologales:

Costa l'Espérance copy.jpg

l'Espérance et son attribut, l'ancre: on est ancré dans la vie chrétienne par une foi solide.

Costa-la Foi- Giavarini copy.jpg

la Foi, voilée, car elle n'a pas besoin de voir pour croire,  porte ses attibuts: la croix du Christ et le calice du salut.

Costa - la Charité- Giavarini copy.jpg

la Charité: elle allaite un orphelin ...

 

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Sur les côtés de la voûte, au-dessus de fenêtres en trompe-l'oeïl et alternant avec des motifs végétaux et floraux, des médaillons accueillent des saints, une véritable galerie de portraits:

Costa St Aloysius- Giavarini copy.jpg

Saint Aloysius, alias le jeune Saint Louis de Gonzague

Costa- st Pie V- Giavarini copy.jpg

Saint Pie V, le pape dominicain, mystique et visionnaire, en fonction lors de la Bataille de Lépante qui opposa la coalition chrétienne au monde ottoman en 1571.

Costa St Grégoire- Giavarini copy.jpg

Saint Grégoire le Grand: la colombe de l'Esprit Saint inspire ses écrits, et le Livre ouvert témoigne qu'il est Docteur de l'Eglise.

Costa- St Paul- Giavarini blog.jpg

L'apôtre Saint Paul: visage passionné et barbe ardente, armé du glaive de son martyre et du Livre.

Lui faisant face, de l'autre côté de la nef, le médaillon de Saint Pierre, hélas trop dégradé pour être ici présenté.

Costa St Dominique -visage- Giavarini.jpg

Saint Dominique, créateur de l'ordre des dominicains et de la dévotion du Rosaire.

Costa St Philippe Neri  -Giavarini- blog.jpg

Saint Philippe Néri et son coeur brûlant d'amour: le village voisin de Speloncato abrîtait une congrégation d'Oratoriens, créée par ce grand saint du XVI° siècle, mystique et charitable.

Costa- St Michel- Giavarini copy.jpg

Saint Michel Archange, le peseur d'âmes et le grand pourfendeur de Satan:

Costa  st Michel visage copy.jpg

je ne résiste pas à l'envie de vous le montrer de plus près, tant il est beau malgré les dégradations dues à l'humidité.

Par ailleurs, Francescu Giavarini a réalisé cette très jolie chaire de prêche en bois polychrome,

Costa - la chaire- Giavarini copy.jpg

qui accueille , outre le motif central " JHS" (Jesus Salvator Hominum) cher aux Jésuites et aux Franciscains, le portrait des quatre Evangélistes et de leur symboles du Tétramorphe:

Costa St Marc visage- Giavarini copy.jpg

Saint Marc et son Lion fidèle

Costa- St Luc- Giavarini visage copy.jpg

                        Saint Luc et le Taureau 

Costa St Matthieu visage- Giavarini copy.jpg

Saint Matthieu et l'Ange, qu'il écoute manifestement!

Costa St Jean visage- Giavarini copy.jpg

Saint Jean l'Evangéliste et l'Aigle: jeune, inspiré ( exilé à Patmos, une figure resplendissante - ici le rayon - lui ordonne d'écrire l'Apocalypse) , il rédige l'Evangile le plus spirituel : "Au commencement était le Verbe ...". L'aigle, son compagnon, comme les trois autres attributs des évangélistes, est l'un des animaux de la vision du prophète Ezéchiel:

Au commencement de sa prophétie, Ezéchiel (Ez 1, 1-14) décrit sa vision :

« le ciel s'ouvrit et je fus témoin de visions divines » (Ez 1, 1). « Au centre, je discernais quelque chose qui ressemblait à quatre êtres vivants » (Ez 1, 5).

« Ils avaient chacun quatre faces et chacun quatre ailes (...) leurs sabots étaient comme des sabots de bœuf » (Ez 1, 6-7).

« Quant à la forme de leurs faces, ils avaient une face d'homme, et tous les quatre avaient une face de lion à droite, et tous les quatre avaient une face de taureau à gauche, et tous les quatre avaient une face d'aigle. » (Ez 1, 10).


On ignore tout de cette commande, les archives paroissiales ayant disparu, mais on peut penser que la population de Costa a dû se sentir fière d'une telle réalisation pour sa petite église. Souhaitons seulement que les descendants puissent sauver ce patrimoine exemplaire et menacé.


A propos du Tétramorphe:

Cette représentation du Tétramorphe est très présente, tant dans les chapelles à fresques  (voir  par exemple:  elizabethpardon.hautetfort.com/restauration-du-patrimoine/ - 117k ) soit dans les églises baroques où on la retrouve fréquemment peinte dans les décors plafonnants ...

 

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comme par exemple ici à Nocariu Supranu  (Castagniccia), dans la petite chapelle Santa Barbara où notre Saint Marc se retrouve en compagnie d'un gros matou sympathique en guise de Lion,

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et où Saint Luc maîtrise avec peine la cabrette-taurillonne fantasque qui lui tient lieu de Taureau ...

Non, non, ce n'est plus Giavarini, mais de l'art populaire et bien savoureux!