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23/01/2010

L'hiver de ma mère

Les paroles d'hiver de ma mère:
 la semaine dernière avec Clément, Augustin et Leonor
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"La curiosité, c'est l'élan vital. Si on ne s'intéresse plus à rien, on est foutu! (...)
On ne s'intéresse plus à rien!
On est mort avant de l'être!
ça, c'est affreux!
Il faudrait toujours lutter contre cela (...) 
Le réveil! Quest-ce que c'est?
Comme vous me réveillez! Vous luttez contre mon enlisement!
L'échange c'est fondamental!
Vous savez, je m'endors...
Oui ... J'attends ...
"J'attendrai
Le jour et la nuit
J'attendrai toujours
Ton retour... "
Le retour de quoi?
De la jeunesse ... de la beauté ..."
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"L'échange c'est merveilleux, car là on n'est plus seul.
Mais c'est rare.
En même temps, c'est vital!!
 Le contact avec l'autre redonne la vie, au lieu de rester la vieille carcasse qui mitonne dans son coin"
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"J'avais vingt ans
C'était l'printemps
Et j'étais demoiselle
Quand dans les bois
D'Marly le Roi
Je perdis mon ombrelle ..."
(Extraits du cahier réalisé par Anne Jacquemin qui "réveille" chaque semaine la mémoire enlisée de ma mère: un formidable travail de survie)
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"Let me, let me, let me freeze again,
let me, let me freeze again to death ..."
(Air du génie du froid, King Arthur, PURCELL)
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(Grunwaldo Graffini, l'hiver)
°°°
" Tout cela qui me revient encore - peu souvent -
n'est-il que rêve, ou dans le rêve
y a-t-il un reflet qu'il faille préserver
comme on garde la flamme d'être par le vent ruinée,
ou qu'on puisse répandre en libation dans le sol
sur quoi nos pas se font plus lents, plus trébuchants
avant de s'y enfoncer ? (Déjà ils y enfoncent.)
°°°
L'eau que l'on ne boira jamais, la lumière
que ces yeux trop faibles ne pourront pas voir,
je n'en ai pas perdu encore la pensée ...
°°°
Mais le verre de l'aube se brise un peu vite,
le monde entier n'est plus qu'un vase de terre
dont on voit maintenant grandir les fêlures,
et notre crâne une cruche d'os
bientôt bonne à jeter.
°°°
Qu'est-ce toutefois, dedans, que cette eau amère
ou douce à boire? "
°°°
Philippe JACCOTTET: "A la lumière d'hiver", Poésie Gallimard
°°°
... et pendant tous ces jours derniers et tous les jours à venir, en Haiti ...

22/01/2010

HIVER 2010

La vieillesse et l'hiver à Repotel, MARCOUSSIS ... avec Agrippa d'AUBIGNE
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" Mes volages humeurs plus stériles que belles
S'en vont, et je leur dis: " Vous sentez, Irondelles,
S'esloigner la chaleur et le froid arriver,
Allez nicher ailleurs, pour ne fascher impures
Ma couche de babil, et ma table d'ordures;
Laissez dormir en paix la nuict de mon hyver."
°°°
D'un seul poinct le Soleil n'esloigne l'hémisphère,
Il jette moins d'ardeur, mais autant de lumière.
Je change sans regrets, lors que je me repens
Des frivoles amours et de leur artifice.
J'aime l'hyver, qui vient purger mon coeur du vice,
Comme de peste l'air, la terre de serpens.
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Mon chef blanchit dessous les neiges entassées,
Le Soleil qui me luit les eschauffe glacées,
Mais ne les peut dissoudre au plus court de ces mois.
Fondez, neiges, venez dessus mon coeur descendre,
Qu'encores  il ne puisse allumer de ma cendre
Du brazier, comme il fit des flammes autrefois.
°°°
Mais quoi, serai-je éteint devant ma vie esteinte?
Ne luira plus en moy la flamme vive et saincte?
Le zèle flamboyant de ta saincte maison?
Je fai aux saincts autels holocaustes des restes
De glace aux feux impurs, et de naphte aux célestes :
Clair et sacré flambeau, non funèbre tison.
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Voici moins de plaisirs, mais voici moins de peines:
Le rossignol se tait, se taisent les Syrènes:
Nous ne voyons cueillir ni les fruicts ni les fleurs:
L'espérance n'est plus bien souvent tromperesse,
L'hyver jouyt de tout, bien heureuse vieillesse,
La saison de l'usage, et non plus des labeurs.
°°°
Mais la mort n'est pas loin; cette mort est suivie
D'un vivre sans mourir, fin d'une fausse vie;
Vie de nostre vie, et mort de nostre mort.
Qui hait la seureté pour aimer le naufrage,
Qui a jamais esté si friand de voyage,
Que la longueur en soit plus douce que le port?"
("La saison de l'usage", Agrippa d'Aubigné)