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25/02/2012

Ampugnani: les stèles ésotériques de Truchinacce (suite à suivre)

 

Entre Casalta et Silvareccio, ce site onirique de Truchinacce dans l'Ampugnani continue de nous interroger.

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et chacun y peut apporter ses analyses et chacun peut y nourrir ses rêves les plus poétiques: le langage symbolique est constitutif de l'homme.

 Pour le moment, en attendant la connaissance du site avant son pillage avéré (voir les notes précédentes du 2/1 et du 10/1/2012), et l'analyse du lieu par les amis préhistoriens qui pourrait confirmer ou infirmer que nous sommes bien en présence d'une expression mégalithique, nous tentons d'explorer son  univers symbolique le plus récent.

Premier constat, les trois stèles gravées qui nous restent sont alignées face à l'est. Ce "recto" comporte de très nombreux symboles qu'il conviendrait d'analyser dans un contexte historique  précis. Le verso comporte toujours - entre autres signes - une grande croix. Beaucoup d'éléments nous incitent de plus en plus à penser que nous sommes devant un discours gravé lié au monde de la carboneria (carbonarisme), bien ancrée dans l'Ampugnani du XIX° siècle .

On lira avec grand profit l'écrit consacré à ce sujet par Francis POMPONI : "La voie corse du passage du carbonarisme napolitain à la Charbonnerie française sous la Restauration (1818-1823)", dans  "Secret et République (1775-1840)" par Bernard GAINOT, publié aux Presses Univ. Blaise Pascal en 2004.

Je vous invite aussi à découvrir dans l'Encyclopédie Imago Mundi le long article qui traite du carbonarisme :

http://www.cosmovisions.com/$Carbonari.htm

En voici un extrait, témoignant d'un rituel chargé de symboles:

 

"On a souvent confondu le Carbonarisme avec la Franc-maçonnerie, dont il n'est, en réalité, qu'un dérivé. Comme la Franc-maçonnerie, ou l'ordre des Illuminati (Illuminisme), dont on a parfois dit que les Carbonari avaient pu s'inspirer, le Carbonarisme a son cérémonial particulier, son langage symbolique, dont les termes sont empruntés au commerce du charbon. C'est ainsi que le lieu d'assemblée s'appelle hutte, en italien baracca; le pays où se tient l'assemblée, la forêt; la réunion elle-même, - ce qu'en langage maçonnique on nomme la tenue, - la vente, en italien vendita. Une réunion de huttes est une république. Purger la forêt des loups signifie délivrer la patrie des tyrans et des oppresseurs. De là, le cri de ralliement du Carbonarisme : Vengeance au mouton opprimé par le loup. Les statuts et règlements sont particulièrement sévères contre les parjures et les traîtres. L'indiscrétion, même involontaire, a son châtiment.

Chaque associé jurait de garder le secret sur l'existence du Carbonarisme, sur ses signes, son règlement et ses mots de passe; d'obéir aveuglément et sans réserve aux ordres intimés par la vente suprême, les choses commandées cessant d'être injustes dès qu'elles deviennent un moyen d'arriver au bonheur commun et, d'obtenir le but général; de dévouer sa fortune et même sa vie à la cause de la liberté et de la patrie.

En outre, pour être prêt à résister à l'oppression, à secourir ses « frères », appelés ici ses bons cousins, tout Carbonaro devait se munir, à ses frais, d'un fusil de munition et de cinquante cartouches à balle. Le parjure était puni de mort. Les grades par lesquels devait passer successivement le « bon cousin » étaient ceux d'apprenti, de maître et de grand-élu.

Un rituel d'initiation.
Voici, d'après Saint-Edme (Constitution et organisation des Carbonari), les détails du cérémonial usité pour une initiation au troisième grade : la vente se tient loin des profanes, dans une grotte obscure, cachée et connue seulement des Carbonari déjà reçus grands élus. La salle est triangulaire, tronquée aux trois pointes. Le grand maître, grand élu, qui préside la réunion, est placé sur un trône, à l'orient, dans l'angle tronqué supérieur. En face de lui, à l'occident, au milieu de la base même du triangle, se trouve la porte de la grotte. Elle est défendue par deux gardiens nommés flammes ou porte-épée, tenant à la main des sabres faits comme des flammes de feu. Les assistants sont rangés en deux files, à droite et à gauche du président. Ils ont la face tournée vers lui pour se conformer à tous ses mouvements, quand il fera des avantages ou autres cérémonies et solennités. Deux des assistants, ceux qui sont placés à l'extrémité des files, se nomment premier et second éclaireur; un troisième qui sert d'orateur est appelé étoile. Trois lumières en forme de soleil, de lune et d'étoile sont suspendues aux trois angles pour la clarté de la vendita. Le trône et les bancs sont couverts de drap rouge parsemé de flammes nombreuses. Le grand élu est en costume de l'ordre, ainsi que les autres assistants. Il a le front enveloppé d'un long mouchoir rouge enroulé en forme de turban, Il porte des sandales bleues, une tunique de même couleur et, au-dessus de la tunique, une longue robe noire serrée par une ceinture de laine rouge à laquelle sont suspendus une hachette et un poignard. Outre le costume ci-dessus, commun à tous les assistants, le grand élu président porte en sautoir un large ruban moiré tricolore, bleu céleste, jaune et vert, où sont attachés trois bijoux, marques de sa dignité : un triangle azur, image du ciel et de la divinité, un soleil d'or et un globe terrestre d'un vert pâle.

« LE GRAND ÉLU. - Bon cousin, premier éclaireur, quelle heure est-il?

LE PREMIER ECLAIREUR . - Respectable grand élu, le tocsin sonne de toutes parts et retentit jusque dans les profondeurs de notre grotte. Je pense que c'est le signal du réveil général des hommes libres.

LE GRAND ÉLU. - Bon cousin, second éclaireur, à quelle heure doivent s'ouvrir nos travaux secrets?

LE SECOND ÉCLAIREUR. - A minuit, respectable grand élu, lorsque les masses populaires, conduites par nos affidés, les bons cousins directeurs, sont rassemblées, organisées, marchent contre la tyrannie et sont prêtes à frapper les grands coups.

LE GRAND ÉLU. - Bons cousins, flammes et gardiens de la sûreté de notre asile, êtes-vous sûrs qu'il ne s'est glissé parmi nous aucun profane et que tous les carbonari réunis dans cette vendita sont bien grands maîtres, grands élus?

UNE DES FLAMMES. - Oui, vénérable grand élu, les Introducteurs ont fait leur devoir. Il n'existe ici ni profane, ni Carbonaro subalterne.

LE GRAND ÉLU. - Tous les directeurs des divers grades carboniques, destinés au mouvement général qui va s'opérer, sont-ils à leur poste, bien armés, mes bons cousins, premier et second éclaireurs?

LES DEUX ÉCLAIREURS en même temps. - Oui, vénérable grand élu; tous sont partis après avoir réitéré le serment sacré de périr ou de vaincre.

LE GRAND ÉLU. - Puisque tout est si bien disposé, mes bons cousins, je vous invite à m'aider dans l'ouverture de nos travaux nocturnes en célébrant le septuple avantage que je commence à l'instant. A moi, mes bons cousins.

1° Au Créateur de l'Univers; 2° au Christ, son envoyé sur la terre, pour y rétablir la philosophie, la liberté, l'égalité; 3° à ses apôtres et prédicateurs; 4° à saint Tibaldo, fondateur des Carbonari; 5° à François Ier, comme notre protecteur et l'exterminateur de nos anciens oppresseurs; 6° à la chute éternelle de toutes les tyrannies; 7° à l'établissement d'une liberté sage et sans fin, sur la ruine éternelle des ennemis des peuples. »

Les sept avantages étant célébrés par les acclamations d'usage, lecture est faite aux assistants du procès-verbal de la dernière séance; puis, le procès-verbal adopté, le grand élu donne la parole à l'orateur appelé Etoile. Celui-ci explique et développe le but de la réunion. Après avoir fait une description de l'âge d'or, où les humains, obéissant aux lois de la nature, étaient bons et vertueux, l'orateur décrivait la situation malheureuse de la belle Ausonie et présentait le tableau navrant de son affreuse destinée.
« Elle obéit maintenant, disait-il, à trente soi-disant souverains, qui, rétrécis dans ce qu'ils appellent leurs domaines, n'en tyrannisent qu'avec plus d'impudence les peuples infortunés soumis à leur autorité dure, mais chancelante. C'est pour en débarrasser le sol que nos aïeux, les premiers bons cousins, ont établi la respectable Carboneria. Exilées du monde, n'osant se montrer au grand jour, la liberté, l'égalité, se réfugièrent dans les rand se cachèrent dans les ventes, dans les grottes les plus reculées, et là, reprenant la robe virile dont nous sommes revêtus, aiguisèrent leurs hachettes et leurs poignards et jurèrent de renverser en un seul jour tous les oppresseurs de ces belles contrées. Nous avons tous fait, sur le signe éclatant de la rédemption du Sauveur du monde, le serment sacré de rétablir sa sainte philosophie. Le moment est arrivé, mes bons cousins ; le tocsin de l'insurrection générale a sonné, les peuples armés sont en marche. Au lever de l'astre du jour, les tyrans auront vécu, la liberté sera triomphante. Employons le peu d'heures qui vont s'écouler avant d'arriver aux moments d'une courte et terrible vengeance, à relire et proclamer les nouvelles lois qui vont régir la belle Ausonie, la réunir en un seul peuple dans ses limites naturelles et la rendre libre, heureuse, florissante à l'exemple du reste de l'univers. »
Ce discours achevé, le grand élu président prononçait à haute voix la formule du serment :
« Moi, citoyen libre de l'Ausonie, réuni avec mes frères sous le même gouvernement et les mêmes lois populaires que je me dévoue à établir, dût-il m'en coûter tout mon sang, je jure, en présence du grand maître de l'univers et du grand élu, bon cousin, d'employer tous les moments de mon existence à faire triompher les principes de liberté, d'égalité, de haine à la tyrannie, qui sont l'âme de toutes les actions publiques et secrètes de la Carboneria. Je promets de propager l'amour de l'égalité dans toutes les âmes sur lesquelles il me sera possible d'exercer quelque ascendant. Je promets, s'il n'est possible de rétablir le régime de la liberté sans combattre, de lutter jusqu'à la mort. Je consens, si j'ai le malheur de devenir parjure à mes serments, à être immolé par mes bons cousins les grands élus, de la manière la plus douloureuse. Je me dévoue à être mis en croix au sein d'une vendita, nu, couronné d'épines et de la manière que le fut le Christ, notre rédempteur et notre modèle. Je consens de plus à ce que mon ventre soit ouvert de mon vivant, que mon coeur et mes entrailles soient arrachés et brûlés, que mes membres soient coupés et dispersés et mon corps privé de sépulture. Telles sont nos obligations à tous, mes bons cousins, jurez-vous de vous y conformer?

TOUS LES ASSISTANTS à la fois. - Nous le jurons.

LE GRAND ÉLU. - Dieu vous entend, mes bons cousins! son tonnerre gronde; vos serments sont agréés. Le peuple est prêt à combattre, il triomphera! Malheur à vous si vous le trahissiez! »

L'orateur donnait ensuite lecture du pacte constitutionnel de l'Ausonie, qui devait être soumis à la sanction de la nation libre et unie."

Comme on peut le voir, les bons cousins ne plaisantent pas!
 Voici une première grille de lecture de ces trois stèles proposée par un jeune chercheur féru d'ésotérisme en Corse:

 

   

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(la face nord de la stèle centrale)

Je cite:

" Cœur (placé au sommet):  N'est pas sans rappeler l'anthropomorphisme dont étaient dotées certaines « stantare ». Le coeur tient lieu de visage et s'apparente par la forme à la feuille de peuplier (arbre initiatique tenu pour sacré dans l'antiquité, lié à la résurrection).  

Croix celtique écourtée (gauche) :

Symbole solaire apparenté à la roue solaire. Cycle (saison, course du temps …).

Symbole apparaissant dès le néolithique ou, si plus tardif, chrétien (signaculum domini = plaies du Christ).

Soleil (droite): Symbole solaire classique.

Croissant de lune vers le bas :

Symbole de minuit (passage du soleil à l’antipode).

Obscurité=secret=occulte

Croix : Se rapporter à la symbolique chrétienne et solaire.

Deux cercles concentriques radiants :

Couronne – Œil de la Providence – Soleil

Symbole surmonté par une croix.

Course du soleil (croix + astre) ou suprématie du «Christ-Roi» (couronne + croix + radiance)

Niveau (Figure centrale): Figure maçonnique (essentiellement celle du grade de surveillant) = équilibre ou harmonie, l'œuvre est réalisé et équilibré.

Figures pointues avec point au centre (sur les côtés du niveau): symbole inconnu. Possibilité d'être la lettre « D » dans l'alphabet maçonnique.

Eventuellement une allégorie des deux colonnes du temple (J et B)

Soleil et lune (gauche et droite) : Symboles maçonniques classiques.

Les gravures circulaires et rectangulaires, voire carrées, semblent être en rapport avec les degrés dans la hiérarchie des maçons ou compagnons ayant œuvré sur le site.

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(la face ouest de cette stèle centrale et son percement au sommet, qui disait-on, laissait passer un rayon de soleil qui illuminait l'église pievane de Casalta)


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(la face ouest de la stèle de droite)


INRI : Igne Natura Renovatur Integra (la nature est intégralement renouvelée par le feu).

Parole du rituel de Chevalier Rose+Croix (REAA) héritée de l’alchimie.

Croix à pointe aiguisée : Symbole héraldique (tranchant, aiguisé). Certainement un rapport avec l’arme (poignard rituel du Carbonaro ou Pinatu du Topu Pinutu).

Deux soleils : Symbole maçonnique typique. Saint Jean de l’Apocalypse (Solstice d’hiver)  et Saint Jean le Baptiste (Solstice d’été), similitudes avec le dieu Janus aux deux visages.

 

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(la face est de cette même stèle: le chêne qui a poussé entre temps ne permet pas de faire une photo d'ensemble)


 

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(la face nord de la stèle de gauche)

 

Œil de la providence : Elément courant dans la symbolique maçonnique.

2 : Symbole évident de la dualité. En rapport certainement avec les deux colonnes du temples, les deux surveillants et le damier initiatique (noir et blanc).

S : Certainement symbole du serpent (symbole compagnonnique du tailleur de pierre).

Pentagramme : Elément maçonnique du grade de compagnon.  5 éléments (eau, terre, air, feu, éther) ou 5 sens.

Humain accompli et achevé.

Deux lunes superposées au dessus de l’horizon : Apogée et périgée.

4 : Chiffre de la matière. Croix dont l’axe horizontal et l’axe vertical sont reliés. Chiffre du carré.

3 : Trinité. Peut être même Troïka (organisation de cellules de 3 personnes). Chiffre du triangle.

(Peut-être le Chapitre 4 verset 3 des Corinthiens: « Si notre Evangile est encore voilé, il est voilé pour ceux qui périssent »)

Compas : Sert à tracer le cercle, qui garde en lui les secrets de l’initié. Symbole de l’esprit et composante des 3 grandes lumières.

Les trois dernières figures sont un rappel évident de la géométrie et sa symbolique ésotérique.

Cette stèle est certainement celle d’un compagnon devenu maitre. Elle a du être gravée progressivement du bas vers le haut

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(la face ouest de cette stèle)


... et enfin, sa première conclusion:

Les monolithes sont certainement très anciens.

Il est essentiel de pratiquer un relevé topographique de la disposition des monuments ainsi qu’une analyse géologique des pierres.

Les éléments disparus ont de toute évidence, de façon coutumière en Corse, été certainement récupérés et insérés dans le paysage architectural (probablement dans les environs proches du site), que ce soit dans une bergerie ou dans les parois d’une maison.

Nous pouvons, aux vues des symboles et « styles » de gravures, qu’il s’agit d’une œuvre collective. Les gravures ont du se succéder au fur et à mesure du temps.

L’iconographie religieuse et maçonnique est quasiment classique mais la présence conjointe de celle-ci avec des éléments chrétiens nous laisse à penser qu’une société secrète du XVIIIème  ou XIXème siècle a utilisé ces éléments en vue de rituels.

La maçonnerie dite « du bois », les Pinnuti ou Carbonari sont effectivement à l'origine des gravures. Des références au Compagnonnage sont évidentes. "


(à suivre ...)

02/01/2012

l'énigme des stèles ésotériques de Casalta, pieve d'Ampugnani

L'univers symbolique des stèles de "Truchinacce"

entre Casalta et Silvarecciu,

dans cet espace  perdu quelque part au milieu de la chênaie dans la montagne: un lieu puissant, visité mercredi 28 décembre 2011 ...


Je reprends brièvement cette première note sur le sujet de la fin décembre 2011, car, entre temps, nous avons eu quelques informations complémentaires sur ce sujet:  il est clair que ce lieu pose quantité d'énigmes toutes aussi passionnantes les unes que les autres.

La première information, et de taille! est que ce site comportait beaucoup plus de stèles qu'aujourd'hui, une vingtaine selon la mémoire orale. Ce qui signifie que ce lieu a été  pillé par des gens qui ont jugé ces stèles dignes d'être volées (pour en faire quoi ???) . La deuxième information nous signale qu'il existe ... et qu'il a existé ailleurs dans cette même région d'autres stèles gravées, elles aussi menacées de disparition. Le fait que ce  site a comporté un aussi grand nombre de pierres levées nous inciterait à interroger les amis préhistoriens sur l'éventualité d'une occupation très ancienne. Enfin la densité des signes et  des symboles sculptés ici (gravés probablement au 19° siècle: les visiteurs éclairés d'il y a une vingtaine d'années  confirment  avoir lu sur ces stèles disparues des dates de ce siècle) , entre signes religieux (calices, ostensoirs, croix...) et symboles ésotériques (pentacles, compas ...) nous pousse également à solliciter l'avis éclairé des uns et des autres de quelque famille qu'il soient ... Notre sculpteur appartenait-il à une loge maçonnique ou une société secrète du style des Carbonari, présents en Corse et dans l'Ampugnani en particulier?

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ce "cimetière" ancien - du moins nous semble-t-il - ( il est dit, toujours dans la tradition orale, qu'ici étaient enterrés des ecclésiastiques liés à la piévanie de l'Ampugnani de l'ancien évêché d'Accia: l'église piévane, Santa Maria, se trouve plus bas dans la plaine au nord, sur le territoire de Casalta). 

 

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l'église santa Maria de Casalta, piévanie de l'Ampugnani.

J'y consacrerai prochainement une note. Faut-il rappeler ici que le petit diocèse d'Accia, avec sa minuscule cathédrale plantée au sommet du San Pedrone, comportait seulement deux pieve: l'Ampugnani et le Rustinu, et que dans ces deux pieve l'on trouve des pierres gravées, et des manifestations "magico-religieuses" pré-chrétiennes fort dérangeantes pour l'Eglise, et qu'elle cherchera toujours à rechristianiser ...

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un "cimetière, donc, où veillent trois stèles énigmatiques comme sentinelles

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ce mercredi dernier, en la bonne compagnie des amis Toussaint Quilici et Jean-Pierre Mannoni, les infatigables arpenteurs/défenseurs de leur région, auteurs du livre " Pieve di Rustinu" (Editions Anima Corsa), nous découvrons ce monde étrange: trois pierres dressées tels de petits menhirs, gravées recto-verso de signes et d'inscriptions qui nous laissent perplexes,

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difficilement datables : ici, est-ce vraiment une date, 1853 ? Ou bien une référence à Isaïe ?

 

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messages symboliques : au sommet, une forme solaire irradiante d'où s'écoule une profonde rigole,  surmonte une sorte de coeur,

 

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un coeur qui m'évoque fortement le coeur qui orne les cetere,

comme ici la cetera de Salvadore Saladini


à moins qu'il ne s'agisse d'une feuille de peuplier, auquel cas la symbolique est doublement  funéraire, le peuplier noir signant les enfers et la douleur, le peuplier blanc, "consacré à Héraclès qui l'avait découvert près du fleuve Achéron lorsqu'il était descendu aux enfers" (Encyclopédie des symboles) annonçant la régénérescence et le salut ...

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Puis, sous une inscription,  vient un pentacle: une étoile à cinq branches riche de significations symboliques ... pour Pythagore, harmonie du corps et de l'âme, pour les gnostiques, figure centrale du "Néant suressentiel", pour les amulettes "ABRAXAS", protection magique,  pour les chrétiens, témoignage des cinq plaies du Christ ... pentacle présent dans les tombes égyptiennes comme sur les céramiques étrusques, signe des cinq éléments pour les alchimistes comme pour les gnostiques manichéens (la lumière, l'air, le vent, le feu, l'eau), cher à la Franc-Maçonnerie ... enfin, une figure - telle un talisman - bien propre à chasser Satan et ses démons ...

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et sous les nombres, un A campé sur ses jambes comme le compas du Grand Architecte? bref, notre sculpteur inconnu a des messages codés à faire passer ... et de bons outils pour travailler, creuser, percer (... ces nombreux "trous" qui ponctuent le discours)

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 autre stèle: "ostensoir", "calice" ...

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pentacle, nombres, chandelier (?)  ...

le chêne a poussé entre temps.

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grande croix, cercles ...


INRI: l'acronyme de Iesus Nazarenus Rex Iudaeorum

(Jésus le Nazaréen Roi des Juifs: version habituelle)

notre homme illuminé est un lettré, un initié?


... d'autres choix:

Igne Natura Renovatur Integra

la Nature  Intègre est Régénérée par le Feu )


Ineffabile Nomen Rerum Initium

(le Nom ineffable est le commencement de toutes choses)


Intra Nobis Regnum Ieovah

(au dedans de nous le règne de Jehovah)

Iesus Nazareth Raphael Iudas

etc ...

 

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coeur, croissant de lune inversé, croix, soleil rayonnant  ...

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écriture ... pour le plaisir du geste ?

ou message crypté pour les initiés?

" J'enfouis ce témoignage,

Je scelle cette révélation

au coeur de mes disciples"

(Isaïe 8 - 16)

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Ici, l'inscription IHS (Iesus Hominum Salvator)

et PAX VOBIS (du moins me semble-t-il: ou nobis ?)

 

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grande croix et sommet de la stèle percé de part en part

 

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Selon certains informateurs, le soleil passant à travers ce trou viendrait désigner le site de Santa Maria de Casalta (il faudrait vérifier ...)


le triangle inversé et le pentacle.jpg

 et sous cette croix, le mystère du triangle inversé contenant à nouveau un pentacle: image féminine? triangle alchimique ?  Quelle inspiration secrète a guidé  le ciseau  initié de ce sculpteur original (quelle date? probablement XIX° siècle - les arbres ont poussé depuis ces inscriptions, semble-t-il)  pour célébrer la mémoire des siens ? ou bien pour les protéger ? ...

et quelle origine pour ces stèles dressées comme stantare ?

 

Toujours est-il que nous sommes ici dans un univers symbolique qui nous interroge: dans toute la région l'on retrouve des gravures rupestres remontant à la préhistoire, signes dont on recherche encore le sens (cf "la Pieve di Rustinu" citée plus haut). Notre mystérieux sculpteur s'inscrit en tous cas dans cette nécessité de laisser une trace durable et visible par tous, sinon lisible. Stèles.


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Cette stèle, en particulier, évoquerait bien une figure anthropomorphe: le coeur représentant alors en fait un visage. Ces stèles auraient-elles, dans un passé très ancien, été déjà primitivement gravées, et notre ou nos sculpteurs plus récents n'auraient-ils pas réutilisé l'existant ?

 

"Religion lumineuse

L'Empereur, -- père de toutes les croyances, et estimant en chacune d'entre elles la Raison qui est une, -- veut que ceci, prêt à s'effacer par négligence, soit reporté sur une table neuve et marqué du sceau de son règne :

L'Être admirable, n'est-ce pas l'Unité-Trine, le Seigneur sans origine, Oloho ? Il a divisé en croix les parties du monde ; décomposé l'air primordial ; suscité le Ciel et la terre ; lancé le soleil et la lune ; créé le premier homme dans une parfaite harmonie.

Mais Sa-Than répandit le mensonge, proclama l'égalité des grandeurs et mit la créature dans le lieu de l'Éternel. L'homme perdit la voie et ne put la retrouver.

Viennent ensuite des promesses : une incarnation ; un supplice ; une mort ; une résurrection. Or cela n'est pas bon à faire trop savoir aux hommes.

Que nul n'ose donc ajouter de commentaires ici. Que nul ne cherche un enseignement ici. Afin que sans fruits ni disciples la Croyance Lumineuse meure en paix, obscurément."

(Victor Segalen: Stèles, Face au Midi)

 

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et, un peu plus loin du côté de Silvarecciu, ce rocher gravé par le même (dirait-on) et mangé par le lichen ...

Merci à Colette pour ses photos et aux amis Quilici et Mannoni pour cette troublante rencontre lors de cette riche journée!


En attendant, bonne préparation de réveillon!


(à suivre pour cette enquête à mener et pour l'église piévane Santa Maria de Casalta et les gravures rupestres de Petricaghju, sous Castellu di Rustinu ... qui firent l'objet de cette journée ).