(la Tentation de Saint Antoine de Jacques Callot, détail)
Une résistance aux pires intimidations, aux plus délectables tentations... Saint Antoine attire à lui des disciples qui vivent alentour dans des grottes et recherchent son enseignement, le prennent pour guide spirituel ... L'on trouve dans le désert de la Mer Rouge deux monastères coptes du IVème siècle, les plus anciens de la chrétienté, l'un dédié à Saint Antoine, l'autre à son ami saint Paul Ermite, le doyen des anachorètes de la Thébaïde.
Notre Sant'Antone Abbate, tel que nous le retrouvons ici à Aregno, comme dans la plupart des sanctuaires où il est vénéré, ne porte pas la trace de ces combats épuisants: non, le vénérable vieillard en impose paisiblement, armé du Livre , d'où sortent souvent des flammes, évoquant sa capacité à guérir " mal des ardents", dit aussi "feu de St Antoine", alias l'ergotisme gangréneux: l'ergot du seigle est un parasite qui contaminait le pain et provoquait le dessèchement des extrémités - jusqu'à devoir amputer - et entraînait des hallucinations ...
Dans son autre main, il porte une croix où l'on a suspendu une clochette ... et ici des oranges bénies pour la fête de St Antoine...
Cette croix est le plus souvent le Tau, c'est-à-dire une croix potencée, symbole de la vie future dans l'Egypte ancienne. Le Tau est très souvent brodé sur son épaule, comme ici sur cette sculpture ornant la chaire de prêche de l'église Saint Antoine Abbé d'Aregno.
Revenons-en au cochon de St Antoine ... Si fidèle, si amical, comme le chien de St Roch, une autre bien bonne bête celle-là aussi... Rien à voir avec nos perversités cochonnes, non, rien à voir non plus avec les tentations charnelles de St Antoine!
Alors voilà ...
Tout d'abord cette histoire retrouvée dans l'Iconographie de l'Art chrétien de Louis Réau:
"Le Roi de Catalogne le supplie de venir exorciser sa femme et ses enfants possédés par les démons. Voyageant sur un nuage (...) le saint quitte la Thébaïde et débarque à Barcelone. Il se rend dans la maison du prévôt André. Mais au moment où il franchit le seuil, une truie lui apporte dans sa gueule un porcelet monstrueux, né sans yeux ni pattes. André veut chasser l'intruse, mais saint Antoine l'en empêche en lui disant qu'après tout la pauvre bête veut implorer comme le roi la guérison de sa progéniture.
Il prend la main d'André et, pour lui transmettre son pouvoir d'exorcisme, il fait avec elle un signe de croix sur le porcelet qui acquiert miraculeusement la vue et les membres qui lui manquaient à la naissance. Après quoi, André exorcise de la même façon la reine de Catalogne agenouillée à ses pieds."
J'aime beaucoup cette histoire et comprends la tendresse du petit cochon qui se frotte contre les jambes de notre bon saint Antoine!
Venons- en à l'Ordre hospitalier des Antonins, fondé au XIème siècle sous la protection de saint Antoine et spécialisé dans les soins donnés aux malades victimes de la peste, la syphillis, le zona ou de l'ergot du seigle... Ces Antonins, pour faire vivre leurs hôpitaux, élevaient des porcs auxquels ils accrochaient une clochette tintinabulante qui les signalait comme "cochons de saint Antoine" et leur donnait le droit envié de farfouiller librement dans les villages et les terres communales, faisant le service de voierie et le nettoyage des ordures ... Oeuvres de charité.
Nous voici bien loin des pensées perverses et nauséabondes évoquées par des termes comme "petite cochonne, va!" ou "quel vieux cochon! "...
Le nôtre, de sant Antone Abbate, protège nombre de confréries en Corse et naturellement donne un bon coup de main lors de la fabrication, autrefois si vitale, de la bonne charcuterie villageoise ... Lui qui n' aurait même pas voulu avaler pour rien au monde ne fût-ce qu'une toute petite tranche de saucisson ...