27.11.2009

Piedicroce,église paroissiale et maison Paoli

A.F. ALBERTI à PIEDICROCE
Piedicroce église ensemble côté orgue.jpg
à Piedicroce, le fond de l'église, avec l'orgue historique (Spinola 1619)
 Michel-Edouard NIGAGLIONI vient de me confirmer ce que je subodorais: le peintre responsable du décor peint de la pièce des "BERGERS d'ARCADIE" dans la Maison Paoli de Piedicroce est le même que celui qui a réalisé l'intégralité du décor mural et plafonnant de l'église paroissiale saint Pierre saint Paul de ce village...
Il s'agit donc de A.F. ALBERTI, actif en Haute-Corse entre 1850 et 1880 (vivement la parution du Dictionnaire des peintres corses, de Michel-Edouard Nigaglioni!) ... Je reviendrai sur l'ensemble du riche décor de l'église, réalisé par Alberti en 1865, qui pour le moins, témoigne de la prospérité à l'époque de ce village important de la Castagniccia.
En ce qui concerne le décor des Bergers d'Arcadie de la Maison Paoli, M.E. Nigaglioni pense qu'il s'agit d'une pièce qui a pu avoir une vocation municipale pour y signer des actes civils (mariages ...), d'où cette solennité certaine mâtinée d'esbrouffe locale ... A voir ... Il reste que cette pièce est exceptionnelle.
Piedicroce église ensemble côté Autel blog.jpg
(à suivre!)

26.11.2009

Les Bergers d'Arcadie de Piedicroce, suite et fin

Piedicroce Bergers d'Arcadie sélection copie 2.jpg
Retour à Piedicroce. Une faute d'orthographe (?"ECO" ?) désignée par l'index de notre berger barbu...
Cela dit, cette énigmatique inscription "ET IN ARCADIA EGO" en a fait élucubrer plus d'un: aujourd'hui nous sommes à une époque friande d'interprétations ésotérico/mystiques, à croire que le réel a perdu de sa substance ... Au fait, son anagramme: "I TEGO ARCANA DEI" ne manque pas de ressources... ("Je garde les arcanes de Dieu"). Admettons.
 Je laisse tout cela à qui de droit . A chacun ses rêves, ses cheminements secrets et son goût du mystère.
Simplement, en ce qui concerne l'Arcadie, ce lieu mythique  où vit harmonieusement ce peuple de bergers dans une nature  inviolée, cette Arcadie-là est toujours dans nos rêves: puissante nostalgie d'un âge d'or, ou d'un paradis perdu ... ou d'une Corse pastorale, idyllique, exempte de toute pollution physique ou morale, commerciale ou industrielle, politique ou spirituelle, à vous de choisir ... 
L'Arcadie, au centre du Péloponèse (comme la Corse) est une région de montagnes.  L'une de ses sources, nommée STYX, avait très mauvaise réputation:  mortelle pour les hommes et les bêtes - on dit  qu'Alexandre le Grand aurait été empoisonné par son eau... Jaillissant d'un rocher en hauteur, elle se perdait rapidement sous terre, rejoignant le fleuve souterrain dans lequel elle allait se jeter, ce Styx infernal qui ceint de ses méandres le monde des Enfers.
Parmi les dieux les plus vénérés en Arcadie, PAN, le dieu arcadien des bergers et des troupeaux, une sorte de "démon" mi-homme mi-animal, dont on connait la prodigieuse vitalité - dont on dit qu'il réjouissait le coeur de tous les dieux, et qu'il était l'incarnation de l'Univers ...
Et HERMES, fils de Zeus et Maia, qui, entre autres nombreuses fonctions et non des moindres, est le dieu psychopompe par excellence: il se charge d'accompagner - mission récupérée par St Michel Archange , comme on  le sait - les Ames  des Morts aux Enfers  ... (Pour la petite histoire on chuchote parfois qu' Hermès serait le père du dieu Pan, qu'il aurait eu avec Pénélope, infidèle à Ulysse: mais ceci ne nous regarde pas et n'est peut-être qu'un méchant ragot! ) En tous cas, Hermès non seulement conduit l'âme des morts mais aussi , mais guide celle de l' adepte dans son initiation  spirituelle ...
Bref, si cette pièce du village de  Piedicroce, Pieve d'Orezza, Castagniccia, Corse, dans cette maison liée à la famille des Paoli, aurait pu, comme on pourrait le penser, servir à une époque donnée de lieu de réunion pour une famille philosophique éclairée, voire d'initiés,  sous un plafond détenant une certaine tradition ésotérique, c'est que cette Corse rurale était totalement perméable aux messages et idées   qui ont irrigué l'histoire de  toute l'Europe des Lumières des 18ème et 19ème siècles ... Je ne peux, entre autres, que vous renvoyer sur ce sujet , dans les  Cahiers de la Méditerranée (vol.72/2006:"La Franc-Maçonnerie en Méditerranée (XVIII° - XX° siècle) " à cet écrit de
Michel VERGE-FRANCESCHI:
Pascal Paoli, un Corse des Lumières.
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(A Rome, dans l'église San Lorenzo in Lucina, le tombeau de Nicolas Poussin élevé par les soins de Chateaubriand ...)

25.11.2009

Autour des Bergers d'Arcadie à Piedicroce

La salle des Bergers d'Arcadie à Piedicroce: suite.
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   Aux deux extrémités de cette salle, le motif des sphinges , bustes de femmes, têtes féminines "à l'antique", affrontées de part et d'autre d'une colonne-candélabre crachant à son sommet des sortes de flammes et  reposant sur un socle carré orné de cinq éléments sphériques.  Les sphinx ainsi postés accueille celui qui pénètre dans la pièce par une énigme essentielle: à quoi sert ton existence? A quoi sert l'existence de l'humanité? Les deux colonnes marquent l'espace de ce qu'il me semble être une sorte de  sanctuaire, ou du moins un espace de réunion consacré, pourquoi pas ...  à "la Justice et la Bienveillance, qui sont les fondements de l'humanité".
   Rien de ce lieu n'est laissé au hasard. A qui était destiné à l'origine cette salle? Une "loge" d'initiés?
   Je voudrais, pour tenter d'éclairer cette question, citer cette intéressante conférence de Philippe GUGLIELMI donnée à l'ADECEC à Cervione en 2000. Vous pouvez retrouver ce texte dans les publications en ligne de l'ADECEC:

Philippe GUGLIELMI

La Franc-Maçonnerie
dans le rural corse

 

Une conférence donnée à l'ADECEC au couvent ST François de Cervioni le 5 mai 2000

 

" On note la présence de sociétés de type maçonnique en Corse dés le début du XVIII° siècle. Si ces sociétés ont été qualifiées du terme aujourd’hui péjoratif de secrètes, c’est qu’à l’époque elles constituaient souvent des îlots de résistance à l’occupant. On peut aussi se poser la question de savoir si les carbonari et les pinnuti Corses pouvaient être considérés comme appartenant à des structures maçonniques ? Ni les uns ni les autres ne dépendaient du Grand Orient de France, la seule obédience maçonnique dans la région à l’époque, mais de nombreux membres avaient la double appartenance. Nous verrons que Carbonari et Pinnuti pratiquaient une initiation inspirée directement des rituels de la Franc-Maçonnerie dont ils partageaient également l’esprit de progrès. Ces éléments font qu’ils peuvent être considérés comme une variante de la Franc-Maçonnerie. Peut-être reçurent-ils une patente, ce document de reconnaissance de la qualité maçonnique ?

Pour spécifique qu’elle fut la Franc-Maçonnerie rurale Corse des 18° et 19° siècles s’inspira largement des lumières et entretint naturellement des liaisons avec d’autres sociétés secrètes telles que les carbonari italiens par exemple.

L’objet de cet exposé est de mieux comprendre l’importance des effectifs de cette Franc-Maçonnerie locale qui ne peut s’expliquer que par la bienveillance et la protection dont elle bénéficiait de la part des chefs politiques de l’époque qui en étaient souvent membres, tels le Roi Théodore 1° de Neuhoff ou plus tard Pasquale PAOLI.

Pour mieux approcher l’émergence de ces sociétés initiatiques de type rural, nous étudierons successivement :

- Les sociétés initiatiques et de pensée en Corse des origines à la moitié du XVIII° siècle.

- La Franc-Maçonnerie en Corse du Généralat de Pasquale PAOLI au premier Empire

- La Franc-Maçonnerie rurale en Corse et carbonarisme au XIX° siècle.

 

1°/ Les sociétés initiatiques et de pensée en Corse des origines à la moitié du XVIII ° siècle :

Les Corses sont toujours apparus aux allogènes comme secrets. Qu’il s’agisse des écrivains de l’antiquité, du Pape Grégoire le Grand dans une lettre datée de 598, ou encore l’officier de Picardie dans ses mémoires tous accuseront les Corses de se livrer à des pratiques occultes.

Les confréries religieuses avec leurs cérémonies aux assistants cagoulés, constitueront souvent un refuge, voire une contestation, de la haute hiérarchie ecclésiastique, pouvant aller jusqu’à la rupture. Les membres de la Confrérie étaient par contre souvent proches du ministre du culte local, tant il est vrai qu’en Corse le petit clergé a toujours pris partie pour le peuple.

Des Cathares arriveront en exil en Corse vers 1340, ils auraient inspiré le mouvement des giovannali dont on trouve la trace à Carbini où ils seront exterminés.

Mais l’ère moderne des sociétés initiatiques commence en Corse avec l’arrivée dans la plaine orientale du Baron de Neuhoff qui sera élu Roi de Corse à Alésani en 1736.

Théodore est membre de l’ordre des chevaliers teutoniques de Sainte Marie des Allemands, il est également membre de l’ordre des Roses Croix . Précisons que l’ordre de la rose croix ne doit pas être confondu avec le grade de chevalier Rose Croix qui constitue un degré intermédiaire des 33 grades maçonniques. Théodore aurait réglé cette problématique en ayant reçu les deux initiations.

Les Chevaliers Teutoniques sont un Ordre religieux de chevalerie fondé par des bourgeois de Brême et de Lübeck pendant le siège d’Acre (1191) où ils créèrent un hôpital, avant d’être transformé en ordre militaire (1198). Ils sont soumis à la règle des Templiers pour le soin des malades, et dépendent étroitement de la curie. Leur uniforme est alors un manteau blanc avec une croix noire.

Ragon écrit que Théodore a été envoyé en Corse pour y établir une Loge Maçonnique. Théodore sera très discret sur son appartenance aux chevaliers teutons et à la Franc Maçonnerie. Dans une lettre du 31 janvier 1743, il fait référence à un titre de Grand Maître de l’Ordre Militaire de la Rédemption tout comme il nommera des chevaliers de la clef d’or. Le symbolisme de la clé est commun à la religion Chrétienne, Chiite, et à la Franc-Maçonnerie. Si l’on trouve la clé d’ivoire dans les hauts grades maçonniques, on la trouve dans les armoiries du pape, les clés de Saint Pierre, et plus funestement au cou des pasdarans chiites , les combattants de Dieu, car ces clés, s’ils étaient tués, leur ouvriraient plus sûrement la voie vers le prophète Ali gendre de Mahomet.

Si ce n’est directement la structure Maçonnique se sont les idées des lumière qui prennent pied en Corse et cette implantation n’est donc pas l’apanage des grandes cités. Théodore, imprégné d’idées nouvelles, exprime la notion de « liberté absolue de conscience » lors d’un discours à Aléria. Mais un autre chef de la Nation corse va s’illustrer, il sera le fondateur de la République moderne, il a pour nom Pasquale PAOLI.

 

2°/ La Franc-Maçonnerie en Corse du Généralat de Pasquale PAOLI au premier Empire :

Hyacinthe, le père de Pasquale PAOLI, s’il s’est rallié au roi Théodore n’en est pas moins méfiant de ce Noble qui vient d’Europe du Nord et qui professe des idées par trop novatrices. On peut penser que Pasquale qui a 11 ans à l’avènement de Théodore observe avec une grande attention cette page d’histoire qui se déroule sous ses yeux et qui lui vaut de partir en exil avec son père trois ans plus tard en embarquant à PADULELLA. C’est la Ville de NAPLES qui reçoit les exilés, dans d’excellentes conditions d’ailleurs, puisque Hyacinthe prendra la charge de Colonel du Régiment corse et Pasquale y servira comme sous-lieutenant. NAPLES connaît en cette première moitié du XVIII° siècle une vie intellectuelle riche marquée par l’illuminisme.

C’est à la fin du XVIIIe siècle, à l’heure où la philosophie des Lumières connaît le plus grand succès, qu’en marge de ce rationalisme régnant, un désir de beauté et de merveilleux vient ébranler le matérialisme ambiant. Kant lui-même s’intéresse aux phénomènes de voyance de Swedenborg ; les rois et les princes se tournent avec curiosité vers les sciences occultes. Sectes, loges, confréries se multiplient dans toute l’Europe. Ainsi des sociétés théosophiques s’inspirant de Swedenborg sont créées à Londres en 1783, trois ans plus tard à Stockholm, puis en Pologne, en Allemagne, en France – à Paris, Strasbourg, Avignon. Zurich apparaît comme un centre réputé où défilent, parmi de nombreux adeptes, Madame de Staël et le duc de Rohan. Après la mort de Martinès de Pasqually (1779), qui fonda à Bordeaux l’ordre des Élus-Coëns, Lyon devient un centre de diffusion des doctrines de Louis Claude Saint-Martin – le martinisme – grâce à l’influence de Jean-Baptiste Willermoz, qui, s’appuyant sur la franc-maçonnerie, cherchera à unifier les groupes disséminés à travers l’Europe et fondera une Église universelle. Cette sorte d’église intérieure tentera de réunir les adeptes dispersés dans les différentes religions.

Dans le NAPLES grouillant d’idées nouvelles, Pasquale PAOLI aurait suivi l’enseignement du philosophe Antonio GENOVESI. Ce dernier également écrivain et économiste italien vécut de 1713 à 1769. Son enseignement est recueilli dans ses leizioni di commercio, qui furent une œuvre majeure de la réflexion économique du XVIII siècle, il fut titulaire de la première chaire d’économie politique créée en[P1] Europe. Mais à l’époque GENOVESI n’était qu’un obscur professeur d’éthique et c’est sans doute cet enseignement plutôt que l’économie qu’il dispensa au jeune Pasquale..

Pourquoi Pasquale PAOLI n’aurait-il pas eu alors ses premiers contacts avec des Francs-Maçons initiés ailleurs et qui se trouvent comme lui en exil ? Cela serait peu probable, car il n’y aurait pas trace de loges normalement installées à NAPLES avant 1755. Toutefois l’historien de la franc-maçonnerie Ubaldo TRIACA écrit que cette société intiatique fut introduite à NAPLES en 1731. En 1756 plusieurs loges napolitaines fondent une grande loge Nationale qui sera dissoute en 1790. Pasquale PAOLI a lui rejoint la Corse en 1755 et il est proclamé Général de la Nation. La législation qu’il met en place s’inspire de « l’esprit des lois » du Franc-Maçon MONTESQUIEU initié le 16 mai 1730 à la loge Horn, Westminster Tavern en Angleterre. PAOLI va rencontrer d’éminents maçons durant son généralat et tout au long de son existence. James BOSWELL sera de ceux-là lorsqu’il se rend en Corse en 1765, au cours de son voyage il rédigera une biographie de PAOLI dans son « account of Corsica ».

Il n’y a pas d’implantation de loges maçonniques en Corse avant Ponte-Novu. La première loge installée est en 1774 la loge militaire « La parfaite union » au régiment Vermondois Infanterie, elle ne reçoit ni civils, ni militaires Corses.

C’est sans doute cette exclusive qui poussa les partisans de PAOLI à fonder une contre maçonnerie, dite des Béati-Paoli qui s’appuyait sur la société sicilienne des vengeurs. Les Béati-Paoli furent nombreux et essaimèrent dans les Iles de la Méditerranée, ne dit-on pas dans notre région, « so quantu i béati-paoli ».

Peut-être furent-ils encouragés à distance par Pasquale PAOLI lui-même qui est initié à LONDRES le 15 juin 1778 au sein de la Loge «Les neuf Muses ». Le 7 avril de la même année, VOLTAIRE a été initié à PARIS par la loge « Les neuf Sœurs ». Ne pourrait-on voir dans ces deux initiations à deux mois de distance une lutte d’influence entre Franc Maçonnerie Anglo-Saxonne et d’Europe continentale ? Nous pouvons aussi penser que PAOLI a été informé de l’initiation de VOLTAIRE, auquel il est reconnaissant du soutien apporté après PONTE-NOVU dix ans auparavant. PAOLI, favorablement influencé, aurait alors plus facilement répondu à l’invite de ses proches, Francs-Maçons anglais.

Napoléon quant à lui contrôlera totalement la Franc-Maçonnerie, il cherchera d’ailleurs à en unifier les hauts grades sous l’égide du Grand Orient de France, dont son frère Joseph est Grand-Maître, par un concordat avec le Suprême Conseil en 1805. Ce Concordat s’il porte le même nom n’a rien à voir avec celui qui fut obtenu du Pape non sans contrainte. Cet autoritarisme maçonnique a du entraîner une radicalisation de la Franc-Maçonnerie rurale corse qui a ainsi développé sa spécificité, sous la restauration et jusqu’au second empire.

 

3°/ Franc- Maçonnerie rurale en Corse et carbonarisme au XIX° siècle :

Il se trouve que le lieu essentiel de l’activité de ces sociétés sera l’espace de l’actuel canton du Campuloro-Moriani. La lettre du Juge de paix BONALDI de San Niculaiu répondant au Sous-Préfet de BASTIA le 9 février 1829 est édifiante. Nous pouvons lire qu’existe depuis 1818 une société secrète de carbonari qui « a juré une haine éternelle aux monarchies ». Le juge BONALDI parle ensuite d’une rixe qui a opposé des Carbonari de Santa Maria Poghju à des membres d’une autre société secrète, royaliste celle là, et donc certainement encouragée par le pouvoir en place. Il s’agit des Fischjuloni dont le juge Bonaldi est justement à l’origine de la création.

Les autorités n’arriveront pas à réduire ces carbonari de plus en plus nombreux après 1830. Ils vont développer une forme locale, appelée « I pinnuti » sans doute parce qu’ils évoluaient la nuit comme « i topi marini » ou « topi pinnuti » les chauves-souris. Fernand ETTORI a écrit à leur sujet : « I pinnuti sont une forme nouvelle et spécifiquement corse de la charbonnerie. On les voit sortir de l’ombre en 1847, au moment où commence en Italie la révolution dite de 1848. Leurs yeux sont tournés vers l’effort des patriotes italiens auxquels ils souhaitent porter secours ». Les pinnuti sont partagés entre la philosophie républicaine dont ils ont hérité des carbonari et le fait que certains chefs du mouvement soient bonapartistes tel Sampieru GAVINI frère de Diunisu.

Sur ce que furent au plan idéologique et symboliste les pinnuti, rien n’est plus riche d’enseignement que le document qui m’a été fort aimablement commenté par le professeur Pasquale MARCHETTI et dont m’avait parlé il y a une vingtaine d’années son frère Luigi-Filippu trop tôt disparu. Ce document était détenu jusque dans les années 30 par leur grand-père le Notaire MARCHETTI de San Niculaiu.

 

Etude et commentaire sur le document MARCHETTI :

Le document :

Ce document est rédigé en langue italienne, qui était alors la langue écrite des Corses, il est intitulé « Legge della famiglia di Santo Nicolao ». Il énonce à l’article premier l’amende prévue à l’encontre de tout frère qui rirait au moment où est posée la question « che ora è ? », et à l’article 2 l’amende prévue pour tout frère qui parlerait à un profane (de son appartenance et de ce qui se dit en réunion) sans s’être consulté préalablement avec au moins six autres frères.

Il décrit l’ouverture par le Vénérable (trois coups de maillet) des « travagli dei pellegrini della vérità sotto il titolo distintivo - Gli allievi della filantropia cirnese- all’oriente di santo Nicolao ». On trouve ensuite le règlement de l’admission des profanes, le rôle du « préparatore », les obligations de « apprendente pellegrino » et enfin le « giuramento ».

La formule de clôture des travaux est la suivante : « Alla gloria del Grande Architeto dell’Universo, del Gloriosissimo San Rocco nostro protettore e sotto gli auspici del nostro augustissimo Sovrano Carlo Decimo ». On est alors sous le règne de Louis Philippe et non de Charles X, ce qui laisse supposer que l’on est en présence du recopiage d’un document d’avant 1830.

La datation finale est elle aussi en forme maçonnique « Anno della vera luce 5848 ».

Suit un état des membres : 40 sont de San Nicolao, dont le Vénérable Don Giovanni de Battisti, et des Quilici, Giorgi, Raggi. 25 sont de San Giovanni, les Gigantei, Germani, Samani, Giordani, Reg geti, Dezi. 17 sont de Poghju, Poggi, Contri…

Les lieux d’admission sont signalés pour chaque nom, et on apprend que les lieux de réunion variaient. Il s’agit de Busarese sur la commune de San Niculaiu, Coccola sur Santa Lucia, et Santa Cristina sur Valle de Campoloro.

L’analyse du document :

Ce document exceptionnel apporte énormément à la connaissance du Carbonarisme dans le bassin Méditerranéen. IL montre combien l’essence et le symbolisme de la Charbonnerie sont lié à la Franc Maçonnerie. Le caractère exceptionnel de ce document se confirme lorsque l’on sait qu’habituellement la Charbonnerie se réclamait de la Franc-Maçonnerie du bois, toujours très minoritaire, alors que dans le document MARCHETTI nous sommes en présence de la Franc-Maçonnerie de la pierre qui est celle très officielle que nous connaissons encore aujourd’hui. Le rituel en vigueur au sein de ce que nous appellerons la Loge de San Niculaiu, comme la nommaient d’ailleurs ses membres, est bien celui du Grand Orient de France dans la première moitié du XIX° siècle. Les points particuliers décrits dans le documents MARCHETTI sont encore en usage de nos jours.

L’apostrophe, « qu’elle heure est-il » ? marque la rupture d’avec le monde profane, car durant les travaux les frères vont travailler à l’heure de la vraie lumière, celle des initiés en rajoutant 4000 ans à l’année en cours qui est alors 1848. Le frère doit en consulter six autres pour rendre valide les décisions et plus largement l’ensemble des travaux de la loge. Le nombre 7 ainsi formé par le groupe se réfère au nombre de synthèse le plus expressif de l’initiation Maçonnique, il est l’association du binaire principe mâle et femelle, connu ailleurs comme le yin et le yang, d’avec le nombre impair 5 exprimant le symbolisme solaire. Cette courte incursion au sein du symbolisme maçonnique met en exergue le haut niveau de connaissance des frères de la Loge de San Nicolao. Ces notables, ces propriétaires terriens et sans doute d’autres plus modestes ne pouvaient pas ignorer l’essence de ce symbolisme. Il est tout à fait préjudiciable que la teneur détaillée de leurs travaux ne soit pas parvenue jusqu’à nous, ce qui rend d’autant plus inestimable le document MARCHETTI qui en est la seule trace. Ces FF devaient travailler énormément le symbolisme, car se réunissant en plein air, on peut penser que s’ils n’avaient parlé que de sujets politiques, les échos de leurs oppositions seraient parvenus aux habitants proches du lieu de réunion. Or ni le juge BONALDI, ni le Sous-Préfet ne parlent de luttes à l’intérieur même des groupes de Pinnuti. Par contre les rapports sont nombreux concernant des Pinnuti qui affrontent des groupes qui leurs sont étrangers voire hostiles comme c’est le cas dans la rixe de CERVIONE. Les Pinnuti sont donc très unis, ils sont érudits et peuvent approcher une discussion ésotérique. Ils ont du atteindre un tel niveau de cohésion et de sérénité découlant de leur approche philosophique des travaux en loges, qu ‘ils ont pu avoir sans heurts des discussions à portée sociale. L’on peut penser que cette grande intimité fraternelle, va largement contribuer à la sédimentation des clans dans le Campoloro- Moriani et, selon les endroits où les Pinnuti étaient présents, dans la Corse tout entière.

Les mises en garde inhérentes à la discipline des travaux, montrent le soucis du secret d’appartenance et du contenu des réunions. Si aujourd’hui la Franc-Maçonnerie est simplement discrète, elle était à l’époque et jusqu’au lendemain de la deuxième guerre mondiale délibérément secrète car sujette à des persécutions. Le Vénérable Don Giovanni de Battisti, ouvre rituellement les travaux de trois coups de maillet et nous apprenons que la Loge a pour titre distinctif : « Les élèves de la philanthropie cirnese ». Ce nom est dans la mode des appellations de Loges du GODF de l’époque. L’appellation « pèlerins de la vérité », montre le soucis d’une quête intellectuelle non dépourvue de religiosité. La loge se réclame du Grand Architecte de l’Univers ce qui était commun à toutes les Loges du GODF avant 1877 où, lors du convent ou assemblée générale des Loges de cette année là, cette invocation sera rendue facultative. Il n’est pas anormal de trouver la référence à saint Roch un des patrons du canton, car la religion catholique est souvent exigée des nouveaux initiés. Ainsi Jérôme Napoléon initié à la Loge «la Paix » de TARBES en 1801 voit la mention « de religion catholique » portée en regard de son nom. Pour ce qui concerne la référence au roi elle est également normale, n’y a t-il pas eu une loge « saint Napoléon » sous l’empire.

L’apprendente pellegrino n’est autre que l’apprenti maçon, premier grade initiatique. Nous apprenons que la loge de San Nicolao comprenait 90 membres ce qui est tout à fait remarquable car l’effectif moyen d’une loge est de 50 membres. Il est courant de voir des villes de 100 000 habitants ne compter q’une centaine de Francs-Maçons.

On a dit que le terme pinnuti pouvait également venir d’une pinnata, genre de serpe, que les Pinnuti auraient porté croisée sur le côté droit selon Jean Victor ANGELINI dans son histoire secrète de la Corse (Albin Michel 1977). Pourquoi pas? lorsque l’on sait que l’épée et le poignard font souvent partie des décors maçonniques. Ainsi le maître Maçon porte t- il au XVIII° siècle le cordon de couleur bleu venant de l’ordre du saint Esprit et l’épée au côté. Cette concession a été faite dans les loges et uniquement durant la durée des travaux par les Nobles qui veulent ainsi reconnaître comme leurs égaux les frères roturiers. Le Duc de Crussol d’Uzés dignitaire du GODF ne déclare-t-il pas deux ans avant la révolution : « Que nos loges soient des temples élevés à l’égalité et que les brillantes lumières de la naissance et du rang y disparaissent ». Le Chevalier de Ramsay dignitaire des hauts grades Maçonniques avait déclaré bien avant lui : « notre ordre sert à former de bons citoyens ». La pinnata aurait remplacé l’épée et donc nous ne verront aucun caractère barbare à cet équipement. La pinnata marque la notion de vengeance initiatique, que les pinnuti semblent parfois avoir rendue bien réelle, même si Jean Victor ANGELINI nous dit que les représailles s’exerçaient plutôt sur les biens matériels. Les Pinnuti pratiquaient « l ‘accintu » des arbres fruitiers, l’arrachage des vignes et l’incendie des maisons de leurs ennemis, mais rarement l’assassinat. Les grades de vengeance existent, entre autres explications, en franc Maçonnerie pour rendre justice aux templiers victimes du roi Philippe le Bel et du Pape. Il n’est donc pas anormal de lire que selon le juge Bonaldi les Pinnuti auraient « juré la haine de toutes les monarchies ».

Enfin s’il fallait faire un dernier retour aux sources, nous apprenons que les Pinnuti se réunissaient également sur la propriété MARCHETTI à Acqua Callula et que leur mot d’ordre était, « nous sommes de Moriani combattants de la liberté ». Ils disaient également se rendre « in barraca » en cayenne. Barraca, c’est aussi le terme baraque proche du terme cabane de chantier, nom que donnaient les constructeurs de la cathédrale de Strasbourg au lieu dans lequel ils se réunissaient la veille de chaque journée de travail, afin d’en préparer les plans. Un document strasbourgeois nous apprend que le terme de loge ne sera employé qu’en 1278, pour n’être repris en Angleterre que deux ans plus tard.

EN GUISE DE CONCLUSION :

L’épisode des Pinnuti qui s’est déroulé dans le CAMPULORU-MORIANI, il y a prés de deux siècle est représentatif de ce que furent les sociétés initiatiques à cette époque. La Franc-Maçonnerie et la Charbonnerie étaient étroitement liées. L’une était la représentation officielle de l’autre. L’épisode des quatre sergents de LA ROCHELLE , carbonnari et Francs-Maçons de la Loge « Les amis de la vérité » de PARIS, avaient suffisamment ébranlé le règne de LOUIS-PHILIPPE pour qu’il étende sa répréssion jusqu’à la CORSE.

Les Pinnuti, malgré cette période troublée, ont voulu marquer encore plus fortement leur attache initiatique en donnant à leur lieu de réunion un nom qui les faisait remonter aux origines même et à l’age d’or de la Franc-Maçonnerie, c’est à dire au Moyen-âge. Tout cela se passait au XVIII ème siècle au cœur même de la méditerranée occidentale, dans le Campoloro-Moriani.

Cette région a été, au cours des XVIII et XIX ème siècles, le creuset où s’est façonné l’humanisme moderne. Théodore de Neuhoff sera le chantre de la liberté de conscience dans un monde dominé par le dogme. Le général Pasquale PAOLI sera celui qui fondera la république moderne et mettra en place des institutions laïques, cela bien avant la révolution américaine et la révolution française. Nous pouvons nous demander si les Pinnuti, ces membres d’une Franc-Maçonnerie bien singulière mais au combien éclairée, n’ont pas été dans leurs conciliabules nocturnes, les Hussards noirs de la république Universelle, bien avant l’heure. Malheureusement trop tôt pour la Corse et pour l’humanité.

 

BIBLIOGRAPHIE

- Jean-Victor ANGELINI : « Histoire secrète de la Corse » Albin Michel 1977

- Jean-Baptiste NICOLAI : « Vive le Roi de Corse » éditions Cyrnos et Méditerranée 1981 et « les sociétés secrètes en Corse" chez le même éditeur 1988

- Charles SANTONI : « chroniques de la Franc-Maçonnerie en Corse 1772-1920 » éditions Alain Piazzola 1999.

- Paul ARRIGHI : « La vie quotidienne en Corse au XVIII° siècle » Hachette 1970

- Daniel LIGOU : « Dictionnaire universel de la Franc-Maçonnerie » éditions du prisme 1974.

- Louis AMIABLE : «La Loge des neufs sœurs » PARIS 1897 réédition EDIMAF 1989 (commentaire de Charles PORSET)

- Jacques BRENGUES : « La Franc-Maçonnerie du bois » Editions du Prisme 1973.3"

(à suivre)

 

 

24.11.2009

Les Bergers d'Arcadie à Piedicroce

Une rencontre inattendue dans une demeure de notables à Piedicroce:

LES BERGERS D'ARCADIE à PIEDICROCE

Piedicroce maison Paoli ensemble Bergers.jpg
Dans la grande demeure de la famille PAOLI, branche cousine de Pasquale Paoli, plusieurs pièces ont reçu un décor peint. La plus extraordinaire est cette grande pièce rectangulaire entièrement décorée de peintures  dont on a ici un aperçu. Il se dégage une impression d'équilibre majestueux de cet ensemble peint en trompe-l'oeïl:
chapiteaux.jpg
 Douze pilastres couronnés de chapiteaux aux motifs végétaux scandent les murs
et  l'ensemble des peintures du plafond montre une grande sûreté dans le traitement des  trompe-l'oeïl...
détail côté entrée.jpg
De part et d'autre de la pièce, deux sphinges affrontées au visage antique gardent la pièce. 
Mais l'élément le plus étonnant nous attend au centre du plafond peint:
Piedicroce Bergers d'Arcadie.jpg
" ET IN ARCADIA EGO"
Dans un médaillon clos d'une couronne végétale, la scène célèbre des Bergers d'Arcadie de Poussin, interprétée par le pinceau vernaculaire d'un artiste  du 19 ème siècle ...
les Bergers d' Arcadie Poussin vers 1638.jpg
Le modèle:
Les Bergers d'Arcadie, thème peint pour la deuxième fois par Nicolas POUSSIN vers 1638.
J'ai souvent "rencontré" cette toile au Louvre, et sa méditation contemplative sur la mort. D'après Lauwrence Steefel, l'ombre du bras du berger évoque la faux de la mort... a falcina... Une sorte de  "Memento mori" qui échappe au christianisme, et qui a profondément marqué non seulement les contemporains de Poussin mais les générations suivantes . L' Arcadie évoque un monde marqué à la fois par la nostalgie d'un âge d'or et par un certain contexte initiatique qui nous parle de l'Europe des Lumières, de ses "Académies d'Arcadie", de la Franc-Maçonnerie ...
Pourquoi ce choix iconographique en Corse, chez ce "peuple de bergers", pourquoi à Piedicroce, pourquoi précisément dans une maison lié au nom de la famille PAOLI?
(à suivre!)

22.11.2009

"Sant Antonio del porcu"

Sant' Antone Abbate
Saint Antoine Abbé
dit "Saint Antoine le Grand"
Speloncato procession St Antoine Abbé.jpg
(Procession de Sant Antone Abbate à Speluncatu, 1938 : merci Noi Tutti!)
"Sant'Antone
Di mezzu ghjennaghju
Stacca l'agnellu
E face u casgiu"
(Saint Antoine
de la mi-janvier
Sépare l'agneau
Et fait le fromage)
Je vous renvoie aux pages que lui a consacré Geneviève Moracchini-Mazel dans sa "CORSICA SACRA", volume 1, pages 102 et suivantes. Selon G. Moracchini Mazel "en Corse une bonne trentaine de sanctuaires lui furent dédiés durant le Moyen Age. C'est en tous cas l'un des saints les plus vénérés dans nos villages ...
Sant Antone Abbate blog.jpg
Saint Antoine Abbé,
fresque ( 1473) de la  chapelle Santa Cristina de Valle di Campuluru
(cliché de novembre 2007, avant la restauration de cette année)
Si Saint Antoine est si populaire en Corse, c'est en particulier parce qu'il fait partie de ces saints "antipesteux" dont l'intercession était si nécessaire et efficace lors des grandes épidémies terrorisantes de la peste.  Certes, naguère, avec les saints Sébastien, Roch et Charles Borromée, nous l'eûmes  invoqué utilement contre l'épidémie de grippe H1 N1 dont on nous rabat les oreilles, et ce, sans l'ombre d' adjuvents douteux ...
 Né à Coma  en Haute Egypte vers 251, mort le 17 janvier 356 ... un record de longévité dans  la prière et la pénitence dans ce ancien fortin romain de Pispir, puis sur le Mont Qolzum en Thébaïde au milieu de cette solitude  désertique qu'il avait choisie dès 285 pour vivre dans la pauvreté et la chasteté le reste de son existence. Un record aussi d'assauts terrestres et aériens des milices diaboliques...
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La Tentation de Saint Antoine, gravure de Jacques Callot, 1634
 
... pour le mollester, le déchirer, le soumettre aux pires tentations charnelles ...  un héroïque combat de tous les instants contre la bestialité pour ce saint homme   ... un régal pour les artistes:
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(la Tentation de Saint Antoine de Jacques Callot, détail)
Une résistance aux pires intimidations, aux plus délectables tentations...  Saint Antoine attire à lui des disciples qui vivent alentour dans des grottes et recherchent son enseignement, le prennent pour guide spirituel ... L'on trouve dans le désert de la Mer Rouge deux monastères coptes du IVème siècle, les plus anciens de la chrétienté, l'un dédié à Saint Antoine, l'autre à son ami saint Paul Ermite, le doyen des anachorètes de la Thébaïde.
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Notre Sant'Antone Abbate, tel que nous le retrouvons ici à Aregno, comme dans la plupart des sanctuaires où il est vénéré, ne porte pas la trace de ces combats épuisants: non, le vénérable vieillard en impose paisiblement, armé du Livre , d'où sortent souvent des flammes, évoquant sa capacité à guérir " mal des ardents", dit aussi "feu de St Antoine", alias l'ergotisme gangréneux: l'ergot du seigle est un parasite qui contaminait le pain et provoquait le dessèchement des extrémités - jusqu'à devoir amputer - et entraînait des hallucinations ...
Dans son autre main, il porte une croix où l'on a suspendu une clochette ... et ici des oranges bénies pour la fête de St Antoine...
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Cette croix est le plus souvent le Tau, c'est-à-dire une croix potencée, symbole de la vie future dans l'Egypte ancienne. Le Tau est très souvent brodé sur son épaule, comme ici sur cette sculpture ornant la chaire de prêche de l'église Saint Antoine Abbé d'Aregno.
Revenons-en au cochon de St Antoine ...  Si fidèle, si amical, comme le chien de St Roch, une autre bien bonne bête celle-là aussi...  Rien à voir avec nos perversités cochonnes, non, rien à voir non plus avec les tentations charnelles de St Antoine!
Alors voilà ...
Tout d'abord cette  histoire retrouvée dans l'Iconographie de l'Art chrétien de Louis Réau:
   "Le Roi de Catalogne le supplie de venir exorciser sa femme et ses enfants possédés par les démons. Voyageant sur un nuage (...) le saint quitte la Thébaïde et débarque à Barcelone. Il se rend dans la maison du prévôt André. Mais au moment où il franchit le seuil, une truie lui apporte dans sa gueule un porcelet monstrueux, né sans yeux ni pattes. André veut chasser l'intruse, mais saint Antoine l'en empêche en lui disant qu'après tout la pauvre bête veut implorer comme le roi la guérison de sa progéniture.
   Il prend la main d'André et, pour lui transmettre son pouvoir d'exorcisme, il fait avec elle un signe de croix sur le porcelet qui acquiert miraculeusement la vue et les membres qui lui manquaient à la naissance. Après quoi, André exorcise de la même façon la reine de Catalogne agenouillée à ses pieds."
   J'aime beaucoup cette histoire et comprends la tendresse du petit cochon qui se frotte contre  les jambes de notre bon saint Antoine!
   Venons- en à l'Ordre hospitalier des Antonins, fondé au XIème siècle sous la protection de saint Antoine et spécialisé dans les soins donnés aux malades  victimes de la peste, la syphillis, le zona ou de l'ergot du seigle... Ces Antonins, pour faire vivre leurs hôpitaux, élevaient des porcs auxquels ils accrochaient une clochette tintinabulante qui les signalait comme "cochons de saint Antoine" et leur donnait le droit envié de farfouiller librement dans  les villages et les terres communales, faisant le service de voierie et le nettoyage des ordures  ... Oeuvres de charité.
 Nous voici bien loin des pensées perverses et nauséabondes évoquées par des termes comme "petite cochonne, va!" ou "quel vieux cochon! "...
Le nôtre, de  sant Antone Abbate, protège nombre de confréries en Corse et naturellement donne un bon coup de main lors de la fabrication, autrefois si vitale,  de la bonne charcuterie villageoise ... Lui qui n' aurait même pas voulu avaler pour rien au monde ne fût-ce qu'une toute petite tranche de saucisson ...
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Sant' Antone Abbate, Vescovato

Frères cochons et altri porchi ...

 

Porchi di banda

Sur la route de la Pieve d'Orezza, mardi 17 novembre,  journée patrimoniale, s'il en fût!

"Frères cochons qui pour nous vivez..."

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 casse croûte à toute heure et cour de récré :
Castagniccia cochons 2.jpg
... et le petit souffre-douleur de service, mâtiné marcassin,
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... frères, cousins, si proches de nous , notre part cochonne d'humanité:   cochons, oui, mais libres ...
 et dire qu'on va finir au Salon de l'Agriculture !
J'ai lu, je ne sais plus où:
" La chenille devient papillon, le cochon devient saucisson "
... à quand la domestication de l'homme?
"Un avemu micca curatu l'omi inseme!"
Cela me fait penser au pamphlet de l'Irandais Jonathan SWIFT en 1729:
"Modeste Proposition pour empêcher les enfants des pauvres d'être à la charge de leurs parents ou de leur pays et pour les rendre utiles au public"

« En supposant que mille familles de cette ville deviennent des acheteurs réguliers de viande de nourrisson, sans parler de ceux qui pourraient en consommer à l'occasion d'agapes familiales, mariages et baptêmes en particulier, j'ai calculé que Dublin offrirait un débouché annuel d'environ vingt mille pièces (...)

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Nous sentirions-nous anthropophages en mangeant de la chair de porc? Les interdits qui pèsent sur cette consommation de viande de porc sont-elles seulement liés aux aléas de sa conservation ou bien n'y a-t-il pas, ina- vouable et occultée, cette reconnaissance implicite d'un haut degré de cousinage?

Et pourquoi, dans leur chasse nocturne, les Mazzeri traquent-ils de préférence les sangliers, ces cochons sauvages ?

Toujours est-il que je vous propose cette réflexion de Max CAISSON, le commissaire de l'exposition " Porchi è cignali" de 2004 au Musée de Corte:

"Le porc en particulier, du fait de la place ambigüe qu'il occupe dans nos représentations, est un animal médiateur. Il est médiateur entre le sauvage et le domestique, entre nature et culture, autrement dit entre animalité et humanité, mais aussi entre masculinité et féminité et, enfin, entre les morts et les vivants..."

 

Au fait,  je me rends compte que lorsque je dis "cochon", je vois cette joyeuse troupe gambader, et lorsque je dis "porc", c'est figatellu, prizutu, lonzo, coppa et compagnie ... C'est que la tuaison/tumbera du cochon n'est pas anodine (j'en ai un souvenir terrifiant dans la cour de la ferme de Longnes et de la longue agonie hurlée du cochon sacrifié au nom du boudin,  de la rillette - ah ! les rillettes de la Sarthe!, de l'andouillette - "ici on fait l'andouille de père en fils"...), et que le passage du cochon vivant en chair morte de porc nous fait - en français du moins- déguiser la mortifère réalité.

Alain Ray, dans son dictionnaire historique de la langue française, signale que le terme "cochon "est d'origine obscure, peut-être le "coch coch" imitant le grognement des petits cochons chahuteurs (j'en témoigne!) . Dans la Sarthe (le pays de ma mère ), on dit une coche, pour parler de la truie: " La grosse coche a fait ses petits cette nuit". Toujours est-il qu'en ancien français (1278) , le mot cochon désigait à l'origine le jeune pour le distinguer du porc adulte .

Quant aux connotations dont on a affublé notre pauvre animal, évoquant tour à tour la saleté et la salacité, je les trouve injustes, et sans doute prête-t-on aux suidés des "vices" propres à l'homme. Casani /enfermés, les cochons sont sales, et pour cause. Les soues à cochons , ça pue, surtout lorsque cela se transforme en élevages   industriels, et ça pollue. Libres, nos cochons/porchi di banda fleurent surtout l'herbe fraîche, la chataîgne, la girolle,  la neppita, la fougère et montrent un maintien honnête , ne se vautrant dans leurs bauges que pour éliminer les parasites. Nos hommes politiques feraient bien d'en prendre de la graine.

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J'évoquerai dans une prochaine note l'anachorète Saint Antoine Abbé dit  "Saint Antoine du cochon", ou encore Saint Antoine "de Janvier" (fête le 17 janvier) pour le distinguer de son concurrent immédiat le jeune Saint Antoine de Padoue (fête le 14 juin)...  Où il appert qu'il n'y a pas de sainteté sans présence "cochonne". 
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avec toutes mes amitiés pour cette famille de porchi de Castagniccia...

C'était la méditation porcine de ce jour .

 

 

16.11.2009

Confréries et patrimoine de Corse

Toujours novembre...

Nous avons reçu dernièrement le programme des rendez-vous du Musée de la Corse. Ils évoquent cette année un sujet qui nous tient à coeur:

Les confréries de pénitents en Corse

Vous pourrez trouver l'information en envoyant un mail à:

a.bilger@musee-corse.com

Ann Bilger-Depoorter

Musée de la Corse

Et pendant que se concocte parmi les têtes pensantes ce programme alléchant ...

Les confréries locales, célèbres ou non, continuent de travailler , de tisser inlassablement cette toile qui ne veut pas disparaître, malgré les accrocs inévitables, malgré les fils qui s'embrouillent parfois sous les doigts malhabiles ou trop pressés de certains ... C'est que l'on travaille sur la matière humaine: pas un matériau très fiable, ni éternel, encore moins divin, ça se saurait! Encore que dans les fibres de cette étrange pelote on trouve, comme dans les étiquettes de nos produits de consommation: "possibles traces de divin". 

Bon. Lucides sur leur condition humaine, nos confréries de naguère avaient trouvé des moyens de contrôler le mieux possible la situation. Parmi ces "outils "de survie et autres moyens coercitifs, les tableaux de présence des confréries témoignent :

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 le tableau des Consoeurs de Murato
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... et celui des Confrères... Sur ces deux listes, il y a du monde! C'est que cette communauté est fort importante...
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ou celui-ci, plus modeste, d'un village de Castagniccia...
  Et toujours, quel que soit le système - chevilles ou rouleaux peints - le marquage des quatre réunions "obligatoires" dans un mois.
   Tous évoquent la même exigence de la présence de tous les confrères au chevet de la communauté concernée. C'est que, sans cette présence continue, le lien de solidarité humaine entre les vivants par la charité , mais aussi entre les vivants et les morts, ce lien ne tarderait pas à se dissoudre, à céder la place à l'anarchie. Ces confrères oeuvrent  sur une trame de piété religieuse , mais ils sont par principe, laïcs, indépendants d'un quelconque pouvoir profane ou religieux, et c'est ce qui fait leur force. La grande affaire de chaque vie étant ce passage quelque peu délicat et nonobstant obligatoire de la mort, il convient de gérer les choses de son vivant: une attitude juste pour une vie de juste et pour un passage final dans les meilleures conditions possibles.
   Etre "pointé" comme absent lors d'une réunion à la Casazza, entraîne blâme, puis amende (le double m'a-ton dit de la cotisation annuelle),  acte de contrition devant la communauté et, pour finir, à la quatrième absence, éviction de  de la Confrérie : autant dire être mis au ban de la société des vivants mais aussi de la communauté "normale" des morts, car alors, point de cérémonie communautaire d'enterrement, point d'Offiziu di i Morti chanté,  point de messe solennelle, point d'accompagnement avec In Paradisu, Requiem aerternam, Libera me, Litanie dei Santi ...
  
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un mobilier funéraire communautaire : le catalettu
Compassion pour celui qui est présent, présent dans son banc d'exposition des morts, le Catalettu.
Cette même compassion qui anime quiconque, lors de la Semaine Sainte, viendra se recueillir rituellement devant le Sepolcro du Christ:
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sepolcro en Castagniccia
Mais là je m'arrête: je suis trop en avance sur le calendrier!
  
  
  

12.11.2009

11 novembre 2009 à Piedigriggio

Hier l'inauguration du Monument aux Morts de PIEDIGRIGGIO
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La messe solennelle, chantée par la Confrérie de Quercitello et les chanteurs de l'Alba.
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Le petit orgue de Piedigriggio était de la partie...
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... tandis que St Michel tenait en respect le vilain petit diable de l'église...
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Après la messe, la cérémonie: on va dévoiler le nouveau Monument aux Morts.
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De beaux discours, mais j'étais trop loin pour entendre. Jeunes et vieux sont attentifs.
Beaucoup de gens se sentent encore concernés: actes de bravoure, tueries effroyables...
Le village essaie de se souvenir ou d'apprendre.
Un gosse me demande: "Madame, vous croyez qu'on peut prendre un ballon?"
... Ben, ouais, je crois ...
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La fanfare à l'oeuvre, le prêtre se recueille.
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et les Anciens, médaillés et silencieux, quittent le lieu de mémoire.
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Un excellent banquet attend tout le monde.
 J'en profite pour enfin regarder ce nouveau Monument aux Morts de Piedigriggio...
 

10.11.2009

l'Office des Morts des Confréries

Offiziu di i Morti

"Frères humains qui après nous vivez
N'ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous merci
Vous nous voyez ci attachés, cinq, six:
Quant de la chair, que trop avons nourrie,
Elle est pièça dévorée et pourrie,
Et nous, les os devenons cendre et poudre.
De notre mal personne ne s'en rie;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre! "... (l'Epitaphe de Villon)
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( à Pietricaggiu: photo Tomas Heuer)
NEMINI PARCO
En ce début novembre, comme chaque année, les Confréries de notre région se sont mises en chemin pour resserrer les liens des Vivants et des Morts: les Confréries  du Ghjunsani, de Costa, Speluncatu, Nessa, Curbara... et les autres...
 
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(à San Nicolau: photo Tomas Heuer)
... se sont rencontrées, ont, par solidarité et reconnaissance, partagé ce festif rendez-vous avec la Mort: cette année encore ils ont revêtu l'habit, retourné la mantiletta du côté noir, et malgré la fatigue et parfois l'âge ou la maladie, ils ont simplement rendu ce traditionnel hommage aux Morts ...
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(à Nessa)
 
... à tous les Morts de toutes les communautés humaines: 
  
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(à Castiglione : montant de croix de procession)
... tant il est vrai que la Mort, dans sa démocratique moisson nous lie les uns aux autres, d'une famille à l'autre, d'un village à l'autre, sur toute la surface de notre Terre, d'un millénaire à l'autre, fauchant d'une main sûre la vie de chacun, riches ou pauvres, pieux ou païens de tous poils, gens de pouvoir ou gens de peu, tôt ou tard  ... et tôt ou tard autant s' habituer, ne rien cacher, ne pas oublier.  Premier partage.
Les bannières des Confréries évoquant la Mort parlent d'elles-mêmes, accompagnant de leurs images doubles l'Office des Morts à la Casazza et la procession  au cimetière des vivants. Images fortes, répétitives, pédagogiques en somme ...
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... de "a Falcina" à l'oeuvre, d'un côté,
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... et contemplant avec mélancolie 
dans son sablier s'égrener la vie...
Et les confrères chantent inlassablement l'Office des Morts:
"Homo de muliere
brevi vivens tempore, repletur multis miseriis.
Qui quasi flos egrditur et conteritur,
et fugit velut umbra,
et nunquam in eodem statu permanet (...)"
(Lizzione V - JOB)
"L'homme, né de la femme,
a la vie courte, mais des tourments à satiété.
Patreil à la fleur, il éclôt puis se fâne,
il fuit comme l'ombre sans arrêt."
(Job -V-)
 
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Image de la compassion, de l'autre côté...  Les confrères au pied du Christ crucifié.
 C'est que la flamme de cette vie nous est prêtée pour un certain temps et que tôt au tard la flamme s'éteindra ...
" Breves dies hominis sunt;
numerus mensium ejus apud te est.
Consistuisti terminos ejus, qui poteriri non poterunt.
Recede paullulum ab eo, ut quiescat,
donec optata veniat, sicut mercenarii dies ejus."
"Puisque ses jours sont comptés,
que le nombre de ses mois dépend de toi,
que tu en as fixé le terme infranchissable.
Détourne de lui tes regards et laisse-le,
tel le mercenaire, finir sa journée" 
(Job-V)
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( à Quercitellu)

03.11.2009

Grunwaldo GRAFINI en Balagne: un peintre mystérieux

Grunwaldo GRAFINI à la Collégiale Santa Maria Assunta de Speluncatu
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A Speluncatu, la tribune de l'orgue (orgue historique de Giovanni CRUDELI, 1810).
Cette tribune en forme de proue de navire est l'oeuvre remarquable et remarquée du fameux ébéniste de Speluncatu, Anton Giuseppe SALADINI, datée de 1821.
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Le décor peint de cette tribune a été réalisé la même année par un peintre mystérieux qui signe dans un cartouche en haut d'un pan du buffet:
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GRUNWALDO GRAFINI
[...]
1821
Cet artiste de ce premier tiers du XIX °siècle fait ici une oeuvre originale, d'un charme naïf et vivant, avec des personnages, atlantes et  angelots qui semblent sortir tout droit de quelque conte des Mille et mille nuits ...
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Fermé, le volet de gauche évoque dans un décor quelque peu fantaisiste le Roi David (le patron de la musique, version Ancien Testament) improvise sur sa harpe dans le Temple devant la face du Seigneur: un angelot - genre Fée clochette- volète au-dessus  du saint personnage, couronne de laurier à la main, tandis qu'un autre fait office de lutrin...
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Complétant la scène, les musiciens du volet de droite l'accompagnent aux cymbales et autres cialambele sacrées. L'autel enguirlandé d'une profusion de roses et de lys embaume le Saint des Saint ...
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A gauche le premier panneau de la tribune nous présente une sainte Cécile (notre sainte patronne de la musique, version Nouveau Testament): dans sa robe virginale premier empire, Cécile semble jouer le petit orgue Crudeli (1812) d'une chapelle privée de Speloncato... Là aussi, cueillies dans je ne sais quel jardin paradisiaque, guirlandes et corbeilles fleuries accompagnent de leurs effluves musicales l'heureux utilisateur de l'orgue: de Grunwaldo Grafini, j'ignore tout sinon qu'il aimait les fleurs.
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Au centre de la rambarde de la tribune, trois panneaux rendent hommage à trois Saints prépondérants de la Collégiale Santa Maria Assunta de Speloncato: Saint Michel - le premier saint patron de cette église, à l'oeuvre dans son double rôle de peseur d'âmes et de pourfendeur du Démon; la Vierge Marie de l'Assomption - qui donne son titre à la Collégiale; et Saint Jean-Baptiste, qui reprend le titre de la pievanie de Tuani autrefois dévolu à Costa.
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Les angelots au violoncelle et au violon nous rappellent que Speloncato avait coutume d'accompagner ses messes "au son des instruments" et que ce village a toujours donné de nombreux musiciens tant pour accompagner la sérénade que pour l'office divin... Je ne sais où logeait Grafini à cette date, je commence à l'imaginer installé dans l'une des maisons de notables et quelque part sur un meuble, prêt à servir, ce beau violon.
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 Sur le panneau au-dessus du clavier, ces Putti souriants faisant leurs offrandes devant un autel migniature: guirlande, épis de blé, fruits charnus...
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... vestales dansantes, oiseaux du paradis, végétation exubérante, rinceaux, pétales ...
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Motif central, au-dessus du clavier: créatures étranges et bonasses, urne ornée de têtes minuscules, instruments de musique, mille détails pour qui prend le temps de se promener dans l'imaginaire de Grunwaldo. Il s'est fait plaisir, a pris le temps, a rêvassé sur sa partition.
 Notre ami Grafini n'est peut-être pas bien sûr de ses proportions anatomiques mais je le sens plutôt heureux de vivre, curieux et cela me plait! Alors quelle émotion inattendue de le rencontrer ailleurs...
Grunwaldo GRAFINI dans " a Salla Regina" du Palazzu à Monticello.
Cette demeure imposante, la maison Leonetti/Malaspina de Monticello accueille dans son salon du deuxième étage tout un décor monumental de Grafini ...
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L'ange du médaillon central porte le blason de la famille MALASPINA: un lion dressé sur ses pattes arrières et tenant dans ses pattes avant une branche épineuse (Malaspina).
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(le blason des Malaspina, dans une maison des Malaspina de Speloncato: merci, Edouard!)
La famille Malaspina rentre dans cette demeure lors du mariage en 1836 de Maria Vittoria Pietri, arrière petite-fille de la soeur de Pascal Paoli, avec Mucius-Jean Malaspina, de Speloncato - Maria Vittoria qui connait une fin tragique dans ces murs...
Vous pourrez  retrouver l'histoire (parfois dramatique) de cette imposante demeure   dans le chapitre intitulé:   "Morti di Mala Morta", page 116,et " U Palazzu et ses personnages historiques", page 217, du passionnant ouvrage collectif publié chez Albiana:
" Vingt chapitres de l'histoire de Monticello."
Je remercie ici la famille Malaspina qui m'a permis d'admirer cette pièce étonnante, dite " a salla Regina" et son décor peint ... Isabelle DEMOUSTIER en avait un descriptif soigneux dans son Mémoire de diplôme d'Etudes Approfondies, soutenu à l'Université de Corse Pascal Paoli en 1997: "La peinture monumentale dans les demeures de notables balanins au XIXe siècle".
Je ne veux ici que vous faire partager mon plaisir :
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" La pièce, de plan carré, est couverte d'une voûte d'arête bombée dont chaque angle est composé de double lunettes" (I. Demoustier)
Malheureusement, le décor peint a souffert de quelques repeints et d'évènements fâcheux, dont la foudre... Il reste tout de même un magnifique témoignage du patrimoine pictural et historique de la Corse, à sauvegarder!
"Sur chaque retombée de voûte est figuré un personnage. Il s'agit de quatre femmes debout sur un piédestal à l'exception de l'une d'entre elles. Leurs attributs nous indiquent clairement qu'il s'agit d'une allégorie des "Quatres Saisons"  (I. Demoustier)
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L'hiver
Un étrange personnage exotique vêtu à "l'asiatique", affublé d'un pantalon rayé - la rayure désignant "l'étoffe du diable", comme la désigne Michel Pastoureau  dans son étude "L'étoffe du diable, une histoire des rayures et des tissus rayés", au Seuil) et en tous cas l'altérité, l'étranger par excellence -, ses petits pieds  chaussés de noir,  se chauffe mélancoliquement les mains au-dessus d'une sorte de brasero- autel qui ressemble étrangement à celui de mes putti ou de mes vestales de Speluncatu (voir ci-dessus) . J'entends en le regardant cette chanson de notre enfance, sortir tout droit d'une imagerie coloniale... :
"J'ai vu la Chine, je vous l'assure,
elle est couverte de p'tits chinois,
les femmes y portent des chaussures,
en forme de coquilles de noix ..."
Y aurait-il, dans cette famille, quelques voyageurs en terres lointaines?
L'arbre décharné met en  scène  froidure et solitude de la vieillesse tandis que sur les flammes souffle la bise mauvaise  emportant au loin chaleur et fumée...
On voit que le fond peint d'origine, bleu ciel, était infiniment plus doux que le repeint gris-bleu qui recouvre l'ensemble de la voûte.
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Le printemps
Mais voilà que dans la ronde des saisons renait le printemps: toute de vert vêtue, la jolie brunette aux cheveux dénoués se fait une parure d'une guirlande de fleurs fraichement cueillies dans le maquis : à ses pieds à peine chaussés de sandales légères, la corbeille déborde encore!
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L'été
Dans sa jolie robe orangée, la belle tient serrée d'une main sa moisson de blés mûrs et de l'autre la faucille: que la saison nous soit favorable, que nos greniers regorgent de beaux grains et que nos femmes donnent du fruit!
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L'automne
Voici venu le temps des vendanges:  le soleil et la pluie ont réussi leurs noces  divines , les grappes lourdes de raisins noirs rempliront de leur nectar les grosses barriques de nos caves. La belle ... ou Bacchus? enfourche le tonneau ventru et s'enivre en compagnie d'un petit personnage armé de flèches : évocation de la chasse ou cupidon?... vive le vin,  au diable la décence!  A dire vrai, je me demande ce que fabrique l'angelot qui semble chapitrer en l'air? Incitation à plus de tempérance? Serait-on devant un épisode façon Capitaine Haddock devant sa bouteille de whisky? La vérité est que Grunwaldo a dû tâter du bon vin des Malaspina et soupeser ces juteuses grappes de raisin dans leurs vignes ...
Décidément même si l'anatomie de ses personnages est souvent aléatoire Grunwaldo Grafini fait un excellent conteur!
Mis à part ces quatre personnages allégoriques, tout le reste du décor semble évoquer une relation avec l'histoire de quelques hommes illustres de cette maison. Il ne m'appartient ici d'en faire le commentaire - Isabelle Demoustier a fort bien évoqué et commenté cet ensemble dans son mémoire - mais je complète cette note sur Grafini par des images de quelques "tableaux" peints entre les huit arcs et les deux embrasures de fenêtre .
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A gauche, en bord de mer, une petite cité protégée par une muraille : Ile Rousse, semble-t-il enceinte de sa première muraille construite en 1792. De beaux voiliers naviguent à l'horizon , toutes voiles dehors et pavillon au vent. Des militaires armés de baïllonnettes déambulent le long de champs cultivés en direction d'un village perché sur la colline: Monticello?
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Une vue du vieux port de Bastia: derrière, la côte de Cap Corse, versant oriental avec au loin une toutr littorale. Au large émergent des îles : Elbe et Capraïa. A l'abri du  port, des bateaux, d'autres naviguent en pleine mer. A droite, la citadelle et ses remparts.
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On reconnait clairement sur la gauche de cette représentation approximative de Bastia, l'église Saint Jean-Baptiste orné de son premier campanile, érigé en 1813...
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Paysage bucolique avec  village, berger et son troupeau, joueur de flûte, personnages en conversation, femme à la terrasse d'une maison...
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Paysage avec personnages en marche, forteresse, rivière et grotte; quelques détails:
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détail de gauche
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détail du centre avec une sorte de forteresse
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Scène dans une grotte, détail de droite: je ne sais ce qui se joue là, mais il y a du pathos dans l'air, le personnage agenouillé semble implorer grâce, son crucifix à la main.
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Paysage avec attelage et ville avec ses monuments, entourée de murailles.
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Paysage maritime avec embarcadère et monuments à l'antique.
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Paysage avec maison, cabriolet, cabane et personnages
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Détail de gauche
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Détail de droite: la cabane et ses personnages qui se chauffent au feu.
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Dans l'embrasure d'une fenêtre, cette rencontre exotique entre "le bon sauvage" et l'européen, avec des tipis.
femme et enfant détail blog.jpg
Dans une autre embrasure, cette femme donne la main à un petit enfant et semble vénérer ce monument en forme d'urne ...
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 Enfin, dans ue dernière embrasure, cette sorte de pyramide funéraire portant couronne de laurier et ces initiales: A.L. Il pourrait s'agir de Giudicce Antone LEONETTI (mort en 1794), fils de Chiara PAOLI ( la soeur de Pascal PAOLI) et donc neveu de Pascal PAOLI. Chiara Paoli avait épouse Don Taddeo LEONETTI et cette maison fut donc sa propriété et sa résidence ...
Décidément ces peintures nous posent de nombreuses questions et il nous manque quelques clefs pour y répondre...
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A la mémoire de Grunwaldo Grafini

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