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29.11.2007

retrouvailles de novembre

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Avant de clore ce mois, dire tout le bonheur des retrouvailles en chemin entre Besançon, Lausanne, Genève et Entrechaux… (quelques images en album)

 

27.11.2007

Castagniccia 27 novembre 2007

Moisson d’automne en Castagniccia

partagée avec l’amie Nicole.

                            

-tôt ce matin en montant vers Morosaglia-

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       au hasard des chapelles et des églises...dans un paisolu perché du côté de Piobetta
 maisons hautes serrées aux volets clos

un chien aboie en accueil et remue la queue sur la placette de la chapelle (comment vais-je reculer tout à l'heure?), un homme jeune sort de son atelier, incrédule: des visiteurs? perdus?

rencontre imprévue, bienvenue: d'où êtes-vous, pourquoi venez-vous jusqu'ici? et vous, comment va votre vie?  pas trop difficile en cette saison, le silence des volets fermés?

Ceci n'est pas un interrogatoire, nous le savons bien, juste un essentiel et minuscule évènement de chaleur échangée pour comprendre comment chacun se débrouille: plus que huit habitants en cette saison... des enfants? l'école? Un nuage de tristesse. Et vous, en Balagne? - une solitude brumeuse rode dans la ruelle que ne comble pas la télé.

 

 dans une chapelle dédiée à St Antoine: jolie peinture du Rosaire avec les âmes du Purgatoire  aux pieds des saints intercesseurs: la Vierge à l'enfant, saint Antoine à droite, san Marcello(?) à gauche (il faut que je vérifie). Le livre porte le texte d'un hymne à saint Antoine. Tout autour se lisent aisément les quinze mystères du Rosaire.

 

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regardez attentivement, sous les pies nus de saint Antoine, une petite âme pleine d'espoir s'agrippe fermement

au cordon de la robe de bure du franciscain.On ne peut mieux dire l'intimité de la dévotion des gens d'ici, dans cette petite chapelle toute simple et très bien entretenue. Des lumignons, des allumettes, quelques images pieuses et des visites quotidiennes.

 

 

Plus loin, après de nombreux virages dans l'or des châtaigniers, un autre village de schistes, quelque part entre Carcheto et Pietricaggio . Accueil à la mairie chaudement ouverte : une gentille dame âgée appelée à la rescousse par la jeune secrétaire de mairie s’offre de nous accompagner à l’église qui parait charmante, vue de l’extérieur.  

Après les présentations d’usage, la clé tourne et la porte s’ouvre sur…

 

Je sens mon estomac se nouer et serre les dents : dans une architecture de proportions harmonieuses, éclairée de jolies fenêtres, je reconnais la main de « L. » , décorateur en boîtes de nuit/ cabinets médicaux/ halls d’accueil de business de toutes plumes, sauf d’anges. Même, disons-le une fois pour toutes, là où «  L. » passe, les anges trépassent. Bon sang ! La dame nous dit, mi-figue mi-raisin : « et vous savez, c’est son portrait là », nous montrant un St Jean-Baptiste  à barbe hirsute baptisant le Christ.

 

Un vrai festival de trompe l’œil appliqués sortis tout droit de la chambre hollywoodienne de la Belle au bois dormant, de stucs (qui furent beaux) recolorisés, une chaire à prêcher définitivement  réduite au silence sous ses couches de peinturlures agressives et criardes, bref un faux décor de fausse histoire religieuse où évoluent ça et là de faux anges, éphèbes bleuâtres aux oeillades salaces. Je finis par comprendre que notre aimable dame cicerone n’apprécie pas trop non plus… Bon. En tous cas, quel bosseur, ce « L. » ! Comme dans les pires thrillers de série américaine, on reconnaît à la trace la frénétique activité de son pinceau dérangé : mais qu’avait-il donc à faire dans les églises ?

 

 

 

… quelques kilomètres plus loin, ce village , ceint de ses terrasses nourricières…

 

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A Pietricaggio. Le village fume bien droit dans ses cheminées. A côté de l’église, en travaux (on y refait la toiture à l’ancienne, couvertures de teghje [lauses]: là aussi, il faudra reparler de ce patrimoine et des problématiques  particulières qu'il engendre dans le cadre des chapelles à fresques: il faut surveiller étroitement ces toitures, ce que l'on fait bien naturellement lorsqu'il s'agit de sa propre maison, mais que l'on oublie de faire pour les petite chapelles perdues), un beau tas de bois, c’est par  là qu’est le gardien de la clé. Là encore un chien vigoureux à poils drus annonce bruyamment notre visite et voici le maître de céans, plus tout jeune mais bien en jambes et le regard  vif.

Après le nécessaire  recadrage du « de quale ne site ?», histoire de se situer mutuellement dans un même tissu humain, un bavardage à bâtons rompus de choses et d’autres nous amène à des choses plus précises et Monsieur Nicolas finit par me demander si je suis d’origine corse – un peu confuse de ne pas pouvoir lui donner satisfaction, il ajoute malicieusement : « mais alors, au moins, vous êtes croisée ? ». Tout d’un coup je me sens pousser une hure de sanglier sous mes lunettes : à dire vrai, croisée sûrement que je le suis et depuis longtemps, au hasard peut-être des invasions Vikings du côté de ma mère, des Huns et autres Ostrogoths du côté de mon père, nous avons des cousins vandales je crois et les frontières de mes aïeules ne devaient pas être trop étanches, sans compter qu’aujourd’hui je me sens bien croisée de mille sentiers de Corse, à  chacun sa façon de se croiser en chemin…

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En tous cas, la place est bien vivante,  et je me promets de revenir par ici saluer Monsieur Nicolas- qui, lui, ne pourrait pas vivre ailleurs!- tous les saints de l'église et de la chapelle, et goûter la charcuterie en janvier.

 
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                                       un étonnant chandelier de la Semaine Sainte qui en a vu des Offices…
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encore tout chargé du sombre effroi des Ténèbres: il me semble entendre les lamentations chantées des anciens confrères...

 

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                         ailleurs, éternellement jeune, beau, dynamique, efficace, St Michel Archange en  lutte contre Satan et pesant les âmes  (sur un pas de danse): l'une d'elle, gracieuse trapéziste, s'en  sort bien,

pour l'autre...l'avenir s'annonce incertain...

                                                    

                                                                                                        

 

les divines surprises d’Ewa dégageant des éléments du décor d'origine à la tribune de l’orgue du Couvent d’Alesani (je reviendrai sur les problématiques de ces restaurations  dès que possible).

le décor 18ème retrouvé sous les repeints du 19ème :

tête de grotesque et ses beaux rinceaux

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                                                                      putti à la toilette

 

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ce qui reste de la façade de l’orgue (note à venir): là aussi, Ewa a retrouvé ce joli décor de tulipes et cette chaude tonalité rouge sur le pilastre central (dégagé)
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Nous quittons le Couvent d Alesani pour Pietra di Verde où l’on restaure là aussi les décors peints… Bonjour à Madeleine, Jérôme, Jean-Christophe… Là aussi, des choix s’imposent, souvent « douloureux »: sous le décor 19 ème, on en trouve des belles choses... L'église et la confrérie.

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           quelque part dans la pénombre, le tendre saint Joseph veille son petit Jésus endormi et repu

                                                              (peinture de Francescu Carli)

                                           
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                                                      et, en fin de cette belle journée automnale...

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                             les fresques ( 1473) de la double abside de Santa Cristina (note à venir),

                                                                  E Valle di Campuloru

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                                                           dans le crépuscule du Campu Santu

 

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merci de ta bonne compagnie, chère Nicole !

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26.11.2007

chronique de Pinzu Corbu: 25/11/2007

    à force de rogations, le voici triomphant, u Pinzu Corbu...  b8e65ac0ddb15d8c4024251dab30720f.jpg
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en compagnie de Pipo:
"de mémoire de chien..." etc...

 

 

23.11.2007

chronique de Pinzu Corbu: après la sècheresse

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veille d'ombre après la crue
laudes en silence
sinon du dit de l'eau

 

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miraculée 
retrouvée
nettoyée
des huiles de vidange
des vieilles batteries
des carcasses pourries
 en amont jetées
à nouveau le dit de l'eau
   éternité fugace
bordée de cigües
entre les murs secrets
d'anciens jardins
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22.11.2007

toujours novembre

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 au cimetière de Castirla ce marbre gravé :

 

"Le jour des morts

Est la cime de l’année

C’est de ce point

Que nous embrassons

Le plus vaste espace

Quelle force d’émotion

Si la visite

Aux trépassés se double d’un retour

A notre enfance

Chacun de nos actes qui dément notre

Terre et nos morts nous enfonce dans

Un mensonge qui nous stérilise"

 

 

21.11.2007

orgues: VOLETS D'ORGUES PEINTS EN EUROPE

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« Die bemalten Orgelflügel in Europa »

« Les volets d’orgues peints en Europe »

En 2001 paraissait à Rotterdam cet important ouvrage de 720 pages édité par la fondation STICHTING ORGANA HISTORICA, sous l’impulsion passionnée de Monsieur Marinus Berghout Block.

Je pense que l’on doit toujours pouvoir se le procurer en écrivant à :

Stichting Organa Historica

Biellandstraat 71a

NL – 3037 LB ROTTERDAM

Tel : (0031) 010 – 467 82 59

Fax : (0031) 010 – 467 78 44

Postbank 55 77 00

BTW NL 8047.21. 191. B. O1

K.v.K. Rotterdam 41134236

 

Ce magnifique livre a été publié en allemand et concerne donc les orgues d’Europe comportant des volets peints en Belgique, DanemarK, Allemagne, Angleterre, Espagne, France et Corse, Suisse, Italie, Pays-Bas, Autriche, Slovaquie, Slovénie …

Les textes ont été rédigés, pour la plupart, par des musicologues de l’orgue et les photos  réalisées par d’excellents photographes : Marinus Berghhout Block était très exigeant.

Je vous en parle car nous avons reçu une lettre plutôt triste de notre ami M. Berghout Block qui annonce la cessation, faute de moyens et de subventions, en décembre 2007 de cette fondation qu’il portait à bout de bras depuis 14 ans. C’est dommage à plus d’un titre, car étaient en gestation  d’autres  projets ambitieux servant l’orgue (et les fous de l’orgue dans tous ses états)

 

Il m’avait été demandé, à l’époque, par l’entremise de nos amis de St Jean-de-Luz , Françoise Clastrier et Jesus Martin Moro ( qui travaillaient, l'une sur la France, l'autre sur l'Espagne), de rédiger la modeste partie ( ... au regard de l'immense moisson des orgues d'Italie, par exemple) concernant la Corse: j’avais bien volontiers accepté ce travail et confié le soin des photos à l’ami Tomas Heuer… Il se trouve donc un petit chapitre sur les volets d’orgues peints de la Corse, patrimoine surprenant de fraicheur montagnarde dans la cour des peintures raffinées du reste de l’Europe…

On ne peut que souhaiter une traduction en français de ce beau livre...

Elizabeth

 

10.11.2007

brève du Purgatoire: Castirla

3353fc5f20eb80fbd92225170de02641.jpg La chapelle San Michele di Castirla

Au coeur du petit cimetière, sous le village.

 

 

"Sauvée une première fois de la ruine en 1963 (couverture en tôles, charpente effondrée...) la toiture de la chapelle a été refaite en 1983 (...)"

(Joseph Orsolini, dans l'Art de la fresque en Corse de 1450 à 1520, édité par le Parc Naturel Régional de la Corse)

 

Depuis, les choses se sont à nouveau dégradées, faute de surveillance: la toiture de "teghje" a bougé, laissant l'eau s'infiltrer à l'intérieur. La mérule s'est installée dans la charpente, détruisant le bois et entraînant une dégradation telle que le toit peut s'effondrer à tout moment sous le poids des pierres. Les fresques, d'une verve toute populaire, que les intempéries passées avaient décollées ont été restaurées en 1964 par les M.H. Malheureusement elles sont à nouveau gravement menacées par l'humidité qui sévit à l'intérieur. La C.T.C. doit engager un programme de restauration des chapelles à fresque de la Corse: à Castirla, l'urgence est grande... Arrivera-t-on à temps?

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 Voici l'état actuel de la charpente: on voit le jour à travers les poutres et les taches blanchâtres signent l'avancée de la mérule. A ces endroits, le bois devient aussi peu solide qu'une éponge et peut lâcher à tout moment.

 

 

Dessous, dans la petite abside en cul de four... les fresques...(fin XVème)

La taille modeste de la chapelle et de son abside nous immerge dans l'intimité de ces peintures,

si fragiles, un peu maladroites et irrésistiblement humaines...

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en souffrance, le Christ Pantocrator, entouré du tétramorphe,
dominant de sa Majesté "aux pieds dedans"
les douze apôtres
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On reconnait à droite Saint Barthélémy, écorché vif...

 

 

 

 

Là encore, les couleurs sont déjà très altérées et le reste (Annonciation, la Vierge en Majesté, Saint Michel Archange) souffre des dégradations accumulées au cours du temps.

 

A suivre... Dernière visite: le 29 octobre 2007. Voir les photos de l'album "fresques"

 

09.11.2007

cimetière

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avec maman à Castirla

 

Cimetières je vous aime

 

 Cimetières de l’ici et de l’au-delà

de naguère et d’aujourd’hui

propices à la langue des oiseaux

à la langue des fleurs pensées de verre

pacotille d’amour plus forte que l’absence

à la langue incertaine des coeurs

pour dire le toujours

le jamais je ne t’oublierai

 des grains de perles démaillés du souvenir

des couronnes

des crucifix affaissés en fin de ferraille rouillée

sur concession perpétuelle oubliée

 

moi qui ne suis pas d’ici

moi qui suis loin des miens

ne puis les visiter

chaque jour de l’année

 ni pour la Toussaint

dans leurs cimetières bien rangés

au calme sous les ifs

des allées sablées

paisibles

de la Sarthe de la Lorraine

et de bien d’autres encore

voir généalogie au hasard de la vie

ma quête des noms d’ici

m’est légère

 tendresse adoptive

vaste famille de cœur

où je reconnais aussi la mienne

dans la musique des autres

mon père

avec Lisandrina Ceccu   Nunziu Antoine

Catherine Jacques

sous les cyprès

 

et de mon grand-père

la litanie fraternelle

taillée dans la jeunesse

ôtée d'un seul coup

arrachée des labours

des troupeaux

brebis chèvres ou vaches

pendant la Grande Guerre

génération des hommes sacrifiés

 mêmes femmes fortes

 

 

fêlure

 

 

pierre gravée sous l’herbe légère

où s’effacent le nom

le temps

le goût de l’âcre et du suave

 

 

enclos de murs comme jardin d’amour

serment d’éternité à l’échelle humaine

en somme bien peu de chose

de plastique de granit

de ciment ou de marbre

le cimetière vit sa vie à l’entour des vivants

 

 

reçoit

mille poèmes aux chers disparus

pathétiques : « mon cœur saigne chaque jour »

nostalgiques : « à Dédé ses copains de chasse inconsolables »

pragmatiques : « je vous avais bien dit que j’étais malade ! »

avec parfois ces visages figés sous l’émail

ces angelots pensifs sous cloche

 

 

 

perçoit les autres

ceux qui bougent à l’extérieur des murs

se déplacent entre les tombes

font à la fin d’octobre la propreté des pierres

à grand renfort de brosse de parlotte active

enchantent dans la symphonie robuste des chrysanthèmes

la mémoire des défunts

immobiles

et allument au premier novembre les lumignons

des Morts

 

 

où qu’il soit

à cela rien d’étrange

il débusque à l’improviste nos pelotes d’humanité

enfouies

sous le faire le dire la dérive indolente

le solennel désir

sous la panoplie tapageuse des uns

l’indigence muette des autres

 

 

résonance

 

 

je le préfère petit

intime et familier

bourdonnant d’abeilles entre les roses

d’un usage quotidien

pour la vieille femme debout

qui balaie d’un geste précis de la main

brindilles feuilles fourmis fleurs séchées

déposées par le vent la nuit dernière

sur la tombe de sa fille

                                                                      aux miens, famille et amis, Elizabeth , 9 novembre 2007

 

 

 

 

 

 

01.11.2007

La Mort transfigurée 2ème partie

(SUITE...)

 

photo Tomas Heuer

 

4f5bf5f3cac69172163b9b64f90d754a.jpgJe connais un tel cheval gravé dans la pierre, venu de la préhistoire et réutilisé sous l’arc triomphal d’une antique église. A ce propos, on a souvent vu une funèbre cavalcade dans les montagnes : lorsque quelqu’un mourait loin de chez lui, on l’installait, une planche de chaque côté du buste pour le maintenir droit à califourchon sur son cheval, un bâton fourchu sous le menton, et c’est ainsi qu’il regagnait son village… …

Même en cas de mort naturelle, voceru, caracolu, et chjerchju (ronde funèbre exécutée par les hommes en l’honneur d’un mort)  ritualisaient d’une façon toute païenne le passage dans l’au-delà et l’on comprend sans peine les interdictions édictées par les évêques successifs : dans ces pratiques magiques, ces cultes des morts, les responsables religieux sentaient bien leur échapper le monopole du sacré. Quoi qu’il en soit, on a pu dire du vocero qu’à travers cette extériorisation codifiée et dramatique de la douleur, des sentiments les plus violents, les plus « inhumains », il constituait une véritable catharsis pour la communauté, une libération de ses tensions.

J’ai souvent assisté, lors de la séparation, au jaillissement de la plainte profonde, en dépit d’un bon ton actuel qui a fini par imposer un silence « civilisé » à  la cérémonie et renvoie à sa solitude muette toute âme souffrante. Cette lamentation irrépressible, hululée du fond de la nuit ( c’est u scucculu) , ce mouvement convulsif du corps tordu dans sa douleur ( u bisciu, comme un serpent) nous communiquent leur angoisse. L’Eglise, il est vrai, a cherché à adoucir et uniformiser les rituels funèbres et abandonne peu  à peu les grands textes de la peur : le Dies Irae, le Libera me, même si ce dernier chant résiste bien dans nos églises, poignant adieu chanté près du corps avant le départ pour le cimetière.

L’évolution du monde contemporain atteint toutes les couches de la société en Corse comme ailleurs, et a fait de chacun dans l’île un consommateur de produits calibrés aussi performant qu’ailleurs. Pourtant,  même si, avec l’affaiblissement du fait religieux, les Corses ne se définissent plus aussi clairement comme « i Cristiani » face à tout envahisseur potentiel,  les funérailles religieuses manifestent toujours ce nécessaire resserrement de la communauté autour de l’individu, en particulier lorsque le village s’exprime par la voix de sa confrérie.  Une mort individuelle réussie se partage, j’allais dire « se consomme » en famille, entre amis, même avec les ennemis. Elle renforce la sociabilité des vivants  et offre au défunt une ultime fête collective qui l’aidera à trépasser définitivement, à trouver sa place dans l’au-delà.

Un bon défunt est un mort qui accepte ses nouvelles limites: faute de quoi son esprit peut être condamné à errer dans une insatisfaction perpétuelle, seul ou rejoignant la bande des âmes en peine (la mubba, procession de porcs fantômes passant devant les maisons, la nuit), dans la campagne, toujours prêt à se glisser dangereusement entre deux eaux au passage des gués, 4f3611b8c02df5e2b20b7024bb5ca08d.jpg

à tendre sans relâche l’embuscade aux vivants dans les mouvances du brouillard, dans les ardeurs meurtrières de la canicule à l’heure de midi ( l’heure sans ombre) , dans les lueurs incertaines de l’aube ou du crépuscule… Il est donc important de contenter l’esprit du mort, de rassurer sa communauté  et de ne pas bâcler la cérémonie de l’adieu.

Il y a peu, ainsi que me l’a raconté un homme âgé d’un village de la Balagne des montagnes, lorsque quelqu’un était proche de sa fin, on avertissait les membres de la confrérie du village, c’est-à-dire ces laïcs associés pour donner l’exemple de la vie chrétienne .A l’époque, les Corses étaient encore dans leur ensemble profondément religieux, la confrérie organisait7 en particulier la charité, faisant office de « sécurité sociale », pourrait-on presque dire, et rendait avec le plus de faste possible les devoirs funèbres à tous, pauvres ou riches. Ces confrères, donc, vêtus de leur habit spécifique, robe ceinturée d’une cordelière et cape consacrée dont la couleur varie selon la confrérie, partaient en procession la nuit venue, au son du glas, le cierge à la main, et traversaient le village en chantant des psaumes de pénitence pour porter le réconfort de toute la communauté à celui ou celle qui se mourait… On peut supposer qu’entendant s’approcher les chants lugubres des confrères, l’infortuné achevait de mûrir son agonie, facilitant la moisson de a Falcina.

Deux jours après la mort, la confrérie se mettait à nouveau en mouvement pour chercher le corps du défunt, toujours en habit et précédée de la bannière de  a Morte : cette bannière peinte sur ses deux faces montre souvent d’un côté le Christ en Croix, accompagné, à ses pieds, de deux confrères en habit de pénitent, la cagoule rabattue sur le visage. Sur le revers s’illustrait avec la plus grande liberté l’effroyable activité de la Faucheuse , digne héritière des danses macabres peintes lors des grandes épidémies de peste du 14ème siècle.

* Personnalisée, tantôt menaçante, tantôt rêveuse, tantôt élégante, un rien maniérée, tantôt affligée, tantôt déployant à grandes enjambées son énergie destructrice, la Mort fauche.

                
Bannière (photo Elizabeth)
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 Les confrères transportaient le corps à l’église (si le mort était lui-même membre de la confrérie, on l’enterrait dans son habit), l’exposaient devant le choeur sur cette sorte de brancard spécifique, u catalettu, le catafalque, paré de noir et entouré de cierges allumés payés par la confrérie. Les confrères prenaient place autour du mort et là, devant la communauté et en dehors de toute présence sacerdotale, se chantait l’Office des Morts : des chants, pour cette occasion, d’une grande beauté tant par les textes (le Livre de Job) que par leur mélodie simple et « berçante ». Je me suis souvent dit que ces chants, comme les lamenti des morts,  les apparente, par la douceur oscillante de leur mélodie au monde des berceuses. Même u catalettu  me semble un berceau des morts : dans une église de la région proche du Ghjunsani, j’ai vu un Enfant Jésus emmailloté dans ses langes, le corps rempli et sanctifié par de la terre sainte, installé dans un petit berceau « prémonitoire » de même forme que le catalettu…e5e8d0a10acc84790c276cad899c633c.jpg

                                                                  photo Tomas Heuer:

                                                                                 le Petit Jésus

  Le prêtre ne venait qu’après cet Office et célébrait enfin avec solennité la Messe des Morts, avec le concours des chantres de la confrérie. Dans de nombreuses régions de Corse, en particulier dans « l’En-Deçà des Monts » (le Nord de l’île), ces chants sont polyphoniques, en paghjella, et magnifient les cérémonies. Chaque village créant son air original, son versu, et manifestant un tempérament différent d’un village à l’autre, la compétition était serrée, l’on s’enviait les meilleurs chanteurs, surtout lors des enterrements : le cher disparu bénéficiait ainsi d’un adieu irremplaçable, chaque cérémonie funèbre proclamant la beauté et la cohésion de cette communauté… Un repas funèbre, a manghjaria, clôturait ce rituel de partage des funérailles, la bête destinée à cette ultime cérémonie ayant été désignée d’avance par le futur défunt.

(*Les confréries des villages corses sont souvent nées comme ailleurs en Europe à la suite de l’épouvante de la peste, envoyée, pensait-on, par Dieu en punition des péchés des hommes : ce fléau nécessitait une réforme des mœurs, la pratique de nombreuses mortifications comme la flagellation,  et rendait urgente l’organisation de l’entraide et de la prière, en particulier lors des funérailles. En Corse, la présence nombreuse et précoce des Franciscains a favorisé l’éclosion du Tiers-Ordre, c’est-à-dire la mise en œuvre des messages de Saint François par des laïcs. Les Franciscains trouvèrent en Corse un terreau communautaire très proche de leurs idéaux.)

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                                            u catalettu, le banc d'exposition des morts

 Enfin venait le moment de l’inhumation. Jusqu’au 19ème siècle, l’on enterrait le mort  dans son seul linceul dans l’arca, une fosse commune creusée, autant que faire se pouvait sous le sol de l’église pour profiter de la sainteté du lieu : outre l’économie – point de cercueil ni de tombeau -  l’esprit communautaire s’exprimait là encore dans cette pratique qui garantissait en principe au défunt, dans l’ humble fraternité  de l’au-delà,  une protection efficace contre tous ces mauvais esprits jaloux des vivants qui divaguent dans l’espace sauvage où tout peut arriver… Certaines familles illustres cependant ne partageaient pas avec le commun des mortels l’arca et construisaient leurs caveaux dans l’église, ornés de belles pierres tombales gravées de blasons ou d’effigies de la mort plus ou moins souriantes. Cette identification de l’église comme lieu privilégié de la rencontre des vivants et des morts persiste encore aujourd’hui .

photo Tomas Heuer

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                                                              La Mort ailée:  Dalle funéraire à Aregno . Photo Tomas Heuer

 La puanteur régnante et les problèmes d’hygiène finirent par avoir raison de l’arca et l’on commença, au 19ème siècle, suivant les décrets de Napoléon, à enterrer les gens dans des cimetières extérieurs au village, malgré les nombreuses réticences des villageois qui  craignaient d’y perdre les bénéfices de leur assurance-vie pour l’éternité. En situation intermédiaire, ces tombes construites dans l’enceinte des églises à moitié effondrées de certains couvents : l’effet de ces sépultures contemporaines, ornées de roses en plastique, gardées par des lumignons vacillant au vent et visitées fidèlement la veille du Jour des Morts, en est assez onirique. Et le danger, assuré, sous la voûte béante…

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Cela dit, beaucoup de grandes familles, les notables, avaient pris l’habitude d’ancrer leurs chapelles funéraires privées sur leurs propriétés, les rendant du même coup inaliénables. Qui n’a jamais vu, en Corse, ces tombeaux parfois très anciens dans le paysage, montant la garde sous leur cyprès, le long ou à la croisée des chemins, au sommet des collines, ou dominant la mer? Comme les églises, les chapelles, ils fixent et « signent » le lieu de la communication entre les vivants et les morts, veillent sur l’espace humain et le sacralisent, protègent la généalogie des familles…  Une terre est fertilisée par ses morts, comme elle est sanctifiée par les ossements des Saints.  Dans le Cap Corse, de véritables résidences secondaires, clôturées et plantées d’arbres civilisés, avec escaliers à double révolution, colonnades, antichambre… doublent pour l’éternité (espère-t-on !) les grandes « maisons des Américains »,  ces corses partis faire fortune par-delà l’Atlantique et revenus se faire enterrer dans le sol sacré des ancêtres.

Au couvent de Caccia. Photo de Tomas Heuer.

Ailleurs, c’est un ancien moulin à vent, posté sur la colline dans un somptueux déferlement granitique : il a perdu ses ailes et mouline en silence la moisson d’une famille respectable de la région. Lu, un jour dans le journal local, en Balagne : « à vendre, terrain de cinquante mètres carrés, vue imprenable sur la mer, conviendrait parfaitement pour une chapelle funéraire ». Connaissant bien l’endroit, je vous le conseille, l’annonce n’était pas surfaite, aucun promoteur n’a réussi à gâcher le coin et la beauté du lieu donne réellement envie de rester là pour l’éternité. Autre écriture, le long des routes : ces stèles fleuries signalant un accident mortel. Trop nombreuses, hélas !avec un nom, un poème, une date. Elles continuent une autre tradition: lors d’une mort violente, lorsque le sang d’un homme avait gorgé la terre, l’usage était de jeter en passant à cet endroit une pierre, ou une branche d’arbre. L’amas ainsi constitué, u muchju, rappelait à tous et pour longtemps le souvenir de cette fin tragique… La présence de ces sentinelles enracinées au bord des routes surveille le moindre déplacement des vivants : litanies familières des morts murmurées à l’oreille du passant, il vaudrait mieux ne pas les entendre à certains moments critiques de la journée ou de la nuit… Gare à ne pas rencontrer alors les double des morts, embusqués dès l’attrachjata , le crépuscule, au milieu du jour ou de la nuit, gare à la traque des spiriti , des spectres, gare aux cohortes des confréries de morts, aux enterrements fantômes, gare aux chasses nocturnes des mazzeri…                                

 J’ai longtemps été surprise par les propos de certaines vieilles personnes amies. Je ne comprenais pas pourquoi elles s’inquiétaient de me savoir circuler seule la nuit, quitter tard l’église où je jouais l’orgue et traverser les rues désertes du village dans le brouillard, ou passer le col de Bataille, a bocca di a Battaglia », séparant les communautés de montagne du Ghjunsani de  celles de Balagne. Le terme même de « a bocca »pour désigner le col me fait toujours rêver, d’autant que je sais maintenant que s’y abouchent les esprits des morts et les doubles de ces personnages étranges et inquiétants, les mazzeri.

 

                  L’insularité de la Corse a développé naturellement une poésie magico-religieuse souvent liée au cycle naturel des saisons, appelée à lutter contre toutes les calamités et à réguler les chances de survie des hommes dans un monde hostile, peuplé d’êtres ambigus. Héritière des grandes religions mégalithiques, l’île développe très tôt le culte de ses morts, les enterrant dans le sol des abris sous roche, construisant stazzone (dolmens), élevant ses stantare , paladini  (menhirs) à la dimension d’un véritable art statuaire… 

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Menhirs de Cauria. Photo de Tomas Heuer

 Récemment nous sommes allés nous perdre dans le désert des Agriates, du côté de St Florent : nous avions rendez-vous avec des sépultures du 5ème millénaire avant J.C., et des dolmens nommés, l’un « casa di l’Orcu », la maison de l’Ogre, l’autre « casa di l’Orca », la maison de l’Ogresse. Dans ces vagues minérales de montagnes et de maquis, au milieu des cistes, lentisques, myrtes, filaires, chardons, la volonté cultuelle de ces hommes du néolithique m’a envahie d’une émotion infinie et silencieuse : les pierres gardent la mémoire des anciens vivants. Peut-être suffirait-il de fermer suffisamment le diaphragme de la conscience pour arrêter le temps et percevoir le murmure et les chants des gens d’alors… Les dolmens et les coffres mégalithiques sont inscrits dans des couronnes de grandes pierres plantées de chant et l’espace à l’intérieur de ces cercles est dallé, parfois « piétiné », m’évoquant tout à la fois la lente ronde du battage sur l’aghja, l’aire à blé exposée aux vents, si présente dans les paysages d’ici, et une déambulation enroulée autour des tombes, l’ancêtre de la granitola, du chjercu , du caracolu … L’aghja, chez les agriculteurs du monde ancien , est l’espace circulaire, dallé lui aussi, circonscrit par ces pierres plates dressées dans le sol que l’on appelle « i baroni », les gardes, pour cet acte vital et communautaire du battage du blé. Il fait pendant à un autre espace en boucle beaucoup plus vaste, l’invistita, l’aire du trajet quotidien d’un troupeau, celui d’un berger : ici l’homme appartient à la communauté de ses bêtes qui a choisi son parcours de libre pacage depuis des millénaires, partant le matin de la bergerie et y retournant le soir.

le Dolmen de Cauria . Photo de Tomas Heuer
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Les dolmens, l’ouverture offerte au soleil levant, accompagnent ainsi chaque jour le cycle de la lumière, mort et renaissance : ils s’élèvent au sein de cette invistita pastorale, et défiant les ténèbres, sacralisent l’espace sauvage.  On racontait que les ogres (l’Orcu et l’Orca, sa mère), capturés par les bergers, avaient livrés, sous la menace de mort et la promesse fallacieuse d’une vie sauve, la recette du brocciu, ce délicat petit lait caillebotté…Les perles, outillage lithique, fragments céramiques recueillis lo