10/10/2017
Echos d'une belle journée en Costa Verde le 9 septembre dernier- 1ère partie : San Nicolau et San Giovanni di Moriani
Le 9 septembre dernier nous partagions cette belle journée en Costa Verde
en compagnie des Amis du Musée de Bastia et de la Dante Alighieri
(merci aux amis pour leurs photos qui complètent les miennes)
(ange musicien à la sacqueboute, détail du retable de Raffaele de Rossi à San Nicolau di Moriani)
Un grand merci en particulier à l'ami Gilles Vandernordt pour la gestion des clefs ...
La matinée fut consacrée à San Nicolau et San Giovanni di Moriani, l'après-midi à Santa Lucia di Moriani, Sant'Erasmu de Cervione et Santa Cristina de Valle di Campuloru.
Première étape à San Nicolau di Moriani
Pieve de Moriani, diocèse de Mariana ed' Accia:
l'église fait l'objet de toutes les attentions de sa communauté et la mairie a engagé depuis quelques années des travaux spectaculaires de restauration dont nous pouvons admirer les premiers résultats:
https://www.san-nicolao.com/restauration-eglise?lightbox=dataItem-iy085rvl4
la façade de l'église San Nicolau, dotée des statues de ses deux saints tutélaires, Saint Nicolas et Saint Pierre.
Nous avons pu découvrir cette année le choeur restauré par l'atelier de Maria-Teresa Donetti: ici le beau maître-autel d'Ignaziu Saveriu Raffali , de 1767.
Je vous invite d'ailleurs à retourner vers ma note abondante de décembre 2015, avant restauration: http://elizabethpardon.hautetfort.com/archive/2015/12/06/6-decembre-fete-de-st-nicolas-san-nicolau-di-moriani-5727142.html
Vous pourrez constater la transformation !
Hello! les trois petits enfants de la légende de Saint Nicolas barbotant dans leur marinade vous saluent bien!
Le retable de Raffaele de Rossi, dit "il Fiorentino"
(E.P.)
Au fond du choeur, le beau polyptique du florentin Raffaele de Rossi (première moitié du 16° siècle), ancien retable majeur, a retrouvé sa place derrière l'autel majeur.
(E.P.)
Aux pieds de la Vierge et de l'Enfant, dans un paysage de montagnes escarpées plongeant dans la mer, Saint Nicolas ( ses trois boules d'or à la main) et Saint Pierre (et sa grosse clef), les deux saints protecteurs de l'église veillent sur la communauté au son des anges musiciens.
(E.P.)
l'un des deux anges bucinateurs entourant la Vierge et l'Enfant
Dans la lunette au sommet du retable , perchés sur leurs nuages, d'autres angelots accompagnent de leur musique céleste le Père éternel . Il semblerait "que la lunette du retable de Moriani ainsi que les pilastres soient attribuables au fils du "Fiorentino", Guilo de Rossi, actif à partir des années 1550 " (Laurent Hugues)
(E.P.)
claironnant sur leurs instruments
(E.P.)
ou violonant comme cet ange sur sa vielle à arc
(E.P.)
Méditatif, le Père à la barbe fleurie vous jauge du regard et vous bénit de sa main droite,
tenant le globe terrestre dans sa main gauche: regardez bien ce paysage de notre littoral insulaire, avec une tour plantée sur son rocher.
Entre la lunette et l'ensemble inférieur du retable,
à gauche, Saint Michel pèse les âmes et de sa lance maîtrise Satan
au centre, le Christ mort, dressé au-dessus de son tombeau
à droite, Saint Antoine de Padoue
Enfin, de part et d'autre du panneau central, les pilastres célèbrent quatre saints vénérés dans la Pieve de Moriani: à gauche, Santa Lucia et Santa Reparata, à droite, San Giovanni et San Biasi (alias, Biaggio, Blaise). Saint Blaise porte à la main, me semble-t-il, l'instrument de son supplice, un peigne à carder; Saint Jean l'Evangéliste, la coupe au serpent, récit de son empoisonnement (raté); sainte Lucie ses yeux brandis et le Livre; et Sainte Réparate, la palme de son martyre.
***
De l'efficacité d'une bonne et belle chaire de prêche pour se faire entendre d'une assemblée si nombreuse et un peu indisciplinée en début de matinée!
Je ne résiste pas à partager cette photo: merci à son auteur!
Du haut de la magnifique chaire d'Ignazio Saverio Raffali (1740) :
"Mes bien chers frères, mes bien chères soeurs ..." :
les deux prédicateurs font la paire et attendent leur tour de restauration!
Un clin d'oeïl pour Maurice :
de part et d'autre de ce blason du phoenix renaissant de ses cendres,
à gauche un angelot brandit une flèche,
accompagné à droite de sa jumelle angelotte
Dans l'église, les panneaux ont été laissés en place pour évoquer les récents travaux de restauration: on attend avec impatience la suite des travaux.
***
En fin de matinée nous retrouvons San Giovanni di Moriani
l'église San Giovanni au haut campanile et sa confrérie Sainte Croix voisine. Construite, semble-t-il à partir de 1680, les chapelles latérales venant plus tardivement. L'ensemble a été restauré par Madeleine Allegrini qui signale que toute l'église portait des décors peints que l'on serait heureux de pouvoir admirer ... si les finances le permettaient! car la qualité de ces décors en est admirable et dort encore en partie sous le blanc de chaux. Des décors vivants, joyeux, colorés qui nous donnent envie de séjourner en ce lieu peuplé d'anges.
l'imposant maître-autel des Raffali, surmonté par la colombe de l'Esprit Saint plongeant vers le centre du sacré ferme totalement le choeur: au centre, entre les deux paires de colonnes torses, l'arche met en scène, derrière le Christ en croix, le grand tableau d'autel.
Cette composition est datée de 1686 et représente la Vierge à l'Enfant accompagnée d'une sainte (Sainte Anne ?), Saint Michel pesant les âmes et terrassant le Démon, Saint Roch, Saint Jean l'évangéliste, et Saint Mamilien.
Saint Jean est ici représenté fort jeune, avec un visage presque féminin, le calice à la main d'où jaillit un petit dragon menaçant, gueule ouverte : ce calice empoisonné fait allusion au récit de sa mise à l'épreuve par le grand prêtre du temple de Diane à Éphèse. Celui-ci lui dit : "Si tu veux que je croie en ton dieu, je te donnerai du poison à boire et s'il ne te fait aucun mal, c'est que ton dieu sera le vrai Dieu". Saint Jean bénit la coupe et neutralise le venin symbolisé par ce petit dragon.
De part et d'autre des colonnes deux niches accueillent la Vierge (à gauche) et Saint Jean (à droite)
Au fond du choeur, derrière le maître-autel, le magnifique meuble de sacristie de 1725: bois de châtaignier, noyer, buis, pommier ...
Signalons enfin que San Mamilianu a sa chapelle (X°s.) sur une crête au-dessus du village. Voir la note du site de corse -romane: http://corse-romane.eu/san-giovanni-di-moriani-mamilio/
(chapelle San Mamilianu: photo de Claudine Levie et Philippe Deltour pour le site corse-romane)
Les deux premières chapelles latérales proches du choeur sont dédiées à la Nativité et aux Âmes du Purgatoire:
La Nativité n'est pas souvent représentée dans nos églises: celle-ci me réjouit par sa naïveté vigoureuse. Le petit Jésus pose tel un bébé Cadum sous le regard adorant de Marie et de Joseph, des bergères fondues de tendresse, des anges, de l'âne et du boeuf ... Au premier plan, les offrandes témoins d'une vie rurale: les oeufs, les pigeons, la poule, l'agneau aux pattes liées (un thème de la Passion: l'Agnus Dei)- Marie tient le lange comme une préfiguration du linceul où reposera le Christ après sa mort ... Naïf, oui, mais tout est dit.
En face de la Nativité, l'autel des Âmes du Purgatoire. Là aussi beaucoup de naïveté, mais l'on y enseigne d'un pinceau certes sommaire l'essentiel: le Purgatoire, ça brûle comme en enfer, mais on est appelé à en sortir - un ange attrape le bras d'une dame en fin de purgation, son âme passée au feu est redevenue pure, débarrassée des scories du péché, allégée elle va pouvoir enfin retrouver face à face Dieu (la Trinité), grâce à l'intercession de la Vierge Marie et de Saint Jean. Les autres prient, supplient, attendent , espèrent ...
L' église San Giovanni abrite de nombreuses oeuvres des Raffali, ces merveilleux stucateurs de Piedicroce d'Orezza : anges, rinceaux, marguerites ... accompagnent avec liberté et fantaisie les messages délivrés.
la belle chaire de prêche baroque, signée et datée: Giovanni Raffali 1736
la chapelle de l'Annonciationet son autel retable d'Ignaziu Saverio Raffali, 1764
Le retable met en scène l'Annonciation (dernier quart du XVII° siècle)
au sommet, les anges décontractés chevauchent les marguerites, signature des Raffali. Dans le médaillon central, la colombe de l'Esprit Saint souligne le thème de l'Annonciation.
enfin, sur la cuve de l'autel, I.S. Raffali évoque la scène de la Nativité : suite logique de l'Annonciation ...
En face , la chapelle du Rosaire
Elle abrite une belle toile du Rosaire de 1700, de Giuseppe Maria Casalta, (actif à Prunelli di Casacconi entre 1687 et 1713)
environnée d'un bien joli poème de stucs où le trompe-l'oeïl joue avec l'architecture.
insouciance joyeuse de ses anges vêtus de robes délicates
ici l'ange au rosaire protège une tour génoise et son gardien
Dans la voûte, Jésus veille sur le monde et le rachète par sa Passion
sur les deux côtés de l'autel, l'artiste s'est amusé à figurer des burettes
Au centre de la cuve de l'autel, cette représentation énigmatique: entourant le globe une sorte de rose des vents et deux visages; celui d'en haut, juvénile et priant, les yeux clos; celui d'en bas, un religieux (le dominicain Alain de La Roche, fondateur des confréries du Rosaire et ardent diffuseur de la dévotion du chapelet au XV° siècle?) les yeux levés vers le ciel . En y regardant de plus près, je vois un chapelet qui passe d'une bouche à l'autre: c'est la prière du Rosaire qui tourne et bruisse inlassablement autour du monde, jour et nuit, par tous les temps et sur tous les continents.
(la 13ème station)
Parmi toutes ces oeuvres , je signale la très belle série des tableautins du chemin de croix peint par Saverio Farinole ( actif entre 1728 et 1760)
Enfin, cette "Madonna della Ghiara" entre Sainte Agathe et Saint Felix de Cantalice, cadeau de l'Impératrice Eugénie à la Comtesse Cervoni (XVIII°s.)
Et un grand merci à notre jeune Manon, la fille de Pascale et Gilles, venue de Cervione nous faire le cadeau amical de sa belle voix en cette fin de matinée!
Matinée couronnée par un bon apéritif offert par les Amis du Musée de Bastia et suivi d'un pic-nique bien convivial!
Et, bien sûr, remerciements perpétuels à notre ami Michel-Edouard Nigaglioni pour la documentation dont il n'est jamais avare!
(à suivre pour la prochaine note sur la deuxième partie de cette journée !)
15:53 Publié dans anges musiciens, balades en Corse | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : san nicolau di moriani, san giovanni di moriani, giovanni raffali, ignazio saverio raffali, giuseppe casalta, saverio farinole, costa verde | Facebook |
01/01/2016
les anges musiciens le disent à ceux qui les écoutent: voeux pour 2016
2016 sera ce que nous en ferons:
les anges musiciens le disent
à ceux qui les écoutent
les anges musiciens des volets d'orgue de Carcheto
ou à Tocchisu, les anges musiciens peints par Francesco Carli:
des anges villageois
à l'adresse de mes amis violoneux et violonistes de tous crins,
admirez comme mon ange sans se lasser violone,
violone à l' usu anticu! ...
en l'honneur de l'Immaculée Conception:
les quatre anges musiciens au violon, à la harpe, à la cetera, au hautbois
Merci à l'ami Michel Edouard Nigaglioni !
Les voici à Monte, toujours saisis par Carli:
l'ange violoneux.
Tiens, celui-là, je lui trouve un petit air de famille avec l'ami Bernardu!
et son ami le harpiste
autour de l'Immaculée Conception de Monte
A Valle d'Orezza, peints par Ignazio Saverio Raffalli au-dessus du choeur,
les anges musiciens de la confrérie :
l'ange à la cetera
et l'ange au violon
A Quenza, la prédelle (peinture sur bois) des anges musiciens autour du Père éternel:
Quenza, l'ange au cornet
Quenza, l'ange à la cornemuse
Quenza, l'ange à la sacqueboute
Quenza, l'ange au fifre et au tambourin
A Valle d'Orezza, peint par Giacomo Grandi,
un élégant quatuor céleste accompagne l'apothéose de Saint Charles Borromée
les anges musiciens de Monacia :
l'ange au violon
l'ange à la trompette
et son collègue bucinateur
l'ange à la cetera
A Rappale, entourant de leur verve joyeuse la Vierge à l'Enfant,
les anges musiciens de Raffali: une musique fleurie!
A San Tumasgiu di Pastureccia, l'ange au luth
et son compagnon, l'ange au cornet
musiquent pour l'éternité dans la Jérusalem céleste
autour du Christ Pantocrator
et nos anges des orgues perchés sur leur corniche
comme ici à Costa,
ne cessent de l'appeler de leur musique céleste :
la paix dans le monde pour les hommes de bonne volonté
19:14 Publié dans anges musiciens, voeux | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tox, valle d'orezza, monte, costa, quenza | Facebook |
07/03/2011
La petite musique céleste de Monacia d'Orezza
MONACIA D'OREZZA,
A MUNACIA D'OREZZA
Pieve d'Orezza, Diocèse d'Aleria.
en route pour Monacia d'Orezza (le 6/3 /2011) ...
La route est bien dégagée, mais encore beaucoup de neige sur cette montée de Morosaglia
A Monacia, Monsieur Joseph Fantini nous accueille avec beaucoup de gentillesse dans ce qui fut l'une des communautés les plus importantes de la pieve d'Orezza:
" La paroisse de Monacia avait deux paroisses annexes: Parata (et les deux anciennes paroisses qui lui sont unies, Poggiale et Piazzole) et Valle d'Orezza " (cf François Casta: Paroisses et communes de France, Corse, CNRS Editions, 1993)
Monsieur Fantini nous explique que la grande église paroissiale qui se dressait face à celle-ci s'est écroulée sous le poids de 4 mètres de neige (!) dans les années 1930 et qu'elle a été rasée dans les années 1970. Elle était dédiée à San Mamiliano, et portait le titre d'archidiaconat d'Aléria. On ne peut que regretter sa ruine: Monseigneur Mascardi, en 1589, dit que son abside était peinte ...
Nous entrons dans ce qui fut la confrérie San Carlu de cette communauté et qui est devenu depuis, par la force des choses , l'église paroissiale. Dans le choeur, cette merveille de décor peint par Giacomo GRANDI au XVIII°s (note corrigée avec la complicité de M.E. Nigaglioni)
avec là-haut, au fond, trônant avec majesté
cette belle tribune d'orgue en trompe-l'oeïl, en partie cachée par une peinture en très mauvais état de saint Mamiliano, probablement récupérée de l'église détruite. Ce qui nous prouve bien l'intérêt porté par ces communautés du XVIII° à l'orgue, l'instrument noble de la musique religieuse au côté du chant - j'espère avoir l'occasion de refaire une photo de cet ensemble: à cette époque et dans cette région, Giacomo GRANDI pouvait s'inspirer des orgues construits pour les couvents de la région: couvent d'Orezza (serait-ce celui qui a été récupéré par Carcheto?), de Casabianca (déplacé, selon toute probabilité, à La Porta), de Valle d'Alesani ...
En exemple, l'orgue Lazari (1750) du Couvent d'Alesani, encore en place dans l'église conventuelle: fait suffisamment rare pour être souligné (c'est que la Révolution française est passée par là, détruisant ou, au mieux, déplaçant les orgues des couvents)
Quant à la musique en général, on dit qu'elle adoucit les moeurs et certes nous emmène au paradis. Ici, dans la voûte du choeur, le grand saint Charles Borromée, San Carlu Borromeu, est ravi au ciel par la musique céleste de quatre anges musiciens:
un ange joueur de cetera,
un ange bucinateur
et son collègue
un ange violoniste
Tandis que, de part et d'autre de l'autel
prient deux confrères ...
Nous souhaitons ardemment que cette communauté désormais peu nombreuse trouvera le moyen de sauver et de restaurer ce patrimoine: l'édifice lui-même, puis le beau témoignage de ce décor peint par G. Grandi, auteur entre autres, du médaillon de Sainte Marguerite à Carcheto dans la voûte de l'église :
Je rappelle donc - et merci encore à l'historien de l'art Michel-Edouard Nigaglioni pour son accompagnement amical et sans faille! :
Giacomo GRANDI, peintre originaire de Milan, a choisi de vivre en Corse où l'on suit sa riche production picturale de 1742 à 1772. Après avoir vécu en Balagne dans le village de Monticello où il s'était marié, il se remarie en 1758 après le décès de sa première épouse avec une jeune fille de Quercitello , village qui surplombe La Porta, en Castagniccia, et y vit de nombreuses années avant de s'éteindre (1772) à Borgo où il est enterré.
Quant au thème des anges musiciens, on le retrouve illustré non loin de là:
à la confrérie de Valle d'Orezza: ici les anges musiciens, version cette fois RAFFALLI ...
Quant à San Mamilianu ... est-ce le bout de la queue du dragon qu'il occit avec un bâton au sommet de l'île de Giglio et qui frétille encore au bas de cette toile mal en point? Evêque de Palerme, déporté en Afrique par Genséric, roi des Vandales au V° s., échappé avec ses compagnons et réfugié sur l'île de Monte Cristo où il vécut en ermite ... Voir le chapitre qui lui est consacré par Geneviève Moracchini-Mazel dans"Corsica Sacra", p. 87.
09:37 Publié dans anges musiciens, corse, décors monumentaux en Corse, Musique, orgues historiques, restauration du patrimoine | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : monacia d'orezza, san mamilianu, san carlu, stucateurs raffali, anges musiciens, valle d'orezza, corsica sacra | Facebook |