Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

19/02/2017

à la mémoire de Marcel

"Qui sont-elles donc
dans leur dédain des choses et des noms ?
Si quelqu’un parvenait
à une brève description des fleurs d’amandier,
la brume se rétracterait des collines
et un peuple dirait à l’unisson :
Les voici,
les paroles de notre hymne national !"

MAHMOUD DARWICH

DSC_7578 copie.jpg

Ces fleurs d'amandier du jardin de Gaspard

où s'enivrent les abeilles de Clément

DSC_7580 copie.jpg

j'en fais aujourd'hui une brassée de lumière odorante

pour en ondoyer la mémoire de mon grand-père Marcel,

tué le 19 février 1915 dans la bataille de Perthes-les-Hurlus,

cet inconnu découvert, apprivoisé tout au long de ses lettres,

retrouvant chair, visage, os, nerfs, âme, au fil des mots tracés au crayon comme autant de chemins de vie minuscules et tenaces :

86 -1- 17 février 1915.jpg

86 - 2- 17 février 1915.jpg

La dernière de ses quelques 80 lettres écrites par Marcel à ma grand-mère entre le début août 1914 et le 17 février 1915 et dont je viens d'achever la lecture et la copie.

"On ne fait pas d'omelette sans casser d'oeufs" dit-il la veille de sa mort ...

Je ne sais si l'omelette absurde fut bonne, mais je sais malheureusement que l'on ne cesse d'en améliorer les recettes amères.

Pour lui, donc, la floraison douce-amère de nos amandiers

DSC_7570 copie.jpg

DSC_7571 copie.jpg

DSC_7576 copie.jpg

entrelacs fervents

conjoints fragiles

le blanc et le noir étincellent d'une tendresse d'éden

quelques jours encore

 ( que le vent mauvais ne se lève et l'orage et la grêle! )

et bientôt au sol bientôt oubliées

comme lettres éparses d'un temps révolu

les fleurs fugaces et leurs promesses de fruit

Fiche de Marcel.jpg

Marcel Lebaillif copy.jpg

 

 

11/11/2013

11 novembre: à la mémoire de tous les poilus et du grand-père Marcel

 le 11 novembre,

la mémoire de la grande Guerre de 1914- 1918

sur les monuments aux morts de la Corse

Occhiatana gisant copie.jpg

(Occhiatana, le monument aux morts de Damasu Maestracci)

On le sait, des monuments aux morts incroyablement

chargés de noms ...

à retrouver sur ce site formidable en gestation:


Monuments aux Morts Corses 14-18

monuments-morts-corses.fr/
 
ainsi que le livre de Georges Ravis-Giordani:
 
" Du deuil à la mémoire: les monuments aux morts de la Corse
(Guerre 1914-1918)"
de Georges Ravis-Giordani, Jean-Paul Pellegrinetti,
photographies de Beate Kiehne,
Editions Albiana
 

 


Afin que nul n'oublie, d'où qu'il vienne...

 

grand-père Marcel copie.jpg

Nous avons tous, dans chaque famille, perdu l'un des nôtres dans

cette tragique boucherie: ici notre grand-père Sarthois Marcel,

mort le 19 février 1915 en Champagne dans la terrible bataille

de Perthes-les Hurlus:

600 hommes de son 124° régiment d'infanterie perdent la vie au cours

de ces jours dont plus de cent le 19 février .

citation.jpg

Une bien pauvre consolation , ce laconique communiqué:


la petite Madeleine n'avait que 9 mois. Marcel, partant à la guerre

en août 1914 -comme le plus grand nombre, la fleur au fusil- ,

écrivait quasiment chaque jour à Berthe, sa jeune épouse,

lui donnant au passage des conseils pour gérer la ferme familiale

et bien persuadé que cette guerre serait vite gagnée,

qu'on repousserait rapidement ces "cochons de Boches" à l'intérieur

de leurs frontières et qu'il serait bientôt de retour pour les travaux

de la ferme.

Au fil des lettres, bien vite l'horreur surgit, le doute ("mais on ne

nous dit pas tout"), l'inquiétude aussi de ne pas recevoir assez

de courrier de la maisonnée ...

Cet homme de la campagne avait reçu une bonne instruction,

il détenait son Brevet Supérieur: sa belle écriture aisée court serrée

sans aucune rature ni faute d'orthographe  sur ces feuillets pliés

en quatre, pieusement conservés dans une modeste boîte de bonbons.

Sept mois de lettres. Ecrire pour survivre.

 

Longtemps, avant la découverte récente de ces lettres,

mon grand-père maternel fut pour moi une image désincarnée,

une histoire familiale qui avait fait de ma mère une pupille

de la Nation: ce « mort à la guerre » avait donné à ma grand-mère

devenue veuve un nouveau statut. Ma mère répétait à l’envie

qu’à cette époque les femmes étaient devenues des maîtresses,

non seulement chefs de famille, mais aussi, dans le cadre de

cette vie rurale, chef d’entreprise si l’on peut dire.

 

Pour moi, l’ouverture de la petit sépulture en fer-blanc des lettres

a redonné chair et cohérence à  ce grand-père éparpillé, réduit en

bouillie, l’a exhumé de cet anonymat sanglant partagé par ces

milliers de jeunes victimes de l’absurdité de la grande Guerre.


Et l’on peut continuer de dire si l’on  veut « mort pour la France »,

« mort sur le champ d’honneur": il importe surtout de ne jamais

oublier qu'avant d'être de la chair à canons ce furent des hommes.

,

Les restes inidentifiables de "mon" Marcel reposent sans doute

dans l'un des ossuaires de la nécropole de la Crouée,

à Souain-Perthes-les Hurlus, en compagnie de milliers d'autres

soldats français morts dans ce secteur de Champagne:


- sur une superficie de 60.384 m2, 30.734 sépultures,

dont seulement 9.050 identifiées - 

21.688 soldats reposent dans 8 ossuaires ...


Signalons que le cimetière allemand du même lieu accueille

13.786 soldats allemands ...


Occhiatana Poilu copie.jpg

(le poilu d'Occhiatana)

Enfin, j'ajoute que Marcel avait un frère, Louis, "tué à l'ennemi" aussi

dès le 26 septembre1914 sur un autre champ de bataille de cette

maudite guerre.

Une histoire banale, en somme, dont est mort de chagrin mon arrière-

grand-père.

 

perthes-les-hurlus,les poilus,guerre de 191461918

(sur la place de l'église, le monument aux morts de Souligné)