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11/04/2017

a Schjudazione di Munticellu

VENDREDI 14 AVRIL 2017,

Célébration de "A SCHJUDAZIONE di MUNTICELLU", 

ce vendredi à 15h dans l'oratoire de confrérie San Carlu,

pour la troisième année consécutive:

je réédite cette note de l'année dernière

La Schjudazione sera suivie de la procession dans le village avec le Christ, puis de la Granitula, et enfin de l'adoration de la Croix.

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Ce Vendredi Saint 25 Mars 2016

Monticello renouait pour la deuxième année consécutive avec la poignante célébration de la Schjudazione, le "Déclouement", ou Déposition du Christ et sa mise au tombeau.

le Christ dans son catalettu copie.jpg

Tout est parti de l'engagement de la confrérie nouvellement reconstituée de San Carlu et de la restauration par Renato BOI du grand Christ aux bras articulés (une sculpture anonyme en bois polychrome du XVII°s., à taille humaine).

Replacé dans son cataletu, il aurait pu rester un bel objet du patrimoine de Monticello, sommeillant à nouveau dans la quasi indifférence générale, et n'être que présenté de temps en temps à la curiosité des visiteurs, lors des Journées du Patrimoine par exemple, comme tant d'objets proposés par la muséographie, et dépouillé de son rôle premier: acteur dramatique de la vie communautaire du village. Ce qu'il était encore il y a quatre-vingts ans.

En l'absence de documents plus explicites, essayons d'évoquer le contexte de l'apparition de ce Christ. A la fin du XVII° siècle, la grande Casazza San Carlu est déjà construite: l'abbé Antoine Orticoni, le célèbre chroniqueur et généalogiste de Monticello au début du XIX° siècle, "pense que l'église Saint-Charles a été construite avec les pierres provenant des anciennes fortifications de Monticello et de la porte de Borgo dont on a pris le seuil supérieur pour en faire le linteau de la porte principale (...)"*  et évoque une date , 1697, qu'il aurait lue au-dessus du magnifique maître-autel baroque, et qui pourrait bien être celle de l'élégant décor stuqué du dit autel. Il faut rappeler qu'au cours du XVI° siècle Monticello, village côtier, fut victime de terribles incursions barbaresques à répétitions:

- en 1530, par les Turcs

- en 1539,  par le terrible amiral ottoman Dragut (Darghout, le "dragon") qui capture des habitants et détruit une partie des habitations...

- en 1541, les turcs "revisitent" Monticello...

- en 1549, Dragut (fait prisonnier par le neveu d'Andrea Doria et libéré en 1544 contre rançon après un assez bref passage sur les galères  ...) sévit à nouveau ...

- "en 1584, mise à sac de Monticello par le Roi d'Alger qui brûle l'église, les maisons et les tours. 300 des 400 habitants du village sont emmenés en esclavage."*

A la fin du XVI° siècle, le village parvient à se doter d'une meilleure défense par l'édification de tours et de fortifications plus efficaces, et se reconstruit : les églises de San Bastianu et San Carlu s'inscrivent quelque temps plus tard dans cet effort de reconstruction.

*(Vingt chapitres de l'histoire de Monticello, publié par l'Association d'études Historiques et Généalogiques de Monticello, chez Albiana)

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le beau maître-autel de San Carlu: équilibre de l'architecture, sobre élégance des stucs, nous sommes bien au XVII° siècle ...

et notre ami Jacques Martelli, le Prieur de la Confrérie, présentant la Schjudazione, ce Vendredi 25 mars 2016.

La date et les circonstances précises de l'arrivée du grand Christ aux bras articulés dans la Casazza reste un mystère: la seule indication qui le mentionne est fort tardive, puisqu'on apprend dans un registre de la confrérie que le 5 Août 1849, le peintre Luiggi Brunetti le "remet en état", Brunetti qui réalise également le chemin de croix de la Casazza. Il faut comprendre la fragilité d'un tel patrimoine, soumis chaque année lors de la Passion à des manipulations délicates, en particulier au niveau de l'attache des bras, mis en croix, puis décloué, transporté en procession, et enfin replacé dans son "sepolcru" sous l'autel de St Antoine de Padoue ...

Je ne peux qu'imaginer, quelle que soit la date exacte de sa venue, l'intense émotion qu'a dû provoquer chez les villageois d'autrefois cette première mise en scène dramatique du Vendredi Saint, lorsque, à la lumière des cierges et dans la tension lancinante des chants:

"Vi prego, o Gesù buono,

Per la vostra Passion darci il perdono",

dressé et cloué sur sa haute croix devant l'autel, le Christ prend chacun à témoin de sa Passion, empoignant, unifiant dans une même ferveur exacerbée confrères et fidèles; puis, "Tuttu hè compiu " - "tout est consommé",

" Il sol s'oscura e infin la terra il sen disserra pel gran dolor. Morti è il Signor. O peccatore: se non piangi, sei senza cuor",

et après le vacarme des Ghjocche des Ténèbres,   peu à peu, le grand corps décloué, lentement descendu, déposé, inerte,  aux pieds de la Vierge: si tu ne pleures pas, tu n'as vraiment pas de coeur!

Quant à nous autres, gens du XXI° siècle, à chaque instant submergés d'images, de sons, d'informations en tous genres, et qui vivons, si nous le souhaitons -  avec quel appétit délétère! et sans le secours du symbole- , la mort crue en direct par ondes interposées, quel effort devrons faire pour nous purger un instant de cette intrusion permanente qui ramollit nos émotions les plus légitimes, et pour retrouver un vestige même affaibli de cette Passion théâtralisée, telle que devaient la vivre dans toute son intensité nos villageois des XVII°, XVIII°, XIX° et du début XX° siècle ...

Un rituel dramatique et spectaculaire qui réunissait, unifiait, une fois par an, jeunes et vieux, petites gens et notables, catalysait les compassions les plus profondes et les plus archaïques autour du Christ souffrant et de sa Mère,  faisant de la mort du Christ un deuil familial et communautaire.

Un rituel certes bien ancré dans le militantisme catholique post-tridentin, exaltant la figure douloureuse du Christ, et dont on retrouve l'esprit dans le développement des chemins de croix prêchés en Corse lors de la mission en 1744 de San Leonardo da Porto Maurizio.

Plus laborieusement viendra le travail de l'Eglise pour inculquer aux fidèles la transsubstantiation (la conversion du pain et du vin en Corps et Sang  du Christ  lors de l'Eucharistie ), la dévotion eucharistique qui doit aussi habiter les sepolcri de la Semaine Sainte : double reposoir du Christ mort et de l'eucharistie, concrétisée par ces petits tabernacles où l'on transportait les hosties consacrées à la messe du Jeudi Saint pour communier le lendemain à l'office du vendredi saint, puisque le vendredi l'on ne célèbre pas une messe, mais la croix et une liturgie de la parole. "Chapelle du saint Sacrement", "chapelle du sépulcre", "reposoir" ... mais chapelle ardente où veiller le Christ!

Ficaghja détail autel sepolcru.jpg

 Double dévotion, comme on peut le voir ici, au fond du grand  sepolcru de Ficaghja (peint par Francesco Carli autour de 1760): en antependium, la Déploration de la Vierge tenant son Fils mort sur les genoux; au-dessus, un petit autel dressé supportant un modeste tabernacle de bois qui recevait les hosties consacrées le Jeudi; et la croix où pend le Bindellu, comme une dernière présence en creux du Christ.

détail sepolcru Frassu.jpg

Le petit sepolcru anonyme de Frassu évoque la même double dévotion en haut, les "Arma Christi", c'est-à-dire les symboles des instruments de la Passion, et en-dessous, deux anges veillant sur un calice symbolisant le saint Sacrement...   Plutôt qu'une double dévotion, il faut plutôt parler d'un enseignement total.

***

Revenons à Monticello: s'il a existé, le tabernacle du Jeudi Saint n'est plus présent. Ici, comme souvent en Corse, la religiosité se reconnait davantage dans la méditation naturelle et très humaine sur le corps souffrant du Christ et la douleur de sa Mère, plus que dans la dévotion conceptuelle de l'eucharistie.

  Malgré l'acculturation  de notre époque, malgré l'affaiblissement de la conscience communautaire aggravé par l'anarchie des politiques immobilières, le relâchement de la trame sociale, grâce au travail de la Confrérie San Carlu reconstituée ces dernières années, a resurgi la nécessité pour quelques-uns de se réapproprier un patrimoine rituel, de réinvestir le champ du sacré et, à travers la renaissance de la Schjudazione,  d'en faire un point d'ancrage pour tous ceux qui viennent partager ce moment comme on partage un rite funéraire autour d'un proche. Assez diversement, simplement, assez fortement ...

Voici quelques images qui illustrent ce travail. Les confrères et les femmes de Jérusalem entourent le Christ, Marie, Marie-Madeleine et Jean, les accompagnent par la lecture du récit de la Passion, les méditations, les bercent de leurs chants:  l'émotion est au rendez-vous.

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l'entrée des confrères: "Miserere mei Deus ..."

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de part et d'autre de la croix, les lecteurs et les chanteurs, entre Evangile et chants:

"l'Orme sanguigne del mio Signore tutto dolore seguiterò

E'I cuore intanto per gli occhi in pianto sopra il Calvario distillerò" ...

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"ma unu di i suldati li dede una lanciata à u latu è subitu zirlonu sangue è acqua"

(Evangile selon St Jean)

 

 

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Joseph d'Arimathie et Nicomède installent les échelles

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"Cacciate a curuna di spine!"

"Prinsitate a curuna di spine!"

"Perdono, mio Dio

Mio Dio, perdono

Perdono, mio Dio

Perdono e pietà!"

P3251962 détail blog.jpg

"Cacciate u primu chjodu! Prisintate u primu chjodu!"

Présentation du premier clou ...

Et Lamentation de la Vierge:

Il Pianto della Madonna chanté par les femmes de Jérusalem:

"Caro fiflio, ahimè qual sorte!

Sei trafitto e tutto esangue,

Fu spitato più d'un angue

Chi Ti diè si cruda morte."

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Le Christ est lentement descendu, soutenu par le Bindellu

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"Stabat Mater dolorosa

Juxta crucem lacrimosa

dum pendebas Filius"

 

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Pianto della Madonna ...

Les femmes de Jérusalem entourent le Christ déposé dans son linceul et Marie

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Le Christ est descendu au fond de l'oratoire puis remonté vers le Sépulcre:

"O Gesù, Figlio del Dio vivente, abbi pietà di noi"

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"Cristo pane vivo disceso dal cielo

Per la salvezza del mondo

Abbi pietà di noi"

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Le Christ est replacé dans son Sepolcru ...

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... la procession dans le village peut commencer ...

"Evviva la croce, la croce evviva

Evviva la croce e chi la portò"

 

 

 

 

 

10/04/2017

Jeudi 13 avril, découverte de l'église d'Omessa, Santa Lucia di Mercurio et Castellare di Mercurio

Jeudi 13 Avril : comme chaque année l’Association Saladini propose un parcours où s'illustrera entre autres le thème de la Semaine Sainte.

Cette année nous circulerons dans les antiques Pieve de Talcini et de Mercurio.

 

Rendez-vous à 9h sur le parking du super-U de Ponte-Leccia.

Le matin sera consacré à l’église Sant’Andria d’Omessa, récemment restaurée et où la restauratrice Ewa Poli a découvert fortuitement en décembre 2014 et dégagé une fresque magnifique du XV° siècle  - voir la note:

les énigmes de la fresque d'Omessa : ELIZABETH PARDON

elizabethpardon.hautetfort.com/archive/2015/02/.../le-mystere-d-omessa-5556050.ht...
 
15 févr. 2015 - Les énigmes de la fresque découvertes en novembre 2014 dans l'église Sant' Andriad'Omessa Pieve de Talcini ( dernière visite le..

Omessa fresque st Martin.jpg

(la charité de Saint Martin et l'énigmatique jeune mendiant aux pattes d'oiseaux)

 puis à l’église de Santa Lucia di Mercurio, où l’on pourra admirer un grand sepolcru  peint au XVIII° siècle  par Francesco Carli : une occasion exceptionnelle de découvrir ce bel ensemble monumental dédié à la dévotion de la Semaine Sainte et monté pour cette journée grâce à l’implication bienveillante du maire de ce village, M. Parigi.

     panneau inférieur.jpg

 (élément du sepolcru de Francesco Carli, à Santa Lucia di Mercurio)

Voir la note:

http://elizabethpardon.hautetfort.com/archive/2011/06/14/santa-lucia-di-mercurio.html

Puis pique-nique tiré du sac du côté de la chapelle romane San Lorenzu de Tralunca.

chapelle san Lorenzo de Tralonca.jpg

L’après-midi sera consacrée au village de Castellare di Mercurio où l’on découvrira la charmante église San Pietru et où l’on pourra encore voir un petit sepolcru peint au XIX° siècle par une artiste du village, Angèle Parigi. 

 

 Cette région, comme une partie de la Castagniccia, a souffert des intempéries de cet hiver: routes coupées, éboulements ... forçant les utilisateurs de ces petites départementales à quelques détours ...

 

Renseignements au 06 17 94 70 72

 

En annexe,  sur la découverte de la fresque d'Omessa:

france3-regions.francetvinfo.fr/corse/haute-corse/une-fresque-exceptionnelle-decouverte-dans-l-eglise-d-omessa-618600.html

 

 

 

 

23/03/2017

tr: soirée Feydeau  à Algajola

Je partage bien volontiers ce message de l'amie Marie-Elise:


 


 


 




> B‌onjour  à tous ..
> Veuillez transmettre au plus grand nombre l'affiche en pj ..
> Merci beaucoup  !!
> Bises  à tous et  à prestu !!!
> M.Elise
>
>
>










marieelisabeth luiggi a partagé 1 fichier avec vous sur SFR Cloud
> Voir le fichier

21/03/2017

actualité

Merci à Michel Colin de ce bon partage!


toujours et encore actuel
 

 

14/03/2017

L'oratoire Santa Croce de Poghju d'Oletta

La confrérie Santa Croce de Poghju d'Oletta

Piève de Rosolo, diocèse du Nebbio

 

 

Ce que j'ai vu ... 

en compagnie de Monsieur Antoine Vincenti , maire de Poghju  (que je remercie ici chaleureusement pour son accueil et son engagement!) et de Christian Andreani, venu ici en ami, voisin ... et fervent défenseur du patrimoine.

 

façade de la confrérie copie.jpg

(la façade de l'oratoire Santa Croce, ce samedi 25 février dernier)

A Poghju d'Oletta,  sous le hameau d' Olivacce, 

à côté de l'église paroissiale San Cervone,

avec ces deux belles photos de Christian Andreani, empruntées

à la notice sur Pioghju d'Oletta pour la

Médiathèque Culturelle de la Corse et des Corses,

Inventaire préliminaire du patrimoine de la Corse (bâti) sur la base de territoires pertinents (micro-régions de la Corse),

à retrouver ici: http://m3c.univ-corse.fr/omeka/items/show/1096672

poghju d'oletta,confrérie santa croce,nebbiu,trône de grâce,stucco lucido

(photo Christian Andreani)

la confrérie Santa Croce vue d'en haut

poghju d'oletta,confrérie santa croce,nebbiu,trône de grâce,stucco lucido

(photo Christain Andreani)

et du côté de la place du Monument aux Morts 

poghju d'oletta,confrérie santa croce,nebbiu,trône de grâce,stucco lucido

 

 la très belle confrérie Santa Croce, construite sur un plan en croix latine,  offre aujourd'hui un visage quelque peu délabré par des décennies d'abandon. Depuis peu classée Monument Historique par la volonté de la Municipalité, on ne peut qu'espérer sa restauration: voici un joyau rural bien remarquable parmi tous les oratoires des confréries en Corse. 

carte des confréries sta croce.PNG

 

 

   « La Passion du Seigneur est très en honneur, signe évident des origines franciscaines des confréries en ce pays. Les plus vénérables, eu égard à leur ancienneté, sont érigées sous le titre de Santa Croce, puis Santissimo Crocifisso et Cinque Piaghe di Nostro Signore. Pour l'ensemble de la Corse (271 paroisses), environ 200 confréries sont dûment authentifiées et plus de 125 répondaient au titre de Santa Croce . »

 

François J.Casta- Christianisme et Société en Corse - Études d'histoire et d'anthropologie religieuses (1969-1996)

 

 

 

 

On lira également avec profit cet article sur "PAROISSES, CONFRERIES ET DEVOTIONS DE CORSE A L'EPREUVE DE LA REVOLUTION FRANÇAISE de F.J. Casta:

http://provence-historique.mmsh.univ-aix.fr/Pdf/PH-1989-39-156_13.pdf

 

Revenons à Poghju d'Oletta.

La chapelle Santa Croce aurait été construite en 1666.

 D'emblée, elle surprend par la sobre harmonie de sa façade, même fatiguée: animée de pilastres, de niches, avec sa fenêtre ouvragée, l'entablement habité par les anges, son fronton levé vers le ciel ... tout un discours baroque parfaitement maîtrisé et où règne le stuc.

Une confrérie Sainte Croix placée sous la protection des anges ...

 façade 1° ange de gauche.jpg

(façade, le premier ange de gauche couronnant un pilastre)

" Vous avez préparé pour l'homme le ministère même des Anges"

(Imitation de Jésus-Christ)

façade 2° ange de gauche.jpg

(façade, le deuxième ange de gauche)

façade ange droite détail.jpg

(façade, le premier ange de droite)

façade 2° ange droite détail.jpg

(façade, le deuxième ange de droite)

médaillon cental façade détail.jpg

 au centre, au-dessus de la porte, couché dans sa niche,

innocent comme l'enfance,

mais gravement blessé par une lézarde

ce petit personnage nous invite à entrer .

Entrons!

La confrérie a longtemps servi d'entrepôt mais aujourd'hui on a commencé à la débarrasser et ce que l'on découvre est admirable:

Poghju ensemble du maître-autel.jpg

 Au fond du chœur, daté de 1749, encadré par deux niches, l'ensemble du très beau maître-autel architecturé,  tout comme tout le décor des stucs qui ornent et scandent l'ensemble de l'oratoire, est attribuable à un stucateur contemporain d'Ignaziu Saveriu Raffali, et très proche de son style. Merci à Caroline Paoli :" ce stucateur a été très actif dans le Cap à cette période et on peut lui attribuer le décor et le maître-autel de l'église Saint Cosme et Damien de Farinole ou le décor de chœur et le maître-autel de l'église paroissiale d'Olcani, par exemple "

Nous n'avons, pour l'instant, repéré qu'une signature lisible dans cette confrérie, présente sur l'un des bancs  :

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Et merci à Monique Traeber-Fontana , présidente de la FAGEC : à retrouver l'article  publié dans le cahier CORSICA très intéressant et important n° 172-173-174-175 : L'ART BAROQUE EN CORSE, publié en 1997, cahier que vous pouvez acquérir, comme tous les autres Cahiers Corsica: 

FAGEC:

Adresse : San Bastiano, 20213 Castellare di Casinca
Téléphone : 04 95 38 34 19

 

qui l'avait photographié en 1997 : "opera fatta da Maestro Pocchoballi di Lugano", un enfant du Tessin, donc, l'un de ces nombreux Maestri Ticinesi, issus de cette région pauvre de la Suisse italienne (limitrophe de l'Italie) qui, fuyant la misère, exercèrent pendant des siècles leur art loin de leurs montagnes natales et diffusèrent en particulier l'art baroque à travers toute l'Europe, du Sud au Nord et de l'Ouest au fin fond de l'Est, jusqu'en Russie: maîtres stucateurs, sculpteurs, architectes, ingénieurs, ébénistes ...

Une histoire passionnante où se diffusera grâce à eux l'esthétique baroque qui va façonner les édifices les plus remarquables d'Europe,  et où l'on rencontrera parmi tant de visages illustres celui de l'immense Borromini ... à  retrouver dans ces articles:

Ingénieurs et architectes suisses à travers le monde - E-Periodica

www.e-periodica.ch/cntmng?pid=bts-002:1975:101::99
 
10 avr. 1975 - Ingénieurs et architectes suisses à travers le monde: dédié à la mémoire d'un très grand. Tessinois, l'Ambassadeur Agostino Soldati. 

https://dht.revues.org/878

Émigrer con gusto : les émigrés italiens et leur contribution à l’économie européenne aux xviie et xviiiesiècles

 

Pour l'instant on ne sait rien de ce Pocchoballi (ou Poccobelli) sinon qu'il appartient à une famille de Maestri Ticinesi connus depuis le XVI° siècle, et qu'il réalise ici ce mobilier de la confrérie, mettant son art au service d'une communauté rurale très pieuse : une oeuvre populaire témoignant d'un savoir-faire confirmé ...

bancs de confrérie.jpg

Pocchoballi réalise donc ces bancs élégants en 1750:

 date banc 1750 copie.jpg

 

 avec l'emblématique IHS (Jesus Hominum Salvator) , la croix et un cœur.

Mais revenons au maître-autel

 

ensemble haut maître autel.jpg

En haut du maître-autel, bien au centre,

 

une sorte de "Trône de grâce" composé de Dieu le Père, du Fils matérialisé par la croix rayonnante, et de la colombe du Saint Esprit. Le Père jaillit de son nuage les bras ouverts, accueillant la Passion de son Fils et montrant ainsi le chemin de la rédemption.

De chaque côté, car ici, tout se joue dans la symétrie, deux anges accompagnent le drame, le commentent et dialoguent à la façon du chœur dans la tragédie grecque . Dans cet art populaire, les gestes racontent.

l'ange au glaive.jpg

Chevauchant en amazone sa volute de stucs polychromes, l'ange de gauche brandit dans sa main droite un glaive et de son index gauche désigne à notre attention le drame qui se déroule sous lui.

l'ange de droite autel majeur.jpg

et l'ange de droite semble aussi nous prendre à témoin ...

Vierge des Douleurs encadrée.jpg

Le peintre milanais Giacomo Grandi ( actif en Corse dès 1742) a réalisé cette toile de dévotion pour les confrères de Santa Croce, encadrée par d'élégantes volutes et des colonnes torses.

 

La Vierge des Douleurs Grandi.jpg

La Vierge a reçu sur ses genoux le corps inerte de son Fils,

la poitrine transpercée par les sept glaives de la douleur. Soutenant la tête de Jésus de sa main droite, sa main gauche ouverte sur un muet lamentu, les yeux tournés vers le ciel, Marie souffre. A ses côtés, agenouillés, Marie-Madeleine et Jean. Cheveux dénoués, Marie-Madeleine baise la main du Crucifié, tandis que de l'autre côté , Jean, le nouveau fils de la Vierge, celui que Jésus aimait, pleure. Derrière eux Joseph d'Arimathie, une sainte femme affligée et un autre personnage. Enfin, la croix dressée, la Santa Croce objet de la dévotion de la confrérie porte encore le "bindellu" drapé sur le patibulum, taché de fleurs de sang . Les deux échelles qui ont servi au "déclouement" de Jésus ( la "Schjudazione") restent dressées sur un fond de ciel crépusculaire.

cuve maitre autel et tabernacle.jpg

 l'autel et son beau tabernacle "a tempietto" de bois peint,

porte tabernacle.jpg

sur lequel sont représentés d'un côté la Vierge et l'Enfant, de l'autre Saint Jean Baptiste et au centre Jésus tenant sa croix : de la blessure de son flanc jaillit le sang salvateur directement dans un calice ... Point n'est besoin de savoir lire les livres pour comprendre le message!

 le tabernacle blog.jpg

une représentation que l'on retrouve ailleurs,

comme ici sur le tabernacle de Santa Lucia di Mercurio

Vallica bannière Christ Giacomo Grandi copie.jpg

Ce même message est délivré sur la magnifique bannière de confrérie de Vallica (Ghjunsani), peinte par Giacomo Grandi.

Revenons à Poghju d'Oletta:

l'ensemble du décor du maître autel, cuve,  gradins,  colonnes torses... sont réalisés en stucco lucido, un art du stuc transmis depuis l'antiquité et exceptionnellement présent en Corse, ce que nous apprennent les recherches actuelles entreprises par le professeur Oskar Emmenegger et publiées en Juin 2016 dans son livre de 530 pages, intitulé "Historische Putztechniken", techniques de crépissage historiques, avec une vingtaine d'exemples corses de stucco lucido.
>> .

détail du maître autel.jpg

un décor de la cuve

détail latéral maître autel.jpg

un détail des stucs encadrant la toile: on remarquera le candélabre peint ...

voile de Véronique.jpg

et, au centre de la cuve, le visage du Christ imprimé sur le voile de Véronique.

décor contre-marche maîtreautel copie.jpg

Sur une contre-marche du maître autel, une inscription difficile à lire car très dégradée et mise en danger par des décennies d'incurie , mais où l'on peut lire une date: 1745 ou 49 ? et où l'on découvre ...

personnage contre-marche.jpg

... un petit personnage qui montre du doigt l'inscription :

 je veux croire que c'est l'autoportrait de l'artiste stucateur de cette confrérie  ... et sa signature, difficilement interprétable:

A(ntoni)°  R(...)°  S(...)i  F(eci)t  1749

 

Mais il n'était pas seul, semble-t-il, car sur une photo prise par Monique T. Fontana en 1997 de cette contre-marche, l'on aperçoit tout un décor aujourd'hui disparu avec  une autre date : 1742

poghju d'oletta,confrérie santa croce,nebbiu,trône de grâce,stucco lucido

et un second petit personnage doté d'un profil étonnant!

poghju d'oletta,confrérie santa croce,nebbiu,trône de grâce,stucco lucido

Ils étaient donc deux? Peut-être finirons-nous par trouver le nom des stucateurs qui travaillèrent à Santa Croce dans l'un des livres de confréries en activité à cette époque ?

 Il s'agit pour les confrères disciplinati de se mettre à l'unisson de la Passion, de l'avoir constamment sous les yeux pour la vivre pour tenter de se réformer,  et " devenir comme le miroir de la vie évangélique en société" (F. Casta, ibidem). 

Car tout ici parle de la Passion :

décors et pilastres copie.jpg

Tout autour de la confrérie, sous la frise colorée et ornant le sommet des pilastres, des petits anges exposent les "arma Christi", les instruments de la Passion ...

 

ange à la colonne.jpg

l'ange à la colonne de la flagellation et la lance

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l'ange à la sentence, à la main (la gifle) et au coq

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l'ange à l'échelle, au fouet et à l'éponge

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l'ange au marteau

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l'ange à la tenaille

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l'ange pleurant

ange à la croix.jpg

l'ange à la croix : il me semble que l'ange fissuré de la façade devait lui aussi tenir une croix

croix de la Passion.jpg

La croix de la Passion (avec les arma Christi)

Poghju d'Oletta crucifix copie.jpg

un crucifix qui mériterait, lui aussi, quelques soins ...

 

Deux autels latéraux complètent la dévotion de l'oratoire:

autel St Michel.jpg

à droite, sous un oculus orné de rinceaux (aujourd'hui bouché), fissuré,

l'autel dédié à Saint Michel, 

ange féminin.jpg

entouré d'un couple d'anges cariatides, dont "celle"-là, qui a pris soin de protéger sa tête comme une femme corse portant une lourde charge sur sa tête ...

St Michel Giacomo Grandi copie.jpg

un magnifique Saint Michel , peint , là encore, par Giacomo Grandi:

cuirasse et jambières élégantes, jupette ornée d'oranges,  casque précieux et empanaché, visage rose et tranquille, brandissant une longue épée et sûr de son bon droit, vraiment, il a fière allure!

visage de st Michel.jpg 

le général des milices célestes maintient Satan enchaîné  , 

Satan maitrisé.jpg

 l'affreux général des milices infernales qui roule des yeux furibonds injectés de sang dans un visage manifestement barbaresque ...

tabernacle autel St Michel copie.jpg

sur l'autel, ce joli tabernacle en bois polychrome

autel de la Vierge copie.jpg

De l'autre côté, l'autel de la Vierge: à nouveau cet oculus élégant pendant à travers la corniche, ouvert sur la lumière, celui-ci.

oculus et guirlande de fruits.jpg

De part et d'autre (comme dans le décor accompagnant l'oculus de St Michel), deux guirlandes de fruits signifiant l'abondance divine.

décor peint et toile  de la Vierge.jpg

La toile s'est considérablement dégradée, mais on peut encore reconnaître, trônant au centre, la Vierge et l'Enfant entourés de Saint Sébastien, Saint Antoine de Padoue, à droite, et de Saint Roch et d'un Sain martyr (San Parteo? San Stefano, honorés dans la piève ?)

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sur l'autel, un thabor de bois doré

On peut imaginer que la communauté des confrères n'a pas eu cette fois-ci les finances souhaitées pour construire un véritable autel architecturé, et l'artiste a composé un décor peint à fresque pour simuler cette architecture: rinceaux , colonnes torses, chapiteaux corinthiens, 

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et au centre de l'entablement un médaillon contenant la colombe rayonnante de l'Esprit Saint, si présente sur les autels de la Vierge (rappel de l'Annonciation) : là aussi une fissure menace ...

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Au centre de la cuve de l'autel, peinte aussi à fresque, deux lettres entrelacées où je crois lire RM: Regina Maria?

 

Enfin, rêvons encore un peu: l'oratoire devait à l'origine être décidément particulièrement beau, des restes de décors apparaissent encore sous des badigeons de chaux:

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comme ici sur cet arc ...

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Il reste au fond de la chapelle un bel élément des stalles qui nous fait regretter amèrement la perte de l'ensemble.

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Enfin voici le bénitier de pierre, qui provient peut-être de la première église romane (vers le XII°s.) de San Cerbone de Valaneto, dont il reste encore en place une partie du mur originel dans le clocher de l'église paroissiale actuelle, et qui appartenait au monastère de la Gorgone, puis aux Chartreux de Pise ... mais ceci est une autre histoire que raconte Geneviève Moracchini-Mazel dans "Les églises romanes de Corse" (p.429).

 

Je terminerai cette note avec le souhait de voir cette magnifique chapelle Santa Croce restaurée et honorée comme elle le mérite: elle me semble toute entière imprégnée de l'effort* des anciens pour traduire avec art leur foi profonde, essentielle, en un temps où rien n'était facile,  mais où tout se vivait de façon communautaire et où le monde religieux, même à travers ses exigences les plus sévères, était aussi synonyme de fête ... 

La chaleur des coloris, la fantaisie des stucs, le cathéchisme par l'image, et, je n'en doute pas, par les chants, tout concourait à cette fête, jusqu'au message de la mort, car lié au message de la résurrection et de la rédemption.

Eloge de la ruralité: un art populaire, délicat, à taille humaine pour une confrérie de proximité et d'entraide où se mêlaient le sacré et le profane.  D'utilité publique comme l'étaient au quotidien aussi il y a peu l'épicerie et l'école dans le moindre village. Un monde fragile qui se délite et disparaîtra si l'on n'y prend garde. Au moins devons-nous en préserver le témoignage, l'expliquer et le transmettre .

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*Notons, pour tenter de mesurer cet effort communautaire, qu'en 1655 (donc une dizaine d'années avant la fondation de la confrérie), l'ensemble des hameaux constituant Poghju d'Oletta comptait 200 âmes; en 1761: 270; en 1856: 544; en 1954: 219; en 2013: 207). 

 

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Poghju d'Oletta fait partie de la riche Conca d'Oru et ses vignobles produisent de grands crus de l'appellation vins de Patrimoniu. Le 26 août 2016, un violent incendie dévaste près de 500 hectares dans cette région, détruisant en montagne le couvert végétal . Le 24 novembre dernier, un désastre en appelant un autre,  un déluge s'abat sur la région, l'eau torrentielle dévale des montagnes mises à nu par le feu, ruisseaux et torrents débordent et dévastent la plaine, coupant la petite route RD 238 qui monte  vers Poghju ...