18.09.2009

Journées du Patrimoine 2009: demain matin à la mémoire de Gaspard Domini

A Feliceto, demain matin, nous évoquerons la mémoire du facteur d'orgue  Gaspard DOMINI: je réédite à cette occasion la note du 6/8 2008, écrite après avoir eu le privilège de rencontrer chez lui la présence de cet homme si attachant.
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Gaspard DOMINI, Alger 1905: il meurt quelques jours plus tard, le 7 janvier 1905.
Il était né en 1829 à Massa di Sassarosso

 

Hier j'ai eu le grand bonheur de "rencontrer" chez lui, à FELICETO,  un artisan "organaro" dont j'ai  souvent le plaisir de jouer le dernier orgue, celui de CATTERI (autour de 1902), et dont je connais également les orgues de BARRETALI (1867) et de CAGNANO (1886). Il a également construit l'orgue de l'église du Sacré Coeur de Bastia (1870), aujourd'hui installé au couvent d'Erbalunga et transformé par J. Jenet en 1969.

Il se marie en 1864 avec Marianne Marie Felicité Simonetti, alors une toute jeune fille de 16 ans: un vrai coup de foudre mutuel, semble-t-il, malgré la différence d'âge. et  s'installera à Feliceto: les époux auront huit enfants, six filles et deux garçons, dont un, hélas, mourra à la guerre de 1914.  Seule une fille aura une descendance... J'ai pu rencontrer ses deux petites filles et son arrière petite fille.

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Madame Marianne Marie Félicité Domini.
Deux beaux visages énergiques, souriants et empreints de sérénité.
 Son activité de facteur d'orgue et de musicien le conduit à intervenir (cf Rubellin) à la fois comme accordeur et réparateur de pianos, mais aussi d'orgues: Corte, Castifao, Corbara, Bastia, Poretto Brando, Montemaggiore, Zilia...
L'on sait qu'il prend la suite d'Anton Pietro SALADINI, à sa mort en 1863, pour l'entretien de l'orgue de l'église paroissiale St Nicolas de Feliceto, construit par A.P.Saladini en 1839. Gaspard Domini occupe une place particulière dans ce XIXème siècle qui a vu une telle floraison  de constructions d'orgues italiens: avec tout d'abord les Crudeli, les Saladini et les De Ferrari, puis à la fin du siècle avec la firme Agati- Tronci. Alors que les Agati Tronci produisent de façon intensive dans leurs ateliers de Pistoia ces orgues importants dont on peut apprécier les qualités innovantes à Muro, Corbara, Aregno, Rogliano etc..., Domini reste dans la tradition artisanale et villageoise: cet homme au bon visage moustachu et modeste, crée de beaux instruments chantants et charnus dans sa cave voûtée, fraîche l'été, non loin du pressoir et des tonneaux de vin: sa maison respire le travail des champs autant que la menuiserie et la musique. Ses enfants ont certainement reçu une solide éducation, devenant maîtres d'école: en témoignent les devoirs d'écoliers,  les cartes de géographie, les journaux collés pour l'étanchéité dans ses orgues...
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... collée sous le plafond du petit orgue familial...
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Je connaissais, grâce au livre Sébastien Rubellin, l'existence du petit orgue construit en 1876 pour la famille: tous les enfants avaient appris la musique, orgue et piano... rencontre avec le petit orgue de la famille: émotion de le trouver en aussi bon état, si présent et restaurable, et de l'imaginer sous les doigts de toute la petite famille... Le portrait de Gaspard veille sur l'instrument.
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le clavier et l'abrégé
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le tirage des jeux: 7 registres, dont il manque aujourd'hui des éléments.
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les tuyaux...
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les tuyaux, suite
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quelques outils provenant de l'atelier: la famille, avec l'aide d'Alain SALS, auteur de la restauration des orgues de Gaspard DOMINI à Barretali, Cagnano et Catteri, a pu sauvegarder ces précieux témoins du métier de Gaspard....
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en vrac, quelques tuyaux dans l'atelier.
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... une histoire de coeur, de mains et de musique: ces objets ont une âme.
On aimerait que le village de Feliceto honore la mémoire de son "organaro", "le faiseur d'orgue", "le Modenais", "l'Italien demeurant à Feliceto" comme il signait... Son tombeau se trouve juste à côté de l'église, pour ceux qui veulent lui dire un bonjour amical...
On aimerait aussi que soit restauré ce petit orgue de famille et qu'il chante à nouveau pour le bien de tous!
Un grand merci aux petites filles et arrière-petite-fille de Gaspard Domini et à l'ami Jean-Pierre Orliac  qui m'ont permis cette belle rencontre.
Merci, Annie, d'avoir évoqué avec tant de tendresse votre grand-mère, fille de Gaspard et Marianne Domini: c'est un petit bout du fil de votre mémoire qui nous rend encore plus proche cette famille attachante...
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30.05.2009

SPELUNCATU: l'orgue historique (Balagne)

L’orgue historique de la Collégiale Santa Maria Assunta de SPELUNCATU   
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(Photo Tomas Heuer) 
 Historique

Les archives paroissiales nous informent que le 20 septembre 1808 le facteur d’orgue toscan Giuseppe CRUDELI (fils du célèbre facteur installé à Lucca, Michelangelo CRUDELI : 1728/1801), s’engage à construire « un orgue suffisant » pour la Collégiale Santa Maria Assunta de Speluncatu :

« Oggi 20 7bre 1808 in Speloncato

Giuseppe Crudeli si obliga formare un organo sufficiente per la nostra chiesa per la somma di scudi francesi di franchi sei l’uno, cento trenta (…)  ( pour la somme de 130 écus français de 6 francs l’un …)  

Les premières interventions repérables de Giuseppe CRUDELI en Corse sont signées en 1804 sur les orgues de l’église saint Georges d’Algajola et de la Confrérie San Carlu de Monticello. Ce n’est donc pas un inconnu que l’on a appelé pour ce chantier, l’on sait qu’il a, entre autres, aussi entretenu l’orgue de Muro et les orgues de St Jean-Baptiste et de Ste Croix de Bastia.

Pourtant, pour une raison à ce jour inconnue, Giuseppe fait faux-bond et c’est son fils, le tout jeune Giovanni CRUDELI, qui construira et signera l’orgue de la Collégiale en 1810 :

« Giovanni Crudeli di Lucca fece l’anno del Signore 1810 »

Il revient en 1812 pour « arranger les cinq tuyaux principaux de l’orgue, et la construction de la porte du tambour d’entrée si nécessaire pour empêcher le froid, parce que grande ouverte elle menace les prêtres qui doivent y pratiquer le culte ». (Je rappelle ici que Speluncatu est un beau village médiéval implanté à 550 m d’altitude et que les hivers peuvent y être rudes, parole d’organiste !) A cette même époque il construit un petit orgue-armoire pour la chapelle privée d’une famille de notables du village : témoignage non négligeable de la vie sociale, religieuse et musicale d’un village important de Balagne à cette époque…

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(le petit orgue armoire de Giovanni Crudeli, 1812)

Le sommier porte une date plus ancienne : 1746, et d’autres éléments antérieurs à 1810 sont réutilisés pour ce nouvel orgue, en particulier les portes latérales du buffet, peintes des deux côtés, et qui sont sans doute à l’origine les volets d’un instrument plus petit (photo)

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 Le mystère reste entier : cet orgue de 1746 était-il déjà installé dans cette église Saint Michel qui n’allait pas tarder à recevoir le titre enviable et très honorifique de Collégiale -  demandé en 1749, il sera accordé en 1766, faisant de l’église devenue Santa Maria Assunta l’une des quatre Collégiales de Corse : les autres étant à Corbara, Calenzana et Luri. Est-il nécessaire de souligner que pour ces quatre Collégiales, trois sont situées en Balagne et la quatrième à Luri: signe de prospérité indiscutable...  

Ou bien l'orgue était-il dans l’église du Couvent capucin de Santa Maria di a Pace ? Speluncatu, jusqu’à cette époque, pouvait s’enorgueillir de posséder deux églises paroissiales (fait unique pour un village de Corse) et un Couvent : c’est dire si la communauté regorgeait de religieux, capucins, chanoines, prêtres…

Le village ne manquait pas non plus de musiciens de talent, éclos dans les milieux privilégiés des notables, rompus à la pratique musicale et capables de jouer aussi bien la musique savante " de chambre»  que la musique religieuse. Et comme pour le reste de la vie "culturelle", ces musiciens suivent de près l'évolution du goût musical de l'époque, et naturellement encore à cette date, le goût italien malgré le rattachement récent à la France.  Les chantres de l'église soignaient la réputation de Speluncatu bien autant qu'ils travaillaient à la gloire divine: le répertoire des chants polyphonique de Speluncatu est très riche et particulièrement intéressant (avec une tendance au "mode pélerin" qui se retrouve peut-être dans le choix des deux trompettes des anges donnant le sol et le la). Sans parler des nombreux chanteurs et musiciens villageois animant sérénades et autres danseries de fête…Les Corses, on ne le dira jamais assez, sont un peuple musicien.

Toujours est-il qu’en 1749 l’on y chantait les vêpres « au son des instruments » .

Cet engouement pour la musique et pour l'orgue se confirmera au début du siècle suivant avec la construction non seulement de ce magnifique orgue de la collégiale par le jeune Giovanni Crudeli, mais aussi des deux petits orgues privés, l'orgue armoire de G. Crudeli en 1812 dont nous avons parlé plus haut, et l'orgue commode du tout jeune facteur d'orgue Anton Pietro Saladini, en 1825, formé comme son père Anton Giuseppe Saladini au contact des Crudeli ... On peut du reste penser que ce chef-d'oeuvre d'ébénisterie est la création d'Anton Giuseppe.

Notons aussi, et cela n'est pas anodin, que Speloncato, historiquement, s'est trouvé au contact de Lucca (notre ami François Mariani nomme Speloncato: "le village aux soixantes seigneurs", seigneurs qui seraient venus au Moyen-Age de Lucques): les contacts entre la Balagne et la Toscane se trouvent en tous cas confirmés par le choix de facteurs toscans: Marracci, à La Porta, Pagnini, à Muro, Crudeli, à Speloncato...

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Donc, en 1812, l’on va soigner non seulement la santé des prêtres qui officient mais aussi celle de leurs ouailles en construisant ce tambour. Quelques années plus tard, en 1821, cet ébéniste extrêmement renommé du village, Anton Giuseppe SALADINI, signe avec une fierté légitime la magnifique tribune de bois galbé en forme de conque marine, peinte la même année par Grunwaldo GRAFFINI.

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On dit au village que les deux têtes sculptées sous la tribune représentent les deux fils d' Anton Giuseppe Saladini:1377894866.jpg

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  Cette tribune marquera durablement les esprits de son temps par sa majesté et son élégance, faisant de l’ensemble tribune, buffet et orgue un chef-d’œuvre de référence qui inspirera de nombreuses autres réalisations par la suite.

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(les volets fermés: version un peu kitsch du Roi David, peint par Grünwaldo Graffini)

 

 

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(... et la petite Sainte Cécile de Speloncato, peinte par Graffini sur la tribune: elle joue sur un petit orgue qui ressemble grandement à l'orgue armoire de Crudeli de 1812 - voir plus haut)

   -         En 1863, Victor MARCUCCI, artisan polyvalent et qui se présente comme "Maître Encyclopédique en de nombreuses choses » (!) signe un tuyau de façade. Ce personnage étonnant a pris le temps d’écrire « trois cents livres » pour démontrer passionnément sa grande découverte : oui, c’est bien le Soleil qui tourne autour de la Terre , et non l’inverse, contrairement à ce que veulent nous faire croire des pseudos scientifiques… preuves et observations en montagne à l’appui. Il se plaint amèrement que son travail n’a pas été admis à l’exposition universelle de Paris en 1900… (cf : l’orgue corse, de Sébastien Rubellin) C’était par ailleurs un excellent ébéniste doublé d’un bon musicien : il a construit un délicieux petit harmonium en 1880, restauré et  en bon état de marche au village.

-         En 1905, Antonio de FERRARI, dernier représentant d’une famille d’ « organari » venus de Ligurie, installé à Pigna, signe une réparation importante, remplaçant la vieille soufflerie à soufflets cunéiformes par une nouvelle « machine pneumatique carrée ».

-         En mai-juin 1943, Claude HERMELIN, facteur d’orgue actif en Corse entre 1943 et 1954, réparant et entretenant dans des conditions difficiles de nombreux instruments sur l’île à une époque peu favorable au patrimoine suite à la guerre, va effectuer des travaux sur l’orgue. Il reconstruit le pédalier, recoupe les tuyaux pour les mettre au goût du jour, remet l’instrument en état de servir.

- L’orgue cesse de parler après la guerre, comme bien d’autres sur l’île. Les années passent. Les orgues de Corse souffrent d’abandon jusqu’au jour (1963) où a lieu une première résurrection, la restauration à l‘identique par Formentelli du petit orgue historique de La Porta … Un nouveau souffle va revivifier ce beau patrimoine oublié des orgues de Corse : Speluncatu à son tour se mobilise autour de son instrument et, en 1991, Antoine MASSONI va travailler, lors de sa restauration, à restituer la personnalité de l’orgue Crudeli de 1810 : il remplace la soufflerie à lanterne d’Antonio de Ferrari par deux soufflets cunéiformes de Saladini, datés de 1840 et retrouvés à Pigna.

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 Il redonne à l’orgue son ancienne registration, son pédalier de huit notes, ses accessoires (rossignol et trombe dell’angelo)…

A présent l’orgue est aux bons soins de Jean-François MUNO, depuis la disparition brutale d’Antoine Massoni. Actuellement il "revisite" (euphémisme!) le jeu des trompettes.

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COMPOSITION

Principale, Ottava, Quintina (Quinta sopra l’ottava), Quinta decima, Decima nona, Vigesima seconda, Vigesima sesta, Vigesima nona.

Flauto dolce, Nazardo, Cornetto nei soprani (3 rangs), Cornetto nei bassi (2 rangs), Trombe nei Soprani, Trombe nei bassi, Voce umana.

Deux « trombe dell’angelo » donnant un sol et un la ;

Un tamburu et un rossignol.

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1933249543.jpg( ici le mécanisme du rossignol)

 

Clavier de 45 notes (DO –DO5), octave courte. A noter la largeur exceptionnelle ( 2,30 cm en moyenne) des touches du clavier. (Marcel Perez disait à ce propos qu’à Speloncato, il «  jouait  en charentaises » !). Placage des touches en buis et ébène.

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Pédalier de 8 notes à octave courte. Contrabassi 16’ et Bassi 8’ obligés. Les trois dernières notes font sonner les trombe dell'angelo (sol et la). Entre ces deux touches, celle qui appelle le Tamburo (deux tuyaux désaccordés en do)

DIAPASON : 437 HZ (à 25°)

TEMPERAMENT : mésotonique.

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CONTACTS : la mairie de Speloncato (04 95 61 59  00)

et l’organiste titulaire: Elizabeth PARDON ( 04 95 61 34 85), qui facilite autant qu'elle peut l'accès à l'instrument pour les organistes de passage...

Email : elizabethpardon@orange.fr

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Depuis le 15 Août 1991, jour de sa bénédiction par le curé Gérard Squarccioni et du premier  récital donné par Maria Cecilia Farina (qui eut la charge insigne de faire redécouvrir leur instrument aux gens de Speloncato dans une église comble comme jamais: une fête mémorable!) , l’orgue n’a cessé de jouer en concert chaque année, recevant des organistes de grand talent : M.C. Farina  S.Vartolo, M. Perez, J. Beraza, V. Loriaut, E. Baillot, G. Harlé, J. Martin Moro, U. Forni, M. Chapuis, M.H. Geispieler, S. Rodi, C. Glaenzer, B. Dercksen, P. Brezard, S. Rodi… et des ensembles qui se sont épanouis dans la belle accoustique de l’église : Arabesco Stravagante, Cimbalata Accademia…

 

Cet orgue est régulièrement servi en situation liturgique. Il sert de support à la formation musicale pour de jeunes enfants du village. Il fait aussi partie des visites de "LA MONTAGNE DES ORGUES" au cours desquelles on l'entendra sonner.

 

Nous ne remercierons jamais assez Sébastien RUBELLIN à qui l'on doit ce travail magnifique: "L'ORGUE CORSE de 1557 à 1963" (éditions Alain Piazzola).

Une pensée amicale pour Antoine MASSONI, disparu prématurément au printemps 2003.

 

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( photos d' E. Pardon).

En annexe, cette courte note sur la famille des Saladini:

 

 

Une  famille d'organiers à SPELONCATO:

les SALADINI

 

Anton Giuseppe SALADINI  nous est connu en qualité de « falegname » : Né en 1763 à Speloncato, il devient rapidement un artisan émérite et complet. En 1794 il fait une « garde-robe » pour la sacristie de Palasca et parmi les meubles qu’il a réalisés, on peut encore aujourd’hui voir celui de la sacristie de St-Nicolas de Feliceto, qu’il signe sur la corniche : ANT.JOSEPH SALADINI SPEL.AN. MDCCCXXI

En 1798 il travaille à la construction du buffet de l'orgue  de Muro, de Tomaso Pagnini, un facteur d'orgue lucquois: c'est probablement sa première approche du monde de l'orgue.

En 1810 il assiste à la construction de l’orgue de son village par le jeune facteur d’orgue Giovanni CRUDELI : il signe  avec quelque fierté en 1821 la tribune de ce bel orgue … Ce contact avec les CRUDELI, père et fils, semble déterminant pour son avenir et trace aussi celui de son jeune fils, Anton PIETRO qui signe à son tour en 1825 un petit orgue-commode : un véritable chef-d’œuvre de marqueterie.

Le goût de l’ébénisterie n’a jamais quitté la famille et nombre des descendants des Saladini continueront d’exercer ce don. En revanche Anton Giuseppe et Anton Pietro Saladini seront les seuls corses de cette époque à laisser leur nom dans l’histoire de la facture d’orgue de l’île. On peut admirer en Balagne plusieurs de ces belles tribunes en bois galbé : Pioggiola (1814), Speloncato (1821), Zilia (1831), Palasca (1833), Feliceto (1839) ...

L'atelier des Saladini jouxtait l'église, et l'on est étonné de l'exiguïté de l'espace où furent construits ces beaux instruments: la preuve, s'il en était besoin, que nous sommes là dans le monde modeste de l'artisanat. Modeste ... et fier de l'être!

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 (la signature ostensible d'un artisan fier de son ouvrage!)

15.05.2009

sortie pédagogique à la découverte de l'orgue en Castagniccia

Ce mardi 12 Mai 2009...
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Sur l'invitation du Collège de Casinca et de sa dynamique Emmanuelle Marini, professeur de musique, les enfants de cette classe de cinquième ont pu découvrir en ma compagnie le monde un peu mystérieux de l'orgue: après une séance de présentation illustrée de photos et animée de questionnements divers sur l'histoire de l'orgue en général et sur le patrimoine actuel des orgues en Corse, toute cette joyeuse troupe a fait une première halte à Piedicroce. Pour certains qui n'ont jamais trop eu la possibilité de bouger de Folelli, c'était une occasion festive de rencontrer non seulement les orgues mais aussi cette Castagniccia montagneuse et ses belles églises (et ses virages...). Un plongeon dans un autre temps et dans la verdure des châtaigniers enfin feuillus.
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(Dans le décor foisonnant de l'église baroque de Piedicroce, le doyen des orgues de Corse,
 sa belle façade, et ses volets ouverts ornés de rinceaux dorés sur fond bleu)
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Les oreilles et les yeux grand ouverts, les enfants ont pu découvrir une partie du mécanisme du vénérable instrument de Piedicroce, orgue que le maître Giorgio SPINOLA construit en 1619 pour la cathédrale Sainte Marie de Bastia (voir la note sur l'orgue de Piedicroce) et transféré en 1842 à l'église Saint Pierre et Saint Paul de Piedicroce par le facteur d'orgue corse Anton Pietro SALADINI. C'est l'orgue le plus ancien de Corse en état de jouer, restauré par Alain SALS en 1985, un instrument prestigieux même s'il a aujourd'hui besoin d'un relevage...
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(le tirage des jeux)
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(le pédalier)
Pouvoir le toucher, l'écouter, le dessiner, l'appréhender dans un contact direct fut pour les jeunes de Folelli le privilège de cette journée. Merci à Madame le Maire qui nous a permis cette découverte en ouvrant grand ses portes! Une jeune fille originaire du village était toute fière de montrer son patrimoine,  son église. Il y a de quoi!
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(le village de Verdèse, l'un des plus beaux de Castagniccia)
Puis ce fut le tour de Verdèse, dont l'accès a donné quelques émotions à la conductrice du car (qui s'est fort bien débrouillée sur ces petites routes étroites du parcours): je ne dirai jamais assez combien ce village est cher à mon coeur, tant l'accueil y est chaleureux. La jolie église Saint Sébastien au décor charmant et agréablement restauré, accueille ce petit orgue:
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(l'orgue de Verdèse, de la firma AGATI-TRONCI, 1896)
... un petit orgue bien vaillant, avec ses clochettes et ses timbres robustes, restauré par Barthélémy FORMENTELLI en 1985.
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Les enfants ont pris conscience, ici, de l'organisation solidaire des confréries d'autrefois... C'était là aussi l'un des buts de cette journée de découverte du monde rural de la Corse: une solidarité dont ils peuvent maintenant comprendre le sens en ces jours d'insécurité... Nous venons d'apprendre que la France est entrée ce matin dans la récession: bienvenue au club!
La petite route qui va nous conduire de Verdèse à La Porta, en passant par Polveroso et Croce, ne manque ni de charme ni de surprises... Il eqst plutôt rare d'y voir circuler un car...
Enfin, c'est La Porta:
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( La Porta: l'église et son célèbre campanile )
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Dans son décor en trompe-l'oeïl de peintre architecte Domenico BAINA (l'auteur de la façade de l'église et du campanile), le petit bijou de l'église de la Décollation de Saint Jean-Baptiste de La Porta (voir la note du 03/ 06/ 2007)
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Construit par le religieux lucquois Benedetto MARACCI en 1780 probablement pour le couvent de Casabianca tout proche, transféré sous la Convention à La Porta, restauré en 1963 par Barthélémy FORMENTELLI, c'est un merveilleux instrument de taille modeste mais très raffiné dans sa facture. Un texte écrit au-dessus du clavier dit:" si tu ne me vois pas,  au moins écoute ma voix"...
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(le tirage des jeux, unique en Corse)
C'était là la dernière visite de cette journée pour les enfants de Folelli.
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Je les embrasse tous!

Piedicroce, l'orgue historique

L’ORGUE DE PIEDICROCE (CASTAGNICCIA).

Eglise Saint Pierre et Saint Paul.

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Construit en 1619, c’est le doyen des orgues historiques de Corse.

Avant d’être installé , 1842 dans la magnifique église de PIEDICROCE, cet orgue était à la Cathédrale  Sainte Marie de BASTIA. En 1619, le Maître Giogio SPINOLA, facteur d’orgue génois, construit un nouvel orgue pour la Cathédrale en remplacement d’un orgue plus ancien qui existait déjà en 1571.

En 1636, l’orgue de Spinola est déjà en mauvais état et la Magnifique Communauté de Bastia décide de confier la restauration de l’orgue à un facteur d’orgue romain , Messire Brutus VISCHEA, qui se trouve alors à Bastia. Après ces travaux, l’orgue semble donner pleinement satisfaction… jusqu’au jour où, en 1661, la cathédrale est frappée à plusieurs reprises par la foudre, entraînant un incendie dévastateur : «  l’éclair venant du campanile plongea dans la voûte de l’église et passa dans l’orgue, qu’il mit sans dessus dessous ainsi que beaucoup de ses tuyaux ; il brûla l’ornementation de l’orgue, et la rompit en tout petits morceaux ; toutes les fenêtres furent ébranlées par cette grande secousse, et réduites en miettes ; ensuite, de l’orgue, l’éclair s’enfonça dans le sol. Les ornements du buffet furent détruits, et après une forte secousse qui brisa toutes les fenêtres du chœur, l’orgue s’écroula sur le sol ».*

Restauré peu de temps après par l’organier SANTALUCCIA, l’orgue continuera sa vie  liturgique à Sainte Marie… jusqu’au moment où la Ville de Bastia décide de faire construire un nouvel orgue « au goût du jour », et commande aux frères SERRASSI un instrument prestigieux et beaucoup plus important pour sa Cathédrale. On confie alors, en 1842, à Anton Pietro SALADINI, célèbre facteur d’orgue originaire de Speloncato, le soin de restaurer l’ancien orgue de Sainte Marie de Bastia et de le transférer dans l’église Saint Pierre et Saint Paul de Piedicroce où il se trouve aujourd’hui.

 

Grâce à la restauration d’Alain SALS (1975/1985), le bel orgue de Piedicroce est aujourd’hui le seul instrument conservant des éléments du 17ème siècle : façade, buffet, sommier, Principale, Voce umana, Nazardo …

*Cité par Sébastien Rubellin dans : « L’Orgue Corse, de 1557 à 1963 », édition A. Piazzola.

DESCRIPTION

ET COMPOSITION

 

 

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La caisse du buffet, en châtaignier, est fermée par deux volets de toiles peintes :ouverts ils montrent un élégant décor bleu et or du XVIIIe  siècle, repeint par-dessus l’ancien décor du XVIIe siècle. Fermés, les volets, repeints au XIXe siècle, illustrent le Roi David et Sainte Cécile, les saints patrons de la musique.

On peut aujourd’hui admirer l’ordonnance esthétique de cette façade exemplaire, constituée de cinq plates-faces de 5-9-5-9-5 tuyaux en étain, dont les écussons sont en ogive. Deux ensembles d’ « organetti morti » (des tuyaux décoratifs et muets) finissent d’animer cette composition typique du XVIIème siècle. Lors de la restauration, en 1975, Alain SALS a restitué la majorité de la tuyauterie du XVIIème siècle, extrêmement fragile, et refait à l'identique les 98 tuyaux qui avaient disparu.

Le grand fronton au-dessus du buffet porte les lettres signalant la dédicace à la Vierge Marie  : « A.M. », pour Ave Maria.

Le sommier à registres coulissants, est probablement celui du XVIIe siècle.

Le clavier, avec octave courte selon l’usage ancien, à l’origine de 45 notes, a été agrandi par SALADINI de 5 notes dans les aigus.

Depuis sa restauration (1975/1985) par Alain SALS, le doyen des orgues corses parle aujourd’hui pour les fêtes du village et lors des concerts.

COMPOSITION:

Principale - Ottava - Decima nona - Vigesima secunda - Vigesima sesta -

Cornetto Soprani (2 rangs) -  Cornetto Bassi (2 rangs)

Nazardo - Flauto in ottava - Voce umana

jeu de bassi (16’ et 8’).

Tempérament mésotonique (avec 6 tierces justes).

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(détail des frontons de touche: lors de son transfert à Piedicroce, Anton Pietro Saladini a augmenté l'étendue du clavier de cinq notes dans les aigus.)

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(le tirage des jeux et, au clavier, l'augmentation des touches dues à Saladini)
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(le pédalier, à octave courte, comme il se doit)

La surabondance des décors baroques, fresques, stucs et marbres qui envahissent cette grande église baroque de saint Pierre et Saint Paul de Piedicroce, édifiée en 1691, manifeste assez l'ancienne richesse de ce village, aujourd'hui plus dépeuplé qu'alors. C'est ici que l'on peut admirer le doyen des orgues corses.

Campé sur sa légère tribune de bois à claires-voies ornée de trophées musicaux réhabillés au XIX ème siècle sans trop de ménagement, le rose saumon et le bleu caeruleum recouvrant les verts d'origine ce magnifique instrument est pourvu de deux grands volets de toile peinte. Madeleine ALLEGRINI, lors de leur restauration a constaté plusieurs strates de décor : les lauriers ocres et verts du XVII ème siècle ont cédé la place, sur les volets intérieurs, à des feuilles d’acanthe qui épanouissent depuis le XVIII ème siècle leurs arabesques dorées sur un fond bleu intense. La belle façade caractéristique de SPINOLA, avec son ordonnance en cinq plate faces et ses deux séries d’organetti morti (tuyaux ornementaux, non postés), conjuguée avec les rinceaux dorés des volets ouverts donne beaucoup de majesté au vieil orgue. Au siècle dernier, on a rajouté un fronton bleu et fleuri où trône le monogramme de la Vierge (AM). Fermés, les volets font apparaître Sainte Cécile et le Roi David (les saints patrons de la musique) déclamés à nouveau au XIXème siècle par un pinceau quelque peu emphatique. La théâtralité redondante de ce décor est alors renforcée par la présence de lourdes volutes végétales, repeintes à la même époque, enroulées de chaque côté du buffet.

Depuis son transfert en 1842, le vénérable instrument tient désormais compagnie à la foule des Saints et des Anges qui peuplent l’église paroissiale de Piedicroce.

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10.02.2009

Murato

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Hier bel après-midi en compagnie de Pascal Magnan, l'un des saints gardiens - et promoteur émérite ! du patrimoine de MURATO, dans le Haut-Nebbio. Moisson plus que fructueuse d'informations, d'impressions, d'images... Outre le plaisir toujours immense de retrouver l'église pisane San Michele j'ai pu voir de plus près la tribune d'orgue de l'ancienne église conventuelle, aujourd'hui église paroissiale de l'Annonciation.

Présence forte sur la place du Couvent franciscain (propriété privée de nos jours), du Monument aux Morts qui domine une partie des maisons anciennes de Murato. Silencieuse, longue litanie pour que nul n'oublie. De ces noms je retrouverai la trace d'une façon inattendue à l'intérieur de l'église. Mémoire.

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Côté "couvent"( où ne sèchent plus les robes de bure!). Construit par les franciscains récollets en 1615, , transformé entre 1755 et 1767 par Pascal Paoli en quartier général après en avoir expulsé les moines... il subit lors de la Révolution Française les déboires habituels dont, ici, l'orgue ne se remettra pas.
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Les maisons fument. C'est toujours l'hiver. Pascal PAOLI choisit Murato en 1755, dont l'emplacement lui permettait de surveiller  les mouvements entre Bastia, Saint Florent, la vallée du Golo... Il y frappe la monnaie de la Corse dès 1763 (dans le Palais de la Monnaie Corse: maison de son neveu Giuseppe Barbaggi, édifiée au XVème siècle). Pascal Magnan me conte sans fatigue généalogie, grande Histoire et petites histoires...
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Devant l'église, ces dames papotent au soleil avant d'attaquer leur réunion hebdomadaire dans l'église... Nous rentrons enfin et je découvre le beau Maître Autel de marbre polychrome, surmontée du groupe de l'Annonciation, et derrière lui cette étonnante tribune, hélas vide, de l'ancien orgue du couvent des franciscains de Murato...
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L'orgue, dont on ne sait plus rien sinon qu'il a disparu "corps et âme" dans la tourmente de la Révolution française, était logé, comme il se doit à l'usage des couvents, au fond du choeur, au-dessus des stalles des moines, avec une porte - aujourd'hui condamnée - communiquant directement avec le reste du couvent. La niche restée vide, nous donne une bonne indication de la taille de l'orgue.
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Au centre de la tribune, entre deux scènes intrigantes, le "logo" des Franciscains: le bras nu du Christ et celui, habillé de bure, de St François, autour de la Croix.
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A gauche, me dit Monsieur Magnan, voici le partage du vin... Il est vrai que la vue des belles barriques à droite de la scène invitent à le penser. Soyons clairs: le vin, à cette époque, est une denrée "de première nécessité", même dans les couvents, où, nous dit-on dans ce beau livre collectif "Les Servites de Marie en Corse ( édition Piazzola)", chaque moine avait droit à sa ration d'un litre et demi de vin par jour. Un vin, ceci dit, qui ne devait pas être trop méchant et à ces époques, chacun a sa vigne - sauf les plus pauvres, donc...
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... et à droite, le partage du pain... Charité aux miséreux, aux estropiés de la vie...
Sur cette tribune d'orgue franciscain il s'agit en fait, me semble-t-il, d'une invitation aux Sept Oeuvres de Miséricorde:
"Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le royaume qui vous a été préparé [...]. Car j'ai eu faim et vous m'avez donné à manger, j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire, j'étais un étranger et vous m'avez accueilli, nu et vous m'avez vêtu, malade et vous m'avez visité, prisonnier et vous êtes venu me voir" (Mathieu)
La facture de l'oeuvre ne nous est pas familière en Corse, le sujet en est encore plus inhabituel, de même que la façon de traiter les paysages et les personnages, qui évoquent un art plutôt nordique: en tous cas cette oeuvre du XVIIIème siècle ne manque pas d'élégance et  ce témoignage si particulier doit mériter tous les soins de Murato!
Sous la tribune, accrochés aux stalles, deux objets me parlent:
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Deux "tableaux de présence" de confréries, l'une masculine (ici),
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... l'autre, féminine. Toutes deux sont pourvus de ce système rencontré ailleurs (à Stoppia Nova, par exemple) des trous et des chevilles pour signifier les absences éventuelles des dits confrères et consoeurs. Un nouveau témoignage de l'importance morale des confréries au sein des communautés. Leur emplacement actuel et fortuit (puisqu'il ne s'agit pas ici d'une chapelle de confrérie) sous cette tribune d'orgue ornée d'un message de  miséricorde nous rappelle l'une des missions les plus importantes des confréries: la charité.  Ici, les listes sont très longues. Listes des vivants auquel répond, dehors, le Monument aux Morts.
Cette église de la Nunziata accueille un très beau meuble de sacristie (dans la facture franciscaine), de belles toiles, malheureusement pas toujours en bon état... Entre autres, celle, intéressante,  du Rosaire, avec la représentation, sous les pieds de la Vierge, de quelques protagonistes - dont St Pie V, de la Bataille de Lépante. Les quinze mystères, tout autour du thème central, ont subi un étrange pliage qui les réduit de moitié...
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Je quitte sur ces images pour ce soir Muratu, en attendant d'évoquer le site de San Michele. A bientôt!
 
 
 

 

25.08.2008

Cimbalata Academia 2008: un grand cru!

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"Veni sponsa mea"
Pendant le concert de Speloncato, programme français: la découverte pour beaucoup de cette musique délicieuse d'Etienne Moulinié...
Les six chanteurs sous la direction de Christophe Gautier, baryton: Amélie Gautier et Aurore Bucher, sopranos, Stephanie Leclercq, mezzo soprano, Renaud Tripathi, ténor, Geoffroy Buffiere, basse.
Soutenus à l'orgue positif par l'excellente basse continue  de François Gautier et par la présence délicate de Marie Langlet à la guitare baroque.
"LES MAÎTRES DE CHAPELLE DE VENISE A VERSAILLES" : un programme plein de noblesse  pour cette soirée française, où s'illustraient en particulier les belles compositions sacrées du maître de la chapelle royale  Henri Du Mont , un Regina Caeli de Lully fort joyeux...
Tandis qu'Umberto Forni faisait magnifiquement, comme toujours! chanter l'orgue historique Crudeli  (1810): Kerll, Froberger, tous deux influencés par le grand Frescobaldi, Storace...
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Ici, pendant le bis très vénitien à "double choeur" de Gabrielli... De quoi donner envie aux spectateurs de revenir dès le lendemain soir au concert italien de Pioggiola!
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... ce qui fut le cas pour nombre d'entre nous, revenus découvrir un programme très différent : une Italie inventive et passionnée où nait et s'exprime l'opéra jusque dans ses concerts spirituels: Monterverdi, Grandi, Lotti (ce "grand" Crucifixus!), un retour à la pureté mesurée avec Palestrina,  avant l'exaltation des passions humaines dans cet extraordinaire Jephté, de Carissimi: de quoi prendre dans sa nasse les témoins vibrants du drame biblique ... que nous sommes.
Et pour l'orgue Saladini (1844), la belle musique intérieure de Tarquinio Merula, les compositions inventives de Pollarolo, de Pasquini, et le grand Giovanni Gabrieli...
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 Merci à vous qui servez avec tant de coeur et de talent ces musiques magnifiques!
C'est ce que mon amie Odile Bailleux, la grande organiste dont nous aimions tant la musicalté et la force, appellait prosaïquement "une pillule de bonheur".
Bref, je traduis: une nourriture spirituelle.
Merci aussi à RENAISSANCE DE L'ORGUE CORSE pour la qualité toujours renouvellée de son festival CIMBALATA ACADEMIA!

09.07.2008

le stage d'orgue à Corte

Sur l'orgue de l'Annunziata de Corte, le stage a bien commencé...

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Francis s'est attaqué à un tiento magnifique mais terriblement difficile de Correa de Arauxo...
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Umberto Forni saisit la vague musicale au vol: pimpalalalalalaaaaam...
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" S'il vous plait, reprenez là": suggestion, explication serrée, accompagnement poétique, Francis est sous le charme et Umberto heureux d'avoir un stagiaire de cette trempe: Correa, Salvatore, Trabacci etc...
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pour Pedru, attentif: Scarlatti, Bach, Fischer...
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en chantant ça va mieux!
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avec la complicité des épouses et mères...
  à bientôt!
                                                                   

07.07.2008

Olmi Cappella: la vie d'un petit orgue de montagne au milieu des siens

          La vie d’un petit orgue de montagne au milieu des siens…

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Aujourd’hui installé à Olmi Cappella dans le silence d’une église qui subit l’exode rural et l’inévitable évolution du monde moderne, le petit orgue a vécu dans sa jeunesse une existence certainement plus mouvementée : l’absence de pupitre porte-partitions nous indique clairement que nos anciens organistes n’avaient pas besoin de notes pour musiquer, qu’ils avaient un rapport instinctif avec leur instrument, le même qu’avaient les violoneux lorsqu’ils empoignaient  leur violon pour faire danser les villageois lors des fêtes ou des veillées, accompagner les sérénades ou rythmer la mauresque … L’orgue avait été construit pour magnifier les fêtes religieuses : l’église d’alors était vécue comme le lieu festif et unificateur de la communauté  qui se reconnaissait dans les manifestations de sa confrérie, de ses chants, de son orgue… comme dans le choix de ses maîtres-maçons et de ses peintres. A la polyphonie des chants répondait celle de l’orgue, l’organiste ayant appris à jouer l’instrument pour le service de la liturgie, l’accompagnement des cantiques, et chacun selon ses talents et son tempérament se donnait à sa charge. S’il le fallait, il attaquait une vigoureuse ouverture d’opéra en entrée de messe ou improvisait « assai pietoso » pour l’offertoire quelque valse à la mode . Le grand Bach n’a pas agi autrement en réutilisant ses compositions profanes dans ses cantates religieuses. Je me souviens d’une grande messe patronale en Espagne, à Viana, sur le chemin de St Jacques en 1989, dans une église bondée de fidèles, où l’organiste emmena la foule fervente vers la table de communion au son d’un tango… Et aussi, en Corse, à Monticello, cet organiste des années trente, qui, après avoir joué une valse à l’offertoire, avait tenté la java à la communion : là, le prêtre s’était rebellé, arguant que la java faisait trop lever la jambe aux jeunes filles…

Nous sommes là bien loin de Frescobaldi et l’écriture polyphonique de l’époque serait sans doute paru une bizarrerie d’extraterrestre  aux organistes du XIXème siècle. Et pourtant ! Le petit orgue d’Olmi Cappella, avec sa fraîcheur et sa vaillance retrouvées grâce à J.F.Muno, chante avec justesse cette musique intérieure qui ne demande pas des effets spectaculaires. Non seulement lors de concerts, mais aussi lors des messes : il apporte alors cette poésie intemporelle et méditative où il n’est pas besoin de connaître la grammaire pour ressentir l’émotion…

La pratique de l’alternance du chant et de l’orgue dans la messe de Frescobaldi, commune à tous les musiciens de cette époque prend sa source dans le chant responsorial des premiers chrétiens : le dialogue d’un soliste avec le chœur, représentant la communauté des fidèles. Elle est proche également de l’usage traditionnel du chant religieux de nos villages, où alternent la chjama (« l’appel » d’une seule voix) et le chant en paghjella  (« réponse » polyphonique à trois voix), comme on peut l’entendre à Olmi Cappella. La fonction est la même : ainsi recréé et sacralisé dans ce dialogue qui pourrait évoquer le dogme de la Trinité , l’espace sonore de l’église resserre la communauté, un pour tous, tous pour un . Le rôle du chant et de l’orgue dépasse alors largement le pur plaisir musical ou la réplétion ethno-touristico-musicologique.

C’est à Olmi-Cappella et sur la tribune de l’orgue que j’ai commencé à comprendre de l’intérieur la réalité et l’enjeu du chant religieux d ‘un village mais aussi la relation des villageois avec leur orgue. Le dernier chantre d’Olmi Cappella,  Ceccu Saladini transmettait alors de sa voix  nerveuse et ténue cet héritage direct, suspendu à la frontière de deux mondes.

Ceccu Saladinic01.jpgPassage, lumière et paix  d’un crépuscule éphémère où tout devient possible avant l’assaut de la nuit.  L’intensité de son chant n’avait rien à voir avec les décibels médiatisés : elle était nourrie de cette vie âpre mais idéalement structurée de naguère où rien n’était donné sans peine mais où tout était objet de partage. Je peux témoigner qu’il était aussi très fier de ce petit orgue, conscient de la volonté des anciens qui avaient souhaité  sa présence dans l’église. Il était heureux de l’entendre à nouveau parler, dialoguer avec la polyphonie des chantres et accompagner les cantiques que chantait si bien sa femme : cloches, chants, orgue …  lui redonnaient  sa jeunesse . Je sais qu’il se réjouit là où il est de savoir que les chants et l’orgue revivent. Merci à Marie-Hélène Guespieler qui a voulu et rendu possible par sa ténacité et son talent la réalisation de ce témoignage. 

 Elizabeth .

(texte écrit pour le livret du disque enregistré sur l'orgue d'Olmi Cappella par Marie-Hélène Geispieler:

"Canti Religiosi e Organi di Corsica" : Olmi Cappella - Muro

avec les chantres d'Olmi Cappella et Marie Hélène GEISPIELER, orgue

                                                      Disques CORIOLAN

01.07.2008

Jeudi 3 Juillet, Parcours de la Montagne des Orgues

Association Saladini de Speloncato :

«  LA MONTAGNE DES ORGUES »

 

 

Une journée initiatique et conviviale pour aimer la Corse autrement, vous immerger dans ses paysages façonnés par les communautés villageoises, découvrir son riche patrimoine religieux, son histoire, ses traditions rurales : des clefs pour vous ouvrir les églises, vous faire comprendre leur sens caché et vous faire entendre leurs orgues historiques que l’on vous joue…

                                                                               JEUDI 3 JUILLET

 

                                                          VALLEE de l’ASCO, GHJUVELLINA et VENACAIS

                                                                                            

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Castiglione sous ses Aiguilles...

 Belgodère à 8h30, puis Caccia, Piedigriggio, Castiglione, Corté où la journée se termine sur le site préroman de San Giovanni…).

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le petit orgue de Piedigriggio
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mais aussi avec les fresques si humaines de Castirla...
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et le bel orgue de l'Annunziata de CORTE...
Renseignements et réservations au :

TEL/FAX : 04 95 61 34 85- Portable : 06 17 94 70 72

e mail : elizabethpardon@orange.fr

Site : www.montagne-des-orgues.com/ 

 

   

du 7 au 12 Juillet le stage d'orgue organisé par ROC

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Cette année à nouveau, du 7 au 12 Juillet,  Corte accueille sur le magnifique orgue de Johann Conrad WERLE (vers 1760) à l'église paroissiale de l'Annunziata le stage d'orgue organisé par Renaissance de l'Orgue Corse (ROC): nous avons plébiscité la présence d'Umberto FORNI comme Maître de stage, qui nous a tant apporté déjà les années précédentes. Nous retrouvons avec bonheur ce grand artiste qui sait si bien transmettre l'âme de la musique...

Pour plus de détails:

Le programme

Tous les niveaux sont dans les propositions de programme.

Thème : « Musiques pour l’Orgue méditerranéen, de l’Espagne à l’Italie".

Œuvres de Cabezon, Correa de Arauxo, Cabanilles… et de Frescobaldi, Zippoli, Scarlatti, Pasquini, Gherardeschi…

Les stagiaires peuvent avoir leurs propres partitions.

Cours collectifs sur l’orgue italien et la registration selon les indications de Costanzo Anteniati.

Le Maestro

Umberto FORNI est né à Bologne (Italie) en 1953.

En même temps que des études de médecine (qu'il abandonnera en 1976), il étudie orgue et clavecin au conservatoire de sa ville natale, s'intéressant, par ailleurs, à l'histoire de la facture des instruments anciens.

Diplomé à l’unanimité du conservatoire de Bologne dans la classe de Stefano Innocenti en 1976, il enseigne au conservatoire de Ferrara.

Se consacrant à l’étude et aux répertoires des XVIe et XVIIe s., il sera reçu brillamment en clavecin en 1985 dans la classe de SergioVartolo.

Inspecteur honoraire des orgues historiques en Vénétie, il suit et dirige la restauration d’instruments très importants ; il publie, multiplie les conférences. Il est membre du jury de concours nationaux.

Comme soliste, il donne de nombreux concerts en Europe et au Japon, participant à de nombreux festivals internationaux.

Il intervient dans plusieurs formations en tant que continuiste ou à la direction.

Il a publié à Florence un important manuscrit de musique pour clavecin et orgue du XVIIIe siècle et une étude très documentée sur le "clavecin organisé".

Umberto Forni est titulaire du très bel orgue de "Santa Maria in Organo" à Vérone.

Ce stage bénéficie du soutien de la Collectivité Territoriale de Corse 

et de l’aide de l’Association « Les Amis des Orgues de Corte »

 

 

 

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