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28.01.2008
1/ la chapelle San Quilicu, 1ère partie
La chapelle San Quilico de Cambia. Pieve di e Vallerustie. Ce mardi 15 janvier 2008.
Cette chapelle San Quilico ainsi que sa sœur voisine dédiée à Santa Maria, semble dater du début du XIIIème siècle- leur fondation n’étant confirmée par aucun témoignage historique.
La nef mesure 12,60 m de long, 4,60m de large; l'abside: 3,20m en ouverture et 1,65m en profondeur. Les murs sont construits en dalles de schiste.
Implantée au bord d’un ancien chemin muletier fort pentu et gorgé d’eau – tout près grondent les flots gonflés des torrents dans la pénombre - blottie à l’abri d’une chênaie vigoureuse, lumineuse même en cette fin d’après-midi d’hiver la voici qui m’accueille à nouveau, après tant d’années…
Tout de suite la même émotion qu’alors : le même accueil comme affleure soudainement sous le fatras quotidien un bienheureux souvenir d’enfance, et cette vague de tendresse ruisselle sur les belles dalles taillées de schiste gris blond, excluant de leur appareillage jointoyé à vif l’esprit chafouin du Mal.
Une brise légère anime à cette heure les ombres longues des chênes sur le flanc sud de la chapelle, caresse arcades et modillons de sa vie passagère. Apprivoisement mutuel dans un silence habité où chacun peut trouver ici ce qu’il cherche.

Avant d’entrer ( Monsieur A., le gardien amoureux et solitaire de la chapelle m'a confié la clef avec les précautions d’usage – je m’arrêterai au retour), je fais le tour des murs extérieurs, rythmés par la musique des arcatures et de leurs modillons sculptés sous la corniche, des fenêtres meurtrières, des deux portes surmontées de leurs tympans en fort relief: l’élégance dynamique de l’ensemble, la variété des sculptures, leur formidable vitalité est un enchantement…
Le serpent se redresse.
Animal rampant voué à la terre, fluide ou immobile, il s'arrache du monde horizontal auquel il appartient et se dresse de toute sa volonté, s'élève de toute sa vigueur intelligente. La dualité du serpent: bienveillant et guérisseur (le serpent d'airain érigé par Moïse dans ledésert, le serpent d'Esculape sur le caducée, le Christ rédempteur figuré sous forme de serpent sur la Croix...), ou symbole de mort, de luxure, bref, du Mal? Donc, si besoin est, le serpent se dresse. Sinon, il se mord la queue - mort et résurrection de l'ouroboros...
( - Ainsi l'homme au cours de l'évolution des espèces acquiert son titre de champion de la verticalité -)
Car le serpent est le symbole même de l'intelligence, de tous les animaux, c'est même le plus rusé. Sa sagesse acquise, volée? se double de séduction: à la fois tentateur et gardien du sacré, il utilise l'arbre du Paradis pour s'élever et, en faisant goûter ses fruits, entraine la mort spirituelle de ceux qu'il a séduits en leur faisant la promesse trompeuse d'une élévation au rang des dieux, c'est-à-dire de l'immortalité. Il choisit Eve, c'est la plus vive, la plus avide de sensations nouvelles, la plus téméraire, la plus spontanée peut-être aussi? Ou bien la plus intéressée, la plus envieuse, la plus calculatrice? Qui pourrait dire à quel moment précis ces deux là en ont fini avec la pureté de coeur?
"Si je parle à l'homme, il ne m'écoutera pas, car il est difficile d'infléchir l'esprit d'un homme. Voilà pourquoi je préfère m'adresser d'abord à la femme dont l'esprit est plus superficiel (et la voilà entamée, la vaste histoire des femmes trop curieuses, en passant par Barbe Bleue!). Je sais qu'elle m'écoutera car la femme prête attention à chacun. (Glosez comme vous voudrez)
Adam, tout comme Eve, tend la main du désir vers le fruit défendu: certes ils n'ont pas encore croqué dedans, mais déjà ils ont pris la mesure de leur nudité et se cachent le sexe de l'autre main... Leur conscience s'éveille... Deux étoiles stylisées semblent accompagner de leur chute celle de nos pauvres parents... Annonce d'exil et de mort.
L'Arbre du Paradis lui aussi s'élève, mais sans artifices, sans engrais chimiques ni tripotages transgéniques (pas encore eu besoin de les inventer).
Futur arbre de la Croix.
Axe cosmique de l'univers, l'arbre exprime la croissance naturelle de la vie et l'aspiration de l'homme intérieur à se régénérer par la vie spirituelle: ses racines solides plongent dans le monde souterrain, celui des enfers, celui de l'obscurité, celui des trépassés, mais aussi celui de l'humus nourrissant des reliques des Saints, et il projette ses branches vers le monde céleste, en recevant lumière et eaux fécondantes.
Curieusement, les branches de l'arbre préfigurent à leur façon les bras de la Croix.
L'Arbre de la Croix :
"(...) Cet Arbre qui s'étend aussi loin que le ciel, monte de la terre aux cieux. Plante immortelle il se dresse au centre du ciel et de la terre: ferme soutien de l'univers, lien de toutes choses, support de toute la terre habitée, entrelacement cosmique, comprenant en soi toute la bigarrure de la nature humaine. Fixé par les clous invisibles de l'esprit, pour ne pas vaciller dans son ajustement au divin; touchant le ciel du sommet de sa tête, affermissant la terre de ses pieds, et, dans l'espace intermédiaire, embrassant l'atmosphère entière de ses mains incommensurables. (...)
Hymne composé par Hippolyte de Rome au IIIème siècle
(à suivre)
12:25 Publié dans patrimoine des chapelles à fresques en Corse | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note




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Commentaires
Crois-tu que le créateur de "Wallace et Gromit" s'est inspiré d'Adam et Eve pour modeler ces personnages? ... Je vois les mains de Wallace!...
Chacun sa culture!...Continue à m'instruire.
Ecrit par : Colette | 01.02.2008
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